Édition du
21 November 2018

Le trauma colonial 

Une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie

Karima LAZALI

Psychanalyste, Karima Lazali a mené une singulière enquête sur ce que la colonisation française a fait à la société algérienne, enquête dont elle restitue les résultats dans ce livre étonnant. Car elle a constaté chez ses patient∙e∙s des troubles dont rend mal compte la théorie psychanalytique. Et que seuls les effets profonds du « trauma colonial » permettent de comprendre : plus d’un demi-siècle après l’indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie comme en France.
Elle montre ce que ces « blancs » doivent à l’extrême violence de la colonisation : exterminations de masse dont la mémoire enfouie n’a jamais disparu, falsifications des généalogies à la fin du XIXe siècle, sentiment massif que les individus sont réduits à des corps sans nom… La « colonialité » fut une machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu’à falsifier le sens de l’histoire. Et en cherchant à détruire l’univers symbolique de l’« indigène », elle a notamment mis à mal la fonction paternelle : « Leurs colonisateurs ont changé les Algériens en fils de personne » (Mohammed Dib). Mais cet impossible à refouler ressurgit inlassablement. Et c’est l’une des clés, explique l’auteure, de la permanence du « fratricide » dans l’espace politique algérien : les fils frappés d’illégitimité mènent entre frères une guerre terrible, comme l’illustrent le conflit tragique FLN/MNA lors de la guerre d’indépendance ou la guerre intérieure des années 1990, qui fut aussi une terreur d’État.
Une démonstration impressionnante, où l’analyse clinique est constamment étayée par les travaux d’historiens, par les études d’acteurs engagés (comme Frantz Fanon) et, surtout, par une relecture novatrice des œuvres d’écrivains algériens de langue française (Kateb Yacine, Mohammed Dib, Nabile Farès, Mouloud Mammeri…).
Editions La Découverte
2018

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5 Commentaires sur cet article

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  • Ali
    19 octobre 2018 at 0 h 39 min - Reply

    Je ne suis pas convaincu, son enquete aurait ete plus réaliste, plus revelatrice, plus profitable sur l’algerie d’aujoud hui, de 1988 à 2018 par exemple.
    le 05/88 et la decennie rouge ont créé de veritable traumatismes profond au sein de la population, ex: nous avons vecu durant ces années continuellement dans la peur et de la mefiance, et cela a devellopé des automatismes et des reflexes de violence en reponse à des situations meme les plus anodines comme systeme de defense, alors qu’avant il y avait toujours un certain dialogue.
    Comme c’est l’etat qui en est responsable..je ne pense qu’une etude similaire verra le jour…. un jour!




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    • achraf
      19 octobre 2018 at 10 h 24 min - Reply

      j’appuie votre reflexion,les sequelles laissées après oct.88 ainsi que les années de sang 92-2000,ne se sont pas encore cicatrisés ce fut l’oeuvre des rédidus sous officiers de l’armée Française , au fait pourquoi n’ont pas été dérangés au sujet de leur enrichissement illicite?




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      • Ali
        19 octobre 2018 at 14 h 41 min - Reply

        En effet la cicatrisation sera longue très longue meme.
        cette violence a completement chamboulé, transformé les rapports inter-familliaux, entre couples, peres fils et filles, entre meres fils et filles, entre freres et soeurs, entre voisins, les rapports sociaux entre l’etat et sa population n’en parlons pas.
        Si on devait comparer la violence colonial à la violence du pouvoir depuis 62…
        la plus devadtatrice qui a causé le plus de degats, est sans aucuns doutes la gestion de la decennies des massacres de masses, par le pouvoir, son armée, sa police, sa gendarmerie et surtout de son DRS.
        Et on essaie de nous faire avaler que tout les malheurs actuels du pays, serait dù à la maltraitance subi epoque coloniale et depuis refouler de maniere violente???
        Aujourdhui, qui va croire à ça!!!???




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  • Meriem
    19 octobre 2018 at 10 h 31 min - Reply

    c est bien joué de mettre sur le dos des autres ses propres lachetés, comme si l espece humaine n avait pas d ‘autres choix, Non madame Lazali ce n’ est pas en noyant le poisson que vous parviendrez a faire diversion.La verité est ailleurs




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  • tarak
    19 octobre 2018 at 17 h 21 min - Reply

    Le traumatisme provoqué par le pouvoir criminel algérien est de loin pire que celui du colonialisme français qu’on veut y nous faire croire.
    On oubliera jamais les massacres d’octobre 88 et ceux de la décennie rouge.




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