Édition du
22 May 2019

Le crétinisme ravageur nous fait mal

La chronique de A. Merad

A. MERAD 
EL WATAN
14 FÉVRIER 2019

Il était aux anges, Sellal, lors du show folklorique du FLN organisé pour mettre Bouteflika devant le fait accompli du 5e mandat. L’ancien Premier ministre, qui s’est imposé un silence drastique depuis son limogeage de la chefferie du gouvernement, est réapparu très joyeux, avec sa mine débonnaire, au milieu d’une cohorte de militants de fortune venus se prosterner devant le cadre du Président, sans trop savoir pourquoi ils s’adonnaient à ce rituel bizarre qui n’a jamais fait partie de nos mœurs politiques.

On aurait dit qu’il entamait une nouvelle carrière depuis qu’on lui a remis les clés de la campagne électorale du Raïs, et lui ne se gênait pas de le montrer dans cette ambiance de kermesse anarchique pour montrer à ceux qui l’avaient enterré trop vite qu’il était toujours là. Toujours présent à servir, malgré toutes les épreuves d’asservissement qu’il venait de passer sans rechigner.

Volubile, exubérant, le personnage paraissait ainsi renaître de ses cendres. Prêt à accepter les tâches les plus ingrates juste pour rebondir et oublier les affres de l’anonymat. Exactement comme Belkhadem lorsqu’on lui avait accordé, après une pénitence qui a duré des années, l’autorisation d’aller rencontrer le jeune intérimaire du FLN, pour l’exposer devant les caméras. En passant au JT de l’Unique, les images donnent la preuve d’un affranchissement qui a eu l’aval d’en haut. Belkhadem avait donc une certaine garantie qu’il allait retrouver la lumière.

On saisit dès lors pourquoi l’ex-chef du vieux parti débordait de bonheur. Il congratulait sans retenue tous ceux qui l’approchaient. Bousboussates et embrassades à gogo. Il serrait des mains par-ci, par là, échangeait des sourires, bref, il était heureux, et on sentait que visiblement ça lui manquait terriblement ces petits bains de foule qui le rendaient important.

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L’homme avait repris, en cet instant, des couleurs. Il avait l’impression de revivre, de redevenir quelqu’un qui ne laisse pas indifférent son entourage. C’est ce qui a fait dire à certains que son enthousiasme délirant ressemblait à celui d’un prisonnier qui venait d’être gracié et qui avait de la peine à retenir ses larmes de joie et ses émotions. Pourtant, il n’était pas question ici de retrouver une liberté, mais une sorte de réhabilitation politique circonstancielle qui suffisait à sa béatitude.

C’est à travers ces moments d’intense émotivité, qui interviennent après une longue période de solitude, que l’on arrive à mesurer combien est effroyable la mise en quarantaine par le sérail des hommes politiques appartenant pourtant à son giron, mais qui, à un moment ou à un autre de leur soumission, ont fait preuve de désobéissance ou d’une transgression jugée intolérable.

Bien sûr, on ne saura jamais pourquoi Sellal a été débarqué de son poste de Premier ministre, alors qu’il avait témoigné d’une loyauté sans faille au clan présidentiel. Même si lui a son idée sur cette destitution qui lui a coûté au plan de la crédibilité, il n’osera jamais la révéler à qui que ce soit, de peur de voir des sanctions encore plus dures tomber sur sa tête et qui ne lui permettront plus jamais de se relever.

Il en est de même pour Belkhadem et pour tous les autres proscrits (ils sont nombreux) du système qui, même dans l’hypothèse de n’avoir en leur âme et conscience rien à se reprocher en matière de fidélité aux engagements pris, ne pourront jamais contester de quelque manière que ce soit cette politique du bannissement qui est infligée aux réfractaires et qui doit être acceptée comme une règle de jeu intransigeante au profit exclusif de ceux qui détiennent le pouvoir de décision.

Ceci nous amène à mieux comprendre la vraie perception du système algérien, qui tire sa force et sa puissance de domination avant tout dans la dépersonnalisation de ses serviteurs. On sait que dans les pays non démocratiques, c’est la gouvernance despotique qui règne et qui régit la société en fonction de la loi du plus fort pour le partage des richesses.

En Algérie, on n’en est pas loin, mais c’est le système du clientélisme et de la bigoterie, supporté par la force corruptrice qui a droit de cité, depuis notamment que les Bouteflika se sont emparés du pouvoir. En ayant recours à l’antienne «Fakhamatouhou» théoriquement pour marquer une forme de respect envers le guide de la Nation, les affidés du Pouvoir et tous ceux qui gravitent autour de sa périphérie ne font, en fait, que s’adonner à un sacramentaire pour se couvrir contre d’éventuelles fausses notes préjudiciables à leurs carrières. Mieux vaut être dans la tonalité d’ensemble pour éviter les ennuis.

C’est devenu d’ailleurs presque une devise à la mode que de faire la révérence au premier magistrat pour montrer sa solidarité et sa soumission en toute circonstance, même si les événements ne demandent pas tant d’obséquiosité. La réalité à laquelle nous voulons arriver est que nos dirigeants inféodés au système, qu’ils soient dans la politique, dans l’administration ou ailleurs, semblent complètement désincarnés par ce système qui les oblige à être l’ombre d’eux-mêmes. Il n’y a que dans les monarchies féodales que ce genre de comportement peut s’expliquer par la relation d’allégeance.

Lorsqu’on voit les partis de l’alliance présidentielle, par exemple, s’incliner devant le programme du Président en effaçant de facto leurs propres intelligences (s’il en ont), leurs propres motivations, leurs propres convictions, il y a vraiment de quoi s’inquiéter sur la nature de la classe politique dite «majoritaire» qui, finalement, ne s’appartient pas en acceptant résolument d’être l’otage d’une force attractive qui fait d’elle une simple marionnette.

Lorsqu’aussi on relève le degré d’hypocrisie atteint par cette communauté de volontaires au statut de vassalité acceptant toutes les compromissions possibles et imaginables dans le seul but d’être visible, on se dit que l’ère du crétinisme ravageur a encore de beaux jours devant elle. Il n’y a qu’à regarder et analyser le comportement de ces acharnés du FLN, tous costumés durant le meeting de la Coupole, pour comprendre que le crétinisme algérien dans sa manifestation la plus brutale nous vaut aujourd’hui les dérisions les plus honteuses au-delà de nos frontières. C’est une marque de fabrique à laquelle n’échappent pas les sommités de ce système.


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11 Commentaires sur cet article

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  • Selma Hadji
    14 février 2019 at 13 h 43 min - Reply

    Sellal ou Belkhadem savent très bien qu’ils sont dans leurs rôles!

    Le problème c’est tous ceux qui rappellent à entrer en compétition électorale,avec les mêmes règles du système, alors qu’ils savent, en leurs âmes et consciences,qu’ils n’ont aucune chance de l’emporter.

    Tous ces gens qui haranguent,quotidiennement, le peuple d’aller voter,ne font en réalité que rallonger la vie d’un système qui est arrivé à sa fin biologique!
    Plutôt faudrait-il,s’ils étaient sérieux,de s’interroger sur la finalité de cette attitude ambiguë qui fait plus mal que le crétinisme des apparatchiks !???

    6
  • Karimo
    14 février 2019 at 14 h 17 min - Reply

    La galerie avait besoin de crétins pour faire le clown durant la campagne de Fahamatouhou AbdelCadre dit Abdeka El Mali.

    7
  • BENALLAL mohamed
    14 février 2019 at 14 h 39 min - Reply

    revoir l article sur mascara le san franscico algerien pour vous dire que le mensonge et le ridicule ne tue pas!

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  • Samira
    14 février 2019 at 16 h 07 min - Reply

    c’ est ce qu’ on appelle plus communement les bouffons du roi, comment peut on imaginer que des gens cultivés, instruites, intelligentes se mettent au service des forces du mal Qui erigent la violence , la traitrise, la cupidité, l ‘opportunisme la perfidie et l ‘hypocrisie en systeme de gouvernance ? Comment est ce possible? Comment est il imaginable qu’une personne jouissant de toutes ses facultés mentales, puisse se faire complice de la destructions de tout un peuple, de tout un pays ,de toute une société, juste pour des privileges?

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    • sacco et vanzetti
      14 février 2019 at 17 h 46 min - Reply

      Est ce que ces gens ont une conscience? Se regardent ils dans une glace et osent affronter le regard de leurs enfants?

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  • Sadek Lounis
    14 février 2019 at 19 h 53 min - Reply

    Quelqu’un comme Tliba par ex.doit savoir qu’il assume un rôle de farceur,de risible et de grotesque,ça tout le monde le sait.Par contre un opposant -de ce régime- qui se prétend être intelligent et qui a une vision stratégique de l’Algérie ne devrait pas lui prêter son flanc et renter dans le jeu de ces énergumènes.Non,il faut les laisser préparer leur carentéta tous seuls,sinon on devient complice d’un système qui est aux abois.

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    • Sari L.
      15 février 2019 at 20 h 50 min - Reply

      Quelqu’un parmis ces énergumènes,qui était chef de gouvernement de ce système,à un moment donné,n’a pas hésité,plutard,de se traiter lui-même de « harki du système ».
      Pour vous dire,Messieurs Dames,que le « mal du créténisme »est profond et l’aliénation à atteint des sommets inimaginables!

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  • SAMIR
    15 février 2019 at 12 h 06 min - Reply

    La caste dirigeante et leurs leches bottes, dont est issue sellal sont atteints du « syndrome d’Ali BABA », c’est un mal qui rongent l’âme, par des metastases ultra contagieuse, de types :
    Inversion accusatoire, mauvaise foi, mensonge, hypocrisie, trahisons, tromperie, flatterie, jalousie haineuse, mepris, deshonneurs, indignité, orgueil, vanité, envieux, vol, pillage, spoliation….
    Eux sont convaincus que c’est la solution.

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  • said
    16 février 2019 at 9 h 43 min - Reply

    ces hommes politiques opportunistes ,sans foi ni loi, et le cabinet noir se targuent de detenir la verité suppreme en pretendant qu’ils ne recherchent que l’ interet general et que les algeriens ne sont pas apte a la democratie . Mais personne n’ est dupe, en realité ce ne sont que les richesses du pays qui les interresse et les privileges qu’ils se sont octroyés,On voit bien comment ils se sont servis à l’ ombre de la force pour batir des fortunes colossales.

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  • Smail Djelli
    16 février 2019 at 19 h 56 min - Reply

    Détrompez-vous,chers lecteurs-trices-,cette bassesse,vous pouvez la trouver ailleurs(chez des politiques qui prétendent être en dehors du système),comme notre Louisa du PT.
    Elle,qui s’affiche aujourd’hui contre la continuité,mais elle a oublié que c’est elle, qui était,hier, contre la taille de l’arbre quand il avait atteint une certaine longueur.Maintenant que ce dernier a dépassé ses limites et risque de tomber sur tout le monde,que les branchages sont partout,elle se découvre une « virginité » d’opposante à un système mafieux qu’elle a toujours soutenu et « avec plaisir ».

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  • KACI
    16 février 2019 at 21 h 28 min - Reply

    Ces larbins vous pouvez les qualifiés de « derniers des derniers » c’est à dire « asfal essafiline » selon les termes du grand Maître IBN KHALDOUN, dont le scénario décrit dans son oeuvre se joue chez nous, sous nos yeux. C’est le même type d’hommes boulitiques que nous subissons, comme en son temps, car l’homme politique maghrébin ne change pas à travers les siècles, sauf s’il craint Dieu et se met au service de son Peuple. Nous espérons que cette caste joue sa dernière carte.

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  • Congrès du Changement Démocratique