Édition du
21 November 2018

Affaire des généraux-majors emprisonnés : L’establishment militaire ébranlé

16 OCTOBRE 2018

L’incarcération des cinq généraux-majors et d’un colonel, responsable régional (Oran) de la sécurité de l’armée, a fait l’effet d’un séisme. Dans les rangs de la muette, elle constitue le principal sujet de discussion et suscite aussi bien l’inquiétude que l’appréhension, dans une conjoncture très difficile, où l’institution militaire est appelée à plus de mobilisation pour faire face aux dangers qui menacent les frontières du pays.

Il faut dire que les conditions dans lesquelles les hauts gradés ont été poursuivis et placés en détention ont choqué plus d’un, révèlent des sources sécuritaires, même si pour nombre d’entre elles, «le train de vie des mis en cause renvoie à un enrichissement illicite».

En fait, depuis l’affaire de feu le général Beloucif, au début des années 1990 (poursuivi et condamné par le tribunal militaire pour «corruption» et «dilapidation de deniers publics»), la muette a toujours lavé son linge sale en famille. C’est la première fois qu’elle le fait en public.

Y a-t-elle été obligée ? Probablement. Le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense nationale, Ahmed Gaïd Salah, «ne semble pas le seul ordonnateur». Il suffit de s’arrêter sur les généraux-majors incarcérés pour comprendre que la décision d’aller jusqu’à l’incarcération résulte d’un compromis qui tient compte aussi bien de l’équilibre régional que de l’allégeance.

Ainsi, nous retrouvons deux chefs de Région originaires de l’Ouest : Lahbib Chentouf (ex-chef de la 1re Région militaire) et Menad Nouba (ex-patron de la Gendarmerie nationale) ; deux généraux-majors de l’est du pays : Boudjemaa Boudouaouar (directeur central des finances) et Abderrazak Cherif (ex-chef de la 4e RM) et un général-major du Centre, ou plutôt de la Kabylie : Saïd Bey (ex-chef de la 2e Région militaire).

Le deal, c’est aussi de se délester de ses alliés pour pouvoir poursuivre les intouchables qui échappent au contrôle. Ainsi, Lahbib Chentouf est connu de tous comme étant «proche de la famille Bouteflika» et son nom a même été cité comme successeur du chef d’état-major, tout comme l’a été Saïd Bey, présenté d’ailleurs comme «une tête dure».

Les autres – Abderrazak Cherif, Boudjemaa Bouadouaouar et Menad Nouba – font partie des hommes de confiance du chef d’état-major et même de ses protégés. S’ils ont duré aussi longtemps à leurs postes, c’est grâce à lui.

L’affaire Kamel Chikhi, dit «le Boucher», principal accusé dans l’affaire des 701 kg de cocaïne, a été certes une aubaine pour débarquer les deux trublions – Lahbib Chentouf (à la tête de la 1re RM) et Said Bey (à la tête la 2e RM) – d’où l’information sur le magnat de l’immobilier et ses connexions avec les plus hauts responsables de l’administration aurait dû émaner pour anticiper sur les événements. Mais l’enquête ne s’est pas arrêtée là.

Les noms de Boudjemaa Boudouaouar, directeur des finances et président de la commission des marchés ; de Abderrazak Cherif, chef de la 4e RM et de Menad Nouba, patron de la gendarmerie, proches collaborateurs du chef d’état-major de l’ANP, sont cités.

Le rapport de l’enquête est ahurissant. D’abord sur Abderrazak Cherif, qui aurait amassé une fortune colossale grâce à sa proximité avec des entrepreneurs et des hommes d’affaires par l’intermédiaire de son fils ; ce dernier aurait même joué un rôle pour permettre à Kamel «le Boucher» d’obtenir des marchés d’approvisionnement des casernes de Ouargla en viande.

C’est aussi le fils de Lahbib Chentouf que l’on retrouve sur les enregistrements vidéo des caméras de surveillance installées par Kamel Chikhi dans ses bureaux où, souvent, les affaires se traitaient. On évoque dans le rapport les activités suspicieuses des sociétés créées par les enfants de l’ex-chef de la 1re RM.

Les mêmes faits sont reprochés à Saïd Bey (ex-chef de la 2e RM), dont les affaires, notamment avec certains promoteurs immobiliers de l’Ouest, lui auraient permis d’ériger une fortune colossale. Très proche du vice-ministre pour avoir été, durant plus d’une décennie, son directeur financier et président des commissions des marchés au ministère de la Défense, Boudjemaa Boudouaouar aurait été compromis par non seulement les caméras de Kamel Chikhi, mais aussi par un train de vie des plus luxueux. Sa fortune est passée du simple au triple en quelques années seulement et tout son entourage était étonné de cette fulgurante ascension sociale.

La question qui reste posée est de savoir comment ces hauts gradés ont pu commettre autant de délits ­­­– «corruption», «enrichissement illicite» et «trafic d’influence» – durant de longues années sans que leur hiérarchie n’en soit informée ? Peut-on croire que le patron de la sécurité de l’armée ait fermé les yeux ou n’ait rien su ? Difficile à admettre.

On se demande aussi si son limogeage, en août dernier, est lié à cette affaire. En tout cas, c’est à son initiative que le colonel régional de son service à Oran, incarcéré avec les généraux-majors, a été démis de ses fonctions il y a moins d’une année. Est-ce pour les mêmes faits ? On n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que le patron de la sécurité de l’armée n’a pas été inquiété comme l’ont été les hauts gradés placés en détention par le tribunal militaire de Blida.

Cette affaire risque de faire beaucoup de mal et, déjà, certains évoquent des vices de forme. Le tribunal de Blida serait, selon eux, «incompétent» pour mener l’instruction parce qu’au moins trois des mis en cause ont travaillé dans sa circonscription.


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6 Commentaires sur cet article

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  • ACHOUR
    16 octobre 2018 at 19 h 34 min - Reply

    On veut absolument nous faire avaler par tout les moyens que la cause de la detention de CINQ GENERAUX MAJORS n’est dû qu’à « des délits, d’actes de délinquences »…
    on ou prend reellement pour des bouricots,
    Mr le juge si l’on suit votre logique, pourquoi chakib khelil est il toujours libres???????????!? pour ne citer que lui.




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    • Ahmed
      17 octobre 2018 at 3 h 33 min - Reply

      LE POUVOIR CORROMPU A PEUR DES CAMÉRAS DE SURVEILLANCES !!!!!
      ————————————————————-

      ((C’est aussi le fils de Lahbib Chentouf que l’on retrouve sur les enregistrements vidéo des caméras de surveillance installées par Kamel Chikhi…))

      El khabar article/144782 :
      —————
      حملة للتخلص من كاميرات المراقبة غير القانونية

      compagne nationale pour l’élimination des cameras de surveillances !!!!

      وقررت وزارة الداخلية والجماعات المحلية، في إجراء مشترك مع قيادة الدرك الوطني
      والمديرية العامة للأمن الوطني، تنفيذ عملية وطنية واسعة النطاق لتطهير المدن الجزائرية الكبرى من كاميرات المراقبة غير القانونية وحتى من كاميرات مراقبة تم تركيبها طبقا للقانون،

      ——————
      Incroyable, mais vrai, cela se passe uniquement en Algérie, l’état va interdire les cameras de surveillances !!!! cela n’existe nul part ailleurs !!!
      Cela va encourager les voleurs, les criminels, les manipulations et surtout pour éviter une autre affaire KHASHOGGI Algérien.

      ——————-

      Un état voyou qui veut continuer a tout controler, l’internet, la presse, le commerce, l’économie, l’industrie, la pensée, la liberté…




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  • lyes Laribi
    16 octobre 2018 at 19 h 41 min - Reply

    Un petit conseil aux incarcérés : éviter le bloc A, B et C. Il fait très froids à l’intérieur durant l’hiver et on étouffe l’été. Mais si vous êtes incarcéré dans un de ces blocs, alors choisissez le deuxième étage. Ces blocs ont tout de même une grosse qualité, utilisé durant des années pour l’incarcération des terroristes, ils sont très propres. Il n’y a ni de poux, ni de moustiques et ni de mouches. Le bloc B est le plus propre et du 3 étage et à travers les grilles des fenêtres, vous pourrez apercevoir un peu l’extérieur. Son cours est isolé, vous permettra de faire du sport et garder la forme. Concernant le bloc De et E, ils sont très proche du réfectoire. Vous auriez l’odeur de la nourriture dans vos cellules et la chaleur dégagée pendant l’hiver mais ces blocs sont sales et plein de poux, de mouches et surtout les moustiques durant l’été. Là vous êtes appelé à partager les blocs avec les jounouds insoumis ceux que vous avez envoyé dans un passé récent devant les juges pour certains pour vol. Vous serez content de les avoir car ils seront les seuls à vous appeler encore hadarat. Éviter les privots et les gardiens tant que l’instruction est en cours et ne soyez pas bavard.
    Ah, Blida wama adraka ma Blida.




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    • Kamel Bouras
      16 octobre 2018 at 22 h 22 min - Reply

      Said Bey est coupable de crimes contre l’humanité du temps des grands massacres dans la Mitidja. Si on le jette au trou pour le restant de son existence à cause d’un vol de vélo, techniquement ce n’est pas très orthodoxe, mais moi je suis d’avis que l’on prenne le peu de cadeaux que ce pouvoir criminel nous donne…

      J’ose signaler aux enquêteurs que Nezzar a volé une boîte de chemma et que Toufik a subtilisé un tube de dentifrice…




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  • tarak
    17 octobre 2018 at 1 h 25 min - Reply

    Bonsoir à tous

    Article émanant de l’ex DRS (qui ne connait pas Salima Tlemçani?) voulant nous faire avaler la couleuvre que ces militaires se sont enrichis illicitement. Alors montrez nous ceux parmi les militaires ou civils qui se sont enrichis rapidement et licitement? et il y en a beaucoup, chiche!.
    Un jour vous allez nous affirmer que Chakib Khalil s’est enrichi grâce aux quêtes organisées à son profit par les zaouïas du pays.




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    • samah N.
      17 octobre 2018 at 12 h 16 min - Reply

      Eh oui cette même journaliste a eu le prix du « courage » journalistique parce que dit-on qu’elle a côtoyé la mort pendant la décennie noire??!!
      Mais de quoi,de qui se moque t-on messieurs les journalistes de ….Tkharbiche!




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    Congrès du Changement Démocratique