Édition du
15 November 2018

Je ne suis pas Zaoui… et c’est mon droit !

Youcef L’Asnami

Dans sa dernière chronique «  Monsieur le Président on vous aime » parue dans le quotidien LIBERTÉ du jeudi 23 août dernier, Amin Zaoui fait l’éloge de l’actuel président tunisien âgé aujourd’hui de 91 ans, 8 mois et 29 j. On est quand même loin du  « Du sommet de ses cent ans, ou presque » cité à trois reprises dans le texte.

« On vous aime Monsieur Le Président » clame l’auteur. Qui on ? Le peuple algérien ? Ses amis de facebook ?  Cette utilisation abusive d’un « ON » aussi vague qu’indigne d’un texte qui se veut éclaireur me laisse perplexe car trop affirmative et sans nuance aucune.

Après deux paragraphes creux, on arrive au top du message qu’il voulait faire passer pour nourrir son fond de commerce auquel on est devenu coutumier en somme et cette fois ci en généralisant son discours :

« Les Arabes ne sont gouvernés que par l’hégémonie religieuse. Ils sont soumis dès qu’il y a un discours religieux. Ils acceptent, sans interrogation les propos d’un imam qui n’a jamais lu un livre et refusent les idées d’un Einstein ou d’un Newton… Ils sont coléreux et insultants dès qu’ils se trouvent devant un discours rationnel temporel. ».

Bref… On s’éloigne un peu de la Tunisie ! Ma3liche !!!

Mais les tunisiens font partie du monde arabe à ce que je sache non ? Saha sidi, considérons qu’ils sont l’exception au travers leur Président comme le souligne l’auteur un peu plus loin : « Enfin un président maghrébin et arabe fait l’exception. Et parce que le président Caïd Essebsi fait l’exception, il s’est trouvé attaqué par les religieux, les salafistes et les frères musulmans d’un côté et par les politistes nationalistes opportunistes d’un autre côté. ».

J’ai aimé son « maghrébin et arabe » qui m’a arraché un sourire.  Il se trouve que Essebsi est « un descendant d’un captif d’origine sarde ». Ou hadi, Ghabatlou El Hadj Zaoui… sinon il nous aurait pondu une chronique à la gloire de la Sardaigne et contre les « Bédouins » ! Ma3liche !!!

Ce que l’auteur, qui manifestement a rédigé son texte de chez lui, sans aller sur le terrain non pas faire une enquête, mais juste tâter le pouls de l’opinion publique tout en profitant de l’incroyable reprise du tourisme dans ce pays, il aurait peut être modérer ses propos*.

D’abord lui rappeler que le gouvernement actuel présidé par Youssef CHAHED compte trois ministres du parti « islamiste » « Ennahda » qui ont la charge de :

–          l’investissement et la coopération internationale,

–          l’industrie et les PME

–          l’Economie numérique

A cela se rajoutent un ministre délégué aux réformes et trois secrétaires d’Etat tous issus du Parti « Ennahda » !

Par ailleurs,  « Ennahda » longtemps interdit, a été légalisé en mars 2011 par le gouvernement d’union nationale instauré après la révolution. Il obtient 89 députés au sein de l’assemblée constituante de 2011, qui a fait de lui la première force politique de la Tunisie à cette époque, position qu’il perdra lors des élections de 2014 mais qu’il retrouvera en 2016 avec 69 députés sur les 217 que compte l’Assemblée et 67 pour le Parti présidentiel « Nidaa Tounes ».

De ce fait, le parti « islamiste » fait partie intégrante de la gouvernance en Tunisie aussi bien au niveau législatif qu’au niveau de l’exécutif.

Alors d’où viennent ces attaques des  «  religieux, les salafistes et les frères musulmans » ? Qui sont ils ? Sont ils organisés ? M. Zaoui ne nous le précise pas.

En plus des éléments cités plus haut, il faut rappeler à M. Zaoui que l’article 1 de la Constitution tunisienne non amendable stipule que « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion, l’arabe sa langue et la République son régime. »

Tout porte à croire que l’auteur s’appuie sur une déclaration du Caïd Essebsi qui date de sa campagne présidentielle de 2014, pour faire passer son nième message tronqué.

Quant aux récentes déclarations du Président tunisien relatives à son souhait de modifier les règles relatives à l’héritage et l’abrogation de la circulaire interdisant à une femme tunisienne d’épouser un non musulman, elles ne sont, à ce stade, que de vagues intentions soumises à un comité qui devrait faire des propositions de concrétisation. Compte tenu du poids des représentants des différents partis au parlement tunisien, il y a peu de chances que le principe d’égalité entre hommes et femmes dans l’héritage soit adopté.

En réalité, et pour avoir passé un court séjour en Tunisie ce mois ci, et discuté avec de nombreux tunisiens, je n’ai pas ressenti que ces deux problèmes cités comme exemples soient la préoccupation majeure des tunisiens.

Le citoyen tunisien moyen semble plus souffrir de la crise économique que traverse son pays que de ces débats byzantins même s’ils restent, pour une partie de l’opinion, des débats importants.

La loi des finances 2018 a prévu de nombreuses hausses de taxes existantes et la création de nouvelles taxes comme la taxe de résidence d’un montant de trois dinars sur tout nuitée d’une personne de plus de 12 ans résidant dans les hôtels ou la création d’un « contribution sociale généralisée » pour renflouer les caisses de la sécurité sociale.

L’alourdissement de la fiscalité intervient également dans un contexte maqué par une inflation non maîtrisée estimée à 6 % par certains économistes, et un taux de chômage qui avoisine les 30 % chez les jeunes.

Selon ces mêmes économistes, le déficit budgétaire est estimé à 6 % du PIB et la dette publique à 70 % de ce m^me PIB ! Enorme quand on connaît les ressources de ce petit pays. Et la réelle reprise du secteur touristique ne suffira certainement pas à les absorber. : une course moyenne en taxi dans le centre ville vous est facturée entre 30 et 60 centimes d’euros. Le prix d’un bon repas dans un restaurant de moyenne gamme ne dépasse pas les 6 euros (20 DT). Ce seraient les russes qui sont les plus nombreux à visiter la Tunisie et la plupart opterait pour la formule « all inclusive » c’est-à-dire que le prix de la chambre intègre la nourriture, les boissons et une sélection plus ou moins importante d’activités annexes. De ce fait, « ils dépensent peu et les retombées économiques sur le citoyen restent modestes » d’après un taxieur tunisien. .

Le FMI, comme à son habitude continue d’octroyer des prêts à la Tunisie subordonnés à des exigences de réforme drastiques difficilement supportables par le tunisien moyen.

Si les progrès politiques sont incontestables en Tunisie depuis la chute de Benali, il reste beaucoup à faire sur le plan économique. Ce que le gouvernement actuel de coalition a du mal à gérer. Certains tunisiens considèrent que les dernières déclarations de Caid Essebsi sur l’héritage ne sont qu’une opération de com destinée à préparer son éventuelle  candidature à un second mandat pour 2019.

Et enfin, M. Zaoui devrait quand même nous rappeler que le Président tunisien, malgré tout ce qu’on lui prête comme succès et échecs, reste un cacique du pouvoir surtout sous le règne de Bourguiba, mais aussi, moindre certes, que celui de l’ex Président Bénali occupant le siège de Président de la chambre des députés dans les années 90.

Sous le règne de Bourguiba, on lui attribue, comme directeur de la sûreté nationale ou ministre de l’intérieur de nombreuses exactions sur les tunisiens.

Tout cela relativise les propos caricaturaux de l’ « éclaireur des consciences » qu’est M. Zaoui. D’où mon droit de ne pas me reconnaître dans ces écrits. Hada Makane !

  1. Je viens de passer une semaine en Tunisie et visiter 4 villes très touristiques. J’atteste sur l’honneur qu’a aucun moment, je n’ai été victime d’une agression verbale, physique ou comportementale. Et je ne suis pas le seul. J’ai croisé de nombreux algériens dans ce pays qui semblaient passer leurs vacances le plus tranquillement du monde. Les tunisiens nous reconnaissent immédiatement à notre accent. Et partout où j’ai été, les « marhba bikoum» ont été la règle

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10 Commentaires sur cet article

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  • benabbes
    27 août 2018 at 18 h 06 min - Reply

    Amin Zaoui, meme s’il est médiocre, il est meilleur que les partisans su statu quo, ceux qui n’acceptent la critique des comportements catastrophiques, l’immobisme social et intellectuel de beaucoup de musulmans, en lui opposant une religion, l’Islam  » meilleure religion, non tronquée et non pervertie… » Alors si on critique Amin Zaoui, Kamel Daoud, et meme d’autres avant eux, comme Mohamed Arkoun ou Kateb Yacine, que peut – on proposer pour sortir du marasme, et comment utiliser l’islam et ses versets pour etre comme tout le monde, européen asiatique ou américain en matières de progrés et de developpement




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    • Samir
      27 août 2018 at 18 h 22 min - Reply

      Avez vous lu le texte ? L’Assanmi rapporte des constats et faits vérifiables. Il ne s’attaque à aucun moment à l’homme mais à ces ecrits en nous eclairant sur la situation économique de la Tunisie, pays frère où les islamistes sont encore influents. Il ne s’agit pas de ne pas accepter la critique. La situation economique de la tunisie semble etre plus importante que le débat sur l’héritage.
      zaoui fait trop d’expoltaions et rapporte tout à lislam et les arabes sans jamais dire ce quil faut faire




      7
  • Abdellah Chebbah
    27 août 2018 at 18 h 49 min - Reply

    Je ne suis ni Zaoui ni l’Asnami. Je suis un Algérien qui s’inquiète de son pays. Au moment où ma demeure risque de prendre feu, mes compatriotes s’inquiètent de la demeure des voisins. Entre 1988 et 2000 quand mon pays était enflammer de tout côté, certains s’étaient réjouis et même souhaités. Moi je n’oublies pas.




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    • Redha H.
      27 août 2018 at 20 h 16 min - Reply

      99 % des articles que j’ai de M. Lasnami parlent de l’Algérie. Le mettre au même niveau que zaoui m’interoge. c’est zaoui qui parle de la tunisie et M; lasnami lui répond.
      C’est vrai que l’Alégrie brule mais ou est la solution ? qui sest réjouis de notre situation entre 88 et 2000 les tunsiens ? c’est le seul pays ou on pouvait y aller sans visa.




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  • HANIFI
    28 août 2018 at 13 h 07 min - Reply
  • setta
    31 août 2018 at 10 h 09 min - Reply

    quand le pays etais enflamer personne ne se rejui votre dicour et celui du pouvoir




    0
  • Abderrahmane Bendaoud
    1 septembre 2018 at 11 h 54 min - Reply

    Quelques remarques :
    – « On » en français est indéfini et donc peut s’y ajoindre que ceux qui le veulent, les autres, libre à eux ;
    – Aller du général (les régimes arabes) au particulier est un effet de style commun et n’a rien d' »anormal » ;
    – « le descendant d’un captif sarde » mais maghrébin et arabe quand même ! Car qui d’entre-nous (habitants nord-africain) peut jurer devant Dieu qu’il n’a pas de sang amazigh, romain, vandale, phénitien, sarde, espagnol, arabe, français, etc etc etc (ex. voir les histoires sur les hollandaises échouées à coté du Chanoua – Tipaza – et épousées par les autochtones). Sinon, Mr L’Asnami (qui utilise un pseudo à l’inverse de Zaoui), dites nous qui est maghrébin arabe et qui ne l’est pas.
    – Pour le vérité de terrain, je vous prierai de lire les écrits des principaux leaders d’Ennahda (Ghennouchi, Mourou, etc..). Ils ne sont pas salafistes, et ils acceptent d’être dans un gouvernement sous l’autorité d’un président qui est ouvertement laïc ;
    – les problèmes économiques de la Tunisie viennent justement des attentats islamistes salafistes fanatiques et d’un pouvoir précédent autoritaire et policé qui ressemble comme deux gouttes d’eau au notre actuel. La tunisie avec peu de moyens se débrouille beaucoup mieux que beaucoup de pays arabes beaucoup mieux lotis. Et ceci grâce à la politique de Bourguiba (de l’aveu même d’Ennahda – qui est un parti pragmatique et dont l’élite est plutôt soufie que salafiste (voir leurs écrits).
    – les tunisiens sont plus éduqués et civilisés que nous (dans le sens de l’existence d’une classe moyenne citadine et citoyenne à l’avant grade d’une société civile vivante)




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  • Rahim
    2 septembre 2018 at 0 h 15 min - Reply

    Pourquoi perdre son temps à répondre à des gens qui bien que capables de simuler des écritures, cependant ouallah el aadhim pas capable de développer la moindre analyse correcte, au fait moi je crois qu’ils sont des déficients mentaux qui, dans un pays en désordre total, profitent pour se positionner en intellectuel.
    Facile de se mettre à la même position de leurs maîtres, insulter et critiquer l’islam, les musulmans et les arabes de façon qui laisse croire qu’ils ont la même capacité de réfléchir ou qu’ils partagent quelque chose en commun avec eux (leur maîtres).
    Ces pseudo-intelects, trouvent aussi facile d’humilier des millions de leur concitoyens mais en aucun cas n’osent ouvrir leur bec pour dire un mot sur des hauts responsables qui ont importé la cocaïne au pays. Gentiment, j’aimerais leur dire, allez faire quelque chose d’autre que vous maîtriser et surtout arrêtez l’imposture.




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  • still
    6 septembre 2018 at 22 h 30 min - Reply

    Quelqu’un que Zaoui aurait en grande estime lui aurait soufflé qu’il était un grand écrivain, un écrivain accompli. Alors Zaoui s’est cru irréprochable et s’est mis à écrire et écrire sans se donner la peine de se relire avant de se faire publier. Ceux qui le publient font probablement partie de ses inconditionnels

    Youcef L’Asnami serait tout simplement jaloux de cet ecrivain (que son) talent-tue… euh




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  • bendi
    12 septembre 2018 at 18 h 27 min - Reply

    Bonsoir,
    Quelle polémique!
    Où plutôt quelle chaklala!
    Chacun est libre d’éructer ce qu’il veut, mais ou est la valeur ajoutée? Walou!
    De la rhétorique plein les narines.
    Mr l’Asnami , vous aimez vous n’aimez pas, on s’en balance, monsieur Zaoui est bon pas bon on s’en balance aussi.
    YAW HANIOUNA




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