Édition du
20 October 2018

Les robes noires en colère

Liberté 29 septembre 2018

SUSPENSION D’UN AVOCAT À GHARDAÏA PAR LE BÂTONNIER DE MÉDÉA

Les robes noires en colère

Une réunion extraordinaire de l’ensemble des représentants des ordres régionaux des avocats est prévue pour le samedi 5 octobre, à Alger.

Rebondissement dans l’affaire de Me Noureddine Ahmine, avocat près la cour de Laghouat et militant des droits de l’Homme, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive ces dernières années. En effet, quatre mois après son acquittement par le tribunal criminel de Ghardaïa, au terme d’un procès en pourvoi de cassation, pour “outrage à corps constitués” et “présentation de fausses preuves” concernant un crime commis lors des douloureux évènements survenus dans la vallée du M’zab, voilà que l’un de ses confrères qui avait pris sa défense, Me Chalabi Rafik Zaïdi en l’occurrence, se voit suspendu par le bâtonnier de Médéa, Me Bachir Menad. Une décision qui n’a, toutefois, pas manqué de soulever un tollé général au sein de la corporation des avocats. Une fois l’information diffusée sur les réseaux sociaux, c’est toute la Toile qui s’enflamme. Très nombreux sont ceux qui ont exprimé sur facebook leur soutien et leur solidarité avec leur confrère suspendu, tout en dénonçant la décision à la fois “abusive” et “inédite” du bâtonnier de Médéa. Ce dernier a, faut-il le préciser, justifié son geste par le fait que Me Chalabi avait rejoint le collectif d’avocats ayant pris la défense de Me Ahmine, ce qui constituait, selon lui, une “faute grave” du fait qu’il avait osé transgresser l’accord collectif des avocats de Ghardaïa, qui consistait à ne pas se mêler de l’affaire de Me Ahmine, sous prétexte que celui-ci avait nargué ses collègues de Laghouat et de Ghardaïa, en faisant appel à des confrères d’autres régions du pays, dont ceux de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh). Contacté par nos soins, Me Chalabi qui était le seul avocat de la wilaya de Ghardaïa, à avoir décidé de défendre son confrère de Laghouat, nous a déclaré que “lors du procès de Me Ahmine, tenu le
28 mai dernier, à la cour d’appel de Ghardaïa, j’étais le seul et unique avocat de la région à faire partie de la défense aux côtés de mes collègues venus de plusieurs wilayas. C’est un devoir pour moi de défendre un confrère. Il a été d’ailleurs relaxé et tant mieux pour nous tous. À ma grande surprise, je viens de recevoir une décision de suspension de mes activités professionnelles par le bâtonnier de Médéa. Et pourtant, j’ai toujours honoré ma profession et respecté le bâtonnier et ses membres. Je refuse cette décision abusive. J’estime que le bâtonnier a outrepassé ses limites”. Selon notre interlocuteur, le collectif d’avocats de la wilaya de Ghardaïa s’est réuni le jeudi 27 septembre dernier pour dénoncer cette décision et exprimer sa solidarité au confrère suspendu. Pour sa part, Me Amirouche Bakouri, avocat au barreau de Béjaïa et militant des droits de l’Homme qui avait fait partie, lui aussi, de la défense de Me Ahmine, estime que “la décision du bâtonnier de Médéa de suspendre notre confrère de Ghardaïa, va à l’encontre de l’essence même de la profession d’avocat et de l’article 170 de la Constitution algérienne”. Et d’ajouter : “Pourquoi attendre quatre mois pour pondre une telle décision ? Je suis vraiment choqué par cette décision qui n’a aucun fondement juridique, ni éthique. Je suis inquiet quant à l’avenir de la profession d’avocat. J’espère que le conseil de l’Ordre des avocats de Médéa qui devra siéger dans un délai ne dépassant pas un mois, finira par infirmer la décision du bâtonnier, car celle-ci donne un sacré coup à l’image de l’avocat algérien, mais aussi à celle de l’Algérie. Ceci dit, on ne veut pas arriver au point de saisir les instances internationales pour protéger un confrère.”

“Unique au monde”
De son côté, Me Rabah Klioua, membre du barreau de Béjaïa, a tenu à réagir à cette décision en disant : “Personnellement, je suis très choqué d’apprendre que notre collègue de Ghardaïa, Me Chalabi en l’occurrence, est suspendu par le bâtonnier de Médéa. Son seul tort est d’avoir défendu son confrère de Laghouat. C’est une décision abusive, voire une aberration. Me Chalabi n’a fait que rejoindre cet élan de solidarité qu’a suscité le procès de Me Noureddine Ahmine, auquel ont pris part plusieurs avocats venus de différentes régions du pays.” Selon lui, les membres du barreau de Béjaïa devraient se réunir dans le courant de cette semaine afin de débattre du cas de leur confrère suspendu et décider éventuellement d’une action de solidarité collective. Par ailleurs, Me Abdelhafid Tamart, membre du barreau d’Alger et néanmoins président de l’Association nationale des jeunes avocats algériens, tient à dénoncer “vigoureusement” la décision du bâtonnier de Médéa qu’il considère “unique au monde”. “C’est un acte gravissime. Le document comporte des propos racistes visant à dénigrer des avocats intègres et semer la zizanie au sein de la corporation. C’est un comportement indigne d’un auxiliaire de justice représentant la noble profession d’avocat. En tout cas, nous n’allons pas nous taire, car nous refusons le recours à ce genre de décisions abusives à dessein inavoué”, a-t-il souligné. Avant d’annoncer la tenue d’une réunion extraordinaire de l’ensemble des représentants des ordres régionaux des avocats, prévue pour le samedi 5 octobre prochain, à Alger. Selon notre interlocuteur, outre le cas de cet avocat de Ghardaïa, suspendu “abusivement” par le bâtonnier de Médéa, il sera question de discuter des voies et moyens à mettre en œuvre pour aller vers la création d’une cellule de veille permanente qui se chargera d’enregistrer et de suivre de près toutes formes de pressions, d’intimidations et d’abus dont ferait l’objet tout avocat à l’échelle nationale.

Kamel Ouhnia


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3 Commentaires sur cet article

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  • achraf
    29 septembre 2018 at 18 h 15 min - Reply

    quelles sont les demarches pour suspendre ce batonnier????!!!!




    1
  • Ali
    30 septembre 2018 at 8 h 20 min - Reply

    Le monde des « robes noires » est aussi le monde de la connivence…




    5
  • mohamed
    30 septembre 2018 at 11 h 30 min - Reply

    Le temps ou la profession de juriste était noble n’est plus qu’un lointain souvenir. En Algérie nous ne voyons plus, à quelques exceptions près, que des charognards et des corrompus, à l’instar de nos « chiato-boulitiques ».




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