Édition du
23 September 2018

Assassinat de Maurice Audin : La vérité… en Marche !

EL WATAN
14 SEPTEMBRE 2018

La France reconnaît enfin sa responsabilité dans l’assassinat de Maurice Audin, mathématicien et militant indépendantiste algérien. Le président français, Emmanuel Macron, a rendu, hier, une déclaration publique où il affirme «au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté, ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile». C’était le 11 juin 1957.

Le locataire de l’Elysée, qui a tenu à faire lui-même ladite déclaration à la veuve et aux enfants Audin en se rendant personnellement à leur domicile familial dans la banlieue francilienne, admet dans le même document que la disparition et la mort du jeune membre du Parti communiste algérien (PCA) ont été l’œuvre d’«un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé ‘‘arrestation-détention’’ à l’époque même, qui autorise les forces de l’ordre à arrêter, détenir et interroger tout ‘‘suspect’’ dans l’objectif d’une lutte plus efficace contre l’adversaire.

Ce système s’est institué sur un fondement légal : les pouvoirs spéciaux». C’est cela qui définit en somme la responsabilité de la République française dans ce «crime d’Etat». Le texte dénonce un système qui «a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques».

Afin de faire éclater toute la vérité en ce qui concerne la mort de Maurice Audin – devenu, tout au long de ces soixante ans, le symbole de la lutte pour la justice et la vérité au profit des victimes de la torture et des disparitions forcées qui incombent à l’armée coloniale française –, le président Macron s’adresse directement aux témoins encore vivants, civils ou militaires, qui ont pu connaître les circonstances exactes de la mort d’Audin, en les appelant «à s’exprimer librement afin d’apporter leur témoignage et conforter ainsi la vérité».

Conscient et avouant que le cas Maurice Audin n’est pas un acte isolé, avec des «milliers» de disparitions pendant le conflit, Macron a exprimé le souhait que «toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la Guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens».

En plus de la pratique des disparitions forcées, qui est en soi un crime atroce, l’affaire Audin a surtout mis en lumière l’usage de la torture par l’armée coloniale contre les indépendantistes algériens, de l’aveu même du président français : «Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie.

Et elle restait impunie parce qu’elle était conçue comme une arme contre le FLN, qui avait lancé l’insurrection en 1954, mais aussi contre ceux qui étaient vus comme ses alliés, militants et partisans de l’indépendance ; une arme considérée comme légitime dans cette guerre-là, en dépit de son illégalité.»

Reconnaître ces crimes d’Etat et œuvrer davantage pour dire toute la vérité sur le passé colonial de la France en Algérie en vont, d’après l’auteur, du «devoir de vérité qui incombe à la République française, laquelle, dans ce domaine comme dans d’autres, doit montrer la voie, car c’est par la vérité seule que la réconciliation est possible et il n’est pas de liberté, d’égalité et de fraternité sans exercice de vérité». Selon lui, «il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité.

Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France. Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun, mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé».

C’est pourquoi, cette déclaration sert à relancer et à redynamiser le travail de mémoire et de vérité plutôt qu’à l’achever. «L’approfondissement de ce travail de vérité doit ouvrir la voie à une meilleure compréhension de notre passé, à une plus grande lucidité sur les blessures de notre histoire et à une volonté nouvelle de réconciliation des mémoires et des peuples français et algériens», conclut Emmanuel Macron.

Sa déclaration, qualifiée par certains observateurs médiatiques et universitaires d’historique, a été saluée par la famille Audin. Dans une réaction, publiée par le site Mediapart, celle-ci a souligné «l’immense portée politique et historique» d’une telle démarche. Josette Audin et ses enfants espèrent également que le corps de leur époux et père «sera recherché et pourra enfin recevoir une sépulture».

Quant à l’association Maurice Audin, elle a célébré dans un communiqué un «acte essentiel», tout en s’engageant à poursuivre son combat pour que tous ceux, français et algériens, qui furent comme Audin «torturés et assassinés, soient identifiés et reconnus et que leurs corps puissent être retrouvés».

Par ailleurs, elle a appelé l’ensemble des collectivités locales françaises à attribuer le nom de Maurice Audin aux rues, places et édifices publics afin de contribuer à ce que le «système de la terreur ne soit jamais reproduit».


Nombre de lectures : 895
7 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  • said
    14 septembre 2018 at 18 h 29 min - Reply

    c’ est bien joué de la part de la France , un cadeau pour le regime a bout de souffle en vue du 5eme mandat




    3
  • Rédaction LQA
    14 septembre 2018 at 19 h 43 min - Reply

    Déclaration de Sadek HADJERES
    (citée dans L’Humanité de ce 14 septembre)

    La responsabilité de l’Etat français est enfin officiellement reconnue dans la disparition et l’assassinat en 1957 de Maurice Audin. C’est une bonne nouvelle pour tous ceux qui, de part et d’autre de la Méditerranée, n’ont cessé d’exiger la reconnaissance d’une vérité historique.
    C’est une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont cessé de rendre hommage au jeune héros et martyr algérien fidèle à son idéal, tombé comme des dizaines de milliers de ses compatriotes, pour l’avènement d’une Algérie indépendante, démocratique et sociale, fraternellement ouverte à toutes ses composantes.
    C’est une bonne nouvelle pour l’admirable ténacité de sa femme Josette , qui en pleine guerre et en charge de leurs trois enfants orphelins, a continué à mener le combat de solidarité envers les détenus et les familles de disparus, en contact avec son organisation et notamment Djamila BRIKI, épouse de Yahia, condamné à mort pour son action dans les CDL.
    La bonne nouvelle peut enfin devenir porteuse d’espoirs de paix, de compréhension et d’intérêts communs pour les peuples, les sociétés et les Etats algérien et français, fragilisés par des décennies de rapports inégaux. Il faut fructifier et consolider l’héritage des luttes solidaires menées à tous les niveaux entre Algériens et Français.
    Il en sera ainsi lorsque reculeront les racines profondes des comportements dévastateurs d’insécurités et d’intolérances, engendrés jusqu’ci par les formes de dépendance coloniale et néocolonale multiformes.
    Sadek Hadjerès
    13 septembre 2018




    2
  • klouzazna
    14 septembre 2018 at 20 h 11 min - Reply

    fafa fait ce qu’elle veut chez elle … ce sont les autres pays victimes eternelles des magouilles de ses services qui doivent s’en liberer de cette dependance maladive de l’etranger … qui ne cause qur leur malheur et leur perdition … celui qui refuse d’etre le sujet de son propre destin vivra l’eternite comme le complement d’objet et l’esclave du destin des autres …




    2
  • ibn Arabi
    14 septembre 2018 at 20 h 29 min - Reply

    Au tour des janvieristes algeriens de reconnaitre les crimes commis contre le peuple depuis le 11 Janvier 1992. Mr. Hadjeres doit s’exprimer sur ce drame.




    5
  • sacco et vanzetti
    15 septembre 2018 at 9 h 05 min - Reply

    Encore un os jeté A la population algerienne pour la detourner de ce qui se passe , bien joué de la part des sponsors français allié du regime




    2
  • elfa
    20 septembre 2018 at 10 h 02 min - Reply

    Nous saluons tous les étrangers qui ont eu le courage de participer a la libération de notre pays mais cela reste minime par rapports aux algériens qui ont prit les armes et ont cachés le fellgua dans des puits des makhzen des sous v*caves ec..pendant toute la guerre de la libération ses gens la que je connait n’ont jamais demander a être indemnisés ont fait ca pour le peuple et le aussi aussi dieu donc il temps de tourner cette putain de page d’ou ceux qui n’ont rien fait profitent a fond des détournement des richesses du pays.




    0
  • klouzazna
    21 septembre 2018 at 7 h 38 min - Reply
  • Congrès du Changement Démocratique