Édition du
22 April 2019

En Algérie, une fossilisation du pouvoir

Editorial. A 81 ans, le président Bouteflika briguera un cinquième mandat. Une mauvaise nouvelle pour la société algérienne, étouffée par la paralysie d’un pouvoir qui ne peut envisager sa succession.

Par Le Monde Publié aujourd’hui à 10h45, mis à jour à 11h13

Rassemblement du Front de libération nationale algérien, soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février à Alger.
Rassemblement du Front de libération nationale algérien, soutenant le cinquième mandat du président Bouteflika, le 9 février à Alger. RYAD KRAMDI / AFP

Editorial du « Monde ». Ce n’est pas à proprement parler une surprise, mais on aurait pu espérer que, dans un éclair de lucidité, de courage politique, voire de respect pour ses compatriotes, le président Abdelaziz Bouteflika renonce, à 81 ans, à briguer un cinquième mandat à la tête de l’Algérie, qu’il dirige depuis près de deux décennies.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  En Algérie, la machine pour la réélection d’Abdelaziz Bouteflika est lancée

Mais, malgré l’accident vasculaire qui a affaibli sa santé au point de l’empêcher de s’exprimer en public depuis 2012, M. Bouteflika refuse toujours d’organiser sa succession. Il sera donc de nouveau candidat, le 18 avril. Et la manière dont cette élection se présente fait que les chances d’une alternance sont proches de zéro.

C’est une mauvaise nouvelle pour l’Algérie. Cette fossilisation du pouvoir scelle la rupture entre le sommet de l’Etat et la société, qui vivent deux histoires différentes. Au sommet, le président Bouteflika, entouré d’un clan dont l’opacité est telle que les observateurs les plus avisés se disent aujourd’hui incapables d’en déchiffrer l’évolution, reste figé dans la génération du FLN victorieuse de la guerre d’indépendance. A la base, une société jeune, qui voudrait vivre dans le XXIe siècle mais étouffe dans le carcan qui lui est imposé.

Cette société, en grande partie traumatisée par la terrible guerre civile des années 1990, a été patiente. D’une certaine manière, elle avait pris son parti de cette confiscation du pouvoir en échange d’un minimum de garanties sociales, que permettait l’exploitation des abondantes ressources gazières de l’Algérie : c’est ainsi que le régime du président Bouteflika a réussi à passer au travers de l’ouragan des « printemps arabes » en 2011.

Relation tissée de malentendus

Mais ce pacte n’est pas éternel. Le fossé entre une jeunesse qui aspire à bouger et un pouvoir anachronique qui ne voit d’autre ligne que l’immobilisme ne peut que s’élargir. Les Algériens votent aujourd’hui davantage avec leurs pieds que dans les urnes. Morts d’ennui, avec pour tout refuge les réseaux sociaux, incapables de se projeter dans l’avenir, les étudiants ne pensent qu’à partir à l’étranger, privant leur pays de l’indispensable renouvellement des élites et ôtant tout dynamisme aux classes moyennes. Ce mal de vivre et ce désespoir intellectuel sont évoqués avec talent au cinéma et dans la littérature algériens, largement nourris par la diaspora.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  A Alger, la lassitude de « voir les mêmes têtes se partager les richesses depuis l’indépendance »

Si cette situation est désastreuse pour l’Algérie, pays de 42 millions d’habitants dont 45 % ont moins de 25 ans, elle est également inquiétante pour la France. Pour des raisons historiques, géographiques et démographiques – plusieurs millions de Français sont d’origine algérienne –, la relation franco-algérienne est importante. Cette relation se porte mal, du moins au sommet. Elle devrait être aussi étroite que la relation franco-allemande ; elle est, en réalité, tissée de malentendus et de ressentiment. D’autres pays, comme la Chine, moins soucieuse des états d’âme de la population algérienne, profitent de cette paralysie pour renforcer leur implantation économique. Mais, lorsque les tensions s’aggravent en Algérie, c’est en France que commence le chemin de l’exode.

La main tendue à Alger par le président Macron, qui a reconnu en septembre l’utilisation de la torture par l’armée française et le supplice de Maurice Audin pendant la guerre d’Algérie, n’a pas été saisie. C’était une occasion de commencer à tourner la page du douloureux passé commun. Mais, de toute évidence, tourner la page ne fait pas partie des projets d’Abdelaziz Bouteflika.


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9 Commentaires sur cet article

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  • Azzi
    11 février 2019 at 14 h 42 min - Reply

    Je sens le malheur deux fois, une fois subit, comme tout les ibres, par ce régime mafieux et la deuxième par les partis politiques dont, certain malgré visiblement sont opposant durant toute la période avant candidature aux élections, on les voit participer à ces élections qui savent eux même qui seront fraudées ( cette fausse position avant élection il la justifie par peur de donner l’occasion au régime de trafiquer les résultats, ou pour éviter la violence qui pourrait engendrer par la suite).

    Je leur dit, premièrement, que vous êtes complice avec ce régime soit vous le savez ou pas et vous participer à la prolongation de nos malheurs, le peuple vous dépasse.

    On réalité, ce régime est très peur d’un boycott général, moi je veux que le boycott se hisse au même niveau que ce régime ne respecte pas notre volonté et notre désir au changement radicale avec tout ses têtes et ses comportements, il faut le boycotter à l’intérieur du pays et à l’extérieur, boycotter tout ce que peut lui donner un autre souffle, boycotter même le foot, qui est leur seul message aux jeunes..comme si on est des enfants on veux que jouer, et encore.

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    • Lyes
      14 février 2019 at 1 h 15 min - Reply

      WLED CHLEF ONT SCANDÉ : BOUTEFLIKA MAKANCH EL OUHDA EL KHAMMSSA
      BOUTEFLIKA PAS DE 5 EM MANDAT ……..*****INCHALLAH PARTOUT, TOUTES LES VILLES LES JEUNES PACIFIQUEMENT DOIVENT FAIRE PAREIL….****

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  • mohamed
    11 février 2019 at 16 h 57 min - Reply

    Nous y voilà !

    Boutef ne veut pas partir. Le fraudeur en chef nous déclare la guerre !
    "California" revient nous narguer !

    Quoi de plus pour nous organiser et nous défendre par tous les moyens pour vivre en hommes libres ! ...ou mourir debout ...

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  • lyes Laribi
    11 février 2019 at 19 h 48 min - Reply

    Je ne sais pas sur quel planète vit ce journaliste ? Va t il nous faire croire que ça ne fait pas plaisir pour la France de voir l’Algérie à genoux ? Ce sont ces enfants qui sont aux commandes depuis l’indépendance. Après s’être assuré que tous les patriotes ont été assassiné, elle a remis les clefs entre leurs mains. Quel est le nombre de fois où le peuple a voulu reprendre son destin et la France s’est opposée. Je vous conseille monsieur le journaleux de faire votre investigation sur la promotion Lacoste ainsi la relation entre la DST marocaine, la DST française et le Malg du moment ce président était commandant du Malg. La main tendue, c’est une foutaise. Si ce n’est pas la France, les mafieux d’Alger ne pourront pas tenir un jour devant le peuple. Chiche que la France lâche ces énergumènes, on verra. Même pour un mal de dents, ils se soignent en France. Ils ont tous une carte vitale si ce n’est la nationalité eux et leurs progénitures. Sachez que pour la majorité du peuple, l’Algérie est toujours colonisé. Un hymne et un drapeau ne fait pas d’un pays un état indépendant.
    Cordialement.

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    • Roger Saïd
      17 février 2019 at 6 h 13 min - Reply

      ^^ la promotion Lacoste, la relation entre la DST marocaine, la DST française et le Malg du moment ^^…Effectivement, tout est parti de cette équation pour accoucher de l’indépendance confisquée en Algérie. Peu de gens le savent, mais la création des services algériens a été l’oeuvre de la DST française en sous traitance par la DST marocaine. Oufkir ( capitaine de l’armée française et representant du SDECE et de la DST jusqu’à 1952 et maitre de camp et secretaire particulier du roi Mohamed V en 1956 ) avait accueilli à bras ouverts Boussouf au Maroc. C’est lui qui avait fourni des sbires à Boussouf pour l’aider à étrangler Abane Ramdane dans une ferme désaffectée du SDECE. Le premier crime fondateur du régime naissant et qui perdure jusqu’à aujourdhui.

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  • Karimo
    12 février 2019 at 0 h 23 min - Reply

    Ne sortons pas de chez nous le 18-04-2019. Faites passez le message.

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  • Si Tchad
    12 février 2019 at 16 h 22 min - Reply

    Bonne nouvelle: nous avons revu Sellal, Ghoul, Benyounes, Laamamra, etc…
    L’Algérie rentre de plain pied dans le club très fermé des pays qui pratiquent le recyclage d’ordures…

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  • BOUKADOUM
    13 février 2019 at 2 h 15 min - Reply

    Honnêtement je préfère de loin les années Boumediene , Chadli avec un taux de 99.99% de réussite , un seul candidat et on sait ce qui va se passer , au moins les deniers publics ne seront pas utilisées à des fins électoralistes. Je ne sais pas qui a donné le chiffre mais l’argent qui sera dépensé dans cette élection permettra de payer 01 an de salaire des retraités.
    Le projet de loi de finances algérien pour l’année 2019 prévoit l’octroi de 50 milliards de dinars, soit 416 millions d’euros, pour les besoins de l’organisation de l’élection présidentielle prévue en avril prochain, rapporte le portail Tout sur l’Algérie (TSA).

    Ceci dit , au delà du gaspillage , ce qui me révolte c’est la classe politique Algérienne , on voit plus d’opposants de la trempe de Hocine Ait Ahmed , même Said Sadi à qui on peut reprocher pas mal de choses et positions manque dans le décor. Seul un Karim Tabbou brille dans cette opposition , ou Ali Benhadj pour ne citer ce dernier à qui on interdit la parole.

    Je viens de lire un commentaire d’un journaliste Abed Charef sur son tweet :

    avec le hashtag #Bekrikhir, ce qui signifie « avant c’était mieux », il écrit : « Bekri (avant), on avait un seul candidat à la présidentielle. Facile de choisir. On savait qui allait gagner. Aujourd’hui, on a plusieurs candidats, on sait qui va gagner, mais on fait semblant de croire qu’il sera battu.

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  • elso
    14 février 2019 at 10 h 46 min - Reply

    débarrassons nous de tout ces larbiens tous sans exception ont tous participés directement ou indirectement avec ce pouvoir d’intérêt….votant pour MGhani Mahdi…

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  • Congrès du Changement Démocratique