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16 February 2019

11 janvier 1992-11 janvier 2018 : La fable criminelle de la sauvegarde de la démocratie

ffschroniquesActualitésAnalyses janvier 15, 2019 

Le 11 janvier 1992, une poignée de généraux putschistes, corrompus et sans honneur, commettent un attentat imprescriptible contre le peuple algérien avec la bénédiction de l’étranger. Conscients de la haine que leur vouent la population, ces officiers félons décident de tuer dans l’œuf une expérience démocratique balbutiante et néanmoins bouillonnante, née d’un « chahut de gamins » le 5 octobre 1988.

Alger, janvier 1992

Relayés par la police politique et par les thuriféraires civils de tous les milieux de la corruption, ils conduisent le pays au plus profond d’un gouffre d’horreurs sous les vivats d’admirateurs stipendiés et les applaudissements intéressés de leurs clientèles et de leurs sponsors étrangers.   

Vingt-sept ans plus tard, le régime, et par conséquent tout le pays tenu en joue par une organisation de nervis, se retrouve dans une impasse totale. Il n’y a plus d’argument et plus aucun acteur recevable dans le théâtre d’ombres du système de la sécurité militaire. A tel point que les Algériens sont invités à attendre l’apparition incertaine d’un président muet au stade de l’agonie, qui n’a pas prononcé une parole publique depuis plus de cinq ans.

Va-t-il être candidat à un cinquième mandat ou pas? Y aura-t-il une élection ou non? La population a beau s’en fiche comme d’une guigne, les manœuvres d’appareils et les spéculations médiatiques les plus farfelues tiennent lieu d’animation politique. Il s’agit de gesticulations absurdes dans un désert vide de spectateurs. Les oracles mercenaires de tous bords, islamistes comme laïcs aussi inféodés les uns que les autres, sont chargés d’occuper la scène pour enfumer la population un jour et revenir sur leurs déclarations le lendemain sans le moindre état d’âme.

Quant aux Algériens, revenus de toutes les mystifications du régime, ils se débrouillent comme ils peuvent, rongés par l’anxiété d’un avenir trouble et dangereux. 

À quoi a eu droit le peuple algérien depuis le coup d’État de 1992?

Pour entamer cette période dramatique, après des rafles et les internements de milliers d’innocents, les Algériens ont assisté à l’assassinat en direct à la télévision d’un vieux militant ressuscité de l’oubli, mais bénéficiant de l’aura du 1er novembre, six mois à peine après son intronisation-résurrection. Le malheureux trompé par des intrigants roués aura néanmoins apporté sa caution historique, c’était l’objectif, des putschistes… La mort en direct du malheureux Mohamed Boudiaf un certain 26 juin 1992 est le crime inaugural d’un carnage qui a duré dix ans.   

Après l’intermède grotesque d’un comité de coup d’état, le HCE, les putschistes ont exhumé un général velléitaire et balbutiant de sa retraite pour le placer à la tête du pays. Les mêmes lui organiseront des « élections » desquelles, l’ANP étant décidément invincible sur ce terrain, il sortira bien évidement vainqueur. … Une victoire « légitimée » par la présence de candidats-alibi sans relais ni base validant toute honte bue une sinistre mascarade.

Ce même général-président, au bout du ridicule (on se souvient de son « parachèvement » institutionnel) et de l’impuissance quatre ans après son « élection », démissionnera dans une logique de soumission aux vrais pouvoirs. (Les pires massacres de la décennie sanglante ont lieu à la veille de sa démission). Mais il ne quittera pas son poste le jour de l’annonce comme c’est l’usage partout dans le monde, il laissera le temps (environ huit mois) à ses « capi » de l’ombre et du crime de lui trouver un successeur. 

En avril 1999, les généraux de l’ombre propulsent à l’avant-scène (à partir de Paris tout de même…) leur candidat idéal, dûment adoubé par l’ex-métropole. Abdelaziz Bouteflika, ramené d’un exil doré autant que cliniquement délinquant, est coopté pour signifier aux Algériens et au monde que le régime enfin « civil » tournait la page du sang et de la torture. Cette élection singulière restera dans les annales de l’histoire de la fraude politique. Comme prévu, le candidat des putschistes est « élu » …. sans compétition. Les sept autres candidats se sont retirés la veille de l’élection pour protester contre la fraude aussi gigantesque que grossière.

Connu pour son amour immodéré du pouvoir et confirmé dans sa mégalomanie, le nouveau préposé à la devanture du régime prend goût aux ors de la dictature au risque d’agacer ses parrains, comme un serpent qui voudrait se mesurer à un tigre. Sans réelle conséquence bien sûr. Ses sponsors qui contrôlent l’armée et les polices secrètes le remettent à sa place sans faire trop de vagues. Larbi Belkheir, maire du palais, intermédiaire de l’étranger et faiseur de rois, meurt dans l’anonymat des courtisans délaissés. Il est remplacé dans ce rôle par le général Toufik Mediene, chef du DRS, bien moins urbain et tapi dans l’ombre. Ce dernier au bout des intrigues est à son tour écarté, le général Tartag dit «la chignole » prend sa place en attendant qu’un autre nervi surgisse …

Au fil des échecs et des scandales, les gestionnaires se succèdent, le style change à peine et le système perdure. C’est ce jeu de chaises musicales qui se perpétue depuis 20 ans sous le regard désabusé et méprisant des Algériens.   

La violence comme seul instrument de gouvernance

Après 200 000 morts, 20 000 disparus, des milliers de veuves et d’orphelins, autant de blessés, la tragédie algérienne se poursuit dans la répression brutale de toutes les contestations, l’écrasement des libertés et l’interdiction de toute expression indépendante. 

La surenchère des manipulations pour une fuite en avant dans le statu quo tient lieu de politique. Les tractations entre généraux et affairistes constituent la toile de fond d’un vie politique réduite à des concurrences rentières et de complots sordides. Le voile jeté sur les marchandages du sérail est aussi épais que le mur d’argent qui sépare les Algériens démunis de la nouvelle classe compradore. Que manigancent-ils encore? Comment vont-ils se répartir les dépouilles? se demandent les Algériens. Quel lapin mité et pervers vont-ils sortir de leur képi?

Avec une classe politique factice associée à la captation de la rente, une police politique omniprésente, les Algériens n’attendent plus rien d’un régime constitué d’apparatchiks aux ordres, sans base et sans morale.

Le régime a réussi en 27 années à décrédibiliser radicalement l’action politique en préfabriquant une scène politique complètement artificielle, complétement soumise aux désirs des maitres de l’heure.

Qu’est-ce qu’un homme politique en Algérie aujourd’hui aux yeux des Algériens? C’est un député inculte et servile, corrompu, pourvu d’un salaire mirobolant et d’avantages indécents, dont la seule activité est de lever la main pour approuver les décisions de ses parrains.

Qu’est-ce qu’un chef de parti politique? Un personnage médiocre, souvent folklorique, qui aspire à devenir ministre ou sous-ministre pour prendre « sa part » de la rente.

Qu’est-ce qu’un ministre? Un bureaucrate rapace, sans relief ni projet, qui tente d’amadouer l’opinion avec des formules « humoristiques » vulgaires. Ou, pour marquer son autorité, il feint la colère en réprimandant des petits fonctionnaires face aux caméras, lors de « sorties sur le terrain ». 

En 27 ans, les maîtres de l’Algérie ont transformé le pays en un terrain vague désolé où règne l’incompétence. Les médiocres de tous poils dominent et obèrent l’avenir du pays, sacrifient la jeunesse et détruisent l’héritage libérateur en toute impunité.

Économiquement, malgré près de 1000 milliards de dollars de recettes pétrolières depuis 20 ans, le pays est à genoux, et s’achemine vers l’asphyxie. L’ultime expédient du régime pour masquer très temporairement des déficits abyssaux est le recours irresponsable à la planche à billets.

Mais cette situation de désordre organisé est très profitable pour ceux qui titrent les ficelles. La nouvelle oligarchie mise en place par le régime et ses sbires est la première bénéficiaire de l’effondrement programmé. Les barons-voleurs bénéficient sans limites de la rente, en distribuent une partie aux clientèles en laissant parfois des miettes au petit peuple pour qu’il se tienne tranquille.

La fable et les choristes

27 ans après, le chœur des adorateurs du putsch s’est tu. Leur mantra « moderniste » et « républicaniste » ressassé à longueur de colonnes de la presse « indépendante » aux ordres n’est plus audible. La mystification de l’époque était la « sauvegarde de la république » et « la protection de la démocratie ». Vraiment? Qui peut croire encore à de telles fadaises? De république et de démocratie, il ne reste que le nom. Quant au régime, il est toujours là, omnipotent, dénué de tout scrupule et d’une insondable médiocrité, fonçant dans le mur en mettant en danger des millions d’Algériens voués au désespoir.

Les propagandistes de l’éradication sont désormais muets, mais ils sont toujours là, après des dizaines de milliers de victimes de la politique qu’ils ont défendue au mépris de toute considération morale ou humaine. Remplacés sur un registre bien plus global par des littérateurs qui vomissent la haine de leur peuple, ces femmes « civilisées » et ces « intellectuels laïcs » ont déserté les plateaux des télévisions françaises… Ils devraient pourtant sortir de leurs retraites dorées et célébrer fastueusement cet événement tragique, tous ces généraux, ces directeurs de journaux, membres du Conseil National de Transition (CNT), ministres et sous ministres, sénateurs et députés qui se sont succédé à la mangeoire sanglante de la rente…

Car après toutes ces années, la question s’impose : pourquoi ce coup d’État n’est -il pas commémoré ? N’aurait-il pas sauvé l’Algérie du « péril islamiste » comme le clamaient les commandos médiatiques de l’éradication ? Ne serait-ce pas une date de l’histoire du pays qu’il conviendrait de marquer ? Au fond de la trahison et de la tragédie, ces généraux éprouveraient-ils des difficultés à finalement assumer leur forfait?

Qui accorde encore le moindre crédit aux affabulations des tenants du système?  

Le peuple sait et l’Histoire a déjà jugé.

FC


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4 Commentaires sur cet article

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  • sacco et vanzetti
    15 janvier 2019 at 18 h 06 min - Reply

    Bien resumé notre drame, helas nous sommes desarmés devant ces monstres des tenebres

    4
  • Rachid Ziani Cherifi
    15 janvier 2019 at 18 h 23 min - Reply

    Sinistre 27 ème anniversaire du putsch de janvier 1992
    Où en somme nous du Salut de l’Algérie ?

    Entre ceux qui se sont rendus à l’évidence de s’être trompé d’appartenance à un peuple auquel ils se sentent totalement aliénés, sans être gêné par contre de s’imposer contre ce même peuple pour le gouverner malgré lui et contre son choix, au sein des institutions factices où ils ont siégé porté à dos de blindés, et ceux qui pour sauver le peuple ont considéré que le sacrifice de 3 millions d’âmes était un prix raisonnable, et enfin ceux qui avaient estimé que la facture humaine se situerai autour de 60 milles selon les ‘confessions’ du directeur du Soir d’Algérie, Maamar Farah quelques années plus tard, une facture qui s’est révélée pourtant très loin de cette estimation macabre, entre tous ces chantres d’une Algérie façonnée à leur gré, le pays a sombré dans l’une des plus sanglantes périodes de son histoire contemporaine, sous le fallacieux prétexte de sauvegarder la démocratie et sauver l’Algérie de son peuple.

    27 ans plus tard, où sommes-nous de ce Salut ? l’ironie funeste et macabre de la situation que nous vivons, est que ceux qui ont siégé dans les instances de ce salut ténébreux, et légitimé tout ce qui en a découlé, en crime de sang, de larme et de privation de libertés et de droits, ceux là même, osent aujourd’hui, toute honte bue, nous disserter sur les droits, les libertés et la citoyenneté, et inviter le peuple à les rejoindre pour les plébisciter dans une autre instance de Salut, une version mise à jour pour les circonstances, après avoir allègrement trempé jusqu’au cou dans le sang des citoyens, en participant activement dans la privation de leur droits fondamentaux et en écrasant leur choix et leur corps avec, sous les chenilles des blindes du Salut.

    Est-ce d’une amnésie que souffre ces chantres fossoyeurs des libertés, où plutôt d’un plat dédain à l’égard de ce peuple qu’ils ont toujours accusé d’infantilisme? Il faut croire qu’il s’agit de bien pire désordre dont ils sont atteint, d’un trouble bipolaire de la personnalité qui les prive de la capacité physiologique de voir les choses telles qu’elles sont et de croire en des chimères, tissées dans les sombres labyrinthes de leurs haine.

    En fait, ceux qui ont présidé à la destinée de notre pays au lendemain de l’exercice du choix du peuple en lui refusant son droit légitime, n’ignorant pas les conséquences de pareilles intervention, ont agit en pleine connaissance de cause, et à cet égard sont responsables et redevables devant le peuple ici bas (et devant le Tout Puissant un jour bien prochain), ainsi que tous ceux qui les ont encouragé, incité et soutenu, et qui sont responsables de cette effusion à profusion du sang Algérien, au même titre sinon plus, que ceux qui ont commit ces crimes.
    Si une leçon s’impose après ce long et sanglant parcours de notre histoire, c’est le devoir et la sagesse de se rendre à l’évidence, que les outils aussi bien que les méthodes, qui ont conduit à cette déliquescence, ne peuvent en aucune manière constituer et encore moins s’imposer comme voie de sortie de ce long tunnel, ni prétendre être l’alternative pour l’édification d’une Algérie blessée et restaurée, et que seules les volontés sincères du peuple, dans sa totalité, sans exclusion ni distinction, est à même de redresser les tords, en faisant d’abord la vérité sur ce passage douloureux au enfers, rétablissant les droits, et œuvrant ensemble pour une Patrie, assez vaste et généreuse pour Tous.

  • Mouloud
    16 janvier 2019 at 1 h 39 min - Reply

    Ils ont adossè leur crimes sur l’islam, accusant ainsi Allah Le Maitre des Mondes et des Univers, des horreurs qu’ils ont commis de leurs propres mains, pour créer un sentiment de rejet de l’islam dans le coeur des gens afin qu’ils valident la politique éradicatrice.
    Depuis 1992, leurs politiques sociales, économiques, étrangéres, securitaires.
    Jusqu’à aujourd’hui, aucunes baraka dans ce qu’ils entreprennent, rien que du pillage, du vol et des escoqueries sur les biens de l’état et ainsi ils créent la misére dans les populations les plus démunis.
    Et depuis, ce sont les plus abruties, les plus gros débauchés, les plus incultes, les pires perveres, les plus grands menteurs que l’on a à la tête l’état, des ministeres, des wilayas, des dairas et baladias.

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  • Mahindad
    16 janvier 2019 at 4 h 50 min - Reply

    Analyse objective, mais devant des assassins et criminels le citoyen lambda que peut-il faire sinon bouder des bureaux de vote lors d’élections dont les résultats sont connus d’avance.

    1
  • Congrès du Changement Démocratique