Édition du
15 November 2018

Halte à la falsification de l’Histoire !

Le régime illégitime vient de censurer un film relatant la vie et le combat de Mohamed Larbi Ben M’Hidi, un des membres fondateurs du FLN. Une des « réserves » exprimées par les experts-censeurs est d’avoir parlé du conflit et de l’incident du Caire entre Ben Bella et Ben M’Hidi.
Pour l’Histoire , nous reproduisons des extraits du livre d’Yves Courrière, l’un des tous premiers journalistes à s’être intéressé à la « guerre d’Algérie », sur cet incident entre les 2 hommes.

 

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Yves COURRIÈRE, La guerre d’Algérie.

Editions Fayard.

« Au cours d’une réunion qui se tint au domicile de Khider,rue Salamalik , les différentes tendances devaient vivement s’affronter. Autour de la table de salle à manger, après un bref déjeuner, le DR Lamine, Aït Ahmed, Ben Bella, Khider, Boudiaf, Ben M’Hidi et Ali Mahsas décidèrent de crever l’abcès. Le DR Lamine, qui arrivait d’Alger pour superviser la délégation de l’extérieur, attaqua le premier :

« Je suis navré de vous dire que cela ne va pas chez vous. Tout l’intérieur est au courant de vos dissensions, ce qui n’est pas fait pour remonter le moral des combattants qui, je vous le rappelle, souffrent dans les maquis. .. »
C’était la première allusion au confort -mêmes médiocre – dont jouissaient les représentants F.L.N du Caire. Lamine mit en cause Ben Bella.
« Tu as choisi pour t’occuper de la logistique. Tu as fait des promesses. Alors ? .Où sont les armes ? Quel est le travail accompli ?

-Mon rôle a été également de nous assurer du soutien de l’Égypte ! Protesta Ben Bella.

-Sur ce point, je sais que tu réussis personnellement, si les résultats matériels ne sont pas très brillants. »[…]

« La révolution manque d’armes , poursuivit -il, de munitions, de moyens. Elle risque d’être étouffée par votre faute. Mais ça va changer. Je suis porteur d’un mandat de l’intérieur qui me donne carte blanche pour faire démarrer efficacement l’aide à notre mouvement ! »
Abane et l’intérieur avaient nommé Lamine chef de la délégation extérieure ! C’en était trop pour Ben Bella qui voyait ses efforts pour être reconnu comme chef de la révolution réduits à néant. Il oublia ses velléités de commandement suprême pour se retrancher derrière le principe de collégialité.

« Je n’admets pas cette décision prise par l’intérieur , s’écriat-il, cela repose tout le principe de la direction de notre mouvement. Je vous demande de réaffirmer solennellement les grands principes de collégialité et de coordination qui nous ont guidés depuis le 1er novembre ! »
On prit bien sûr une résolution solennelle, mais Ben Bella n’était pas au bout de ses peines.
Aït Ahmed demanda à brûle-pourpoint des nouvelles de Saïd Turki, représentant du F.L.N. à Tripoli où Ben Bella avait envoyé son ami Ali Mahsas pour monter une base logistique d’aide à l’Est algérien.
« On l’a liquidé, répondit Ben Bella.
-L’avez-vous jugé ? Insista Aït Ahmed.
-Non. Pas besoin.
-Que lui reprochiez – vous ?
-Messaliste.
-C’est faux. Et toi, pour une fois, tu devrais t’expliquer un peu plus longuement. Si cette accusation grave était fondée, on devrait prendre la décision ensemble en vertu de cette fameuse collégialité derrière laquelle tu te réfugiés quand ça t’arrange .Mais pour l’instant , c’est toi qui diriges à ta façon ! »
Plutôt que de répondre Ben Bella décida de se mettre en colère.

« Et si c’est comme ça, hurla-t-il, je m’en vais. Ce n’est pas ainsi qu’on fait la révolution !

-Je voudrais bien savoir, dit Aït Ahmed, si ici il y a des responsables à part entière ou bien des « responsables auxiliaires » ! On ne peut pas liquider, sur ordre d’un seul, un militant qui depuis longtemps a fait ses preuves. »
Ben Bella dont le visage mat et plein était devenu couleur d’olive verte sortit en claquant la porte.

« M. Ben Bella fait une sortie à la Laquière, ironisa Aït Ahmed. Décidément, on ne se débarrasse pas facilement de l’influence des Français !

Pendant que le DR Lamine allait chercher Ben Bella et essayait de le calmer, Aït Ahmed obtint de Mahsas quelques explications sur la fameuse lettre de Ben Bella aux maquis.
« C’est moi qui l’ai écrite, avoua Mahsas, mais sous la dictée de Ben Bella !
-Mais dans cette lettre tu révélais que Ben Bella, Boudiaf et toi-même détenaient le pouvoir politique.

-Oui, mais il faut bien que quelqu’un l’assure. La plupart du temps, tu es en mission. En outre, l’intérieur , qui nous accuse tant, est en train de localiser la révolution dans l’Aurès… »
C’était le jeu stérile des accusations mutuelles que l’on se jette à la figure. Lamine revint avec Ben Bella. Tout le monde s’était calmé. La discussion reprit. Finalement, le lendemain, un rapport fut rédigé à destination de l’intérieur précisant bien que les relations avec l’Égypte devaient être celles d’une alliance à égalité et non d’une alliance « subalterne ». On déclarait solennellement que chacun des assistants réaffirmait son attachement au principe de la codirection. Mahsas avant de regagner sa base de Tripoli ne put s’empêcher de mettre en garde ses compagnons contre l’arrivée d’hommes comme Ferhat Abbas et de leader des ulémas Toufik El-Madani.

« Ils vont arriver avec leurs vieilles politiques, dit-il, avec leurs manigances, leurs manœuvres , leurs désunions… »
Boudiaf l’approuva.
« Pour ce qui est de l’union ici… »
C’était Ben Bella qui, ulcéré des attaques dont il était l’objet , venait de parler.
« Occupe-toi de Tripoli, dit-il à Mahsas, et Boudiaf de Nador. Et trouvez les armes que l’intérieur réclame à cor et à cri. Moi je m’occupe des Égyptiens… »

Ben M’Hidi, l’un des plus courageux Fils de la Toussaint, n’avait jusque-là fait qu’observer les hommes et écouter attentivement les propos. Depuis le début de la conférence, il semblait écœuré de l’attitude dominatrice de Ben Bella.
« Dis-donc, Gruenther, tu te prends vraiment pour le leader ! C’est toi qui commande tout !
L’allusion de Ben M’hidi cingla Ben Bella. Perdant son sang-froid, il bondit sur son compagnon pour le frapper ! Aït Ahmed et Mahsas l’en empêchèrent. Ben Bella dut sans répliquer entendre Ben M’Hidi, méprisant, dénoncer ses méthodes personnelles et surtout son manque d’empressement à trouver les armes.
« Tu as raison, Ben Bella. Il est temps que chacun regagne son poste. Le mien est à l’intérieur. Je vais rejoindre Krim et Abane. Au moins, là-bas, nous lutterons. Alors qu’ici on est tout juste capable de s’entredéchirer ! »


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15 Commentaires sur cet article

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  • sacco et vanzetti
    7 septembre 2018 at 17 h 42 min - Reply

    Erreur ! ce n’ est pas que l’ histoire qui a été falsifié en algerie, En algerie tout est faux.




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  • said
    7 septembre 2018 at 18 h 03 min - Reply

    la chasse au tresor a commencé bien avant 1962, la revolution n ‘a été qu en pretexte pour les charognards pour s’ enrichir.Les authentiques moudjahidines ont tous été assassinés ou sont partis de leur propre grés une fois l ‘independance acquise, les vrais moudjahidines etaient honnetes et incapables de trahir les ideaux de la revolution contrairement aux mercenaires qui sont restés et qui ne recherchaient que le pouvoir et leur interet personnel




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  • Ayoub Bouazza
    7 septembre 2018 at 18 h 05 min - Reply

    TOUT EST FAUX DANS CE BLED; lES MeDIOCRES Y TIRENT PROFIT AUSSI;




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  • Dria
    7 septembre 2018 at 21 h 35 min - Reply

    J’ai compris une chose, il y a eu trop de mensonges et trop de divergences dans notre histoire surtout celle concernant notre révolution, il y a eu des injustices, des liquidations physiques des souffrances, des séparations dont on n’a pas fait le deuil à ce jour, à chaque fois que j’apprends des choses , je me perds plus au lieu de voir plus clair. Les morts ( martyr ou collabo) ne sont plus là pour nous livré leurs versions des faits, les vivants parlent peu et laissent des biographies post-hum qui apportent de nouvelles versions. Un fait historique en Algérie est commenté par des moudjahids dont les témoins n’existent plus pour la plupart…comment expliquer que ce n’est qu’un demi siècle après l’indépendance qu’on apprend l’assassinat de Abane et d’autre après l’indépendance.

    Moralité, je préfère laisser le temps au temps, la vérité refera surface, notre histoire fut falsifié par les tenants du pouvoir avec la bénédiction de fafa.
    Je préfère qu’on parle de notre histoire contemporaine celle qu’on est entrain de vivre , celle qu’on est entrain d’écrire. Ne serait il pas plus judicieux de s’occuper de notre présent , qu’allons nous dire à nos enfants et que vont dire les enfants de nos enfants , comment répondre a ce genre de question: AVEZ VOUS VÉCU LA PÉRIODE OU PRÉSIDER BOUTEFLIKA
    ALORS QU’IL ÉTAIT SUR UNE CHAISE ROULANTE QU IL NE PARLAIT PAS , QUAND ON DÉFILER AVEC SON CADRE PHOTO , EST CE VRAI QU’IL VOUS PARLÉ PAR DES COMMUNIQUÉS? AVEZ VOUS VÉCU LE 5 ÈME MANDAT? MAIS COMMENT VOUS POUVIEZ ACCEPTER TOUTES CES HUMILIATIONS YA BU GALB…..VOUS SAVIEZ LIRE ET ÉCRIRE ET POURTANT VOUS N AVEZ RIEN FAIT POUR QUE CA CHANGE? QU EST CE QUE VOUS ATTENDIEZ EXPLIQUE MOI PAPY? J ARRIVE PAS A COMPRENDRE?

    Alors mes amis pourquoi s’entêter à comprendre et analysé le passé alors qu’on n’arrive même pas à gérer notre présent ni à se projeter dans le futur, c’est bien de connaitre d’ou l’on vient pour savoir ou allez. Mais quand on a tout falsifier mieux vaut s’occuper du présent pour sauvez notre avenir et celui de nos enfants. Ceux qui sont parti ils ont accompli leurs missions bien ou mal, l’histoire les jugeras.

    Qu’en est il de nous autres? ALGÉRIENS DE 2018 à l’aube de du 5émé mandat. Le peuple sous l’occupation avait produit des Abane, Benmhidi, Amirouche. après l’indépendance le peuple a inFanté des Médiene,Tartag, Kamel El-Bouchi. C’est à nous autre peuple de 2018 de s’en débarrasser. Faisons notre histoire, mais de grâce arrêtons de l’écrire comme je le fait, sachant pertinemment que ce n’est pas derrière un clavier qu’on réussira, le clavier est un outil qu’on peut utiliser comme une arme pour choisir une date par exemple et réécrire notre Histoire, moi je propose le 30 SEPTEMBRE 2018 une nouvelle page d’HISTOIRE que chacun de nous peut écrire, à moi et à vous de la fructifier …




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  • Ghanou
    8 septembre 2018 at 0 h 29 min - Reply

    Dans ses fonctions, Ben Bella a t il etait un meneur, un element positif et rassembleur pour la revolution? peut on me rappeller ses actes heroiques, non pas celles avec la france, mais celles de la guerre de liberation avec le FLN.
    Avait il la conscience de la souffrance du peuple au moment de sa decision d’entreprendre des actions pour la prise du pouvoir?
    Aujourd’hui, nous avons, assez d’elements et preuves pour definitivement crevé l’abcés du mensonge et de la falsification.
    Alors qu’attend on nous à rediger un manifeste!!!




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  • tarak
    8 septembre 2018 at 0 h 41 min - Reply

    Bonsoir à tous

    Moi je n’y crois plus à cette révolution pleine de trahison, assassinats, mensonge, détournements, règlement de compte, falsifications, usurpation etc. donc sale très sale. Revenons à notre époque où l’histoire se répète, les assassinats non élucidés (Khider, Khemisti, Krim, Medeghri, Mohamed Racim et son épouse, Boudiaf, Ali Tounsi etc.), les massacres des enfants en 1988 par des balles explosives par manque de cartouches à blanc, le coup d’état de 1992, la déportation et l’internement des vainqueurs des élections législatives du 26-12-1991,la création des GIA à la solde de quelques généraux et financés par les narco-trafiquants de cocaine selon le témoignage de Zendjabil au tribunal militaire de Blida pour faire endosser aux islamistes les crimes et massacres de populations civiles innocentes dont le verdict des tribunaux n’a jamais abouti jusqu’à présent, la concorde civile (qui avec qui?) pour entériner tous ces événements et passer l’éponge sur les vrais commanditaires. Donc tout est faut le passé et le présent dans ce pays. Alors je n’y crois rien à notre histoire.




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  • mehdi
    8 septembre 2018 at 8 h 36 min - Reply

    La sincérité du PEUPLE algérien et son soutien, aux VERITABLES combattants de la liberté, ont été suffisants, pour mettre fin à une hégémonie esclavagiste qui n’avait que trop duré.
    Croyant que ceux portés au devant la scène en 1962, étaient aussi sincères, le PEUPLE les as laissés agir, à leur guise.
    56 ans après, il n’y a pas le moindre doute que beaucoup n’étaient pas aussi sincères qu’on le croyait.
    Il n’est pas trop tard de les éjecter, de l’histoire glorieuse de la révolution et entamer, de bon pied, la voie saine tracée par les martyrs, pour un futur qui ne peut être que radieux …

    Gloire aux martyrs.
    Vive l’Algérie!




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    • Bendi
      8 septembre 2018 at 18 h 22 min - Reply

      @Mehdi: les gens sans srupules et sans conscience changent de nature une fois qu ‘ils accedent au pouvoir et qu’ ils detiennent la force des armes et l’ argent,Ensuite Il est pratiquement impossible de les chasser.




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      • mehdi
        9 septembre 2018 at 16 h 48 min - Reply

        @ Bendi: Il est dit que la volonté du PEUPLE est de la volonté de DIEU. Le PEUPLE algérien avait pu chasser les colonialistes français et leur armée. Il fera de même avec les gens sans scrupule et sans conscience. Pourvu que le PEUPLE algérien restera fidèle au serment donné aux martyrs…




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  • Naïmi lyes
    8 septembre 2018 at 12 h 58 min - Reply

    Au contraire,on peut estimer que c’est un honneur pour ces pères de la révolution algérienne qui ont pu tenir ce débat contradictoire pendant les moments difficiles de la révolution.Loin, très loin donc du discours monolithique de l’après indépendance qui a laissé des cicatrices indélébiles sur tous les plans de la société.




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  • Hamou
    9 septembre 2018 at 7 h 59 min - Reply

    La transition en 1964, entre les monnaies, le nouveau franc francais algeriens et le dinar algerien, etait en fait une escroquerie plus ingenieuse que celle du franc CFA(je vous invite à vous documantez sur cette arnaque francaise)
    En fait, ainsi, la france mettez subtilement sous tutelle l’algerie et obtenait les matieres premieres gratuit, ce fut signé, accepter et applaudi par Ben Bella.
    Ce fut une des raisons majeurs d’avoir été déssaisie du pouvoir en 1965,
    pour Haute Trahison.
    Le dinar fut sauvé et resta en parfaite parité avec le franc jusqu’en 1983 ou le dinar commenca à decliner sous l’ere mitterrand, avec un certain chadli à la « barre » du pays, malgré sa prosternation à paris face à la tombe du soldat inconnue, rendant hommage aux soldats mort pour la france y compris ceux tomber en algerie, n’a pu empecher sa degringuolade
    Traison quand tu nous tiens…




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  • AKLI
    9 septembre 2018 at 8 h 08 min - Reply

    Tout ça pour ça et on en est toujours à ça…
    Tournons la page
    Supprimons ce ministere de la honte « des moujahidins »
    Recommançons tout
    Effaçons les à jamais




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  • Alilou
    10 septembre 2018 at 0 h 20 min - Reply

    Je rejoins @Dria dans son commentaire….il est urgent d’agir maintenant pour éviter une 5eme humilliation.

    On reecrira la vrais histoire de l’algerie apres….je vous le promet….ce qui urge est de sauver notre nation…

    Regarder la declaration d’un marechal a 2 balles libyen il veut ouvrir un front avec l’algerie….

    Sur les 5 pays qui ont engagé l’embargo petrolier de 73, un seul est encore debout  » soit disant » sur chaise roulant….tous les autres ont été detruits a l’exception de l’arabie saoudite la malédiction.

    Serieux les gars 4 ca suffit….quoi makach erdjal fi dzaier ???? Ya bou guelb….

    Je ne veux plus fumer mon thé meme si ca va etre legalisé le 28 octobre…ca n’aura plus le meme charme…ca va etre halal




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  • Arezki
    12 septembre 2018 at 22 h 05 min - Reply

    VOUS SAVEZ QU’AU VIETNAM LE MINISTERES DES MOUDJAHIDINES N’EXISTE PAS POURTANT ILS ONT FAIS UNE GRANDE REVOLUTION ANTI COLONIALISTE COMME CHEZ NOUS SALAM AZUL.




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  • Daoudi Mohamed
    25 septembre 2018 at 21 h 28 min - Reply

    Faux depuis toujours
    Ils ont tout falsifiés jusqu a sacrifier
    Plusieurs générations




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  • Congrès du Changement Démocratique