Édition du
21 September 2018

Quand les responsables font leur “Carnaval fi dechra”

TSA

Depuis maintenant plus de deux décennies, “Carnaval fi dechra”, le film culte de Mohamed Oukaci avec Athmane Ariouat interprétant à merveille les clowneries de Makhlouf El Bombardi, un maire d’une commune de l’Algérie profonde des années 1980, est invoqué à chaque fois qu’un homme public se donne en spectacle par des niaiseries incompatibles avec son statut.

El Bombardi se rappelle régulièrement au bon souvenir des internautes algériens qui rivalisent de parodies, pour faire rire et amuser sans doute, mais aussi pour mettre le doigt sur des absurdités nuisibles à la collectivité et à l’image de leurs auteurs.

Des comportements tellement répandus qu’on comprend bien aujourd’hui pourquoi le film, sans être un chef d’œuvre cinématographique, a presque fait oublier les grandes œuvres du cinéma algérien, comme les Vacances de l’inspecteur Tahar ou le très sérieux Chronique des années de braise.

Rabah Madjer et son célèbre « Allo Porto » oubliés, c’est un wali de la République qui devient la risée du web algérien depuis quelques jours. Celui de Mila précisément qui a récemment inauguré en grande pompe une piscine.

Rien d’anormal que la réception d’un espace de loisirs fasse l’événement dans une région fortement dépourvue de telles infrastructures, de surcroît au tout début de la saison estivale.

Sauf que l’ouvrage dont a bénéficié la commune de Sidi Merouane n’est ni olympique ni semi-olympique. Ni même de la taille d’une piscine privée. Il s’agit en fait d’une bassine en plastique longue et large d’à peine quelques mètres.

Ce qui n’a pas empêché le wali Ahmedi Ahmed Zineddine d’ameuter tout ce que compte la wilaya comme « autorités locales », correspondants de presse et troupes de cavalerie et de zorna.

Sans oublier le désormais incontournable poster géant du président de la République. De qui se moque le vénérable wali ? De la population, des « autorités civiles et militaires » présentes, des représentants des médias, de sa hiérarchie ou carrément de lui-même ?

Quoi qu’il en soit, les mauvaises langues « virtuelles » assurent que la « réalisation » de notre wali, prise d’assaut par les adolescents de la ville, n’a pas tenu plus d’une journée. Ahurissant tout de même, non pas que les parois en plastique aient cédé devant les plongeons et gesticulations des bambins au bout de seulement quelques heures, mais qu’un responsable de ce rang puisse faire preuve de tant de légèreté et d’ingénuité.

Inquiétant aussi car la sortie du wali de Mila est loin de constituer un cas isolé. Aux quatre coins du pays, il a été fait état de projets inaugurés plusieurs fois, souvent par un responsable local puis par un autre de rang supérieur. Alors que le web s’enflammait pour le ridicule dont s’est couvert le premier magistrat de la wilaya de Mila, le ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zaâlane, était à Béjaïa pour inaugurer « symboliquement » l’échangeur dit des « quatre chemins », pourtant mis en service il y a plus d’un mois.

Ouvrons une parenthèse pour dire qu’au lieu de s’égosiller, le ministre aurait sans doute mieux fait de s’excuser de l’incroyable retard mis pour livrer un ouvrage qui n’a rien de pharaonique, dans une ville qui, il y a plus de 2000 ans, buvait l’eau ramenée de Toudja via des aqueducs géants.

La même chose peut être dite des travaux du tunnel de Sidi Aïch dont la lenteur ajourne la livraison de la pénétrante autoroutière que toute la population de la wilaya attend avec impatience depuis maintenant des années, alors que, non loin de là, du côté de Kherrata, des tunnels trois fois plus longs ont été creusés à coups de pioche il y a plus d’un siècle.

On a aussi vu de menus travaux de réfection présentés comme de grandes réalisations, des opérations de distribution de logements sans eau ni électricité couvertes par les médias comme ils le feraient pour un événement majeur dans la vie de la nation.

L’obsession des feux de la rampe est telle que certains responsables, quand ils daignent mettre la pression sur les entreprises en charge de réaliser des projets, d’envergure ou insignifiants, ce n’est pas pour abréger les souffrances de leurs administrés mais pour le plaisir de découper une fine bande de soie aux couleurs nationales devant le crépitement des appareils photo.

Le système de gouvernance en Algérie, à l’échelle locale ou nationale, est ainsi fait. On mise tout sur la communication et la visibilité médiatique et on oublie l’essentiel, soit la programmation de projets intégrés de nature à améliorer réellement le quotidien des citoyens, le suivi de la qualité des travaux, la réduction des coûts et des délais…

Une communication verticale qui n’a pas pour cible les administrés comme on peut le penser, mais destinée d’abord à plaire en haut lieu. Ce sont bien les mêmes responsables locaux qui s’empressent de ravaler les façades et de bitumer les routes à la veille d’une visite ministérielle ou présidentielle. Les mauvaises langues, encore elles, jurent que dans une wilaya du sud du pays, le même scanner est trimbalé d’hôpital en hôpital à chaque visite d’un responsable de haut rang. Ce que peut penser un ministre est tout de même plus important…


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5 Commentaires sur cet article

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  • Samoucha elfergani
    4 juillet 2018 at 13 h 27 min - Reply

    Wdjouh el bakhs




    3
  • mohamed
    4 juillet 2018 at 15 h 49 min - Reply

    Voilà comment sont choisis et sous quels critères sont nommés les « irresponsables » de notre cocalgérie !

    C’est à l’image de fakhamoutou et « bliss » (notre Frankenstein) son ange-gardien.

    Tant qu’on attend pas ces gens avec des tomates et des oeufs bien pourris. –




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  • Dria
    4 juillet 2018 at 18 h 47 min - Reply

    la dernière image reflète merveilleusement la situation de l’Algérie, après notre réveil tardif. Les responsables de la catastrophe (comme les officiels qui ont inauguré cette piscine) seront loin pour évaluer les dégâts.Et nous autre le peuple (comme ces enfants au centre de ce vestige ) se rendront compte qu’il est trop tard pour changer la donne.

    Des responsables qui usent de plastique pour faire le bonheur des enfants algériens, c’est légitime pardi. Mais il ne faut point s’étonner si ces mêmes responsables opteront pour des poupées en plastiques pour faire le bonheur de ces mêmes enfants devenus adultes, sans emplois, sans toits et en âge de procréer….

    Khmiss w kmmissa fi husssad al 3uqda al khamssa …




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  • mohamed
    5 juillet 2018 at 8 h 06 min - Reply

    Un « général » de…80 ans qui distribue des grades de « généraux » à tour de bras au nom de « son fakhamatouhou » invisible tandis que les meilleurs éléments de notre armée sont virés à 45 ou 48 ans !

    Ce ventru de général dispose paraît-il d’un parc de 24 limousines et….24 chauffeurs !

    ça se passe dans quel pays à part notre cocalgérie ?




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  • Abdellah Chebbah
    15 août 2018 at 14 h 03 min - Reply

    Quand l’esprit, l’imagination, l’intelligence et la logique ne sont pas au rendez-vous, voilà ce qui en sort. Dez M3ahoum. On ne peut pas faire d’un bourricot un cheval de course.




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  • Congrès du Changement Démocratique