Édition du
13 December 2018

FERHAT ABBAS OU LA RECTITUDE D’UN DESTIN

 

En ce 60éme anniversaire de la naissance du GPRA, instance fondatrice du destin algérien, personne ne peut se prévaloir d’associer cette date mythique qu’avec Ferhat Abbas.

Et si l’histoire dans sa cacophonie, se veut justice, elle ne peut faire appel à témoin contre sa déraison, que Ferhat Abbas.

Épopée extraordinaire d’un homme politique de mesure face à la démesure d’une Histoire malveillante.

Histoire qui ne se rappelle de lui qu’une mauvaise interprétation et hors contexte d’une phrase : “Si j’avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste, et je n’en rougirais pas comme d’un crime.

Les hommes morts pour l’idéal patriotique sont journellement honorés et respectés. Ma vie ne vaut pas plus que la leur. Et cependant, je ne mourrai pas pour la patrie algérienne, parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts, j’ai visité les cimetières, personne ne m’en a parlé…On ne bâtit pas sur du vent. Nous avons écarté, une fois pour toute, les nuées et les chimères pour lier définitivement notre avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays…”.

Quand même bien le destin aux voies insondables fit de lui le premier président de cette même l’Algérie, indépendante et souveraine, le 20 Septembre 1962.

Infatigable et défenseur itinérant aux quatre coins du monde, d’une révolution sanglante, il n’a adopté de plaider la cause nationaliste qu’après s’être battu, un quart de siècle durant, pour imposer le réformisme et la non-violence, le refus des solutions extrêmes, la volonté et le courage intrépide d’un compromis historique.

Dans une interview tardive il a rappelé qu’il avait appelé de vive voix contre vents et marais, à la coexistence des trois grandes religions monothéistes, Le Judaïsme, Le Christianisme et l’Islam.

Dans sa vision du monde et de l’existence, Ferhat Abbas pensait que tout engagement doit être inscrit dans le sillage du vivre-ensemble et qu’un mauvais compris est bien meilleur qu’une bonne guerre.

Sa conviction inébranlable pour le dialogue entre croyants, émane d’une profonde certitude intellectuelle que les êtres humains forment tous une famille, et qu’il existe une communauté humaine et un bien universel.

Son long combat avait comme boussole le refus total de la xénophobie, la dénonciation de l’ostracisme racial et surtout le rejet des idéologies d’exclusion.

Pour lui le dialogue entre cultures et entre croyants n’avait pas seulement pour but de mieux se connaitre pour éviter les conflits mais aussi à aider pour élaborer une culture qui souscrive à tous le droit de vivre dans la dignité et la sécurité ; qui promet le vivre ensemble.

Ferhat Abbas considérait les croyants des trois religions non comme des sédentaires satisfaits de ce qu’ils possèdent mais comme appartenant à la grande famille humaine, vivant sous une « tente spirituelle » des itinérants guidés par L’Esprit de Dieu. Et que ces croyants se sont reconnus tous spontanément non pas comme possédant la vérité divine, mais comme possédés par cette même vérité qui les guide, les entraîne, les libère, chacun dans sa ligne propre.

En finalité, Ferhat Abbas souscrivait à l’idée fondamentale que l’homme est constitutivement d’essence transcendantale, et le dialogue inter-religieux est partie intégrante de la condition humaine. Il est un chemin de grandeur humaine et un antidote à l’étroitesse mesquine d’un courant de pensée prêchant le clash des civilisations.

Transcendant le temps et l’espace, l’abnégation de Ferhat Abbas doit être consignée dans les réminiscences d’un rêve perdu, le Rêve Andalou.

Khaled Boulaziz


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4 Commentaires sur cet article

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  • klouzazna
    22 septembre 2018 at 17 h 02 min - Reply

    Ferhat abbas de part son instruction (docteur de pharmacologie en1920, une exception tres rare pour un indigene de l’epoque) et son pragmatisme d’universitaire qui le pousse a reflechir longtemps aux consequences des actions avant de les commettre (a l’exemple des exactions punitives menees par l’armee coloniale contre les populations locales apres chacune de leur revolte) avait peut etre juge que seul un combat legislatif pour l’abolition du code de l’indigenat etait susceptible de redonner une citoyennete pleine et entiere aux populations locales … jusqu’au jour ou il fut convaincu du contraire suite a l’entetement des autorites coloniales de fafa… et surtout lorsque son chemin avait croise celui de abane et cnl. ouamrane… a partir de ce jour… l’algerie a eu l’honneur d’avoir ce grand monsieur a la tete de son premier gouverment… et c’est une grande fierte …




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  • karim S.
    23 septembre 2018 at 10 h 45 min - Reply

    prôner un dialogue inter-religieux (entre les trois grandes religions)c’est bien,mais ne fallait-il pas d’abord insister sur le dialogue intra-religieux pour commencer à tempérer les ardeurs des uns et des autres sans exclusion aucune?!




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  • Si Salah
    23 septembre 2018 at 13 h 18 min - Reply

    Contrairement à ce qu’avance l’auteur, la phrase citée n’est pas extraite hors-contexte, et cela n’enlève rien au mérite du personnage. F. Abbas a honnêtement pensé dans les années 30 qu’il n’y avait pas de nation algérienne. Il lui a fallu 20 ans pour découvrir son erreur, et c’est ainsi qu’il est devenu un grand homme. Les Oulémas ont aussi joué la carte de la citoyenneté française de plein droit, mais il ne leur aura fallu que deux ou trois ans pour déchanter et découvrir qu’on ne joue pas avec la France coloniale. Dans les années 20-30, Messali était le seul à revendiquer l’indépendance franche, mais quand les choses devinèrent sérieuses au début de années 50, il voulut que ce soit lui et lui seul qui menât le combat pour l’indépendance. Chacun avait ses tares, mais tous voulaient du bien à leur peuple. On ne peut pas dire de même pour la génération qui gouverna après, et surtout pas celle qui gouverne aujourd’hui et qui est irrémédiablement antinationale.




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  • klouzazna
    24 septembre 2018 at 14 h 32 min - Reply

    c’est vrai qu’a la difference de la « ouma » musulmane l’idee de « nation » algerienne etait etrangere aux algeriens de l’epoque qui pensaient que leurs frontieres se limitaient a celles delimitant les territoires qu’occupaient leurs tribus… les premiers algeriens qui ont decouvert l’importance de la nation sont ceux de l’immigration et en particulier ceux qui avaient participe aux deux guerres mondiales et qui ont vu des gens donner leurs vies pour defendre leurs nations … et ca se chiffrait en millions de morts …




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