Édition du
18 November 2018

LETTRE INEDITE  DE SI MOHAMED BOUDIAF A TELLA AMOR -1986

Mr Tella Amor est un moudjahed, compagnon de Mohamed Boudiaf.
Rédaction LQA.

________________________

Kenitra,  le 28 octobre 1986

Cher Si Amor,

Je viens de recevoir ta lettre en recommandé et elle m’a occasionné une grande joie en me rappelant qu’il existe encore des Algériens fidèles au souvenir est encore capables d’engager une action pour l’intérêt général.

J’ai tenu à t’écrire de ma main pour te dire l’estime que je garde pour tous ceux qui, en dépit de l’éloignement et du temps, nourrissent  encore l’espoir des jours meilleurs. Je me dois en conséquence d’être franc avec toi comme je le serai avec tous les frères qui osent encore poser le problème de l’avenir national. Il fut un temps où personnellement je croyais en la résurrection du militant algérien et en sa capacité de lutte et cela a duré plus de dix huit ans. Depuis la mort de Boumediene, exactement en 1980, mes amis et moi-même après un examen de la  situation au pays, avons pris la décision de nous arrêter, non pour nous rallier à un régime quelconque, mais pour nous permettre de nous faire une idée plus juste de ce qui se passe chez nous. Depuis, tout en restant en contact les uns avec les autres nous suivons la situation et ses développements sans nous engager, tant que la grande masse du peuple algérien ne prend pas conscience de la catastrophe qui la menace. Il faut dire honnêtement que dès 1962 l’Algérie était mal partie.  A cela il y a certes des causes aggravées par la rente pétrolière, l’invasion du champ politique par des individus sans foi ni loi comme tu le dis si bien, la prédominance du facteur matériel et la course aux richesses, toutes ces raisons on bouleversé la société algérienne, anéanti les principes et la solidarité au point où il est devenu hasardeux de savoir ce qui arrivera demain face à une situation pareille.  Il est préférable de laisser les contradictions nées de l’indépendance, se multiplier jusqu’au moment où se peuple  se ressaisira  pour commencer à se poser des questions sur son passé et son avenir. Tant que ce moment,  qui n’est pas loin n’arrive pas il est inutile de se dépenser en pure perte.  Personnellement je n’ai jamais perdu confiance dans ce peuple et c’est pourquoi il faut avoir la patience d’attendre et de se refuser  à toute compromission avec les uns et les autres.  Comme je te l’ai dit, le pouvoir a essayé de me persuader de rentrer, ce que j’ai refusé catégoriquement comme j’ai refusé de m’allier avec des personnes qui ont participé activement dans un passé récent à l’instauration du système que nous connaissons et qui n’a pas fini de ruiner notre pays. Avec le tarissement des revenus, le choc des ambitions, les divisions des Clans au pouvoir il faut s’attendre à des lendemains qui ne chantent pas. Tout militant sincère, sans se désintéresser de son pays et de son avenir se doit de rester calme, d’éviter les compromissions et de se mettre en position d’intervention quand les facteurs de changement se préciseront et prendront enfin le sens de redressement. Ma position est celle-ci.

C’est pourquoi mon cher Amor, je te demande de garder le contact, de m’écrire quand tu le peux en priant Dieu de nous aider dans l’accompagnement de notre devoir dans l’intérêt de ce pays que nous aimons et pour lequel des hommes honnêtes et intègres, en dépit des vicissitudes du temps et de la faiblesse des hommes, sont encore capables de sacrifier  ce qu’il leur reste de vie pour son bonheur et sa prospérité.      Sur ce, je te dis mon salut fraternel et au plaisir de te lire.  Quant à venir en France d’où je suis interdit de séjour depuis des années, il n’est pas question. Au moins eux n’oublient pas comme les nôtres.

Affectueusement

BOUDIAF  Mohamed


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7 Commentaires sur cet article

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  • Salah-Eddine SIDHOUM
    30 juin 2018 at 22 h 30 min - Reply

    « Comme je te l’ai dit, le pouvoir a essayé de me persuader de rentrer, ce que j’ai refusé catégoriquement comme j’ai refusé de m’allier avec des personnes qui ont participé activement dans un passé récent à l’instauration du système que nous connaissons et qui n’a pas fini de ruiner notre pays. » écrivait Mohamed Boudiaf, Rahimahou Allah, en 1986 à son compagnon de lutte.
    Comment se fait-il que 6 ans plus tard il acceptait de rentrer et de cautionner un Coup d’Etat d’anciens sous-officiers « déserteurs » de l’armée coloniale, pour sauver leur Algérie des privilèges et qui lui ont fait avaliser les très graves atteintes aux droits de l’homme (arrestations massives, tortures et déportations dans les camps du Sud), une première violence qui provoquera une contre-violence des islamistes et l’embrasement du pays?
    Autant de questions lancinantes que nous continuons à nous poser.




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    • mohamed
      1 juillet 2018 at 3 h 29 min - Reply

      A mon humble avis, il a été berné par des hommes de qui il gardait une estime et un souvenir de patriotisme en ignorant que ces mêmes hommes sont devenus le contraire de ce qu’il pensait d’eux.

      Le deuxième facteur était son courage, sa hargne contre la trahison et son caractère rebelle et lutteur.

      Il a sous-estimé la puissance des traîtres qu’il voulait combattre et la faiblesse des hommes qui avaient sa confiance.

      Mitterand rancunier et haineux a bien eu sa revanche sur l’un des hommes qui ont ébranlé la
      France.

      Il a rejoint ses glorieux compagnons en luttant pour ne pas mourir dans son lit.

      Le Wali actuel de Annaba a-t-il la conscience tranquille ?




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  • Mohand
    30 juin 2018 at 22 h 37 min - Reply

    Un homme honnête,incorruptible athe yerheme rebi.




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  • Azedine yahiaoui
    30 juin 2018 at 23 h 11 min - Reply

    Le plus regrettable etle plus condamnable dans cette macabre histoire dont l’acteur principal est malheureusement cette icone de la lutte contre le colonisateur estque apres un long jeun de pratique de politique et d’exercice de pouvoir par conviction malgré les tentations ce bonhomme n’a pas trouvé mieux pour rompre son jeun que la chair et le sang de ses concitoyens dont il vantait les mérites de bravoure et de nationalisme et s’associait ouvertement à son émancipation de cet junte militaire qui n’avait que trop duré.
    Condamnable et incompréhensible tout autant l’attitude des supporters de l’homme et de de ses actes l’ayant applaudi durant toute la durée de son exercice du pouvoir et à ce jour faisant ainsi fi des souffrances inouis que subissait une large majorité du peuple algérien qui n’avait fait que son devoir de vote qui finalement n’ouvrait route que pour l’enfer sous le nouveau patron importé in extremis du maroc pour sauver la république croyant la sauver et gérer commme une usine de briques.
    Maintenant que l’homme est entre les mains du juge suprême, les victimes, elles continuent toujours de ruminer l’amertume d’un rêve devenu cauchemar et attendent toujours quejustice soit faite.




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  • Brahim Younessi
    1 juillet 2018 at 13 h 25 min - Reply

    Bonjour,

    « Comme je te l’ai dit, le pouvoir a essayé de me persuader de rentrer, ce que j’ai refusé catégoriquement comme j’ai refusé de m’allier avec des personnes qui ont participé activement dans un passé récent à l’instauration du système que nous connaissons et qui n’a pas fini de ruiner notre pays. » (Extrait de la lettre que Mohamed Boudiaf adresse à son ami)
    Tout autant que Ben Bella, Khider, Bitat et Hocine Aït Ahmed, ses compagnons de prison, Mohamed Boudiaf est un artisan du système que nous connaissons. Non seulement, Mohamed Boudiaf en est un des artisans, mais l’a fortement aidé à se régénérer en janvier 1992, après qu’il eut accepté de prendre la tête de l’illégitime et illégal Haut Comité d’Etat, lequel va instaurer un régime de Terreur.
    Mohamed Boudiaf, que Dieu lui pardonne, a, en effet, refusé de s’allier et de travailler avec Ahmed Ben Bella auquel il vouait, pour le moins, une rancune tenace. Bien avant l’indépendance, les deux hommes n’avaient aucune sympathie l’un pour l’autre et se disputaient le leadership. Entre Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf, il s’agissait avant tout d’un conflit personnel et, accessoirement, de divergences politiques. Il me semble que ce qui séparait et a séparé, politiquement parlant, Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella est nettement beaucoup plus lourd au point que le premier a pris les armes en 1963 contre le second. Et malgré cela, les deux hommes se sont alliés en 1985 pour l’instauration de la démocratie en Algérie. Les clichés de 1962 résistent encore au temps, à la réalité des faits et des événements ainsi qu’à l’analyse la plus objective de ce qui s’était passé. Ben Bella n’était pas le seul à avoir soutenu publiquement l’état-major de l’ALN destitué par le président du GPRA ; le démocrate et « libéral » Ferhat Abbas, premier président du gouvernement provisoire, aussi ; des membres éminents des Oulama, à l’instar de Cheikh Kheiredine, représentant du FLN au Maroc, s’étaient désolidarisés avec Benyoussef Benkhedda. L’ancien président de L’UDMA déclarait dans « Le Monde » du 8 et 9 juillet 1962 que « le conflit au sein du GPRA [était] un conflit de personnes, sans plus. » Benkhedda confirmait le 4 août 1962 dans le même journal les propos de son prédécesseur. M’hamed Yazid aussi l’a dit le 15 juillet à la radio : « Les divergence [se portent] sur la direction et sur les hommes qui doivent la composer. » Il estimait que « cette question était secondaire dès lors qu’il exist[ait] un accord sur l’orientation politique et sur les objectifs que doit se fixer la révolution à long et court terme. »
    Mohamed Boudiaf déclarait, de son côté, dans « Le Monde »du 20 juillet 1962 que la « crise [était] liée aux difficultés de reconversion de notre organisation, de nos méthodes, de notre mentalité et aussi de notre encadrement… Impatience, rancœur, ambition [n’en avait-il pas lui-même ?] sont, à mon avis, disait-il, certaines des causes qui ont précédé la crise ; autrement comment expliquer, se demandait-il, cet étalement de nos affaires sur la place publique ? ». Selon les propos même de Mohamed Boudiaf, le conflit n’était pas un conflit d’orientation politique, un conflit entre des démocrates dont il aurait fait partie et des partisans de la dictature que Ben Bella aurait incarnée. Mohamed Boudiaf, comme d’autres leaders de la Révolution, n’avait pas accepté le rôle qui lui était dévolu au sein du Bureau politique formé à Tlemcen et à l’Assemblée constituante.
    Je ne vais m’étendre ici sur tous les événements qui ont aggravé la crise de 1962, notamment la prise par les armes de la « zone autonome » par les partisans du GPRA, mais témoigner, et Mohamed Boudiaf le reconnaît, que celui-ci avait été sollicité par Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella pour rejoindre l’alliance MDA/FFS.
    Cette position de refus de débattre avec les autres composantes de l’opposition et de former avec elles une alliance politique contre le système, Mohamed Boudiaf l’a, en vérité, toujours eu.
    Ramdane Redjala écrit, dans son livre « L’opposition politique en Algérie » qu’en « 1979, Hocine Zahouane avait proposé au PRS/CNDR de débattre, publiquement ou non, des questions importantes qui ont surgi au cours des trente dernières années, il s’est heurté à un refus qui indique que les dirigeants de ce parti n’étaient pas prêts à confronter leur perception des événements à celle des autres. » (p.16)
    Si, en effet, Mohamed Boudiaf – ces mots « jamais je ne travaillerai avec Ben Bella, jamais je ne travaillerai avec Ben Bella raisonnent encore à mes oreilles – avait catégoriquement refusé de rejoindre l’alliance MDA/FFS en 1985, le Parti de la Révolution socialiste animé par Amine Benmansour avait assisté, en tant qu’invité, au congrès constitutif de notre parti, le Mouvement pour la Démocratie en Algérie tenu les 26 et 27 mai 1984. Dans l’allocution qu’il avait prononcée, A. Benmansour avait salué « le choix de la démocratie, du multipartisme, de la liberté d’expression, de réunion et d’association, le respect des droits fondamentaux ». Il se réjouissait que le MDA appelle à la « création d’un large front démocratique ouvert à toutes les familles politiques sans exception, à toutes les sensibilités politiques décidées à œuvrer pour l’avènement d’une authentique démocratie en Algérie. » Il faut croire que Mohamed Boudiaf n’était pas sur cette ligne dès lors qu’il choisit de répondre à l’appel des auteurs du coup d’Etat du 11 janvier 1992, lesquels ont tué dans l’œuf la révolution démocratique à l’œuvre depuis octobre 1988 grâce au sacrifice de la jeunesse algérienne dont veulent profiter aujourd’hui ceux qui ont appelé l’armée à intervenir pour interrompre le processus démocratique et à vider de tout leur sens le suffrage universel et la citoyenneté prise en otage par une poignée de personnes connues pour avoir servi le système et le putsch.




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    • Alilou
      3 juillet 2018 at 22 h 13 min - Reply

      A mon humble avis de zero pointé en histoire que le fantôme de abane ramdane les hante tous..

      Ce que l’on appel jumper du lit avec ses deux pieds gauches




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  • Malek
    25 juillet 2018 at 14 h 29 min - Reply

    @ M.E Sidhoum

    A mon humble avis, la violence a commencé bien avant 1991.
    Dans la mouvance islamiste, il y avait des extrémistes qui préparaient le « djihad ».
    Je ne parlerait pas de Bouali et de l’assassinat de L’étudiant de ben-aknoun, ni de l’attaque de guemmar et bien d’autres dépassements d’ignards qui convoitait le pouvoir.
    Je ne dédouane pas ce pouvoir maffieux et assassins qui a usé de violence dès 62, voire 58.




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  • Congrès du Changement Démocratique