Édition du
23 September 2018

ÉTRANGE PAYS     

Fadila B.

Août 2018

Mon cher et adoré pays souffre depuis 56 ans d’une maladie contagieuse et inguérissable. Il est le foyer de tous les maux. Il est en même temps étrange, mystérieux, déroutant, attirant, mystique et paradoxal.

C’est le seul pays anarchique au monde où tout va de travers mais où tout fonctionne. Un pays qui a bravé toutes les conquêtes et toutes les abominables injustices. Un pays qui ne meurt jamais car son peuple en est tellement amoureux qu’il saura toujours le ressusciter. Un pays qui sait se relever plus fort et plus décidé pour en découdre avec son avenir. Ce pays aux milles et un facies a toujours sacrifié les plus vaillants de ses enfants pour renaitre.

Aujourd’hui, mon pays traverse une zone de turbulence assez grave car cette fois-ci  la maladie est purement psychique. Des séquelles persistent encore dans le subconscient de chacun. Nous n’avons plus affaire à un ennemi étranger visible mais à nous-mêmes, à notre raison d’être et à notre raison de vivre.

Nous sommes devenus les ennemis de nous-mêmes. Nous nous entretuons pour une idéologie, pour un espace sur la plage, pour un parking de voitures, pour une obsession, pour un rien.

Nous apprenons tous les jours, à travers les médias, des choses nouvelles, inusitées, qui se déroulent sous nos yeux. Nous assistons impuissants et indignés à des crimes, des viols et des kidnappings insensés.

La semaine dernière, une petite fille de 9 ans a été violée et assassinée à Oran. Il y a de cela un mois, une joggeuse a subit le même sort à Alger à 6h30 du matin. A Bougie des jeunes ont lâchement lynché  un jeune pour une place de parking de voiture. A Oran, encore une fois, un père de famille de cinq enfants s’est vu ôter la vie par des jeunes au bord de la mer pour une place au soleil. Personne n’en parle ni ne dénonce, à part les médias qui leur permet de remplir leur journal. Les espaces publics et privés ne sont plus libres. Ni l’état, ni les imams n’en parlent dans les mosquées. On parle beaucoup plus d’un cinquième mandat pour un président qu’on voudrait ressusciter. Nous avons  franchement  atteint le paroxysme de l’insanité, de la démence, de la déraison.

Ce phénomène devenu maintenant courant, échappe à l’état qui ne veut pas légiférer et aux pieux de nos mosquées qui préfèrent tourner la tête vers la Mecque. La mort sous toutes ses formes est ainsi devenue banale. Alors mourons tous.

Sous d’autres cieux où le soleil ne brille pas assez comme chez nous, des psychologues, des psychiatres, tous les psys se mettront autour d’une table pour expliquer ce phénomène et lui donner un sens. Les gens de culte appelleront à la raison et l’état à travers ses canaux de justice et ses lois se prononcera  à  travers une personnalité politique. Tout le monde sera concerné et tout le monde en parlera pendant longtemps jusqu’à ce qu’un verdict, une sentence, une résolution ou une loi viennent mettre fin à ce fléau.

Chez nous, c’est toujours, ça se passe ailleurs, pourvu que ça ne me touche pas. Mais cette fois, ailleurs  c’est  l’Algérie. L’ennemi d’aujourd’hui est Algérien.

Ce qui se passe devant nos yeux ne sont pas des faits divers mais le reflet de notre quotidien. La frustration, le chômage, la drogue,  la mal vie, l’injustice, la hogra, la corruption, la saleté, l’incivisme, le m’enfoutisme,  la fatalité, le mensonge, la tricherie, l’incompétence, la méchanceté et autant encore, nous ramène à une réalité et à une explication de ces actes.

Malheureusement, ceci n’est pas l’héritage que nous ont laissé nos parents mais c’est celui que nous laisserons aux futures générations.

            

Et ainsi mourra un pays qui ne saura pas, cette fois-ci, renaitre de ses cendres.

 

 


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3 Commentaires sur cet article

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  • Dria
    27 août 2018 at 21 h 35 min - Reply

    le Pays n’est pas étrange ce sont ces habitants qui sont étranges, nous avons accepter de laisser la pays à des algériens qui n’ont rien d’algériens. lls n’ont rien a avoir avec cette génération qui a libérer le pays. Une génération de martyr qui s’est sacrifier en pensant à des lendemain meilleur, malheureusement l’indépendance à accouché d’une génération qui s’est accaparé du pouvoir, des DAF, le groupe d’Oudjda et des Harkas, à la solde de pays étrangers comme la France et les USA…
    Ce pays n’est pas étrange bien que l’on est comme des étranger chez nous , quand ça va mal nos dirigeants pointent la main de l’étranger, quand ils ont des bobos ils se soignent à l’étranger, il n’y a rien d’étrange sauf le fait que l’on est tous au courant de ce qui se passe et qu’au lieu de réagir on continue d’écrire de décrire de rire , alors que ca s’empire c’est ce qu’il ya de plus ÉTRANGE …pourquoi on ne veut pas RÉAGIR ….




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  • Fadéla Benmebrouk
    27 août 2018 at 23 h 37 min - Reply

    Là est toute la question Monsieur ou madame Dria. C’est pour cela qu’il est étrange.




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  • lyes Laribi
    28 août 2018 at 13 h 23 min - Reply

    Étrange pays certes, vous avez oublié la qualité essentiel : l’hypocrisie. l’Algérien est capable d’importer de la cocaïne où zetla et d’y aller à la Mecque. l’Algérien est capable d’irriguer sa terre avec des égouts et de se présenter chaque vendredi à la mosquée. l’Algérien est capable de mettre ses parents dans une maison de retraite et de te parler de religion comme si c’était un apôtre. l’Algérien est capable de te nuire allant jusqu’à te détruire en prétextant que vous êtes un ennemi de l’état.
    l’Algérien est capable de shooter son propre frère (disons plutôt le doper) dans une clinique Suisse à la veille de chaque visite d’un dignitaire de haut rang pour l’exposer à la presse internationale afin de préserver ses privilèges (la dernière blague, il a eu peur du choléra et il a demandé de rentrer chez lui). Et j’en passe !!!




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