Édition du
21 November 2018

Essaid Aknine, à cœur ouvert : “Voici ce que représente pour moi Octobre.”

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Chers lecteurs, nous vous proposons une série d’entretiens réalisés avec le militant humaniste, Essaid Aknine. Dans ces entretiens, il est question des “traumas de la colonisation”, de ” la promesse démocratique” d’octobre 1988 à réaliser, de “la culture du pardon” et de l’impératif d’opposer  “notre Novembre de la métamorphose démocratique” au “cannibalisme de l’ordre mondial”. Bonne lecture…
I- LES “TRAUMAS” DE LA COLONISATION…
Bonjour, Essaid ! Ton séjours en Algérie s’est-il bien passé ? Bonjour, Hacène. Merci ! Comme à chaque fois, j’ai été heureux de retrouver les miens, nos illustres aînés parmi les militants de la démocratie que je salue.
Justement, cette année, tu n’as pas assisté au traditionnel rassemblement qui se tient à Paris pour la commémoration du 17 octobre 1961…
Avant de te répondre, je tiens à dénoncer les arrestations récentes des journalistes en Algérie, à apporter mon indéfectible soutien à ces derniers et à revendiquer haut et fort leur libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle de tous les détenus d’opinion. Pour revenir à ta question, il est vrai que je n’ai pas pu assister à ce rassemblement qui représente pour moi un rendez-vous avec l’histoire. Seulement, cette année, j’ai célébré la date majeure du 17 octobre 1961, avec mon oncle Ainouz Arab, le plus jeune condamné à mort de la Révolution algérienne. Donc, mon rendez-vous avec l’histoire, je ne l’ai pas raté.
C’est le moins que l’on puisse dire ! Nous sommes au mois d’octobre, un mois qui rappelle plein d’événements ayant marqué l’histoire de notre pays. Que représente-t-il pour toi ?
En évoquant le 17 octobre 1961, je ne peux que réciter ce poème de Kateb Yacine que, faut-il le rappeler, nous avons perdu le 28 octobre 1989 : “Peuple français, tu as tout vu Oui, tout vu de tes propres yeux. Tu as vu notre sang couler Tu as vu la police Assommer les manifestants Et les jeter dans la Seine. La Seine rougissante N’a pas cessé les jours suivants De vomir à la face Du peuple de la Commune Ces corps martyrisés Qui rappelaient aux Parisiens Leurs propres révolutions Leur propre résistance. Peuple français, tu as tout vu, Oui, tout vu de tes propres yeux, Et maintenant vas-tu parler ? Et maintenant vas-tu te taire ?” A lui seul, ce poème suffit à rendre compte de la barbarie du crime colonial du 17 octobre 1961. A l’époque, des manifestations pacifiques ont été organisées par le FLN révolutionnaire à Paris. Des milliers d’algériens ont répondu à l’appel du FLN. Certaines sources parlent de 30000 personnes. L’un des objectifs de cette manifestation était de briser le couvre-feu raciste imposés aux algériens et, par extension à l’ensemble des maghrébins, depuis le 5 octobre. Le couvre-feu interdisant aux travailleurs maghrébins et aux musulmans de sortir de 20h30 à 5h30, faisait partie d’un arsenal de mesures obligeant ces derniers à rester isolés et les cafés tenus par les musulmans à fermer à 19h00. La répression de cette manifestation a été lancée par le préfet de police de La Seine, Maurice Papon, sur ordre des hautes autorités françaises de l’époque. Parmi ces hautes autorités figurent le premier ministre, Michel Debré et Roger Frey, ministre de l’intérieur. Il y a lieu de rappeler qu’il existait une controverse entre Michel Debré et le général De Gaule sur la politique algérienne de ce dernier. Ainsi, la répression menée par 7000 policiers a provoqué 11730 arrestations. Elle a fait entre 150 et 200 morts parmi les algériens. Certaines sources évoquent beaucoup plus d’algériens noyés ou exécutés. Dans un entretien accordé au journal Le Monde du 10 octobre 2011, l’historien Gilles Manceron, considérait que la répression des manifestations du 17 octobre 1961 était “un événement d’une gravité exceptionnelle dont le nombre de morts a fait dire à deux historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster…, qu’il s’agit de la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine.” Du côté français, le 17 octobre 1961 a été évacué de la mémoire collective. Ainsi, la mémoire de la manifestation de Charonne du 8 février 1962, organisée par la gauche française pour la paix en Algérie et contre les attentats de l’OAS a été substituée à la sienne. Rappelons tout de même que lors de cette manifestation, neuf personnes ont été tuées. Du côté algérien, le traumatisme généré par la répression policière de ces événements a été utilisé pour nourrie un discours idéologique aliénant. Ce discours a substitué au patriotisme un nationalisme articulé autour du “trauma colonial”, pour reprendre le titre du livre de Karima Lazali.
A l’occasion du 57e anniversaire du 17 octobre 1961, le président français, Emmanuel Macron, a écrit sur sa page Twitter :” Le 17 octobre 1961 fut le jour d’une répression violente de manifestants algériens. La République doit regarder en face ce passé récent et encore brûlant. C’est la condition d’un avenir apaisé avec l’Algérie et avec nos compatriotes d’origine algérienne.” Comment lis-tu cette déclaration ?
Notre leader politique, Hocine Aït-Ahmed Allah Irahmou, qui est, pour moi, notre seul président légitime, nous a appris à éviter tout retour destructeur dans le passé. Dans cette déclaration, je note que le président français, M. Macron, reconnait le caractère violent de la répression des manifestants algériens. Juste après, il met la République devant la responsabilité historique de regarder son passé en face. Pour lui, cette démarche républicaine est la condition de ce qu’il a appelé “un avenir apaisé” avec l’Algérie et avec la communauté algérienne établie en France. Tout en saluant ce pas effectué par le président français dans le sens de l’ouverture d’un débat serein, franc et responsable, sur cette répression, je note aussi l’absence d’une reconnaissance officielle du crime d’Etat dans cette déclaration. Du coup, la responsabilité politique de l’Etat français dans cette répression policière n’est pas clairement établie. La difficulté inhérente à cette reconnaissance reflète l’immense poids de l’impensé qui pèse sur les mémoires, aussi bien en Algérie qu’en France, le poids du “trauma colonial” qui se transmet de générations en générations…. A ce sujet, le livre de Karima Lazali, publié récemment,  s’intéresse aux effets psychiques de la colonisation sur nous, en tant qu’algériens et français. Il explore un espace peu investi. Son livre nous invite à sortir de la binarité qui continue de prendre en otage nos mémoires individuelles, nos mémoires collectives et nos imaginaires sociaux. En ce sens, nous devons œuvrer à l’émergence d’une conscience alternative qui puisse nous libérer du piège historique de “la Françalgerie”. Un piège qui empêche la France de s’affranchir de sa condition d’ancien colonisateur et l’Algérie, de sa condition de pays anciennement colonisé. Pour effectuer ce travail, l’existence d’une volonté politique de consacrer le primat de rendre l’ensemble de ses mémoires à notre histoire commune sur les deux raisons d’Etat, française et algérienne, est un impératif historique. Malheureusement, nous sommes loin d’être dans cette perspective…
Pour nuancer un peu ton constat, le président Emmanuel Macron a reconnu récemment la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin. Tu ne crois pas que cette reconnaissance est un pas effectué dans le sens que tu souhaites ?
Maurice Audin est un mathématicien français né à Béjaïa en 1932, je crois. Militant du Parti Communiste Algérien, il était anticolonialiste. Il était résolument engagé dans le combat du peuple algérien pour sa liberté. Cet engagement était républicain au sens français du terme. C’était celui d’un militant français qui a été traité comme un indigène. C’est-à-dire, de la pire des manières. En 1957, alors qu’il n’avait que 25 ans, il a été torturé par les forces coloniales jusqu’à en perdre la vie. Il a fallut 61 ans pour qu’un président français, en l’occurrence Emmanuel Macron, reconnaisse enfin que Maurice Audin est “mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France.” Il a fallut que Josette Audin, la veuve du disparu, attende d’avoir 87 ans pour qu’un président français lui demande “pardon” pour la responsabilité de l’Etat français dans la mort de son mari. De plus, Mme Josette Audin, a déclaré que son combat était loin d’être fini. A ce jour, elle se bat pour savoir comment son mari a-t-il été tué, connaître l’identité de ceux qui l’ont assassiné et  le sort qui a été réservé à son corps… C’est te dire la difficulté de l’effort politique à effectuer pour sortir les mémoires des deux peuples, français et algérien, de l’obscurité d’une “nuit coloniale” qui a duré 132 ans. En Algérie, précisément à Alger, une place publique porte le nom de Maurice Audin. Mais, que connaissons-nous de lui ? De son combat ? Des centaines de français et d’européens qui, comme lui, ont mis leurs convictions et leurs vies au service de l’Algérie ? Malheureusement, pas grand chose. Le régime colonial de l’exercice de la souveraineté en Algérie a empêché l’émergence de la citoyenneté algérienne. Une citoyenneté qui pouvait participer à l’instauration d’une culture du citoyen ouvert sur les mémoires des différents peuples de la méditerranée. Durant 132 ans d’occupation coloniale, la France s’est reniée, a renié ses valeurs. Elle a éteint ses Lumières pour s’adonner à la barbarie du colonialisme. A ce jour, elle refuse de voir ce passé en face, de l’assumer officiellement.
Je vais te citer l’extrait d’un texte écrit par Jean El Mouhoub Amrouche en 1956 et tu me diras ce que tu en penses…: “Kabyle de père et de mère profondément attaché à mon pays natal un hasard de l’histoire m’a fait élever dans la religion catholique et m’a donné la langue française comme langue maternelle. Je suis écrivain français. Je représente donc, à un haut degré de perfection l’indigène assimilé. Mais je ne suis pas, je ne suis plus, et depuis longtemps partisan de l’assimilation. Pourquoi ? La tragédie algérienne ne se joue pas pour moi sur une scène extérieure. Le champ de bataille est en moi : nulle parcelle de mon esprit et de mon âme qui n’appartienne à la fois aux deux camps qui s’entre-tuent. Je suis algérien, je crois être pleinement français. La France est l’esprit de mon âme, mais l’Algérie est l’âme de cet esprit.” Alors, qu’en penses-tu ?
Il n’est pas facile de faire une lecture d’un texte aussi profond, aussi, beau, aussi déchirant, aussi subversif, émanant du “Prince du verbe”. Jean El Mouhoub Amrouche est né en 1906, en Kabylie. Il a grandi au sein d’une famille de hauts esprits de la poésie kabyle et la littérature française. Sa mère, Fadhma At Mansour était un monument de la poésie kabyle. Sa sœur Marguerite-Taos Amrouche était l’une des pionnières de l’expression féminine de la littérature nord-africaine. Lui même était un poète, un journaliste, un écrivain et un intellectuel profondément déchiré entre la culture de ses aïeux et la culture dominante du fait de la colonisation. Jean El Mouhoub Amrouche avait les qualités requises pour être le médiateur entre deux cultures. Il pouvait participer à la production d’une culture citoyenne commune pouvant lancer le processus de ce que le Pr Mohammed Arkoun appelait, le remembrement culturel de l’espace méditerranéen. Pour reprendre une autre formule du Pr Arkoun, Jean El Mouhoub Amrouche était l’homme des “vis-à-vis” de croyances, des “vis-à-vis” culturels et des “vis-à-vis” politiques. Comme il est mentionné dans l’extrait que tu viens de me présenter, Jean El Mouhoub Amrouche était écrivain français. Seulement, la domination coloniale l’empêchait de dépasser sa condition d’indigène assimilé. La négation de la citoyenneté aux algériens et leur réduction à des sous hommes ont montré que l’assimilation n’était qu’une supercherie jetée à la face de l’histoire. L’exercice de la souveraineté française sur le territoire algérien était porté, pour le mieux sur la réduction des algériens au triste statut de l’indigénat. Pour le pire, il déniait aux algériens jusqu’au droit d’avoir des droits. Les richesses que pouvait apporter la pluralité culturelle algérienne aux valeurs des Lumières ont été réduites au déni. Elles étaient soumises à une destruction massive. Le colonialisme a fait de l’Algérie, de toutes celles et de tous ceux qui portaient la promesse d’une diversité culturelle garante d’une citoyenneté transcendante, des champs de bataille. Au lieu de la réalisation de ces promesses, le colonialisme a fait couler des fleuves de sang qui les ont emportées. Le colonialisme est la négation de tout ce qui est humain. Il tue des milliers de personnes, détruit les rêves, mutile les mémoires et insulte l’histoire. Il fait du passé une sombre prison où croupit le présent et de l’avenir le fugitif des conflits historiques non résolus. A ce jour, les différents traumas de la colonisation continuent d’agiter nos êtres individuels et nos êtres collectifs. Il est temps pour l’Algérie de guérir de sa maladie française et, pour la France, de guérir de sa maladie algérienne.
Un tel processus est loin d’être facile à mener…surtout pour l’Algérie qui, à l’opposé de la France, est dans une impasse qui l’empêche de produire sa propre histoire…
L’archéologie de la violence qui a marqué l’histoire récente du pays nécessite un effort collectif fait d’études pluridisciplinaires approfondies, d’ouverture des espaces de débat pour libérer la parole et promouvoir la culture de l’écoute. La société algérienne a besoin de renouer avec ses traditions de solidarité,de médiation, d’organisation de la vie commune et de l’espace public, de réinventer ses codes pour se renouveler et se donner les moyens d’identifier en elle-même des sources de pouvoir. Car, en face, nous avons un système de l’exercice du pouvoir qui l’empêche de construire ce que le Pr Arkoun appelait son propre modèle de production de l’histoire. Une société qui ne produit pas sa propre histoire est appelée à disparaître.
II- OCTOBRE 1988 : UNE PROMESSE DÉMOCRATIQUE A RÉALISER.”   
Pour revenir à l’histoire justement…cette année est celle du trentenaire des manifestations d’octobre 1988 à Alger. Après tant d’années, l’automne d’Alger est-il toujours présent dans nos esprits ?
Commençons, si tu veux, par rappeler les faits…
Je t’en prie…
Le livre “Françalgérie, crimes et mensonges d’Etats” de Jean-Baptiste Rivoire et de Lounis Aggoune, accorde un chapitre entier à ces événements. Les auteurs de ce livre nous rappellent que les manifestations ont commencé “mercredi 5 octobre, vers 10h00 du matin. Des “milliers de jeunes, pour la plupart des écoliers et des lycéens, mais aussi de nombreux désœuvrés, exclus du système éducatif et apprentis-chômeurs,” manifestent dans la ville d’Alger. Dans un élan de révolte populaire inouïe, ils prennent particulièrement pour cibles tout ce qui représente “l’État, le parti ou l’opulence.” Deux jours durant, Alger vit dans un climat de violence ayant traumatisé nos mémoires. Les auteurs du livre rappellent que “Le jeudi 6 octobre en début d’après-midi” la présidence a décrété l’état de siège. C’est ainsi que le commandement militaire a resserré sa main de fer sur la vie publique du pays. L’ensemble des “autorités civiles, administratives et de sécurité” ont été “immédiatement” et…directement…”placées sous” son autorité. La répression militaire de ces manifestations a fait plus de 500 morts ! Cette sauvagerie qui a surpris jusqu’aux plus avertis des acteurs politiques de l’époque, est malheureusement resté impunie. Dans un entretien paru à Libre Algérie en Octobre 1988, notre leader, Hocine Aït-Ahmed, qualifie cette répression de ” Terrorisme d’Etat, c’est-à-dire une répression d’un caractère sauvage, destinée à faire peur, à terroriser.” Il avoue n’avoir jamais imaginé ” que l’armée algérienne tire sur les Algériens.” Il rappelle que lors de ses discussions avec des amis ou, même, en réunion avec des responsables politiques, la question de savoir si l’armée pouvait tirer sur la foule en cas de manifestations était posée. Seulement, ils étaient persuadés que ” ce qu’on appelle la logique de la hiérarchie ne résisterait pas à la fraternité qui s’est construite pendant la révolution.” Sous l’autorité du commandement militaire, les forces de l’ordre tiraient à balles réelles, arrêtaient et torturaient sans distinction d’âge ou d’appartenance sociales. “Adolescents de 14 ans”, vieillards, berbérophone, arabophone, médecins, enseignants, cadres d’entreprises, travailleurs, chômeurs…Tous avaient droit à un traitement inhumain.
Certaines lectures parlent de manipulations au sein des services de la police politique ayant provoqué ces événements. Penses-tu qu’une telle interprétation suffit pour comprendre une telle manifestation de la violence ?
Je ne suis ni partisan de “la complotite”, ni adepte des lectures policières des événements majeurs de l’histoire récente de notre pays. L’automne d’Alger, comme l’a si bien nommé notre repère culturel, Mouloud Mammeri, si ma mémoire est bonne, n’est pas tombé du ciel. Je ne sais plus où je l’ai lu, mais, un jour, je suis tombé sur un texte de Mouloud Mammeri où il avait écrit que si les voix d’Avril 1980 avaient été entendues, l’Algérie n’aurait pas vécu “l’automne d’Alger”. La société algérienne subissait la violence politique de l’usurpation de sa souveraineté sous la forme du parti unique. Donc, les institutions de l’Etat algérien ont été prise en otage par un régime militaire ayant instauré un système illégitime de l’exercice du pouvoir. Ainsi, la société algérienne durement éprouvée par une guerre de libération des plus sanglantes…une guerre qui, soit dit en passant, a mis fin à 132 ans d’occupation coloniale… Cette société, donc, s’est retrouvée dans la situation de reconduction de sa condition de dominée. Le principe colonial des deux collèges à été repris au nom de la supercherie politique de la fameuse famille révolutionnaire. En réalité, le révolutionnaire n’a de famille que les camarades qui partagent avec lui l’idéal de permettre au peuple de se libérer, de vivre pleinement sa diversité identitaire et sa pluralité culturelle, de mobiliser ses richesses pour un exercice juste de sa souveraineté sur le territoire de son pays. Une exercice qui puisse offrir à son pays un système politique légitimement défini par un texte fondamental et un Etat capable de lui offrir les moyens de produire sa propre histoire. Un Etat capable d’avoir une forte présence géopolitique, une présence qui puise sa force de la légitimité populaire. L’Algérie était-elle dans ces conditions ? Evidemment que non ! D’ailleurs, elle ne l’est toujours pas aujourd’hui…
Donc, pour toi, Octobre 1988 était un mouvement de révolte populaire. Mais, toujours est-il, une telle manifestation de la violence en quelques jours seulement, devrait nous inciter à chercher des raisons plus profondes…
Les raisons anthropologiques de cette violence sont effectivement à chercher et à étudier. Nous devons également investir ne serait-ce que le champs de notre histoire récente pour rendre à notre être collectif sa mémoire. Aussi, il y a lieu de nous intéresser à l’impact des événements récents de l’histoire de notre pays sur notre plateforme psychique, penser les rapports que nous avons avec la terre de nos ancêtres, soumettre notre propre conception du peuple, de la patrie, de la souveraineté, du système politique et de l’Etat à l’exercice de la pensée critique radicale. Nous devons également penser nos rapports avec l’Autre, apprendre à nous poser la question de savoir ce qu’est la signification de planter un olivier, de l’entretenir, de partager avec les siens les joies profondes que procure la cueillette des olives ou la célébration des “noces de l’olivier”. Pour moi, Octobre 1988 est une promesse démocratique. Cette promesse, c’est à nous de faire en sorte qu’elle soit tenue. Cette promesses, je la porte en mon cœur comme un rameau d’olivier. Une rameau qui me rappelle les jeunes algériens tombés sous les balles d’un régime dont les caractéristiques criminelles sont celles que nous a apprises, notre leader Hocine Aït-Ahmed : la cruauté de la junte militaire birmane et la sophistication de la Stasi. Par ailleurs, il y a lieu de se représenter la situation de l’Algérie d’avant Octobre 1988. L’école était un instrument de manipulation idéologique, d’aliénation culturelle, de mutilation mémorielle et de destruction de l’esprit. Les médias servaient d’outils de propagande, l’UGTA et ses satellites servaient à contrôler les travailleurs plutôt qu’à défendre leurs droits. L’ensemble de ce que l’on appelait “les organisations de masses” servait de tentacules à la police politique. Les partis politiques étaient interdits, les leaders de l’opposition qui échappaient à la liquidation physique, subissaient la prison, la mise à résidence surveillée, l’exil, la marginalisation et la diabolisation. Les militants de l’opposition étaient traqués. Du temps de Boumedien, la sinistre sécurité militaire faisait tellement peur que l’on mettait le transistor à peine à l’écoute pour entendre feu Mohammed Boudiaf s’adresser aux algériens à partir du Maroc…
A l’arrivée de Chadli à la présidence, les choses n’ont-elles pas évolué ?
Ta question me rappelle une histoire que m’a racontée un ami, un frère de la vie. Une histoire qui a marqué son enfance. Un jour d’été, alors qu’il s’apprêtait à descendre de son village à la rivière, en compagnie de ses cousins, comme ils avaient l’habitude de le faire quand il faisait trop chaud, voilà qu’ils se mirent à scander “Imazighen ! Imazighen !”. D’un seul coup, sa tante fut prise de panique. Elle leur dit de se taire, de ne pas scander ces mots sur la route. Car, la rivière où ils comptaient se rendre était à quelques kilomètres du village. Donc, sa tante avait peur pour eux… Lors de leur descente, ils devaient parcourir plusieurs sentiers entrecoupés de la route carrossable. Alors qu’ils s’apprêtaient à effectuer leur première “traversée” de route, ils aperçurent deux véhicules de la gendarmerie qui montaient. Soudain, le premier cri fuse : “Imazighen !”. Et les autres reprirent : “Imazighen ! Imazighen !” Sans être en capacité de comprendre l’enjeu que représentait le fait de crier ” Imazighen !” à une patrouille de gendarmerie à l’époque, ces enfants avaient senti le besoin de braver l’interdit et de crier du haut de leur innocente “Imazighen ! Imazighen !” Cette histoire a le mérite de montrer que la période “Chadli” n’a rien changé à la nature de l’exercice du pouvoir en Algérie. Elle s’est déroulée au milieu des années 1980. A l’époque, la Kabylie vivait l’effervescence du combat démocratique suscité par le Printemps Amazigh d’Avril 1980. Des militants de l’opposition et des enfants de chouhada venaient d’être arrêtés. Ayant manifesté son soutien à leur égard, le poète Lounis Aït Menguellet, le chanteur le plus écouté à l’époque en Kabylie, venait lui aussi d’être incarcéré. Leur sort inquiétait beaucoup. La Kabylie était sous tension. Les militants de gauche, à l’exemple de ceux du FFS, et les militants de la cause Amazigh étaient recherchés. Des réunions clandestines étaient organisées dans les villages pour sensibiliser les villageois sur ces questions. Il fallait déjouer la vigilance des agents locaux de la SM, des satellites du parti et des indicateurs. Pour ne pas attirer l’attention, les villageois organisaient des fêtes traditionnelles animées par des femmes. En même temps, les jeunes militants se retrouvaient autour des intellectuels comme Kateb Yacine et des chanteurs comme Athmani. Des Sahdja étaient aussi animées. Dans toute cette animation se tenaient des rencontres sur Tamazight, la diversité culturelle, la nécessité de se mobiliser pour la libération des détenus d’opinion… A cette époque, les militants des droits de la personne humaine, à leur tête Maître Ali Yahia Abdenour, ont mené un combat pour la création de la première ONG des droits humains en Algérie… Quand il est mobilisé, le génie populaire fait des merveilles !
Les manifestations d’Octobre 1988 ont été qualifiées de “chahut de gamins”, certains sont allés jusqu’à accuser les jeunes de tout casser pour une histoire de…”Stan Smith”…
Chaque balle tirée sur ces jeunes manifestants était accompagnée d’une insulte à la mémoire de la victime et à la légitimité de sa colère. Dans une brillante contribution publiée par Le Soir d’Algérie, le 5 octobre 2008, intitulée “Les journée d’Octobre 1988, vue d’hier et d’aujourd’hui”, Sadek Hadjerès, l’infatigable militant des causes justes, rappelle un fait important : durant la nuit du 4 au 5 octobre, une répression s’est abattue sur les milieux sociaux; notamment les travailleurs, et les milieux politiques de contestation pacifique. Pour reprendre ses mots, “sa brutalité a été sans précédent depuis les coups de filet policiers qui avaient suivi le coup d’Etat du 19 juin 1965.” Des syndicalistes et des acteurs politiques ont été arrêtés et sauvagement torturés. Par ailleurs, les décideurs du régime ont recruté des casseurs. L’objectif recherché à travers ces agissements se résume ainsi : casser la volonté sociale de manifestations généralisées dans le pays en agitant le spectre d’une déstabilisation aux conséquences inconnues, discréditer le soulèvement des jeunes à Alger à travers les baltaguias recrutés pour casser, justifier la répression et neutraliser la société sous l’effet de la peur qu’elle génère, “court-circuiter et neutraliser les actions démocratiquement engagées ou prévues au grand jour par les travailleurs depuis plusieurs semaines dans la zone industrielle et agricole de l’Est- Mitidja.” Donc, il est inexact, voire injuste, de prétendre aujourd’hui que les manifestations d’Octobre 1988 n’avaient ni contenu social, ni sens politique. D’ailleurs, il me plaît de faire mienne cette belle notion de “solidarité de proximité”, formulée par Sadek Hadjerès pour rappeler l’importance de l’élan de solidarité populaire qui s’est manifesté à l’égard des jeunes d’Alger durant ces manifestations.
Pourtant, en octobre 1988, il y a eu des tentatives d’empêcher l’émergence de cette solidarité, d’empêcher la Kabylie de “bouger” par exemple, d’Alger. D’ailleurs, l’impression de “neutralité” qu’a donné la Kabylie durant cet automne sanglant subsiste à ce jour…
Tu as bien fait d’utiliser le mot “impression”. Il est vrai qu’il y a eu des tentatives de “neutraliser” la Kabylie en octobre 1988, de rendre invisible l’élan populaire de solidarité avec les jeunes d’Alger dans les différentes régions du pays. Le régime voulait circonscrire la révolte à Alger pour pouvoir la réprimer dans le sang et en quelques jours seulement. Il ne fallait surtout pas que ce sursaut populaire, qualifié “d’Intifadha d”Octobre 1988″ par Sadek Hadjerès, ne devait pas être perçue comme étant le prolongement des luttes populaires, notamment celle du Printemps Amazigh d’Avril 1980, et du combat pour les droits de la personne humaine. Par ailleurs, la fin du système mondial bipolaire, caractérisée par le démembrement de l’Union soviétique et la fin du cycle historique du non-alignement, imposait au régime de s’adapter à la nouvelle donne géopolitique. Sous l’effet du néolibéralisme triomphant dans le monde, les décideurs du régime faisaient miroiter le concept de la réforme dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir. Pour arriver à leurs fins, ils ont tout fait pour empêcher l’émergence de mécanismes permettant à la société de s’autonomiser, d’identifier des sources de pouvoir en son sein et de les structurer en des instruments politiques et sociaux de réhabilitation de la légitimité populaire. Dans ce contexte, une restructuration de la police politique et une réorganisation clanique s’imposait pour ne pas perdre le pouvoir et ses privilèges. Concernant la réaction du peuple algérien durant ces journée de répression sauvage, j’ai à l’esprit cette belle formule de Hocine Aït-Ahmed “la sagesse instinctive”…Il l’a utilisée, dans une interview accordée au journal 24 H et parue le 13 octobre 1988. Cette sagesse instinctive est celle d’un peuple qui porte les traumas de la colonisation, du détournement du projet historique de Novembre et du Congrès de la Soummam et de la répression dictatoriale du régime. Donc, pour revenir à ta question, en Kabylie, la solidarité populaire avec les jeunes d’Alger s’est manifestée de façon pacifique. Le témoignage de Hocine Aït-Ahmed est, à ce sujet, des plus édifiants. Donc, je préfère te le citer : ” La Kabylie a bougé avant, pendant et après. En septembre, tous les lycées sont entrés en grève. Dans une vingtaine de bourgades, des jeunes ont bloqué des routes pour arrêter des camions transportant la semoule pour la distribuer à la population . Qui plus est en pleine tragédie, une grève générale a été suivie pendant quarante-huit heures par toute la population avec comme mot d’ordre notamment, de forcer le chef de l’Etat à s’exprimer devant la Nation.” Pour moi, Octobre est une “Intifadha” populaire contre le système illégitime de l’exercice du pouvoir, le régime consacrant la primauté du militaire sur le politique, la sauvagerie des inégalités sociales, le déni de la diversité identitaire et de la pluralité culturelle… L’automne d’Alger est dans la continuité du Printemps Amazigh d’avril 1980 et d’autres manifestations populaires, comme le soulèvement de Constantine en 1986. Pour cette raison, je fais partie de ceux qui militent pour que le 20 avril, soit consacré journée nationale de Tamazight et pour que le 05 octobre, soit celle de la démocratie. Car, le combat pour Tamazight est indissociable du combat démocratique. En l’absence de la pluralité culturelle, le pluralisme politique n’est qu’une chimère.
Pour le changement de la nature de l’exercice du pouvoir, ce n’est pas demain la veille. De plus, nous ne pouvons pas refaire l’histoire. M ais, tout de même, il est toujours utile de lui appliquer une lecture critique sans autoflagellation. Alors, 30 ans après, que reste-il de “l’Intifadha” d’Octobre 1988 ?
Il reste l’idéal démocratique à réaliser par l’instauration de l’Etat de Droit…
Je sais que cette question peut paraître un peu lapidaire. Mais, elle est loin d’être simpliste…
Tout à fait ! Ta question appelle une lecture des 30 dernières années de l’histoire du pays dans toute sa complexité. En effet, il est question de traiter de la condition historique dans laquelle se trouve aujourd’hui la société, de la violence dans toutes ses dimensions, du système de l’exercice du pouvoir, du régime, de la situation politique et géopolitique de l’Algérie…Donc, le sujet est très vaste… Pour commencer, disons que les mesures qui devaient servir de choc psychologique pour surmonter le traumatisme d’Octobre 1988 n’ont pas été prises. Les décideurs qui ont organisé la répression au niveau du commandement militaire, de la police politique et des différents services de sécurité de l’époque n’ont pas répondu de leurs décisions et de leurs actes. D’ailleurs, la notion de responsabilité dans cette répression est diluée de façon à assurer l’impunité à ceux qui ont tué plus de 500 jeunes. Au pluralisme culturel et politique, on a substitué un multipartisme de façade pour faire face à la conjoncture internationale de l’époque et à l’impératif de réorganiser le pouvoir sans pour autant le laisser filer au peuple. D’ailleurs, la constitution de 1989 n’émane pas d’un processus constituant pouvant permettre de corriger la faute historique d’une Assemblée nationale constituante empêchée, à l’aube de l’indépendance, d’offrir au pays un texte fondamental fort d’une légitimité populaire qui puisse lui permettre de doter  l’Algérie d’un système de l’exercice du pouvoir politiquement défini constitutionnellement encadré. La volonté du régime n’a jamais été de rendre le pouvoir à la société. Au contraire, il a tout fait pour montrer que le peuple algérien n’avait pas assez de maturité pour exercer lui-même sa souveraineté. Deux ans ont suffit pour fermer la parenthèse d’une promesse démocratique détournée en un formalisme servant à cacher la réalité du pouvoir. Un pouvoir articulé autour de la police politique, structuré en des clans informels dans l’espace militaire clos.
III– LA CULTURE DU PARDON, LA VÉRITÉ ET LA JUSTICE. 
Le 11 janvier 1992, l’arrêt du processus électoral a constitué un tournant dans l’histoire récente du pays. Sans vouloir verser dans une lecture binaire de cet événement, je voudrais savoir quel regard lui portes-tu aujourd’hui…
Je ne vais pas faire le récit d’avant le déluge. Je tiens seulement à rappeler quelques éléments qui me semblent importants. L’arrêt du processus électoral en 1992 a montré les limites de toute volonté politique de réformer le régime pour offrir à l’Algérie les moyens constitutionnels de définir le système de l’exercice du pouvoir. La base sociale du régime, sa constitution clanique et les circuits informels de décision politique, de répartition des privilèges du pouvoir et de distribution de la rente pétrolière ne permettent aucune réforme structurelle du système de l’exercice du pouvoir qui reste politiquement indéfini. Le régime a organisé une prise en otage des institutions de l’Etat inscrite dans la durée. Aucune institution n’échappe à cette triste réalité, pas même l’institution militaire. En réalité, l’interruption du processus électoral est un coup d’Etat contre la démocratie en Algérie. En ce sens, il a empêché les synergies politiques et sociales forgées au pris de décennies de luttes, leurs mécanismes de médiation et de solidarité d’agir pour permettre une accession réelle des algériennes et des algériens à la citoyenneté politique, sans effusion de sang.
L’instrumentalisation politique de l’islam n’a pas été du reste non plus…
Pour te répondre, je préfère faire appel à notre professeur, Mohammed Arkoun. Ce dernier considérait que l’islam était devenu un mot-valise. Dans ce mot-valise, on fourre tout. Et cela donne lieu à ce qu’il appelait “le conflit des ignorances”. La perversion du patriotisme par le nationalisme charnel a fait le lit de l’intégrisme religieux, du fondamentalisme “laïciste” et du fanatisme chevillé aux identités primaires. Bien sûr, l’instrumentalisation politique du religieux a fini par le réduire à de la religiosité populiste. Elle a surtout servi d’alibi politique au régime pour mener une guerre contre les civiles qui a coûté plus de 250 000 morts et de 20000 disparus. “Lutte contre le terrorisme”, “tragédie nationale”, les qualificatifs n’ont pas manqué pour empêcher de rendre intelligibles les mécanismes de cette violence politique et de situer les responsabilités qui sont à l’origine de son exaspération. Concernant la notion de guerre civile, la lecture critique fait par l’anthropologue Abderramhane Moussaoui, dans son livre intitulé “De la violence en Algérie, les lois du chaos”, permet d’éclairer nos lanternes sur ce phénomène. Dans la conclusion qu’il en a tirée, il estime que ” la violence politique”, met en place une rivalité faite de “face à face” entre ” des adversaires” qui, tout en “ayant des intérêts différents” agissent selon leurs attentes et dans les limites de leurs contraintes “en ciblant de potentiels sympathisants passifs ou actifs”. Pour le Professeur Moussaoui, ” cette violence est complètement interaction”. C’est-à-dire que “les adversaires” qui mobilisent un tel degré de violence sont également des “partenaires” qui suivent des règles partagées. Donc, la violence qu’a connu l’Algérie durant les années 1990 a dépassé de très loin le cadre du conflit. Elle a atteint les fondements de la société algérienne, de l’être algérien. Elle a dangereusement remis en question la cohésion nationale, voire l’existence de la Cité algérienne. L’interdit imposé à l’émergence de la vérité et de la justice sur les massacres de cette “sale guerre” ont permis au régime d’ériger l’impunité comme instrument de l’exercice du pouvoir.
Qu’est-ce que le pardon, pour toi ?
Il n’est pas facile de répondre en quelques mots à une question aussi importante. Paul Ricoeur s’est posé la question de savoir si le pardon pouvait apporter guérison à ce qu’il appelait ” le fond ténébreux” entre “le trop de mémoire” de certains peuples hantés par “le souvenir des humiliations subies lors d’un passé éloigné et aussi par celui des gloires lointaines” et le “défaut de mémoire” dont souffrent d’autres peuples “comme s’il fuyaient devant la hantise de leur propre passé”. A ce titre, il a cité l’exemple du peuple français “confronté au souvenir de l’époque de Vichy ou de la guerre d’Algérie”. Quand il évoque l’exemple du comité vérité et réconciliation en Afrique du Sud, Paul Ricoeur insiste sur sa singularité dans le monde en mettant en évidence le fait qu’il s’agit d’un “court-circuit tenté d’une façon extraordinairement courageuse par deux hommes, Mandela et Mgr Tutu, d’amener à comparaître les victimes et leurs bourreaux, les premiers exposant leurs douleurs et les seconds avouant et amnistiés parce que ayant avoué. C’est-à-dire n’ayant pas de procès.” C’est ce qu’il appelle “un usage de l’amnésie contrôlée par une commission ad-hoc”. Pour Paul Ricoeur, la réconciliation nationale en Afrique du sud, n’est passée ni “par l’oubli, ni par le procès”, mais “par la commission de réconciliation”. Son importance historique réside dans le fait qu’elle constitue une “alternative” au procès de Nuremberg, ce procès intenté par les Alliées contre 24 des principaux responsables du régime nazi sous les chefs d’inculpation de “complot”, de ” crimes contre la paix”, de “crimes de guerre” et de “crimes contre l’humanité”. Un procès qui, rappelons-le s’est tenu du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Cet exemple aurait pu nous servir de source d’inspiration pour permettre à la société algérienne de surmonter les traumas de la guerre contre les civiles des années 1990, de faire sa résilience citoyenne, de promouvoir la culture du pardon en l’articulant autour de l’éthique, de la vérité et de la justice. L’Algérie aurait pu offrir au monde un autre exemple de réconciliation nationale. Au lieu de cette perspective, notre pays a connu une théâtralisation du pardon sous forme d’une loi sur la réconciliation nationale. L’arsenal juridique proposé par cette loi visait à vider la notion de réconciliation nationale de sa substance constituée de vérité et de justice et de la priver du sens politique de libération de la société algérienne. Elle a ainsi amnistié les véritables commanditaires des crimes contre l’humanité en Algérie et imposé l’amnésie comme crime contre la mémoire. La culture du pardon permet une construction humaine de la citoyenneté. C’est ce dont le régime a privé les algériennes et les algériens en imposant l’oubli et l’interdit sur toute revendication de la vérité et de la justice sur les massacres des années 1990.
La violence politique en Algérie est exercée de plusieurs façons. Elle a plusieurs instruments qui la confondent avec l’exercice du pouvoir. Parmi ces instruments figurent l’impunité et la corruption. Qu’en est-il au juste ?
L’impunité et la corruption sont deux instruments de l’exercice du pouvoir qui maintiennent la primauté de la violence politique sur l’impératif historique de réhabiliter la légitimité populaire. L’opulence arrogante de l’argent sale et l’impunité sont synonymes de puissance pour des décideurs dépourvus de la culture de l’Etat. L’impunité a institutionnalisé l’anormalité politique en Algérie. La corruption, quand à elle, a permis au régime la production d’un personnel administratif et ” commercial” artificiel, substituée à l’émergence d’un leadership politique et économique à même de permettre à l’Algérie de réaliser la promesse de Novembre d’instaurer une République algérienne démocratique et sociale. Le politique, c’est l’être politique de la société porté sur l’organisation de la vie publique par l’institution d’un pouvoir émanant du peuple. La politique, quand à elle, engage la pensée et l’activité qui permet l’émergence d’une conscience sociale d’un destin commun. Son activité repose sur l’autonomie de la société. Elle permet d’assainir la vie publique, d’apaiser les rapports de la société avec son histoire, d’établir les normes de fonctionnement de la communauté nationale sur les bases humaines d’une citoyenneté qui accueille les mémoires collectives des autres peuples et leurs cultures respectives. Donc, pourquoi parlons-nous de la réhabilitation du politique en Algérie ? Parce qu’il s’agit de nous permettre entant qu’algériens d’identifier des sources de pouvoir au sein de notre société pour qu’elle se mette dans le sens politique de la production de sa propre histoire.
IV-OPPOSER NOTRE NOVEMBRE DE LA MÉTAMORPHOSE DÉMOCRATIQUE AU CANNIBALISME DE L’ORDRE MONDIAL”. 
En parlant de Novembre, tu m’as rappelé que cette année, nous célébrons le 65e anniversaire de la Révolution algérienne dans un climat de déliquescence politique généralisée. On parle de “crise institutionnelle” pour un parlement illégitime, on évoque la possibilité du 5e mandat, on tente une opération de conditionnement du genre “pour” ou “contre” cette possibilité, on parle aussi de l’option du prolongement du mandat actuel de président Bouteflika…Comment expliques-tu cette situation dans laquelle se trouve actuellement l’Algérie de Abane, de Ben M’Hidi, de toute les femmes et de tous les hommes qui lui ont permis d’être à l’avant-garde du mouvement international de libération des pays colonisés des années 1950 ?
Ce constat formulé sous forme de question traduit une inquiétude et une colère saine que je partage. Il me rappelle cette belle citation de Mouloud Mammeri : “Ne mettez jamais sur une seule tête l’attente de toute une vie. La tête, on la perd si facilement, mais la déception après on la garde à jamais.” Le régime algérien a instauré un système de l’exercice du pouvoir qui a construit l’échec terrible que nous vivons aujourd’hui du projet historique de l’Algérie, porté par un long combat politique ayant donné naissance à la Révolution algérienne de Novembre. Une révolution structurée par le Congrès de la Soummam. La République Algérienne Démocratique et Sociale devait être construite selon le principe de la primauté du politique sur le militaire. Aujourd’hui, il n’en est rien du tout. Pire encore, l’Algérie est maintenue dans l’incapacité de dépasser cet échec historique. La parole publique est rendue nocive à la structure mentale des algériennes et des algériens par un personnel à obsolescence politique programmée. Rites sacrificiels et cannibalisme clanique nourrissent le simulacre en cours qui a pour fonction fondamentale de faire dépasser au régime la crise de fin de cycle qu’il vit, loin des regards “malveillants”. Parler d’un cinquième mandat pour un président grabataire est une insulte à l’histoire de notre pays, à son présent et à son avenir. C’est une insulte à tout ce que nous, algériennes et algériens, avons d’humain. Évoquer la possibilité du prolongement de l’actuel mandat “présidentiel” ne l’est pas moins… Et puis, comment peut-on parler de “crise institutionnelle” au sein d’un parlement fantoche ? De quelle “crise constitutionnelle” s’agit-il lorsque l’on sait que le système de l’exercice du pouvoir en Algérie est politiquement indéfini ?
Dans toute cette confusion, on ne sait plus ce qu’est l’Etat, le régime, le système politique…
L’Etat est la forme la plus élaborée de l’organisation de la vie commune de la société. Il est constitué d’un ensemble d’institutions et d’un tissu administratif qui permettent de gouverner et d’administrer le territoire souverain d’un pays. Au sein d’un système démocratique, l’Etat est la forme institutionnelle de l’exercice de la souveraineté par le peuple. Enfin, en théorie, c’est ce qui est prévu. Car, dans le monde actuel, nous assistons au transfert de la souveraineté des Etats vers les centres de la finance et du marché dérégulé, notamment dans les démocraties “occidentales”. Nous nous retrouvons ainsi dans un situation où, selon Jean Ziegler, “les maîtres du capital financier globalisé” gouvernent le monde. Le régime, dans le cas de l’Algérie, désigne la composante humaine qui exerce le pouvoir via des cercles claniques informels. Dans cette composante, nous avons les décideurs autoproclamés, le personnel qui est à leur service et une base sociale faite d’alliances de sang et d’intérêts, articulée notamment autour de ce qui est appelé “la famille révolutionnaire”. Le système, quant à lui, est le mode d’organisation de l’Etat. On parle de système politique quand ce dernier est défini par une constitution légitime. On ce qui concerne l’Algérie, le problème de définition politique du système reste malheureusement posé. C’est pour cette raison que je trouve plus juste de parler de système de l’exercice du pouvoir, au lieu de parler de système politique. Le problème fondamental de l’illégitimité de ce système et la crise de fin de cycle que vit le régime font que ce dernier n’est plus souverain dans le processus de décision politique et dans ses choix économiques. Actuellement, ce régime est complètement soumis à une géopolitique de conflits de plus en plus monstrueuse. Pour revenir à Jean Ziegler, l’oligarchie qui domine la planète a “créé un ordre cannibale du monde : avec d’énormes richesses pour quelques-uns et la misère pour la multitude”. Il cite en référence la FAO ( l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) selon laquelle ” toutes les cinq secondes, un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim alors que l’agriculture mondiale pourrait nourrir normalement 12 milliards d’êtres humains, soit pratiquement le double de l’humanité.” Il cite également la Banque Mondiale qui a révélé que ” les 500 sociétés transcontinentales privées les plus puissantes, tous secteurs confondus, ont contrôlé l’année dernière (2017) 52,8% du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites en une année sur la planète”. Dans ce monde globalisé, la société algérienne n’a d’autre choix que de reprendre en main son destin…
Cet “ordre cannibale du monde” a créé des drames humanitaires où des populations entières risquent la famine, notamment au Yémen…
Depuis mars 2015, les va-t-en-guerre ont provoqué la mort de plus de 10000 personnes dont plus de 2200 enfants au Yémen. Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a recemment tiré la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire “la pire au monde” que vit actuellement ce pays. M. Lowcock a indiqué que ” si la tendance actuelle se poursuit, jusqu’à 14 millions de personnes se trouveront en situation de “pré-famine”. Selon cette note, “75% de la population, soit 22 millions de personnes, ont besoin d’une aide et de protection, dont 8,4 millions sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent”. Les photos des enfants qui meurent de faim publiées dans les réseaux sociaux et sur les medias mondiaux, comme The New York Times, sont insoutenables. L’ONG britannique Save the Children a recensé pas moins de cinq millions d’enfants victimes de la famine provoqué par la guerre. Comment peut-on faire subir une telle souffrance à des enfants ? Comment peut-on faire couler autant de fleuves de sang pour des calculs d’une géopolitique régionale criminelle inféodée à une géopolitique globale inhumaine ? Cette folie meurtrière qui sévit au Yémen, en Syrie, sur l’ensemble du ” Croissant fertile” au Moyen-Orient et dans d’autres régions du monde tue ce que l’être humain a d’humain.
En parlant de géopolitique, le mois d’octobre de cette année a été marqué par l’assassinat du journaliste et écrivain saoudien Jamal Khashoggi. Comment lis-tu le traitement de cette affaire ? 
L’assassinat de l’intellectuel saoudien Jamal Khashoggi rappelle la Djâhiliyya de notre temps, celle où la barbarie réserve à la vie la plus cruelles des morts. Il a fallut des années pour qu’une conscience aussi belle, aussi humaine, soit constituée. Malheureusement, il a suffit de quelques minutes pour qu’elle soit détruite par des mains de criminels. L’histoire qu’il vivait avec sa fiancée turque, Hatice Cengiz, montrait l’importance de remettre l’amour au coeur des rapports entre êtres humains, d’en faire le point de départ d’une refondation des rapports humains avec la patrie et de l’instauration de rapports politiques inclusifs de toutes les appartenances et de rapports géopolitiques respectueux des mémoires collectives des peuples. Dans cette histoire, il s’agit de la primauté de l’humain sur la raison d’Etat. Jamal Khashoggi connaissait le système monarchique saoudien de l’intérieur. Ce journaliste hors-pair et analyste de haute voltige connaissait parfaitement les rapports de force entre les puissances régionales de la rive sud de l’espace méditerranéen, notamment au Moyen-Orient. Il avait une maîtrise très fine de l’échiquier géopolitique. Surtout, il remettait l’humain au cœur de la réflexion. Sa pensée active apportait de la nuance. Dans un monde marqué par les effets néfaste de la pensée binaire, il est très important de réhabiliter la nuance, le questionnement, la complexité… Son parcours professionnel lui a permis d’avoir un très large réseau de contacts de haute importance, notamment dans la région du Moyen-Orient, au Royaume Uni et aux Etats-Unis. Il intervenait dans de nombreuses chaînes de télévision, contribuait au Washington Post et son message arrivait jusqu’aux sphères politiques les plus influentes, notamment aux Etats-Unis. Or, sa pensée critique, solidement constituée, savamment agencée, finement articulée et sereinement exprimée mettait à mal la stratégie de Mohammed Ben Salmane, de se vendre comme prince héritier porté sur la modernisation de la vie publique en Arabie Saoudite. Devenu gênant, il a été victime d’un assassinat politique commandité par les plus hautes sphères de la monarchie  et exécuté par de hauts gradés de l’armée saoudienne.
Certains te diront, pourtant, que Jamal Khashoggi n’a jamais cessé de soutenir la monarchie saoudienne et, qu’au final, l’affaire le concernant n’intéresse que peu les algériens…
Ta question contient deux volets. Pour te répondre, je commencerai par le deuxième volet. Térence, le poète amazigh d’expression latine de l’Antiquité, nous a laissé l’une des plus belles définitions de ce qu’est être humain. Il disait : ” je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger.” J’ai la fierté d’appartenir à la descendance de ce grand poète qui nous a légué une si belle définition… Jamal Khashoggi était un journaliste, nous avons des journalistes qui ont été tués en Algérie, à l’image de Tahar Djaout, de Saïd Mekbel, de Smail Yefsah et, tout récemment, de Mohamed Tamalt. D’autres journalistes croupissent à ce jour en prison, à l’image de Saïd Chitour dont l’état de santé s’est dangereusement dégradé. Jamal Khashoggi était un intellectuel, nous avons des intellectuels qui ont été assassinés à l’image de Medeghri, du Pr Mahfoud Boucebci, du Pr Djilali Belkhecheir… Jamal Khashoggi était un homme politique, nous avons des hommes politiques assassinés comme Mohamed Khider, Krim Belkacem, Ali Mécili, Mebarek Mahiou. Mais, avant tout, Jamal Khashoggi était un homme, un citoyen saoudien victime de la barbarie dans le siège du consulat de son pays. Donc, son assassinat est, non seulement, un avertissement lancé par le prince héritier du trône saoudien à toute conscience humaine qui oserait apporter la moindre contradiction à ses projets. Il constitue également un très mauvais signe envoyé à tous les opposants politiques, à tous les intellectuels honnêtes, à tous les acteurs sociaux qui oseraient se dresser contre l’exercice de la souveraineté par les régimes mafieux de la rive sud de la méditerranée, évoluant dans des systèmes politiques illégitimes. Comme toute pensée portée sur la complexité, celle de Jamal Khashoggi a évolué. Fondateur et président d’une ONG récente, il militait pour la liberté d’expression dans son pays. Il préconisait de revoir complètement la stratégie de la Monarchie Saoudienne en Syrie et au Yémen, Il soutenait les révoltes populaires dans ce qui est appelé “le printemps arabe”, il rappelait sans cesse que l’Arabie saoudite est” le père et la mère” de l’islam politique. Dans le contexte saoudien, il avait ouvert une brèche à la pensée dans l’exercice de la souveraineté sans, pour autant, se définir comme étant un opposant à la monarchie. Cette brèche, il fallait la fermer. C’est ce que croyaient faire ses assassins en le tuant… Cette affaire a, donc, une dimension géopolitique indéniable… Son traitement politique met en évidence, en tout cas, la mobilisation d’au moins deux raisons mytho-religieuses d’Etat : celle de l’Arabie Saoudite et celle de la Turquie. Il est question, entre autres, du poids des lieux saints de l’islam dans les imaginaires sociaux des pays musulmans et du mythe du califat, comme siège suprême de représentation politique du monde dit islamique. Plusieurs autres éléments expliquent aussi la dimension prise par cette affaire. Il s’agit de l’importance de l’homme ciblé qui était un journaliste qui avait la possibilité de faire passer son message à des sphères politiques influentes au sein même des Etats Unis par des canaux médiatiques au prestige mondialement reconnu. Il avait ses réseaux dans des pays qui sont historiquement liés à l’Arabie Saoudite comme Le Royaume Uni et les Etats Unis. Jamal khashoggi était aussi un acteur agissant dans la sphère géopolitique au Moyen-Orient et, plus largement, sur le plan international. En second lieu, il a été victime d’un traitement barbare au consulat de son pays établi en Turquie. Son assassinat a été commandité par les hautes sphères de la famille royale saoudienne. Donc, l’Arabie saoudite et la Turquie, comme puissances régionales, sont directement engagées dans cette affaire. Par ailleurs, Jamal Khashoggi faisait lui-même mention des allusions racistes faites à ses origines turques dans la sphère politico-médiatique saoudienne. Donc, l’affaire de son assassinat renvoie à l’histoire, à la construction mythique du récit historique de l’islam politique, à la constitution anthropologique des sociétés au Moyen-Orient, à plusieurs éléments qui agitent les imaginaires sociaux… Sur un autre plan, les développements de cette affaire mettent en évidence les rapport de forces au sein de la famille royale saoudienne, entre l’Arabie Saoudite et la Turquie, l’influence de ces deux Etats sur l’échiquier moyen-oriental, les rapports entre le président américain Donald Trum, ses propres services de renseignement comme le FBI et la CIA et le Congrès, l’importance que l’affaire a prise au sein de l’establishment américain… D’ailleurs, il est important de souligner que le 6 novembre prochain auront lieu les élections de mi-mandat (midterm elections) où un tiers du Senat et l’ensemble de la Chambre des représentants seront renouvelés. Les Démocrates risquent d’avoir la majorité dans la Chambre. Je salue la mobilisation mondiale pour que vérité et justice soient faites sur l’affaire Khashoggi. J’espère que le traitement politico-médiatique de cette malheureuse affaire fera place à une prise en charge judiciaire transparente et équitable. Cette mobilisation est telle que “le Davos du desert”, où patrons des multinationales, dirigeants d’institutions financières mondiales et responsables politiques des puissances internationales devaient se retrouver du 23 au 25 octobre à Ryad a subi un échec cuisant. En tout cas, la mobilisation suscitée par “l’affaire Khashoggi” montre qu’à l’ère du système globalisé où nous vivons, l’assassinat politique peut avoir des incidences politiques, voire géopolitiques, importantes. La tristesse de la perte de Jamal Khashoggi ne doit pas nous empêcher de voir les perspectives qui s’ouvrent pour le combat contre l’impunité. Il est temps de mettre fin à cette impunité ! Il est temps qu’il soit mis fin à la primauté de la raison d’Etat, de toutes les raisons d’Etat sur la vérité et la justice. Il est temps que les victimes des assassinats politiques, des conflits de la néo colonisation et de toutes les sales guerres reposent en paix et que leurs familles fassent enfin leur deuil !
Je te sens vraiment marqué par “l’affaire Khashoggi”…
Comment ne pas l’être ? Dans son dernier billet paru récemment et, malheureusement, à titre posthume au Washington Post, Jamal Khashoggi s’alarmait de la situation de la liberté de la presse dans “le monde arabe”, des stratégies de destruction de tous les espoirs portés par “le printemps arabe”, de contrôle des réseaux Internet et de conditionnement de “la psyché publique”. Il rappelait la nécessité de créer des espaces d’expression s’inspirant de l’exemple du Herald-Tribune, créé par The Washington Post et The New York Times en 1967 et qui a constitué “une tribune pour les voix mondiales”. C’était une façon pour lui de souligner la responsabilité des médias internationaux dans le lancement du processus d’ouverture de ces espaces. Cette conscience méditerranéenne d’expression arabe avait une vision globale du projet démocratique dans les pays de la rive sud de l’espace méditerranéen. J’espère seulement que la géopolitique et les raisons d’Etat n’auront pas raison de la vérité sur son assassinat et de la justice qui lui est due. J’ai été particulièrement touché par le texte écrit par sa fiancée Hatice Cengiz et publié le 13 octobre par The New York Times, le jour de son anniversaire parait-il. Dans ce texte, elle décrivait un “patriote solitaire” Le plus beau, c’est que malgré sa tristesse, elle a eu la force d’écrire cette phrase : “Aujourd’hui, des milliers de Jamal vont naître le jour de son anniversaire.” Au plus dur de l’épreuve, l’amour nous permet de faire de la douleur une source d’inspiration et d’espoir.
Cette belle note d’espoir nous ramène à notre pays, l’Algérie, à la veille du 64e anniversaire de la Révolution algérienne, quel message adresses-tu au peuple algérien ?
Je félicite le peuple algérien dont j’ai la fierté d’être l’un des enfants pour la célébration du 64e anniversaire de la Révolution algérienne. Cette date majeure de l’histoire récente de l’Algérie appartient au peuple et non au régime. Hier, la jeunesse algérienne a fait Novembre de l’indépendance de notre pays. Aujourd’hui, il appartient à la jeunesse algérienne d’œuvrer pour l’avènement de Novembre de la métamorphose démocratique. Car, comme nous l’a enseigné, notre leader politique, Hocine Aït-Ahmed, la jeunesse est la locomotive de l’histoire. Faisons confiance aux enfants de notre peuple, à nos jeunes, apprenons à les écouter, œuvrons ensemble pour la promotion de la culture de l’écoute, ouvrons des espaces réels du libre débat dans nos villages, dans nos quartiers, le génie populaire fera le reste.
Entretiens réalisés par Hacène LOUCIF. 

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