Édition du
13 December 2018

YES WE CAN YA MAKAN

Aïssa A.

Oct. 2018

Qui ne connait pas l’expression qui, dans la tradition populaire, introduisait les contes que nous racontaient nos mères (rarement nos pères) et nous faisait rêver ? La fameuse : « kan ya makan fi qadimi ezzamane (wa salifi el awane). » Dès qu’on l’entendait, le silence se faisait, les yeux s’écarquillaient et les oreilles se tendaient, car nous savions qu’un monde féérique allait s’ouvrir à nous. Il était souvent question dans ces contes, d’ogres et d’ogresses (el ghoul we el ghoula). D’animaux aussi, des plus mignons et plus doux aux plus agressifs et plus féroces. Les rois, les princes et les sultans y occupaient aussi une grande place. Ils étaient décrits, tantôt, gentils et protecteurs, tantôt, affreux et méchants avec leurs peuples.

Le monde d’aujourd’hui est aux antipodes de celui d’hier. Rien n’est comme avant. C’est comme si l’homme était en train de le transformer en enfer. Que vont dire de nous les générations futures ? Que vont raconter nos enfants à leurs progénitures ? Quelle histoire allons-nous leur laisser ? Plus de contes de fées, pas de légendes et pas de mythes. Que d’atroces histoires. Pas de « Baba Fekroune », pas de kan ya makan wahd el qat wasmou Sissane, pas de Djebel waq waq, pas de Badr El Boudour, pas de Loundja bent el ghoula. Pas de hadjitek ma djitek loukan ma houma ma djitek. Plus rien !

L’Algérie n’est plus le conte de fées dont ont rêvés ceux qui sont morts pour nous donner une dignité. C’est un conte de « faits » divers et l’ogresse qui mangeait les petits enfants hier est bien réelle aujourd’hui, elle est devenue plus avide et plus gourmande et, avec le temps, elle mange même des adultes…

L’histoire de l’Algérie d’aujourd’hui ressemble étrangement à celle de Shéhérazade qui chaque nuit, raconte à son époux une histoire dont la suite est toujours reportée au lendemain. Comme pour entretenir un suspens qui dure, malheureusement, depuis 1962. C’est le moyen qu’elles (l’Algérie et Shéhérazade) ont trouvé pour échapper à la mort.

Une histoire à mourir de rire sans esquisser le moindre rictus, comme dans une tragicomédie. Une histoire truffée de mensonges et de contre-vérités. Un pays trahi par ses propres enfants. Un peuple trahi par ceux-là même qui ont tété le même sein et aimé la même mère-patrie. Des traitres en veux-tu en voilà.

Ils sont en train de s’entredéchirer. Une guerre fait rage sous nos yeux. Allah iqqawi chitan’houm ! Allah la irrakeb fess a3la h’rawa ! Deux expressions typiques de chez nous, pour inciter à la vengeance, à la vendetta et à la violence. Pourvu que ça reste juste entre-eux.

Takhti rassna, comme dirait Djeha.


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  • Dria
    5 octobre 2018 at 9 h 37 min - Reply

    C’est l’histoire d’une vraie momie, elle ما ماتت ما خلات الكفن يتباع
    Et d’un peuple qui aime les histoires au point ou chacun écris « une » sur son clavier.

    De toute ces histoires, moi je me retrouve dans celle du  » Borgne au pays des aveugles ». Car malheureusement aveugles, nous le sommes tous devenus au point de ne plus réagir et d’oublier la notion de lumière, et dire que la situation c’est corser depuis que le borgne est devenu aphasique.

    l’Histoire retiendra que nous sommes un peuple qui a tardé à réagir, »yes we can » dans une autre dimension apparement dans un autre مكان et un autre زمان.

    Quelle drôle d’histoire, ce consensus entre gouverneurs et gouvernés au bord du chaos. On s’y fait tant mieux la vie est belle et continue, tant mieux pour tous و الحمد للله رب العالمين alors pourquoi s’obstiner a changer le cours de d’histoire …

    Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants …Bonne 3uhda.




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