Édition du
11 December 2018

LES VRAIS OU FAUX ENJEUX D’UNE PRESIDENTIELLE

 

Consacrant à l’Algérie sa chronique de l’édito politique, diffusée le Mardi 30 octobre 2018 sur Europe 1, Michaël Darmon affirme.

‘‘ Quelle que soit la suite des événements, les règlements de compte entre les clans au sein du pouvoir pour l’après Bouteflika sont lancés et c’est une source de grande inquiétude pour la France’’. Quelle est donc la nature de cette grande inquiétude ?

                         ‘‘ ‘‘Les autorités françaises veulent empêcher la montée en puissance d’éléments plus radicaux qui menacerait la stabilité du régime’’.

Nonobstant l’autoritarisme tutélaire du ton (absolument inacceptable), il est surtout remarquable de constater que les autorités françaises ont pour unique préoccupation la stabilité pour le maintien du régime algérien en place sans aucunement se soucier de la volonté des Algériens à ce sujet. Il semblerait à en croire l’intervenant que, ‘‘Tout se passe à un niveau plus souterrain et même secret. Entre la France et l’Algérie, c’est un ballet d’émissaires de diplomates informels qui font des navettes dans différentes capitales d’Europe (sic). L’objectif est de nouer des contacts avec les prochains hommes forts du régime’’. Pour autant et ‘‘comme personne n’est dupe’’ pour paraphraser toujours le même chroniqueur, les changements au sein des institutions sécuritaires et autres, semblent inquiéter outre mesure la France qui éventuellement comptabilise ou juste craint dans ces bouleversements, la déperdition de tout ou d’une partie influente d’un potentiel ‘‘amis’’. Pas seulement, un cinquième mandat ferait-il craindre une déstabilisation possible de l’Algérie à une France qui ‘‘veut’’ surtout et essentiellement imposer aux Algériens ‘‘sa continuité’’ ?

                         Ceci étant, il est donc tout à fait inutile sur le plan interne de commenter ou de faire un dessein sur l’objectif du slogan de campagne des appareils politiques affiliés au pouvoir. Tout concoure à penser que l’acharnement de ce slogan qu’est la ‘‘continuité’’ martelé depuis plus d’une année par la nomenklatura, ce qui est tout à fait inhabituel, n’est point destiné à la consommation interne. Totalement en phase avec les désirât de la dictature du deuxième étage, cet emballement semble plutôt qu’émender un soutien franc à un cinquième mandat. Cependant, et à la lecture des écrits de la presse française, l’ancien colon donne l’impression de vouloir faire monter les enchères.

En effet, et en plus du dossier des pieds noirs sur lesquels le premier ministre a recommandé aux opérateurs algériens de s’appuyer pour pénétrer économiquement les pays africains, celui des harkis reste le plus difficile à traiter. Le ministre français des affaires étrangères avait déjà affirmé il y a quelques mois qu’un dialogue en ce sens existait entre les deux parties lorsque des journalistes d’un quotidien algérien rapportaient en date du 06 novembre 2018 ainsi les déclarations de proches du président E.Macron : « En retour, il est attendu des gestes symboliques de la part d’Alger, notamment dans le dossier des harkis qui souhaitent rentrer en Algérie. «Ce n’est pas une question nouvelle, le Président français est prêt à avancer ; il y a un groupe de réflexion qui travaille (…) sur la situation des anciens harkis et cette question du retour des harkis en Algérie», indique une source de la cellule diplomatique de l’Elysée. Et de révéler qu’au cours d’«un entretien long et assez émouvant entre le président Bouteflika et le président Macron, à Alger, ce sujet a été évoqué». « Il faut comprendre que – comme l’a dit le président Macron à Alger le 6 décembre 2017 –, ce chemin doit se faire à deux», souligne-t-on à l’Elysée.

On est donc naturellement amené à penser que la réhabilitation le 13 septembre 2018 de Maurice AUDIN constitue une ‘‘symbolique’’ française à la question des harkis. En effet, si Maurice AUDIN est un héros incontestable aux yeux des Algériens pour avoir soutenu une grande cause à la fois juste et humaine, il n’en demeure pas moins qu’il reste un citoyen français et à cet effet ne pouvait être perçu par les autorités françaises que comme un ‘‘harki’’. En retour, il est donc attendu d’Alger une avancée significative sur le dossier de ses propres harkis dont 06 d’entre eux furent décorés par la France en date du 20 septembre de l’ordre de la légion d’honneur et le reste de l’ordre du mérite. Nos harkis sont leurs héros.

Ceci étant, et considérant la chronologie des évènements, peut-on considérer que Saïd BOUHADJA à la tête de l’APN et de par son appartenance à la génération de novembre et de son statut de Moudjahid aurait pu peser sur ces dossiers (harkis et pieds noirs), et du coup imaginer, réponse du berger à la bergère, qu’il fut sacrifié pour montrer les bonnes dispositions d’Alger au traitement futur des questions mémorielles ? A l’instar d’AUDIN, BOUHADJA serait-il la symbolique algérienne à ce dossier ? Le piétinement des lois et l’acharnement dans la mise en œuvre de procédés totalement immoraux usités pour parachever l’éviction du président de l’APN prête à penser que les motivations de ses adversaires étaient autrement plus importantes que les raisons avancées. Pour BOUHADJA dont les propos furent rapportés par un quotidien national ‘‘ils veulent ainsi réaliser ce qu’a déclaré récemment l’ancien ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet’’, lance-t-il, sans plus de précisions. Saïd BOUHADJA estime que «l’arrière-pensée de ceux qui ont lancé cette campagne est sournoise». Quels étaient donc les propos de BAJOLET auxquels fait allusion BOUHADJA ?

« Je crois à une évolution par petits pas. Et ce pour deux raisons. La première tient à un problème de génération. La nomenclature algérienne, issue ou héritière de la guerre d’Algérie, a toujours besoin de se légitimer en exploitant les sentiments à l’égard de l’ancienne colonie. Disait Bajolet au FIGARO le 20 septembre.

Bien avant Bajolet, et toujours sur la question de la génération de novembre, sous la plume de Lauranne PROVENZANO, et en date du 22 février 2010, JEUNE AFRIQUE rapportait :

« La génération de l’indépendance algérienne est encore au pouvoir. Après elle, ce sera peut-être plus simple », déclarait Bernard Kouchner au JDD qui lui demandait quand les relations entre les deux pays seraient réparées. Said Bouhadja, alors secrétaire national du Front de libération national (FLN) a exprimé son « rejet total » des propos de Bernard Kouchner. Selon lui, les relations diplomatiques franco-algériennes doivent être fondées sur « le respect mutuel et fondées sur un dialogue empreint de franchise et de transparence pour le traitement de toutes les questions qui se posent entre les deux pays ».

                        BOUHADJA était donc déjà de la bataille en 2010 dans cette lutte concernant ‘‘la génération de novembre 1954’’ qui n’est, et le moins qu’on puisse dire, pas du tout en odeur de sainteté dans l’hexagone. A ce propos, le secrétaire général du FLN s’enorgueilli de la nomination imposée de Moad Bouchareb à la tête de l’APN qu’il qualifie de «la continuité, de la génération de la révolution à celle de l’après-indépendance.» Tout est dit, donc sans commentaire.

Par ailleurs, qui pouvaient être les hommes forts avec lesquels la France voulait nouer des contacts ? Un observateur assidu de la scène politique algérienne estimait que : « la libération sur ‘‘ordre ’’ du Président de la République des généraux récemment emprisonnés, tout comme du reste et en premier lieu l’entretien audio entre un journaliste et un membre des forces de sécurité enregistré et rendu publique par un groupe de presse, et ce à l’encontre des lois, se voulaient probablement être une réponse à cette question. Les deux opérations semblaient véhiculer avec force le message de l’affirmation ‘‘du pouvoir du politique en Algérie’’». « C’est principalement cette interprétation de l’évènement de l’entretien audio qui aurait peut être conduit le chroniqueur d’Europe 1 à souligner que : ‘‘Le frère du président Bouteflika semble avoir pris les rênes du pays’’ poursuivait le même observateur »

 

Pourtant, et à la suite de la restructuration des services de sécurité, à la chute des prix du pétrole, au discours officiel de TEBBOUNE à la tribune de l’APN, aux importants changements intervenus au sein de grandes institutions de la république, des observateurs assidus supposaient que le slogan d’une économie diversifiée ne pouvait être qu’une simple berceuse et que l’Algérie à travers ces actions s’engageait pleinement et réellement dans la prise en main de son redressement. Ces opérations semblaient être inscrites pour réaliser le bannissement du délit d’initié, du trafic d’influence, de la mise en œuvre des monopoles ou des cartels des marchés entre autres, et cela comme préalables aux réformes structurelles des institutions financières et à la mise en œuvre de programmes techniques qui ne pouvaient être mis en place qu’une fois et obligatoirement cet assainissement opéré. Ils pensaient béatement que la route vers l’état de droit se défrichait.

L’affaire de l’APN était tellement invraisemblable à leurs yeux que ces mêmes observateurs pensaient benoitement que le scénario n’était conçu que pour aboutir à la dissolution de cette institution et ce dans le cadre toujours de l’assainissement de l’environnement économique (laver l’APN de la noirceur de la Chekara). En fait, si Tebboune est tombé des suites probables de sa déclaration faite depuis la tribune de l’APN et à l’encontre d’un important groupe de BTP français qui postulait pour la construction de la grande mosquée d’Alger, le reste, tout le reste donne l’impression d’être dans le sillage du mode de l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures, du rachat de la quincaillerie d’Exxon Mobil, de l’augmentation, même très symbolique, de notre production de pétrole de 28 000 barils/jour ou tout comme cette irresponsable déclaration relative à un prix de pétrole situé entre 70 et 80$ et qui satisferait producteurs et consommateurs. Certes, en pratique cette dernière affirmation est gratuite, ne pèse nullement et n’engage en rien le pays puisque les prix du pétrole sont boursiers, mais la vérité veut qu’entre 100 et 120$ l’Algérie mettait dans son bas de laine environ 200 milliards de dollars et plus de 7300 milliards de DA en 2014 dans son FRR. Nous laissons par ailleurs le soin au déclarant de calculer le déficit budgétaire du pays pour un pétrole à 70/80$ et ses conséquences éventuelles sur sa stabilité à moyens termes.

Pencher vers l’un pour s’affranchir de l’autre pouvait constituer une stratégie, mais entre les deux l’Algérie loin d’être seulement ruinée, ne peut qu’être déchirée, écartelée, et qu’en est-il pour son peuple et son avenir ? A quel niveau, dans le contexte où cette analyse serait plus vraie que fausse, situer le serment fait au nom d’ALLAH, des martyrs et du peuple algérien assurant que l’Algérie se trouvait entre de bonnes mains qui saurait préserver le legs des chouhadas ?

 

BARKAT Rachid

DJEDDOU Mayara

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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