Édition du
15 November 2018

LE GOUVERNEMENT DES AMES

 

“Ce qui soulève l’indignation face à la souffrance, ce n’est pas la souffrance en elle-même, mais son absurdité.”
Friedrich Nietzsche (Philosophe Allemand 1844 – 1900)

L’actuel et le devenir sont ceints d’incertitudes, d’hésitations, de déséquilibres, de solitudes et de désarrois, de conflits et de conciliations paradoxales.

Errante et sujette à une infinité d’énergies qui s’opposent, se conjuguent aux grés de l’adversité, l’humanité évolue dans un univers qu’aucun repère, aucun centre, aucun indicateur ; aucun plan, aucune cartographie, aucune échelle, aucune lecture possible ne préside.

Acculée à conjurer une frayeur viscérale nait de ce dévolu, elle s’est hasardée depuis la nuit des temps à élucider ce chaos tout en cherchant dans un but ultime à lui donner un sens.

Tâche rendue d’autant plus difficile que la propension naturelle des hommes est d’assouvir leurs désirs immédiats ; ce qui se traduit par des luttes exterminatrices, et, finalement, une extinction de l’amour instinctif de la vie : pessimisme pratique, anéantissement.

Une initiale tentation de la pensée affirme que l’homme peut se protéger de ces penchants grâce à l’idéal religieux, dans un premier temps, ou, mieux, la rationalité scientifique.

Mais la science ne suffit pas : à ces confins, la logique se dérobe. Alors pour supporter l’épouvante, on convie la protection et le secours de l’art : c’est la connaissance tragique.

L’instinct humain de survie pousse inéluctablement à s’attacher à l’existence. Cet attachement se décline en trois modes opératoires possibles :

• Quête effrénée de la connaissance, entêtement de pouvoir se guérir de la plaie éternelle de la vie grâce au savoir : culture occidentale (Rationalité)

• Fascination pour le voile de beauté de l’art : culture orientale (Spiritualité)

• Consolation métaphysique en considérant que sous les apparences, la vie éternelle poursuit son cours : culture tragique (Transcendance)

Les cultures sont un dosage de ces trois influences. Le monde moderne est plutôt dominé par la culture occidentale.
Mais la culture occidentale exige une classe d’esclaves dont elle nie l’existence, par de belles paroles trompeuses de “dignité de l’homme”, “dignité du travail” : quand ces paroles sont usées, elle s’achemine vers l’anéantissement.

Les damnés de la terre, “contaminés” par l’optimisme occidentale, ont appris à regarder les injustices et veulent se venger. Les religions “blafardes” n’y peuvent rien.

De ce fait la culture occidentale porte en elle les germes de sa destruction, et finira par s’écrouler quand elle devient illogique : c’est-à-dire lorsqu’elle recule devant ses propres conséquences.

D’autre part une tentation de la pensée a pointé les limites de la science et a introduit la culture tragique, où la qualité suprême n’est pas la science, mais la sagesse.

Mais la Volonté de puissance commune à l’humanité est aveugle et irrationnelle. Elle est à l’origine de la « guerre à mort – guerre sans trêve -que se font les individus » et du « conflit éternel et réciproque des phénomènes des forces naturelles ». C’est une lutte constante de tous les phénomènes des forces de la nature, de tous les individus organisés qui se disputent la matière, le temps et l’espace.

L’homme est en effet convaincu de son individualité propre et agit de manière à conserver et à imposer cette volonté qu’il croit sienne, ce qui provoque l’égoïsme, le désir et donc la souffrance. Il faut dès lors prendre conscience du caractère illusoire de sa propre individualité pour retrouver l’unité profonde de la Volonté universelle.

Faut-il alors se réclamer d’une philosophie de l’affirmation, qui justifie positivement le conflit, de désordre et la destruction comme des aspects nécessaires de la vie – sans recourir à l’idée d’un quelconque « arrière-monde » où tout se ferait éternellement la paix ?

Faut-il croire aussi en la primauté du devenir, du changement et de la différence sur l’être, la permanence et l’identité à soi ? Et que La « guerre » vaut mieux que la « paix », la passion l’emporte sur la raison, l’illusion de la volonté et la création sur le savoir.

Ne pouvant échapper ni aux guerres, ni aux folies destructives, déchirée entre deux extrémités, les crises de démence, le délire et la raison, la vérité et le mensonge, l’amour et la haine, la lumière aveuglante et l’obscurité absolue ; égarée dans un exil absolu, sans début ni destination, implorant un arrière-monde qui à jamais s’est muré dans un silence sidéral et que la raison se fourvoie à déchiffrer, l’humanité ne cesse de rêver de sa délivrance : Le Gouvernement des âmes, réminiscence d’une mythique réviviscence et Graal de tous les Prophètes et Sages d’hier, d’aujourd’hui et à venir !

Si Se penser, est l’acte fondateur de ce Gouvernement des âmes, alors, Concevoir un monde qui désavoue l’aliénation est son unique programme ; et en final, Conjurer l’absurde et l’illusoire, est son indivisible objectif !

Khaled Boulaziz


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