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21 November 2018

Jamal Khashoggi : sa dernière tribune traduite en français

© Washington Post

Vidéo par FRANCE 24

Dernière modification : 18/10/2018

En accord avec le Washington Post, France 24 vous propose de lire en français la dernière tribune du journaliste saoudien, qui n’a plus donné signe de vie depuis qu’il a passé le seuil du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre.

« Ce dont le monde arabe a besoin, c’est la liberté d’expression »
par Jamal Khashoggi (version anglaise à lire sur le Washington Post, version arabe à lire sur France 24).

J’ai récemment consulté sur Internet le rapport intitulé « Liberté dans le monde », publié en 2018 par Freedom House (organisation non-gouvernementale étudiant l’étendue de la démocratie dans le monde), ce qui m’a amené à un triste constat. Un seul état du monde arabe figure dans la catégorie « libre ». Il s’agit de la Tunisie. La Jordanie, le Maroc et le Koweït sont qualifiés de « partiellement libre ». Les autres sont parmi les « non libre ».

Par conséquent, les Arabes vivant dans ces pays sont soit sous-informés soit mal informés. Ils ne sont pas en mesure d’aborder, et encore moins de débattre publiquement des problématiques qui touchent la région et leur vie quotidienne. Le discours de l’État domine la pensée publique, et si beaucoup n’y croient pas, une large majorité de la population est victime de cette fausse narration. Malheureusement, cette situation ne devrait pas changer.

Le monde arabe était porteur d’espoir au printemps 2011. Les journalistes, les universitaires et la population en général débordaient d’enthousiasme pour une société arabe libre et brillante, chacun dans leurs pays respectif. Ils s’attendaient à être émancipés de l’hégémonie de leur gouvernement, des interventions constantes et de la censure de l’information. Ces attentes ont été rapidement brisées ; ces sociétés sont retombées dans l’ancien statu-quo ou dans des conditions encore plus rudes qu’auparavant.

Mon cher ami, l’éminent écrivain saoudien Saleh al-Shehi a écrit l’une des chroniques les plus célèbres jamais publiées dans la presse saoudienne. Malheureusement, il purge actuellement une peine injustifiée de cinq ans de prison pour des prétendus commentaires à l’encontre de l’establishment saoudien. La reprise en main par l’État égyptien du journal Al-Masry Al-Youm n’a pas suscité la colère des journalistes. Ces actions ne portent plus les conséquences d’une réaction de la communauté internationale. Au lieu de cela, ces actions peuvent susciter une vague de condamnations, rapidement suivie d’un silence.

Par conséquent, les gouvernements arabes ont eu toute latitude pour continuer à réduire au silence les médias à un rythme croissant. Il fut un temps où les journalistes pensaient qu’Internet libérerait l’information de la censure et du contrôle liés à la presse écrite. Mais ces gouvernements, dont l’existence même repose sur le contrôle de l’information, ont bloqué Internet de manière agressive. Ils ont également arrêté des reporters locaux et exercé des pressions sur les annonceurs pour qu’ils nuisent aux revenus de publications spécifiques.

Quelques oasis continuent d’incarner l’esprit du printemps arabe. Le gouvernement du Qatar soutient toujours la couverture de l’actualité internationale, contrairement aux efforts de ses voisins pour maintenir le contrôle de l’information afin de soutenir « l’ancien ordre arabe ». Même en Tunisie et au Koweït, où la presse est considérée au moins « en partie libre », les médias se concentrent sur les problèmes nationaux mais pas sur ceux du grand monde arabe. Ils hésitent à fournir une tribune aux journalistes d’Arabie saoudite, d’Égypte et du Yémen. Même le Liban, joyau du monde arabe en matière de liberté de la presse, a été victime de la polarisation et de l’influence du Hezbollah, pro-iranien.

Le monde arabe est confronté à sa propre version d’un rideau de fer, imposé non pas par des acteurs extérieurs mais par des forces nationales en lice pour le pouvoir. Au cours de la guerre froide, Radio Free Europe, qui est devenue au fil des années une institution critique, a joué un rôle important dans la promotion et le maintien de l’espoir de liberté. Les Arabes ont besoin de quelque chose de similaire. En 1967, le New York Times et The Post ont acquis conjointement le journal International Herald Tribune, qui est devenu une plate-forme pour des voix du monde entier.

The Post a pris l’initiative de traduire plusieurs de mes articles et de les publier en arabe. Pour cela, j’en suis reconnaissant. Les Arabes doivent lire dans leur propre langue pour pouvoir comprendre et discuter des divers aspects et des complications de la démocratie aux États-Unis et en Occident. Si un Égyptien lisait un article exposant le coût réel d’un projet de construction à Washington, il serait alors en mesure de mieux comprendre les implications de projets similaires dans sa communauté.

Le monde arabe a besoin d’une version moderne des vieux médias transnationaux pour que les citoyens puissent être informés d’événements mondiaux. Plus important encore, nous devons fournir une tribune pour les voix arabes. Nous souffrons de pauvreté, de mauvaise gestion et d’éducation médiocre. En créant un forum international indépendant, isolé de l’influence des gouvernements nationalistes propageant la haine par la propagande, les citoyens ordinaires du monde arabe seraient en mesure de s’attaquer aux problèmes structurels auxquels leur société est confrontée.

Première publication : 18/10/2018


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3 Commentaires sur cet article

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  • Ali
    19 octobre 2018 at 23 h 03 min - Reply

    Selon un enregistrement rapporté par un journal turc, les doigts du journaliste auraient été d’abord coupés et aurait ensuite été décapité et démembré par une equipe deplacé specialement pour lui parait il à vif……




    0
  • riad
    20 octobre 2018 at 10 h 37 min - Reply

    La Question qui se pose : les Francais comme les anglais en quittant ces territoires, les laissant a des tribu qu’ils ont armé contre les autres tribus! voila le résultat, cette tribu el Saoud fait ce qu’elle veut des autres tribus voisin et personnes ne peut lui dire Pourquoi? ce n’est évidement pas le cas en US UK le monde arabe est guidé par des criminels corrupteurs sans piter ni loi ni foi…




    2
  • Rédaction LQA
    20 octobre 2018 at 13 h 05 min - Reply

    INTERVIEW QUE JAMAL KHASHOGGI DONNEE SECRETEMENT A RULA JEBREAL DE NEWSWEEK SUR SA VISION DU JOURNALISTE SAOUDIEN, SUR L’ISLAM, L’AMÉRIQUE ET LE PRINCE «RÉFORMISTE»

    PAR RULA JEBREAL

    Jamal Khashoggi m’a dit qu’il craignait pour sa vie. Je rapportais un article sur l’Arabie saoudite pour Newsweek et nous parlions de manière confidentielle. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas autorisé la transcription de cette transcription jusqu’à présent. L’autre raison est que j’espérais contre espoir qu’il soit encore en vie. En dépit de nombreux signes de l’extrême brutalité du prince héritier Mohammed bin Salman et de son régime, je n’aurais jamais imaginé que nous allions réfléchir à la mort de Jamal.

    Jamal était calme et délibéré alors que nous parlions en détail de l’avenir et de son passé récent de l’Arabie saoudite. «Je ne me vois pas comme une opposition», a-t-il déclaré. Il ne voulait que la réforme; il voulait «une meilleure Arabie saoudite». Il était presque triste lorsqu’il a confessé avoir tenté en vain de conseiller au jeune prince héritier, connu sous le nom de MBS, de choisir une voie différente et d’ouvrir la société civile saoudienne. Il a maintenu un peu d’espoir que MBS, bien qu’il soit «un chef de tribu démodé», puisse encore être orienté vers la raison. Mais il m’a parlé franchement des «voyous» autour du prince héritier. « Vous les défiez, vous pourriez vous retrouver en prison », a-t-il déclaré.

    En tant que proche de la cour royale saoudienne depuis des décennies, Jamal comprenait instinctivement les limites de la réforme. Il a été décrit comme un dissident dans les semaines qui ont suivi sa disparition. Mais jusqu’à il y a 18 mois, il avait été fidèle à la ligne officielle saoudienne sur toutes les questions majeures, du Yémen à la Syrie, en passant par le sectarisme sanctionné par l’État à l’intérieur du royaume. Une telle loyauté ne lui a pas épargné le sort répugnant – selon les autorités turques – d’avoir été torturé à mort et démembré dans un consulat saoudien.

    Dans sa dernière chronique sur Al-Hayat , Jamal appelait au pluralisme politique, alors que MBS se préparait à faire une tournée dans l’Ouest, se vantant de ses «réformes» et se faisant passer pour un jeune libérateur. Jamal a écrit que le mot «extrémisme» avait été modifié par le régime saoudien pour criminaliser la dissidence. Il a sans doute accepté la promesse du Printemps arabe six ans trop tard. L’Arabie saoudite et ses alliés avaient alors réussi à rétablir un ordre autoritaire brutal en Égypte, à Bahreïn et ailleurs. Néanmoins, lorsque Jamal a ajouté sa voix à ceux qui appelaient à plus de liberté et de démocratie, ses paroles ont secoué le régime saoudien.

    Il n’est pas ironique que l’Arabie saoudite, dont les principales exportations sont le pétrole et l’extrémisme, a le droit, à Washington, d’informer notre gouvernement des mouvements démocratiques du monde arabe qui devraient être considérés comme des alliés dignes ou des ennemis officiels. Notre dépendance au pétrole, ainsi qu’aux dizaines de milliards de commandes annuelles du plus gros client de l’industrie de l’armement américaine, nous a conduit à nier l’évidence.

    Pendant des décennies, nous avons refusé d’écouter les personnes à l’intérieur du royaume qui ont été victimes du régime: avocats, intellectuels libéraux, activistes chiites, militants des droits des femmes, journalistes. Jamal a vu à travers le battage médiatique quand beaucoup à Washington étaient prêts à acheter la fable que le jeune prince vendait.

    Après l’exécution de sang-froid d’un chroniqueur de renommée mondiale du Washington Post pour crime d’opinion, la défense du régime responsable est toujours autorisée dans une société polie aux États-Unis. Annuler quelques comparutions ou même quelques contrats de défense ne suffit pas. Il est temps que le Trésor américain impose des sanctions étendues au royaume. La récréation est terminée pour le prince héritier des relations publiques. Il est temps que MBS parte. Mais pas seulement MBS: Il est temps de mettre fin à tout le système de despotisme monarchique dont il est le symptôme le plus extrême.

    Lorsqu’on lui a demandé si la communauté internationale pouvait exercer une pression sur le prince héritier et protéger le peuple saoudien de son impitoyable dirigeant, Jamal a répondu: «C’est notre seul espoir.» J’espère que tout le monde l’entendra maintenant.

    Une conversation avec Jamal Khashoggi

    – Je cherche à comprendre les réformes que le prince héritier Mohammed bin Salman prétend mener. Est-il en train de réformer l’islam lui-même? J’ai entendu dire que l’archevêque de Canterbury (lors d’une conversation privée avec MBS lors de sa visite au Royaume-Uni) a demandé: «Si vous voulez vraiment être perçu comme un réformiste, pourquoi ne laissez-vous pas les minorités ouvrir leurs lieux de culte… Église chrétienne ou quelque chose?

    – Et la réponse de MBS était: «Je ne pourrais jamais permettre cela. C’est le lieu saint de l’islam, et il devrait rester tel quel ».

    – C’est donc une contradiction avec l’idée qu’il n’y a pas de wahhabisme [la version sans compromis de l’islam], car dans l’islam historique, nous savons qu’il y avait des lieux de culte pour les autres. Les juifs étaient autorisés à adorer; Les chrétiens ont été autorisés à adorer.

    – C’est la même langue du passé…. Tu dois choisir. Je vais ouvrir un cinéma ou permettre aux musulmans de visiter des sanctuaires. Très probablement, le mufti dirait «OK, le cinéma». Visites de sanctuaires et autres pratiques soufies – elles figurent en tête de la liste des wahhabites à faire et à ne pas faire.
    [Avec] Mohammed bin Salman, c’est la réforme wahhabite, pas la réforme islamique. C’est important. Vous devez faire la distinction entre les deux, d’accord?

    – Fait-il vraiment une réforme wahhabite – telle est la question ou simplement une réforme esthétique?

    – Non il est. Mettre de côté le concept de police religieuse, c’est la réforme. C’est important. Je suis sûr que les wahhabites purs et durs ne sont pas contents de cela. Le cinéma, les divertissements, la musique, le voile de la femme … Il s’attaque donc aux problèmes qui concernent les personnes, le niveau social des personnes.

    – Le système judiciaire est une réforme importante et il pourrait en tirer profit. La société et le commerce en bénéficieraient. Ces deux choses sont donc importantes: la diversité des écoles de pensée de l’islam et de la justice. S’il fait ces deux, je le tiendrai pour un réformateur.

    – Donc, s’il réformait le système judiciaire et l’école de pensée, c’est-à-dire diversité …

    – Diversité que l’Islam est une religion diverse. Ce sera important. Le principe fondamental du wahhabisme est anti-divers. Le problème avec les wahhabites est qu’ils prétendent être le propriétaire, le seul propriétaire de la vérité. C’est ce qui rend les Wahhabites en désaccord avec tout le monde.

    – Je comprends que c’est important pour les jeunes – en particulier les femmes – et il est populaire parmi les femmes en raison du voile, du cinéma, de la musique, de la liberté qu’elles acquièrent après une longue période d’oppression. Cependant, je tiens à de vraies réformes du système judiciaire qui permettent aux femmes d’être indépendantes des lois sur la tutelle masculine, qui, selon moi, ne reposent que sur une interprétation religieuse et n’ont rien à voir avec les lois islamiques, qui accordent aux femmes le droit de se marier et de se marier. autres choses.

    – Rula, ne minimisez pas la question de la réforme judiciaire réservée aux femmes, même si c’est important…. Depuis le règne du roi Abdulaziz, ils ont refusé de codifier les lois. Et ils pensent que codifier les lois est laïc… C’est haram… C’est ce que je veux dire par réforme, par véritable réforme du système judiciaire, c’est codifier le droit, instaurer une procédure régulière dans le système judiciaire et obliger les juges à obéir.

    – quel est le mot? – une loi codifiée…. C’est la réforme nécessaire.

    – Quand MBS a arrêté tous ces princes et d’autres et les a mis au Ritz-Carlton – je comprends que quelqu’un est aussi corrompu, il doit être arrêté. Cependant, il n’y avait pas de procédure régulière, pas de preuve, pas de transparence. Donc, s’il veut vraiment être réformiste, pourquoi ne pas présenter des preuves au public? Pourquoi ne pas apporter de la transparence là où vous avez réellement introduit l’état de droit et le respect de la légalité? Les gens seront de son côté s’il le ferait.
    Je ne pense pas que cela soit dans le sien, il ne le voit pas. Il n’en voit pas la nécessité. Il est encore beaucoup… Au fond de lui, il est un chef de tribu à l’ancienne. Regardez le système judiciaire koweïtien, qui ressemble à un État du Golfe; la société est très proche de la société saoudienne. Mais le système judiciaire koweïtien est beaucoup plus avancé que le système judiciaire saoudien, beaucoup plus transparent que le système judiciaire saoudien.

    – Pourquoi MBS ne voit-il pas cette partie de la réforme? Parce que cela limitera son régime autoritaire, et il ne le veut pas. Il n’en voit pas la nécessité. Alors parfois, j’ai le sentiment que… il veut jouir des fruits de la modernité du Premier Monde, de la Silicon Valley et des cinémas, mais il veut aussi gouverner comme son grand-père gouvernait l’Arabie saoudite.

    – Ça ne marche pas. Vous ne pouvez pas avoir les deux.
    Il veut l’avoir des deux côtés.

    – C’est ce que j’essaie de comprendre: pouvez-vous avoir les deux?

    – Tout d’abord, aucun mouvement politique en Arabie saoudite ne pourrait faire pression sur lui, le numéro un. Et le monde est heureux avec lui. Voyez-vous quelqu’un en Amérique, à l’exception de Bernie Sanders, qui appelle à faire pression sur MBS? Je n’ai vu que Bernie Sanders, mais personne d’autre.

    -Je tiens à vous rappeler, Jamal, qu’en 2004, un autre homme s’est qualifié de réformiste, à savoir Bachar al-Assad. Et un autre homme bien avant lui, en 1984, s’appelait réformiste, c’était Saddam Hussein – les Américains, d’ailleurs. L’histoire suggère donc que les Américains pensent qu’un jour, ils pourraient changer dans cinq ou dix ans. Je ne compterais pas sur les perceptions américaines.

    – Oui, tu as raison. Mais les Américains, pourquoi se soucieraient-ils du traitement de 150 ou 400 Saoudiens au Ritz-Carlton? Je suis sûr que les Américains ne feront pas pression sur MBS [sauf si] une véritable crise se produit en Arabie Saoudite.

    – Ou en Amérique, semblable au 9/11.

    – Oui, ou quelque chose comme ça. Cela rendra à nouveau l’Arabie saoudite importante.

    – Les américains en ce moment, avec le président Donald Trump, [peut ne pas s’en soucier]. Mais l’Amérique change très vite, surtout avec les jeunes, qui sont très attentifs aux politiques que nous menons. Vous verrez qu’il y aura une approche différente, en particulier si les politiques de MBS se retournent quelque part, directement ou indirectement. Les Américains ont-ils conscience de qui est ce type? Est-ce le bon gars à soutenir totalement?

    – Oui, exactement … Je vois comment ça va aller mal. Il croit beaucoup en lui-même. Il ne croit en personne d’autre. Il ne vérifie pas. Il n’a pas de conseillers appropriés et, selon lui, il se dirige vers l’Arabie saoudite, l’Arabie saoudite selon Mohammed bin Salman uniquement.

    -J’ai une question pour vous. Si MBS vous demandait d’aller le conseiller – je comprends, après ce que vous avez écrit, il lui serait difficile [de demander], mais s’il vous a vraiment demandé de le conseiller afin qu’il puisse comprendre la valeur de vraies réformes et de la transparence, accepteriez-vous cela?

    – Je vais accepter cela, bien sûr. Parce que c’est ce que je veux: je veux une meilleure Arabie saoudite. Je ne me vois pas comme une opposition. Je ne demande pas le renversement du régime, car je sais que ce n’est pas possible et que c’est trop risqué, et qu’il n’y a personne pour renverser le régime. Je demande simplement une réforme du régime.
    Je lui dirai de cesser de planifier ces projets d’éléphants blancs et d’examiner les quartiers pauvres de Jeddah et de Riyad et les pauvres. Parce que ces pauvres veulent des emplois, ils veulent une vie meilleure et ils ne l’ont pas. Et ils seront le peuple – vous êtes responsable de leurs intérêts, et ce sont les gens qui agiront contre vous ou qui sortiront dans la rue si vous les échouez…. Regardez les zones pauvres. Regardez l’économie… Changer la société saoudienne en une société productive. Et mon deuxième conseil: cesser de lutter contre les moyens historiques de changer le Moyen-Orient. Le printemps arabe est un véritable phénomène. Embrassez le printemps arabe et aspirez à la liberté du peuple égyptien, syrien et yéménite.

    – Vous demandez simplement des réformes, exactement comme beaucoup de gens qui sont en prison aujourd’hui. Ils demandent une réforme politique. Ils sont toujours en prison et vous êtes en exil. N’est-ce pas une indication qu’il ne croit pas vraiment au genre de réformes qu’il préconise?

    – Il croit en sa réforme.

    – Donc, la mentalité d’homme fort.

    – Sa mentalité prévaut aujourd’hui dans la majeure partie du Moyen-Orient. C’est ainsi que [le dirigeant égyptien Abdel Fattah] el-Sisi regarde son peuple. C’est comme ça que Assad (la Syrie) regarde son peuple. C’est ainsi que de nombreux dirigeants arabes regardent leur peuple, à l’exception du roi de Jordanie, le roi du Maroc.

    – MBS est venu à New York et à Washington, DC, et il a dit qu’il reconnaîtrait l’état d’Israël d’une manière ou d’une autre. Mais alors, quand il était à Londres, certaines personnes lui ont suggéré de tenir une réunion informelle avec la communauté juive, et il a dit que c’était trop risqué. Si vous croyez à la reconnaissance d’Israël, pourquoi ne le prenez-vous pas complètement? Qu’est-ce qui le préoccupe?

    – L’Arabie saoudite a pris part au sommet de la Ligue arabe et l’a appelée soudainement «sommet de Jérusalem». Pourquoi a-t-il fait ça? Je pense que c’est une réaction à la colère dans le monde arabe en Arabie Saoudite. L’Arabie saoudite [est perçue] comme cédant aux Israéliens, aux lobbys juifs, ici et là, et peut-être aussi l’Arabie saoudite commence-t-elle à [craindre] que Trump ne puisse leur livrer ce qu’ils espéraient. Alors ils se sont un peu rétractés et ont dit: « Oh, nous soutenons toujours la Palestine. »

    – Alors, quand la communauté internationale fait pression, il peut reculer.

    – Il peut reculer, bien sûr, oui.

    – Ainsi, la communauté internationale peut en quelque sorte exercer un équilibre et vérifier que les Saoudiens ne sont pas capables de le faire.

    – C’est notre seul espoir, oui.

    – Les Américains, les Européens en particulier, peuvent exercer ce type de contrôle sur lui.

    – Beaucoup. Et si la Banque mondiale, par exemple, avertit MBS de gaspiller son argent dans des méga projets, il pourrait reculer et mettre un terme à ces stupides projets inventés. Mais nous, peuple saoudien, nous n’avons ni le pouvoir ni l’influence de dire: «Votre altesse, s’il vous plaît, ne gaspillez pas nos milliards de dollars dans ces méga projets».

    -Il semble avoir désespérément besoin d’argent. Leurs réformes semblent être orientées vers la création monétaire, les cinémas qu’ils ont ouverts sont donc un distributeur automatique de billets. Ce sont des réformes qui permettront une sorte de revenus dans le système. Donc, oui, il ouvre le cinéma, mais au fond, c’est une opération de trésorerie.
    Je pense qu’il croit en Saudi Inc. Il aime le modèle de Dubaï. Le gouvernement de Dubaï, autant qu’il s’agit d’un gouvernement, c’est une société. Cela rapporte donc beaucoup aux expatriés qui vivent à Dubaï [avec] leur alcoolisme, leurs cinémas, etc. Il aime ce modèle et il importe ce modèle en Arabie saoudite. Ce qui ne va pas avec ce modèle, c’est que Dubaï est une cité, alors que l’Arabie saoudite est un pays. Et pendant qu’il construit Saudi Inc., où des Saoudiens dépenseront de l’argent et iront au gouvernement, il y aura des millions d’autres Saoudiens qui sont trop pauvres pour faire partie de cette nouvelle économie. Ils n’ont pas de travail. Il a besoin de voir ça.

    – Pouvez-vous créer de la stabilité lorsque vous avez aliéné l’élite du monde des affaires, le système de sécurité, en particulier ceux qui sont proches de Mohammed bin Nayef et d’autres, ainsi que ses cousins ​​qui sont très mécontents? Pouvez-vous gouverner quand votre circonscription est malheureuse? Pouvez-vous créer une réforme stable?

    – Il y a un dirigeant qui dirige un pays beaucoup plus pauvre que l’Arabie saoudite et qui a une histoire de dissidence plus critique. Sissi en Egypte, non? Aujourd’hui, personne ne peut planifier une révolution en Egypte. Donc, MBS, qui a plus d’argent, qui a plus de soutien, qui a une population moins nombreuse … MBS peut gouverner l’Arabie saoudite pendant des années, sans contestation. [Mais] s’il va dépenser ces 500 milliards de dollars dans son méga projet, si 10 ans plus tard, ces projets plus importants ne génèrent pas de retour sur l’investissement, il sera en difficulté.
    C’est ce qui déterminera son héritage?

    – Oui, il s’agit de la façon dont ces projets vont se dérouler. S’ils réussissent, il deviendra le deuxième plus grand dirigeant de l’Arabie saoudite. Mais encore une fois, il doit construire ces projets et faire travailler des millions de Saoudiens.

    – L’Arabie saoudite dépense des millions de dollars au Yémen dans cette guerre qui semble impossible à gagner. Le blocus avec le Qatar a des coûts – beaucoup de choses que les Qataris achetaient autrefois à l’Arabie saoudite, mais qu’ils achètent maintenant ailleurs. Toutes ces politiques ne sont pas rentables, du moins sur le plan économique, sans parler du côté politique. Quelle est la logique? S’il veut redresser l’économie et créer des emplois pour des millions de Saoudiens, pourquoi perdre de l’argent dans un projet qu’il est impossible de gagner?

    – Il a raison de s’inquiéter de la présence iranienne au Yémen. Et il veut les chasser, les Iraniens, du Yémen. Mais en même temps, il se méfie également de ses alliés naturels au Yémen, les islamistes. Il veut donc une victoire au Yémen qui éliminera les Houthis. Et il semble qu’il ne peut pas faire ça. Bien sûr, il est impossible de le faire … Et comme c’est une règle d’un homme, personne ne peut lui dire: «Votre altesse, cette politique est fausse. Vous devez trouver une solution alternative pour le Yémen. »Il est coincé avec. C’est aussi une vendetta personnelle. C’est lui qui a déclenché cette guerre. Et cette crise avec le Qatar est devenue une crise très personnelle.

    – Quelle est la raison de la crise au Qatar?

    – Il y a un marqueur essentiel dans les stratégies MBS … Bien qu’il s’inquiète de l’Iran, il s’inquiète de l’islam politique, des Frères musulmans, des forces du Printemps arabe. Il voit les deux comme une menace pour lui. Le Qatar est considéré comme… la bouée de sauvetage du printemps arabe et de l’islam politique. Et il souhaite que les Qataris se détachent de leur soutien au Printemps arabe et à l’islam politique sous la forme d’Al Jazeera, sous forme de financement. C’est fondamentalement ce qu’il veut. Si les Qataris deviennent un autre Bahreïn, se dissocient totalement de l’islam politique et du printemps arabe et se retournent contre eux, ils seront accueillis dans le domicile de MBS.

    – Il veut un état client ?

    – Exactement. Comment le Qatar va-t-il devenir un pays client, c’est qu’il accepte de cesser de soutenir les forces du Printemps arabe. MBS et MBZ [le dirigeant des Émirats arabes unis, Mohammed bin Zayed], ils pensent avoir asphyxié les forces du Printemps arabe et ne disposent que d’un répit au Qatar. Donc, ils veulent fermer cet espace de respiration.
    Le printemps arabe est une idée et une idée a besoin d’une plate-forme. Et le Qatar fournit toujours cette plate-forme. Et vraiment … ce sera un coup dur pour les voix du changement au Moyen-Orient, parce que les voix du changement n’ont que Al Jazeera comme plateforme et comme média médiatique pro-Qatar. [Perdre cela] sera une victoire majeure pour MBS.

    – S’il veut incarner l’idée de réforme, qu’est-ce qui ne va pas avec exiger la liberté, la justice sociale, des emplois et de la nourriture? Je parle de vous, de moi-même et de millions d’Arabes qui ne veulent pas d’islamistes, mais veulent réellement une meilleure Arabie saoudite.

    – Si vous avez la possibilité d’aller en Arabie saoudite ou de passer du temps avec des élites proches du gouvernement, ils vous diront que les Arabes sont des ignorants. «Ces gens sont ignorants. Ils ne savent pas ce qui est bon pour eux »- numéro un. Deuxièmement, malgré ce que nous pensons des islamistes, les islamistes et la démocratie se rejoignent. Partout où il y a de la démocratie dans n’importe quelle partie du monde arabe, des islamistes vont émerger, même pour remporter l’essentiel du vote ou une bonne partie du vote. Et ils seront soit au gouvernement, soit partagés, comme en Tunisie ou au Maroc. Et il ne veut pas ça. Il méprise les islamistes. C’est pourquoi il est totalement contre le Printemps arabe et il a maintenant renforcé un mécanisme, un mécanisme de relations publiques anti-Printemps arabe. Des gens, des écrivains, des chaînes de télévision et des chaînes d’information comme Al Arabiya s’attaquent constamment à l’idée du printemps arabe. Il utilise la religion pour attaquer l’idée de la révolution et du printemps arabe.

    – Qu’entendez-vous par «il utilise la religion»?

    – Il a utilisé une certaine teinte de salafisme qui interdit les gens, les administrations et s’opposer au souverain.

    – Il a utilisé des religieux qui ont dit que personne ne devrait s’opposer à la règle? Qui a dit que c’était haram de défier les dirigeants?

    – Oui.

    – Donc, ils disent essentiellement qu’ils détestent les islamistes, mais qu’ils sont prêts à utiliser les Salafistes pour combattre les forces du Printemps arabe et les idées du Printemps arabe, verbalement ou violemment, au Yémen et ailleurs?

    – Oui. Parce que son objectif est de contrer l’islam politique.

    – Avez-vous l’espoir que les réformes réussiront malgré le scepticisme … au point que vous seriez fier de revenir vivre en Arabie Saoudite et de vous sentir en sécurité?

    – Même si ce qu’il est en train de faire, je pourrais continuer à parler de réforme, il faudra être plus précis pour y voir une normalisation. Ce n’est pas encore une réforme. Il a seulement ouvert la porte aux personnes en lock-out, aux gens de divertissement, aux femmes, pour leur permettre de sortir du quartier où elles étaient gardées pendant de nombreuses années et de revenir rejoindre toute la communauté. Mais maintenant que les portes sont ouvertes et que nous avons des femmes, des divertissements et moins de religion dans notre communauté, nous devons maintenant procéder à des réformes. La réforme n’a pas encore commencé en Arabie saoudite. La réforme actuelle consiste à avoir une économie qui fonctionne.
    Et l’économie actuelle en Arabie saoudite est en récession. Je viens de déjeuner avec un homme d’affaires saoudien qui souffre beaucoup.
    Ce que je n’ai pas vu – comme ici en Amérique, si vous vous présentez comme maire de Miami, même si vous rencontrez des gens riches pour collecter des fonds, vous passerez un peu de temps dans les quartiers les plus pauvres de Miami, n’est-ce pas? Parler aux pauvres pour connaître leurs problèmes … Je ne vois pas MBS y passer du temps. Je n’ai jamais vu une seule photo de lui dans un quartier pauvre de Riyad.

    – Nous avons vu beaucoup de photos avec l’élite.

    – Oui, avec l’élite, c’est là qu’il est. Il ne voit toujours pas les gens. Quand il verra le peuple, la réforme commencera alors.

    – Les gens viennent du monde entier pour le pèlerinage. Les deux ou trois dernières années, nous avons vu l’infrastructure s’effondrer, nous avons vu les accidents… Cela ne reflétait pas bien la capacité organisationnelle. Le Hajj est un symbole très important, c’est la seule chose que l’Arabie saoudite possède au-dessus de l’ensemble du monde islamique. Le fait qu’ils ne pouvaient pas s’organiser logistiquement… Est-ce que MBS est attentif?

    – Je pense que nous avons toujours un problème avec le fonctionnement du gouvernement, un fonctionnement correct du gouvernement. Il est plus facile pour l’Arabie saoudite de toujours construire des bâtiments en béton, car ceux-ci sont généralement construits par des entrepreneurs et ces derniers font leur travail. Ils ont un problème d’entretien et d’exploitation des bâtiments.
    J’ai une description très idiote de cela: ici, en Amérique, vous allez dans un aéroport, il peut s’agir d’une salle de bains très fréquentée, mais elle sera toujours propre ou relativement propre et il y aura du papier toilette. En Arabie saoudite, nous pourrions construire une salle de bains élégante, mais après deux ans d’exploitation, l’eau commencera à couler et il n’y aura plus de papier toilette. C’est la maintenance, c’est le fonctionnement de l’école ou des hôpitaux. L’Arabie saoudite dépense beaucoup d’argent pour la santé, l’éducation, mais le fonctionnement n’est pas efficace.
    Les écoles ne sont pas propres … En Arabie saoudite, la plupart des enfants n’ont pas de système d’égouts. C’est l’ironie de l’Arabie Saoudite, dont nous parlons …

    – Il veut construire de nouvelles villes. Mais qui vivra là-bas si les pauvres ne peuvent déjà plus se permettre de vivre?

    – Juste l’élite. L’élite qui peut se permettre.

    – Suffit-il de consolider votre pouvoir si seulement l’élite est servie?

    – Malheureusement, cette élite en Égypte, par exemple, a ouvert ses portes à des communautés. Les gens – les classes moyennes et les riches en Égypte vivent confortablement dans ces communautés fermées.
    Le fait qu’il ne soit pas disposé à écouter ses plus proches parents ni à les enfermer parce qu’ils ne sont pas d’accord avec lui … ce sont des signes que nous avons vus auparavant. Cela suggère une tendance très terrible.

    Vous avez mentionné deux choses ici. Oui, il n’a pas de conseillers politiques à l’exception de Turki al-Sheik et Saoud al-Qahtani. Il n’a pas de grands conseillers.

    Et l’histoire de la mère [étant assignée à résidence] – relisez-la, vous trouverez quelque chose de très intéressant. Quatorze sources de renseignement confirment l’histoire. Qui sont-ils? Ce sont des Américains. Les Américains fuient l’histoire. La CIA laisse filtrer l’histoire. Pourquoi font-ils cela? Je pense qu’il y a des gens dans la CIA qui sont malheureux.

    – À propos des deux conseillers, Saoud al-Qahtani et Turki al-Sheik …

    – Ils sont très voyous. Les gens les craignent. Vous les défiez, vous risquez de vous retrouver en prison, et c’est ce qui s’est passé. Turki al al-Sheikh est responsable du sport et on dit qu’il aurait quelques milliards à sa disposition pour dépenser dans le sport et occuper les jeunes. Turki venait de, il faisait partie de la police et je ne sais pas comment il est devenu si proche du MBS, mais il est très proche de lui en ce moment.
    Al Qahtani était le responsable des médias à la cour royale à l’époque de Khalid… à l’époque du roi Abdullah. C’était un de mes amis et je le connaissais très bien. Il était le lien entre la cour royale et les médias à mon époque. Maintenant, il est devenu l’homme le plus important des médias. C’est lui qui dirige le bras de contrôle saoudien… et c’est lui qui contrôle les relations publiques et les médias.

    – Turki Sheik a dit. “Les Occidentaux viennent ici et nous les faisons attendre deux heures et ils nous embrassent.” C’était un délire… Il était arrogant et la langue était comme si elle appartenait à un siècle différent.

    – Je vous aurais conseillé d’aller en Arabie Saoudite et de les rencontrer, de voir et d’entendre cela par vous-même.

    – Je ne suis pas sûr de pouvoir y aller et de sortir avec ma peau.
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