Édition du
13 December 2018

Algérie : avis de tempête !

Charles Jaigu
Publié le 05 octobre 2018

Le Figaro.fr: 05/10/2018

DÉCRYPTAGE – C’est l’année de tous les dangers pour un Abdelaziz Bouteflika toujours plus fragile. Depuis quelques mois, les règlements de comptes ont commencé…

1. Une présidentielle reportée?

Ce 17 septembre, le président Bouteflika[1] a fait une apparition à l’occasion de la visite officielle d’Angela Merkel[2]. Les observateurs assurent que le président va encore plus mal qu’avant: il n’a pas pu échanger un seul mot avec son hôte.
Victime d’un AVC il y a cinq ans, son état se serait détérioré ces derniers mois. Le Président octogénaire, qui fêtera ses 20 ans à la tête du pays en 2019 est censé briguer un cinquième mandat lors des élections prévues au printemps.
Mais depuis quelques jours, des rumeurs de dissolution surprise de l’Assemblée nationale courent dans les coursives du pouvoir.
Cette dissolution provoquerait le report de la campagne présidentielle. «Nous préférons que le président décède dans l’exercice de ses fonctions», glisse un dignitaire. Car pour le moment, personne n’envisage de successeur. Le frère du président, Saïd Bouteflika[3], ne fait de toute façon pas partie des noms cités: «Les Algériens rejettent massivement l’idée d’une transmission familiale du pouvoir», note un observateur. Le premier ministre Ahmed Ouyahia est détesté. Restent les jokers d’ouverture: Abdelmadjid Tebboune[4], ex-Premier ministre limogé en 2017, et l’ancien ministre de la Justice, Ali Benflis.

» LIRE AUSSI – L’Algérie paralysée par le règne sans fin d’Abdelaziz Bouteflika[5]

2. L’armée sous tension

Dans les régimes autocratiques, certains faits divers annoncent de grandes manœuvres politiques. Le 29 mai dernier, 701 kilos de cocaïne ont été saisis par les autorités algériennes dans le port d’Oran. Le commanditaire en serait un certain Kamel Chikhi, surnommé «El Bouchi» (le boucher), car il jouissait jusqu’alors d’un monopole sur l’importation de viande surgelée revendue à
l’armée.
Cela a aussitôt mené à l’arrestation de plusieurs hauts gradés, dont les généraux de la Ire, IVe et Ve région militaire, personnages clés du quadrillage du pays. Sont également cités l’ex-directeur des finances du ministère de la Défense, et l’ex-patron de la gendarmerie. Ils ont été déférés au tribunal militaire de Blida. «Il s’agit de faire porter le chapeau de la corruption à des responsables de l’armée en donnant le sentiment que le gouvernement mène une opération mains propres, mais personne n’est dupe», confie un connaisseur du régime. Au même moment, plusieurs associations ont appelé le général Mediene – dit Toufik[6] -, l’ancien tout-puissant patron des services secrets, démis de ses fonctions par Bouteflika en 2015, à se présenter en 2019.

» LIRE AUSSI – Algérie: le président Bouteflika limoge le puissant chef de la police[7]

3. La colère monte

Le 18 septembre, une marche de protestation a été lancée par plus de 10.000 retraités de l’armée à 30 km d’Alger. Ils ont été encerclés par des milliers de gendarmes et ils ont subi plusieurs assauts. Ces vétérans ne perçoivent plus leurs retraites. L’information, d’abord étouffée, a finalement filtré via les réseaux sociaux. Deux semaines plus tôt, les habitants de la petite ville pétrolière de Ouargla ont manifesté. On lisait sur les banderoles: «Pourquoi y a-t-il 25.000 chômeurs dans la capitale du pétrole?»
Même la hausse récente du prix du baril[8] ne paraît plus suffisante pour contenir les bouillonnements de colère. Ce n’est pas seulement la jeunesse qui hurle contre le FLN dans les stades de foot. «Le système avait la légitimité historique, morale – par les promesses du socialisme puis la lutte contre le FIS – et la légitimité financière – par la distribution de la rente pétrolière -, mais il les a
perdues toutes les trois», résumait Sammy Oussedik, décédé avant l’été, et créateur du site Ibtykar, très actif dans la société civile. Le net est le dernier espoir de changement des démocrates en Algérie. Le seul en réalité, car l’opposition n’a plus de porte-parole.

» LIRE AUSSI – L’Algérie, en panne, espère un choc politique[9]

Le Figaro.fr: 05/10/2018 – http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/05/01003-20181005ARTFIG00029-algerie-avis-de-tempete.php

1) http://www.lefigaro.fr/international/2018/05/01/01003-20180501ARTFIG00110-algerie-bouteflika-en-piste-pour-un-cinquieme-mandat.php
2) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/09/13/97001-20180913FILWWW00373-la-chanceliere-allemande-merkel-en-visite-en-algerie-lundi.php
3) http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2014/04/15/10001-20140415ARTFIG00325-said-bouteflika-l-encombrant-m-frere.php
4) http://www.lefigaro.fr/international/2017/08/15/01003-20170815ARTFIG00160-algerie-le-premier-ministre-deja-limoge-au-bout-de-troismois.php
5) http://www.lefigaro.fr/international/2017/12/18/01003-20171218ARTFIG00234-l-algerie-paralysee-par-le-regne-sans-fin-d-abdelazizbouteflika.php
6) http://www.lefigaro.fr/international/2015/09/14/01003-20150914ARTFIG00365-algerie-toufik-le-general-sans-visage-qui-regnait-sur-lesysteme.php
7) http://www.lefigaro.fr/international/2018/06/26/01003-20180626ARTFIG00365-algerie-le-president-bouteflika-limoge-le-puissant-chef-de-lapolice.php
8) http://www.lefigaro.fr/conso/2018/09/03/20010-20180903ARTFIG00253-carburants-la-hausse-des-prix-du-petrole-continue-de-peser.php
9) http://www.lefigaro.fr/international/2017/12/06/01003-20171206ARTFIG00269-l-algerie-en-panne-espere-un-choc-politique.php


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6 Commentaires sur cet article

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  • Bouzid
    6 octobre 2018 at 13 h 56 min - Reply

    « Toufik » president!?
    Guerre civil ultra violente à l’horizon
    Adieu Al Djazaïr.
    Plus d’espoir, plus rien
    On songe non plus à partir mais à s’enfuir ecoeuré, degouté de voir et de subir la même chose depuis plus de vingt ans.




    8
  • tarak
    6 octobre 2018 at 15 h 53 min - Reply

    Bonsoir à tous

    Qui sème le vent récolte la tempête dit-on.




    6
    • Ali
      6 octobre 2018 at 22 h 21 min - Reply

      C’est juste « qui seme recolte »
      La loi de la semence, si il y va, toufik va la connaitre, puis disparaitre.




      3
  • Amar
    6 octobre 2018 at 19 h 51 min - Reply

    Le figaro ecrit ce qui ne doit pas etre dit en Algerie, bravo figaro…
    mais que des associations souhaitent le retour de mediene???? je m’interoge.
    Au fait, quel age a t il ce p’tit bonhomme?
    Que peut il apporter de positif au pays?
    À part le sang et la cendre, qu’il a semmé pendant plus de dix ans.
    Reflechie bien toufik avant de t’engager….
    Aujourdhui n’est pas hier…
    Ce sera la guerre au « million de morts »
    Innevitable…




    16
    • Dria
      6 octobre 2018 at 22 h 14 min - Reply

      Les articles de la presse française sur l’Algérie pilulent ces jours ci, le Barjolet à donné le coup d’envoi de ces louvoiements qui n’augurent rien de bon pour nous. Fafa a-elle peur que le Gaid lui fausse compagnie, depuis l’atterrissage du Flacon du FBI sur le tarmac de Houari Boumedienne, le Salah semble agir en autonome vis à vis du quai d’Orsay, d’ou ces soubresauts d’une certaine presse d’ici( les appels pour le Toufik) et d’outre mer (barjolet). Nos vassaux veulent s’orienter vers le pays de l’oncle Sam, pour continuer de tromper le peuple avec la bénédiction de Trump .
      yaw dans tous les cas rabi yastar…




      13
      • Amar
        7 octobre 2018 at 12 h 44 min - Reply

        La « fake news » c’est de rapporter une verité qui ne doit pas etre dite ou montrer, ex: hillary perd les elections sur des mails devoilant ses veritables opinions politiques parfois contraires à ses declarations.
        La suite les russes ont publié et tout a basculé en faveur de trump….




        4

    Congrès du Changement Démocratique