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20 October 2018

Assad, Trump, Bouteflika… Les confidences de l’ex-patron de la DGSE

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Assad, Trump, Bouteflika... Les confidences de l'ex-patron de la DGSE
Le président syrien Bachar al-Assad, le 11 février 2016 à Damas. (JOSEPH EID / AFP)

JAUVERT CONFIDENTIEL. Invité par l’association de la presse diplomatique, Bernard Bajolet, directeur de la DGSE jusqu’en 2017, a livré plusieurs anecdotes sur trois chefs d’Etat.

Pendant quatre ans, il n’a rien dit. Secret-défense oblige. Aujourd’hui, il sort du silence. Patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, Bernard Bajolet était l’invité, lundi 24 septembre, de l’association de la presse diplomatique. Au cours du déjeuner, ce diplomate de carrière, qui publie « Le soleil ne se lève plus à l’est » (Plon), a multiplié les confidences et les anecdotes. Certaines, « off the record », ne peuvent être reproduites. En voici quelques autres.

Sur Abdelaziz Bouteflika

Bernard Bajolet, qui a aussi été ambassadeur en Algérie, a récemment déclaré que le président algérien « est maintenu artificiellement en vie ». Cette déclaration a fait les gros titres à Alger, où certains l’accusent de vouloir achever le chef de l’Etat.

« Soyons clair, dit-il, je souhaite longue vie au président Bouteflika : je ne suggère donc pas qu’on le débranche. Mais cette momification du pouvoir algérien sert certains groupes qui, ainsi, se maintiennent au sommet et espèrent continuer à se maintenir et à s’enrichir. »Il ajoute :

« La dernière fois que le président Bouteflika est venu se faire soigner en France, j’ai demandé à le voir, mais il a refusé. Alors je lui ai fait envoyer un immense panier de chocolats ; en retour, il m’a fait porter un bouquet de fleurs si grand qu’il rentrait à peine dans mon bureau [à la DGSE, NDLR] ! »

Sur Bachar al-Assad

« Je me suis trompé à son sujet, dit Bernard Bajolet. J’ai retrouvé une note dans mes archives. C’était en 1994, après la mort de Bassel, le frère aîné de Bachar qui était censé succéder un jour à leur père, Hafez. Dans cette note, un de mes collaborateurs écrivait que Bachar pourrait peut-être hériter du pouvoir. ‘Je ne crois pas du tout à cette hypothèse’, ai-je noté en marge. ‘Ce jeune homme réservé ne s’intéresse qu’à la médecine’.

Je le connaissais assez bien pour avoir été en poste en Syrie dans les années 1980. Un jour, je lui ai demandé : ‘Et toi, la politique ?’ Il m’a répondu qu’il ne s’intéressait qu’à la médecine et m’a demandé de lui trouver une place dans une fac française. Son père ne voulait pas qu’il étudie à Paris. J’ai trouvé une inscription à Lyon, mais, en fait, l’interdiction paternelle s’étendait à toute la France. Je ne sais pas pourquoi mais c’est comme cela qu’il s’est retrouvé à étudier l’ophtalmologie à Londres. Ce que je n’avais pas compris alors, c’est que Bachar avait été contraint par sa famille à étudier la médecine, pour ne pas faire concurrence à son frère.

Quand il a été nommé à la tête du pays, je me suis dit qu’il était trop poli, trop gentil, trop bien élevé pour diriger durablement la Syrie. Mais j’ai sous-estimé la volonté acharnée de son clan, les Alaouites, de se maintenir au pouvoir. Ils ne veulent pas redevenir les esclaves des sunnites qu’ils ont été avant le mandat français. D’ailleurs, après le début de la révolution, en 2011-2012, quand il semblait que celle-ci pouvait l’emporter, ils ont pensé qu’ils pouvaient être contraints de retourner dans leurs montagnes et nous nous sommes même demandé comment faire pour éviter un nouveau massacre à la Srebrenica. C’est dire à quel point les choses ont changé !

En fait, Bachar a fait la même chose que son père en 1982, quand il a massacré des milliers sunnites à Hama. La cruauté dont il a fait montre est peut-être aussi une forme de revanche sur son frère mort qui était plus brillant, plus sportif que lui. De toute façon, s’il n’avait pas crié aux loups dès le début du soulèvement, il aurait été dévoré par les loups de son clan… »

Sur Donald Trump

« Quand, raconte Bernard Bajolet, François Hollande l’a appelé pour le féliciter de son élection en novembre 2016, il lui a lancé : ‘L’accord sur le nucléaire iranien est imbécile.’ ‘Alors je suis un imbécile’, lui a répondu le président français. En fait, la parole du président américain ne vaut pas tripette. A cause de lui, nous assistons à un effondrement du multilatéralisme, ce qui est extrêmement inquiétant. D’autant plus que ses coups diplomatiques ne marchent pas, pour l’instant en tous cas. Prenez la Corée du Nord. C’est Kim Jong-un qui a engrangé tous les bénéfices du rapprochement avec la Maison-Blanche. Quand son peuple le voit d’égal à égal avec le président de la première puissance mondiale, cela le conforte formidablement à l’intérieur. Et qu’a-t-il donné en échange ? Il dit qu’il a démantelé le site d’essai nucléaire. Est-ce vrai ? Je l’ignore, mais de toute façon cela ne marque pas la fin du développement de l’armement nucléaire nord-coréen. »

V. J.


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5 Commentaires sur cet article

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  • Ali
    25 septembre 2018 at 16 h 19 min - Reply

    Bajolet ou l’art du sophisme…




    2
  • Larbi Anti-impunite’
    25 septembre 2018 at 23 h 45 min - Reply

    Qui peut debranche’ cette momie qui gouverne un pays de 44 millions en 2018? Les Pharaons lorsque ils ont cree la technique « magique » pour se faire momifier en attendant la resurection, Ils n’ont pas pense’qu’un jour une momie peut gouverner. Qui est Dr. Frankenstein en Algerie, qui peut debranche’ la momie en Algerie, a qui s’adresse le Barbouze en chef Bajolet avec sa suggestion?

    Est-ce que ce barbouze en chef peut nous dire a combien se chiffre l’argent detourne’ par la nomenclature et positionne’ en France et par qui, et ce depuis Boumedienne? etant donne’ qu’il est l’un des rares chefs des barbouzes en france qui est aussi intelligent que fin connaisseur du dossier Algerien depuis les annees 70?




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    • Zidane
      26 septembre 2018 at 10 h 56 min - Reply

      Faites gaffe, boutef peut nous faire le coup de « Rascar Capac »




      1
      • Larbi Anti-impunite’
        27 septembre 2018 at 14 h 30 min - Reply

        IL est entrain de le faire, ont est et sure que nos enfants ne seront qu’une legende, comme la momie Inca (Rascar Capac) qui a ete’illustre’ dans Tintin par Herge’. Les Inca et leurs momie ont disparue!
        Je le trouve courageux le Barbouze en Chef francais pour s’attaquer de cette maniere a ses agents. Ce qu’ont a besoin nous citoyens Algeriens de ce Barbouze en Chef francais c’est une liste avec des noms et des biens des personnes qui ont ete’ responsable a un moment donne’ en Algerie et qui ont des fortunes en France sans jamais avoir travaille’.

        La, ce Barbouze en Chef francais qui se nomme Bajolet aura le qualificatif d’homme courageux, pas de Barbouze courageux! (Ont est toujours « courageux » lorsque ont est un barbouze arme’ face a des hommes desarme’).




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        • mohamed
          1 octobre 2018 at 8 h 10 min - Reply

          On est habitué à ce que des étrangers nous construisent des usines clés en main; de nous construire et gérer nos aéroports, de gérer l’eau etc… maintenant on demande à ce Monsieur de nous confectionner la liste de nos colontraîtres ! Et nous, à part la chita au plus fort du moment, nous savons faire quoi ?




          2

    Congrès du Changement Démocratique