Édition du
22 April 2019

Mouloud Hamrouche, une énigme algérienne !

 » Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. » Albert Camus

L’Algérie est parmi les rares pays au monde où un ancien haut fonctionnaire occupe un espace médiatique aussi important après chaque article de presse publié ! Pourquoi ? Je crois que le personnage qu’il incarne fascine plus qu’autre chose. Il intéresse notamment la classe politique et les journalistes. Le peuple ne croit plus en ces hommes du Système, anciens comme nouveaux. La jeunesse ne le connaît pas. Certains pensent même qu’il était membre fondateur du FLN ; pour dire à quel point il mérite, tout comme le FLN, une place au musée d’El Moudjahid.

Il faut rappeler, quand-même, qu’il ait été, de septembre 1989 à juin 1991, Chef du gouvernement. Il fut également le chef du protocole sous le dictateur Houari Boumédiène. D’ailleurs, il n’a pas pu s’en empêcher de lui rendre hommage dans sa dernière contribution !

Cela dit, est-ce qu’il a fait de grandes choses pour l’Algérie ? Objectivement, c’est difficile à dire. Au fait, les versions disent la chose et son contraire… Pour l’histoire, il a essayé de changer le dilemme dans lequel était ancré le Système. Mais il n’avait aucun pouvoir, même s’il en avait l’illusion avant de se rendre compte devant des militaires, qui ne juraient que par la Violence. En schématisant, c’était comme si tu demandes à un homme aveugle et sourd de surveiller ton bétail ! La suite, on la connaît !

Après 1991, il a fait quoi ? Une question légitime que se posent les Algériens. Est-ce qu’il a publié des livres afin de partager son savoir et son expérience ? Donne-t-il des cours à nos étudiants ? Il a occupé d’autres responsabilités pour faire rayonner la culture algérienne ? Au fait, il y a plusieurs fonctions qui permettent de travailler pour le bien de l’Algérie sans pour autant être politique du premier rang !

Mais dans le cas de Hamrouche, pas la moindre trace ! En effet, sur Google, les résultats de la requête « Mouloud Hamrouche » se limitent à deux portraits limités et de nombreux articles dans plusieurs journaux…

Cependant, il a l’outrecuidance de nous faire signe à chaque élection présidentielle, pour partager son avis ! Comme à chaque sortie, cela n’apporte rien. Il utilise un langage savant qui ne parle pas aux petites gens. Des concepts fourre-tout qui restent toujours abstraits. Mais notre « élite », à défaut de produire des idées, les interprète selon ses désirs…

A chacune de ses sorties journalistiques, les éditorialistes nous expliquaient : «il voulait nous dire qu’il serait le candidat si et si… » En fait, il lui suffit de publier un seul article et on trouve après des centaines d’articles qui essaient de lire entre les lignes. On parle même des non-dits de M. Hamrouche. Il arrive même qu’on lui reproche de ne pas dire ce qu’il aurait dû dire ! De deux choses l’une : ou ils nous prennent pour des imbéciles incapables de comprendre sans leurs aides ; ou ils n’ont pas d’analyses qui leurs sont propres.

A propos, à qui s’adresse M. Hamrouche dans ses exercices intellectuels ? Au gouvernement peut-être, car il essaie plutôt d’impressionner ses lecteurs et non pas de les éclairer. Mais le lecteur lambda a surtout l’impression qu’il parlait d’un autre pays que l’Algérie. Les habitués de la philosophie politique savent que c’est de la théorie, voire de l’introduction à la science politique.

Mouloud Hamrouche parle surtout aux partis d’opposition. D’ailleurs, ces partis n’ont d’opposition que le nom. Ils ne proposent rien en terme d’idées et de projets de société. Ils attendent l’action du Pouvoir pour en déduire leur contre action. Ils sont sur la défensive, voire défaitistes. Quand on écoute le discours des uns et des autres, on comprend cette méfiance du peuple. On ressent un vide abyssal où la rhétorique prime sur le concret et le réel. J’ai déjà analysé l’apport des partis politiques en Algérie où j’ai démontré, j’espère avoir réussi, qu’ils sont inutiles, voire nocifs.

Cela dit, M. Hamrouche est juste le symptôme. S’il utilise souvent ce procédé, c’est parce qu’il sait bien qu’il y a du vide en face. Les politiciens, du moins ce qu’on voit en ce moment, n’ont pas le temps ou les capacités pour développer leurs propres analyses. A cet effet, il vient leur dire quoi penser ou dans quel sens serait judicieux de penser.

Par ailleurs, il faut rappeler que la majorité des Algériens ne s’intéresse pas à ses analyses et ceux qui lui prêtent attention lisent ses tribunes comme des propositions de services pour le Pouvoir. Mais ce dernier lui fait la sourde oreille, parce qu’il est plus intelligent que les autres serviteurs, disponibles et moins exigeants.

Force est de constater qu’il n’a pas encore compris que son temps est révolu. Il attend quoi à 75 ans ? Revenir pour devenir Président de l’Algérie ?  S’il pense qu’il est le mieux placé pour être le Président de l’Algérie, alors c’est grave ! C’est le moment, en effet, de passer le flambeau aux autres, comme la génération post-libération et pourquoi pas celle d’après le règne de Boumédiène, qui se trouve plus en adéquation avec l’économie de la Connaissance. Il comprend quoi à l’Information, le Big Data ? Au regard de sa formation et de ses expériences, ses champs d’analyses sont plutôt les champs de Hassi Messaoud et Hassi R’mel. Mais l’Algérie du XXIème siècle a besoin d’une personne en phase avec les nouvelles technologies et des données pour suivre la marche du Monde. Les puits du gaz et du pétrole s’épuisent, mais jamais ceux de la Connaissance.

Pour finir, je voulais vous signaler, pour l’anecdote, que la recherche sur Google de Mouloud Hamrouche donne aussi quelques noms associés comme : Ghozali, Benflis, Benbitour ou Belkhadem. A vrai dire, j’espère que le lecteur a compris que cette analyse vaut également pour les autres politiciens, qui sont dans le même schéma. A chaque élection présidentielle ils viennent nous parler de l’Algérie et son avenir, mais c’est toujours le peuple qui souffre au final.

Nabil de S’Biha

Le 14 janvier 2019


Nombre de lectures : 2983
11 Commentaires sur cet article

LAISSER UN COMMENTAIRE

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  • Mazighedine
    16 janvier 2019 at 13 h 19 min - Reply

    Salem, azul

    Avec tous mes respects a ce monsieurs, le peu de chose que je connais de luis c’est l’homme

    au parapluie de boumédiène .

    Cordialement, tanmirth.

    4
  • Meriem
    16 janvier 2019 at 17 h 33 min - Reply

    c’ est bien lui ,Hamrouche, qui portait le parapluie , protegeant Boumediene, quand il pleuvait.Devenu ministre par le miracle algerien le voila transformé en philosophe, Comme quoi l algerie est le pays des miracles sans cesse renouvelés, miracles qui touchent par enchantement que ceux qui sont dans le giron du pouvoir.

    7
  • Si Tchad
    16 janvier 2019 at 21 h 58 min - Reply

    Je le verrais bien comme M. météo : «  demain soir il fera noir prenez vos lunettes infrarouges. Le matin il fera jour alors prenez le meilleur ami de l’homme cad votre parapluie. S’il pleut vous vous protégez de la pluie. S’il fait beau vous vous protégez du soleil… »

    8
  • Ghanem
    17 janvier 2019 at 14 h 49 min - Reply

    De l’opportunisme démesuré, tout le supposé personnel politique qui a mené l’ Algérie à cette impasse doit se ranger de côté et se faire oublier.

    3
  • Mouloud
    17 janvier 2019 at 16 h 37 min - Reply

    Parvenu, « parachuté par un beau parapluie », jusqu’à l’entre de la bête.

    1
  • Amar bouzwar
    17 janvier 2019 at 18 h 50 min - Reply

    Dire et redire que c’est toujours le peuple qui souffre au final va-t-il changer la situation du peuple. Google n’est pas une référence crédible. Hamrouche intéresse parce qu’il représente peut-être un des rares hommes politique qui peux (peut-être) diriger une transition vers un état de droit à cause de son itinéraire et à cause de sa VISION. Lorsqu’on a une maladie on ne cherche pas à savoir si le médecin qui a le médicament est populaire ou pas. Ceci se base sur l’hypothèse que ce monsieur à le médicament pour cette période historique précise que traverse l’Algérie. Enfin, pourquoi discuter de l’homme et non pas de ses idées.je trouve ça pathétique ces gens qui laissent de coté les idées du monsieur et nous sortent l’histoire du parapluie ….de la propagande face à des idées …

    3
    • achraf
      19 janvier 2019 at 9 h 12 min - Reply

      n’oubliez pas ce qu’il a dit a Khaled Nezar en dec 1991: « Khaled a toi de jouer  »
      comme s’il s’agissait d’une partie de belote les conséquences malheureusement on les connait on a assassiné une experience démocratique.

      2
  • Hakim Djaziri
    17 janvier 2019 at 21 h 52 min - Reply

    Pour faire court, vous lui reprochez de n’avoir pas dit exactement ce vous voudriez qu’il dise!C’est pas bon çà de la part de quelqu’un qui parle de dictateurs! Et puis si vous etes si futé que çà, pourquoi opposez vous pas vos idées aux siennes, plutot que d’avancer des paroles sans fondement, des préjugés, le lecteur lambda dont vous vous souciez apparemment beaucoup sera mieux éclairé. C’est triste de constater que certains ne savent que s’empresser de critiquer toutes les bonnes volontés et les idées positives sans jamais donner l’alternative.

    1
    • Dria
      18 janvier 2019 at 17 h 58 min - Reply

      Si cette bonne volonté n’a pas pu changer la donne jusqu’au jour d’aujourd’hui. On déduit aisément qu’ elle a failli a sa mission. Alors place a du nouveau sang, de nouveaux visages, si changement il y aura ce sera certainement avec ces figures qui s’érigent en opposant alors qu’on sait pertinemment qu’il n’y a pas d’opposition en Algerie, ni d’opposants imposant. Avec ces figures on aspire a un remake voir un lifting pas plus. Un vrai opposant c’est celui qui refuse de recevoir l’argent de ce pouvoir pension , paye, retraite.
      Alors en raffolent celle des moudjahidines ça résume leurs combats et leur vision pour le peuple que nous somme …Arkeb waskout mabqach ses elifat…2019 anzar tafeth inch’Allah

  • lyes Laribi
    19 janvier 2019 at 22 h 25 min - Reply

    À Achraf,
    En décembre 91, Hamrouche n’était plus premier ministre mais c’était Ghozali. La fameuse phrase et toujours selon le boucher des Algériens, l’homme qui bientôt doit rendre compte chez son seigneur des 200.000 morts, c’était lors des évènements de juin 91, quelques jours avant sa destitution. L’histoire les a déjà jugée et il reste le grand jugement dont aucun d’entre nous ne peut s’échapper.

    3
  • lyes
    14 février 2019 at 23 h 49 min - Reply

    Il fut également le chef du protocole sous le dictateur Houari Boumédiène.

    Arrentez votre frénésie , Boumediene était honnête et integre et aimait le peuple
    Suffit vos mensonges à l’égard de ce grand monsieur

  • Congrès du Changement Démocratique