Édition du
11 December 2018

Affaire Jamal Kashoggi. Pour qui sonne le glas?

Salim METREF

La mort atroce de Jamal Kashoggi ne peut être que condamnée. Cet acte abject indigne de toute conscience humaine a été de surcroît commis dans un lieu censé être un sanctuaire, une représentation diplomatique. Ce journaliste piégé et assassiné par traîtrise mérite en ce sens le statut de martyr. Mais ces circonstances tragiques n’ont semble-t-il pas encore révélé tous leurs secrets et ne peuvent nous empêcher de nous poser de légitimes questions.

La médiatisation de ce drame par les faiseurs d’opinion occidentaux ne peut absoudre les crimes commis par leurs gouvernements respectifs et ne peuvent en tous les cas les faire oublier. La Palestine usurpée avec un peuple condamné depuis 1948 à l’errance, les crimes tus de l’entité sioniste et les guerres livrées contre des populations innocentes sont des marqueurs indélébiles. D’abord l’Afghanistan puis l’Irak et enfin la Syrie. L’ingérence en Egypte avec à la clé un président légitime jeté en prison et ses militants assassinés broyés sur la place publique où jetés en prison. Le démantèlement de la Libye puis la guerre au Mali. Ces agressions n’ont en tous les cas rarement suscité l’indignation et encore moins la condamnation chez ceux qui les ont inspirés et soutenus et qui aujourd’hui exploitent l’affaire Kashoggi pour d’obscurs desseins que nous devinons déjà.

Ce journaliste saoudien que l’on dit proche de la famille royale s’est subitement retrouvé piégé dans un endroit où il avait vraisemblablement rendez-vous. Les Etats-Unis et la Turquie qui continuent de livrer à doses homéopathiques les informations qu’ils détiennent à propos de cette scabreuse affaire auraient-ils failli à la  mission qui était aussi la leur, celle de veiller sur un homme qui ne l’oublions pas  vivait aux Etats-Unis et se rendait régulièrement au Turquie où il disposait d’attaches solides.

De quels éléments disposons-nous pour condamner et designer les commanditaires de cet acte barbare même si la gouvernance qu’ils incarnent n’est pas indemne de tout reproche ?  Bien au contraire.

Mais un prince qui prétend incarner le renouveau peut-il à moins d’être extrêmement naïf commettre un tel acte au point d’hypothéquer ses propres chances d’accéder au trône ?

Qui aurait réussi si tel était le cas à vendre ce projet à un prince que l’on dit extrêmement rusé et prudent ? Serait-ce comme le prétendent certains un proche du Président Trump ?

Disposons-nous de tous les éléments pour légitimement condamner ce Prince alors que l’unanimité des dirigeants occidentaux commence déjà à se fissurer?

Beaucoup d’éléments et aussi de services semblent se télescoper dans ce que l’on peut déjà qualifier aujourd’hui  d’affaire Kashoggi.

La façon dont les médias occidentaux se sont vite emparés de ce crime  laisse perplexe et ces géniteurs de l’amalgame Islam et  terrorisme ne se sont pas fait priés pour cracher encore une fois le feu.

Car au delà de la famille royale saoudienne et des frasques qu’on veut bien leur attribuer et après avoir cautionné la mise sous séquestre et la confiscation des lieux saints de l’Islam en Palestine, il s’agit de s’attaquer désormais à ce qui constitue le sanctuaire de milliards de musulmans, la Mecque.

Il serait donc bien naïf et surtout hasardeux d’obéir aux injonctions de ceux qui manipulent les consciences et qui du haut de leur suffisance et des crimes qu’ils ont depuis des siècles commis osent encore dire à l’opinion internationale ce qu’est le bien et ce qu’est le mal.

L’Algérie n’a pas à rentrer dans cette danse macabre. Notre pays entretient d’excellentes relations avec l’Iran, la Turquie d’Erdogan, le Qatar et le Royaume d’Arabie saoudite ne doit pas faire exception. Nous ne sommes pas naïfs et notre pays n’ignore pas les enjeux de la géopolitique régionale. Le monde arabe auquel de ce point de vue là nous appartenons a souvent brillé par ses paradoxes et il serait fastidieux de les énumérer tous. Les vertus démocratiques n’ont jamais été les siennes et les revirements ainsi que les mauvais coups souvent sanglants ont toujours jalonné son histoire. Ceux qui aujourd’hui ont déjà condamné Mohamed Ben Salmane seront peut-être demain si la conjoncture venait à changer les premiers à le courtiser. La condamnation sans équivoque de l’assassinat de Kashoggi par l’Algérie a et bien qu’elle soit un peu tardive le mérite d’exister et balise en tous les cas le voyage de ce Prince dans notre pays. Mais la realpolitik a aussi ses vertus. Nous avons souvent été nous-mêmes bernés par notre naïveté et cette fougue congénitale à tout appréhender par l’affect et à mettre souvent en veilleuse la raison. Seuls aujourd’hui les intérêts vitaux de l’Algérie comptent. Nous recevons ce prince comme nous en avons reçu déjà beaucoup d’autres. Il s’agit de notre souveraineté. Une diplomatie sage et sereine nous est absolument nécessaire si nous voulons devenir grands. Et il faut toujours privilégier les compromis. Et condamner sans équivoque et avec force les compromissions.

 


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10 Commentaires sur cet article

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  • Lamentable
    28 novembre 2018 at 9 h 58 min - Reply

    Bonjour, la question qui se pose et a déjà été posé : existe t-il un peuple algérien? la réponse est non, comparer avec les gilets jaune en France et d’autre peuple libre comme en allemagne la pologne la hongrie la suède etc…




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  • Dria
    28 novembre 2018 at 15 h 26 min - Reply

    Pourquoi il n’avait pas prévu une visite auparavant, qu’il aille se faire une virginité ailleurs, en passant par le Yémen par exemple. La realpolitik s’étale sur le temps et l’espace. Il ya du Trump en l’air dans ces tournées, le peuple tunisien a dit son mot , qu’on sera tous il du peuple algérien. On ne parle pas de nos officiels qui ont déjà reçu Sissi et peuvent reçevoir le diable en personne , question de visibilité à l ‘internationale




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  • lyes Laribi
    28 novembre 2018 at 18 h 20 min - Reply

    Les crapules qui accueillent une crapule c’est tout à fait normal. Les criminels d’hier dédouane ceux d’aujourd’hui. Pour fêter leur sauvagerie, une tournée dans les cabarets algérois et une rachka avec billet vert et quelques cheikhats sera certainement au programme officiel. Dire que ces énergumènes ont des adeptes de leur idéologie dans notre pays. Plus sérieusement, BSM crois que l’Imâm mahdi est en Algérie et il demandera aux autorités algériennes de le remettre à l’ambassade d’Arabie pour une nouvelle expérience de sa nouvelle scie made USA où Made Trump.
    Yakhi char Al khalgh. Que dieu nous préserve d’eux.




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  • Amar
    28 novembre 2018 at 18 h 24 min - Reply

    Mr METREF,notre diplomatie,que vous élevez ci-haut,n’est que le reflet de ‘notre président ‘,perdu,inconscient,sans conséquence palpable.Vous oubliez l’affaire de la banderole des courageux et intelligents AIN-MLILIANS,mettant dans le même sac SALMAN et TRUMP et la riposte de notre « diplomatie « suite aux ordres donnes par ce même « prince »et ses supports dans le monde,a la mafia qui nous gouverne.Et pour cause;c’est vers eux que notre mafia se dirigera,quand nous, le peuple Algérien prendrons le pouvoir.Notre argent, vole se trouve entassé chez eux. C’est donc la realpolitique de cette gouvernance que vous défendez.Car,comment un peuple qui a milité durement, pour son indépendance,et qui malheureusement n’à pas encore été achevée,puisse s’éloigner de la condamnation que mérite le génocide présentement au YÉMEN,la remise de JÉRUSALEM aux sionistes,le gaspillage des dizaines de milliards pour anéantir ce pays millénaire,la Syrie.Sans oublier l’algerie 1990,l’IRAQ,la LIBYE, et bien avant le Liban etc etc.
    Cette famille qui a pris en otage Le NAJD et Le HIJAZ,et qui a été une force destructive contre l’ISLAM doit répondre de ses mésaventures.
    Notre realpolitique en Algérie,aujourd’hui c’est de re-libérer le pays ! .




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  • achraf
    28 novembre 2018 at 22 h 31 min - Reply

    Je me demande comment au 21°siècle un crime crapuleux comme celui de khachokdji dont les circonstances sont circonscrites :
    dans le lieu,le temps,l’image,le son ,la vidéo,les participants,les moyens utilisés ,ajoutée a cela qu’elle a été au su et au vu de l’opinion planétaire;Avec une conclusion certaine et sans équivoque que MBS est le maitre d’oeuvre de cet acte barbare , constituerait un evenement non condamnable pour tout ceux sui l’ont perpétré?
    est ce que le monde est devenu une jungle?
    est ce que disposer de l’argent veut dire disposer de la vie et de la mort des autres?
    ce serait très grave de voir cet evenement devenir un non-evenement!!!!




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  • tarak
    29 novembre 2018 at 1 h 27 min - Reply

    Bonsoir à tous

    Allah yarham M. Kashoggi. C’est un coup dur pour l’Islam et les musulmans du monde entier.
    MBS vient prendre conseil chez les spécialistes de crimes politiques, comment travestir ce crime et laver la famille royale de tout soupçon.




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  • Barklawa
    29 novembre 2018 at 5 h 35 min - Reply

    concernant les consequences de la politique « first america » de trump, preferant fermer les yeux sur la culpabililté de mbs dans l’assassinat de kashogui contre  » une poignée de milliards de dollars », chez nous elle se fait deja sentire puisque nous avons, des journalistes et autres youtubeurs, qui sont tabassés puis jetter en prison, après avoir exprimer des opinions critique et legitime à l’egard du sale pouvoir de notre pays et ce n’est qu’un debut, car l’etape suivante sera « la solution kashogui ».(pour nous ce n’est pas nouveau, le drs nous l’a fait decouvrir, durant la guerre civil)
    Malgré le pays en faillite, le pouvoir degueullasse achete des bons du tresor americains, uniquement pour sauver l’economie US,
    c’est un acte de prostitution majeur car tant que ces pourriture cracherons au bassiner, leurs « protecteurs » les protegerons.
    Pour le moment…




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  • Samah N.
    29 novembre 2018 at 12 h 59 min - Reply

    Le « ver est dans la pomme »,tant qu’il n’y a pas une liberté d’expression,une liberté politique pour choisir ses propres dirigeants,tant qu’il n’y aura pas un sursaut populaire dans le monde arabo-musulman,réclamant dignité et souveraineté à sa tête des élites éclairées.Ce monde là,restera comme ça,tournant en rond,ne sachant ou se diriger,
    car ces dirigeants continuent à traiter discrètement avec le monde occidental tout en le désignant(aux yeux de leurs peuples)comme étant leur ennemi potentiel.
    Ne faudrait-il pas que ces dirigeants cessent(de gré ou de force) la pratique de cette hypocrisie politique qui est devenue leur sport favori!?
    Les jeux sont clairs,personne ne veut être massacré ni par l’ennemi,ni, surtout pas,par la traîtrise du frère ennemi.




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  • Salim METREF
    30 novembre 2018 at 23 h 58 min - Reply

    Monsieur AMAR
    Bsr
    En général je ne réponds pas aux personnes qui ont choisi librement de s’exprimer en utilisant des pseudonymes
    Mais puisque vous me citer nommément, je vais écrire quelques mots.
    Je respecte votre point de vue.
    Ce qui compte pour moi c’est le bébé. Pas l’eau du bain.
    Bien que j’ai eu a subir les sévices de ce régime, peut-être que vous aussi, je n’en ferai pourtant jamais pour autant tout un plat.
    Je pense sincèrement qu’il nous faut passer maintenant à une autre étape, y compris dans notre analyse du contexte qui est le nôtre et de notre perception de notre futur.
    Ce pays il faut le construire pour ceux qui arrivent c’est-a-dire les plus jeunes.
    Avec ceux qui sont de bonne foi et sont animés d’un bon esprit et dont certains sont en situation de responsabilité
    Et compter aussi sur le repentir de ceux qui se sont trompés, ont commis des fautes ou n’ont jamais su.
    In Challah.
    Merci à vous.




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    • Amar
      2 décembre 2018 at 16 h 42 min - Reply

      Mr METREF, merci pour votre sage réponse.
      Tous mes respects.




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    Congrès du Changement Démocratique