Édition du
20 April 2019

Avec qui négocier ?


La phase actuelle du mouvement pacifique en Algérie est l’une des plus délicates. Comment passer du projet à sa concrétisation ? Quelles sont les modalités pratiques pour avoir non pas des représentants mais des porteurs du projet ? Et en quoi consiste ce projet ? Faut-il négocier ou pas et avec qui ?
Le projet se lit sur les pancartes et les slogans clamés. J’en cite quelques unes : une deuxième république, une assemblée constituante, l’indépendance de la justice, la liberté, la démocratie, un Etat de droit…etc. En clair, bâtir une nouvelle Algérie sur de bonnes bases. Il aurait été souhaitable que le changement vienne de l’intérieur du système, ou plus précisément de ceux qui détiennent le pouvoir réel, mais hélas c’est une immense gangrène qui s’est constituée autour de ce pouvoir réel et le tout se maintenant à ne plus pouvoir, sans limite de temps, et croyant qu’ils peuvent continuer à gérer indéfiniment le pays comme une écurie sans opposition en face. Même la police politique communément appelée la SM n’a pas été en mesure de les alerter sur le pas à ne pas franchir, sur la ligne rouge : ne pas heurter la dignité des Algériens. Ce qu’ils ont franchi allègrement en entamant une campagne avec un cadre et des garde-corps. Situation ubuesque, surréaliste, il fallait se pincer plusieurs fois pour être sûr qu’on n’hallucine pas. La revendication d’une deuxième république, d’une assemblée constituante n’est pas nouvelle. Des militants des Droits de l’Homme ainsi que certains partis politiques en avaient fait le corps de leurs revendications(1).
Dans les pancartes, on voit « système dégage ». Oui, il faut que le système dégage et qu’on construise le pays sur de nouvelles bases. Pour simplifier, le système fonctionne à deux têtes. Si la partie civile qui habille le pouvoir réel peut partir vite, et je ne parle pas du président Bouteflika qui est bien fini politiquement, mais du clan mafieux qui l’entoure et qui l’a pris en otage depuis quelques années. Ce clan civil sera probablement lâché à plus ou moins court terme. Lorsque la façade du pouvoir réel devient une menace, et pour le système et pour les décideurs de l’ombre, ces derniers n’auront pas de scrupules à s’en passer afin de sauver ce qui peut l’être encore. Il n’y a nul besoin de négocier avec les composants de la mafia civile. Ceux-là partiront d’eux-mêmes dès qu’ils sont lâchés par les décideurs réels. On en voit même qui se rallient aux manifestants ! Ce sont les militaires, les vrais détenteurs du pouvoir réel, avec qui il faut négocier et des départs et de la transition. Il se trouve que ceux qui ont été responsables de la décennie noire, des 200 000 morts, des 20 000 disparus et j’en passe, sont toujours aux commandes. Dans la théorie de la décision, quand il n’existe pas de bonne solution, on choisit la moins mauvaise. Le challenge est de taille. Avec qui discuter sachant que ceux-là même qui ont amené le pays à l’impasse sont toujours aux commandes ? La logique voudrait que ce soit avec les meilleurs d’entre eux. Mais si ceux-là n’existent pas, alors toujours selon la théorie de la décision, il faudra discuter avec les moins mauvais d’entre eux (2).
Il reste qui va porter les revendications exprimées par les manifestants. Il n’est pas possible de négocier avec la rue entière. Nécessairement, il faut des individus. Je préfère parler de porteurs du projet de renaissance de l’Algérie que de porte-paroles. Une option serait un maillage du territoire national. Cette option prend du temps. L’Algérie compte 48 wilayas ; il faudra alors des porteurs du projet de toutes ces wilayas. Le maillage commence par le quartier jusqu’à la ville, et ensuite jusqu’à la wilaya. La seconde option, c’est un consensus sur des personnes de la société civile ou des militants connus pour leur probité et leur honnêteté. Il reste comment mesurer le consensus. On voit bien les craintes des uns et des autres concernant des listes de personnes qui circulent. L’idéal serait une plate-forme numérique où les Algériens et les Algériennes majeurs puissent voter pour chaque personne proposée. Quelque soit l’option choisie, il faut absolument que les négociations soient transparentes et transmises par tous les moyens d’information.

Amina Kadi Mathématicienne Ecole d’ingénieurs-Paris

1 Compromis politique historique, juin 2014 Lequotidiend’Algérie/2014/06/21/31050.
2 Voir l’interview de Omar Benderra « Oligarques, police secrète, généraux : ces puissants réseaux qui gouvernent l’Algérie », Oumma, le 14 mars 2019.


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7 Commentaires sur cet article

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  • Ahmed
    20 mars 2019 at 21 h 37 min - Reply

    CEUX QUI ONT UN DOUTE SUR LA CAPACITÉ DU PEUPLE ALGÉRIEN À SE FAIRE REPRÉSENTER PAR DES HOMMES LIBRES, NATIONALISTES ET INTÈGRES POUR GÉRER L’APRÈS BOUTEFLIKA, DOIVENT SE RAPPELER QUE C’EST GRACE AU PEUPLE QUE L’ALGÉRIE EST DEBOUT…MALGRÉ LA DÉCENNIE NOIR ET 20 ANS DU RÉGNE DU CLAN DE BOUTEFLIKA.

    PEUPLE = SIMPLE CITOYENS, FONCTIONNAIRES, POLICE, ENSEIGNANTS, GENDARME, MÉDECINS, ARMÉE, LA JEUNESSE, ÉTUDIANTS, JOURNALISTES, AVOCATS, ARTISTES…

    ==================================================================================

    PREMIÈRE SOLUTION : ABOLITION DU GRADE DE GÉNÉRALE AU SEIN DE L’ARMÉE !

    DEUXIÈME SOLUTION : NE JAMAIS OUBLIER DE FÉTER LE 22 FEVRIER DE CHAQUE ANNÉE, CONTRE L’OUBLIE, AUSSI DEUX JOURNÉE DE DEUIL ET DE REMÉMORATION : 27 SEPTEMBRE (RELATIVEMENT AUX MASSACRES DES CIVILS EN 1992) ET 12 JANVIER ( RELATIVEMENT AU COUP D’ÉTAT ET PUTCH DES GÉNÉRAUX CONTRE LA VOLONTÉ DU PEUPLE.

    TROISIÈME SOLUTION : ÉCRIRE L’HISTOIRE RÉELLE ET OFFICIELLE DE L’ALGÉRIE DEPUIS BIEN AVANT L’INDÉPENDANCE ET FAIRE RESORTIR LES VÉRITÉS ET TOUTES LES VÉRITÉS…NON PAS POUR UNE QUELCONQUE VENGEANCE, MAIS POUR LA MÉMOIRE COLLECTIVE DU PEUPLE ET POUR ASSURER QUE L’ALGÉRIE NE RETOMBERA PLUS DANS LES ERREURS DU PASSÉ…UNE HISTOIRE QUI VA ÉTRE ENSEIGNÉ À NOS ENFANTS.

    QUATRIÈME SOLUTION : L’ALGÉRIE POSSEDE UN ÉNORME POTENTIEL HUMAIN, PLEIN DE DOCTORANTS, DE CHERCHEURS, D’HOMMES POLITIQUES…EN ALGÉRIE ET PARMI LA DIASPORAT…IL FAUT D’ABORD QUE LA MAFIA DU POUVOIR À LEUR TÉTE BOUTEF…ACCEPTE SON SORT POUR CÉDER L’ALGÉRIE AU PEUPLE ALGÉRIEN…ENSUITE SOYONT CERTAIN QUE LE PEUPLE SAURA TROUVER LES MEILLEURS COMPÉTANCES NATIONALISTES ET INTÈGRES POUR BATIR LA DEUXIÈME RÉPUBLIQUE.

    7
  • wahid
    21 mars 2019 at 13 h 16 min - Reply

    Il reste qui va porter les revendications exprimées par les manifestants. Il n’est pas possible de négocier avec la rue entière.

    Nécessairement, il faut des individus. Je préfère parler de porteurs du projet de renaissance de l’Algérie que de porte-paroles.

    Une option serait un maillage du territoire national. Cette option prend du temps. L’Algérie compte 48 wilayas ; il faudra alors des porteurs du projet de toutes ces wilayas. Le maillage commence par le quartier jusqu’à la ville, et ensuite jusqu’à la wilaya.

    La seconde option, c’est un consensus sur des personnes de la société civile ou des militants connus pour leur probité et leur honnêteté. Il reste comment mesurer le consensus. On voit bien les craintes des uns et des autres concernant des listes de personnes qui circulent.

    L’idéal serait une plate-forme numérique où les Algériens et les Algériennes majeurs puissent voter pour chaque personne proposée. Quelque soit l’option choisie, il faut absolument que les négociations soient transparentes et transmises par tous les moyens d’information.

    ***** Ce sont là des aspects techniques d’une étape ultérieure حتمية.

    Aussi longtemps que le pouvoir n’a pas capitulé, Il faut rester barricader, les leaders du elhirak qu’ils soient des personnes ou des groupes doivent rester dans l’anonymat le plus strict, une fois les structures et les éléments du système pourri éliminés, et lorsque la rue s’impose et impose alternative pour une sortie de crise, a ce moment la que l’organisation de la transition aura un sens.

    Patience,

    réfléchir, peser et mesurer puis agir.

    les Algériens ont étaient courageux et patients durant des décennies, les quelques jours qui restent pour ce pouvoir ne vont pas lui permettre de se réorganiser pour durer.

    Game over.

    Les lois de l’évolution des nations, الحتمية التاريخية أو قواعد التطور الحتمي للامم a tranché en faveur de inéluctabilité du changement.

    La fatalité veut que les dictature tomberont d’eux même, comme des fruits pourris restées trop longtemps dans un arbre secs, un petit vent et Hop!

    1
  • wahid
    23 mars 2019 at 4 h 02 min - Reply

    Un principe fondamental que les Algériens qui manifestent dans les viles et dans les rues depuis le 22 Février devraient saisir le sens.

    Certains compatriotes sont impatient pour designer des représentants d’elhirak, alors ils cherchent sans savoir pourquoi. En vérité, ils doutent et ils ont peur que la pression exercé sur les centres du pouvoir depuis le 22 février s’affaiblit et qu’elle n’aboutie pas, alors ils chercher des hommes, des femmes des uns et des unes. En réalité ils cherchent pour négocier et pour exprimer des revendications des doléances dans l’espoir d’être écoutés et d’en finir avec le clan boutef.

    Les bonnes questions et les bonnes réponses.

    Négocier avec qui et pour quoi? exprimer des revendications et doléances à qui et pour quoi?

    Négocier avec ceux qui ont mis l’Algérie devant cette impasse.

    Exprimer des doléances et de revendications à ceux qui ont ruinés, humiliés et dilapidé l’Algérie.

    Avec qui avec les corrompus, les corrupteurs, les criminels ou avec les voyous de la république.

    Le bon sens et le principe fondamental veut que le pouvoir tombe et au moment propice qu’il serait ingénieux de le ramasser.

    La prise du pouvoir est conditionnée à la chute du pouvoir et c’est la règle, nul ne peut soustraire à cette règle encore moins l’éviter.

    L’exemple.
    https://www.youtube.com/watch?v=0ehwckZINLY

    https://www.youtube.com/watch?v=y9gjlWYvxvA

    https://www.youtube.com/watch?v=YsLqJwaQOLo

    1
    • wahid
      24 mars 2019 at 4 h 50 min - Reply

      En son et image

      Un principe fondamental que les Algériens qui manifestent dans les viles et dans les rues depuis le 22 Février devraient saisir le sens.

      Le bon sens et le principe fondamental veut que le pouvoir tombe et au moment propice qu’il serait ingénieux de le ramasser.

      La prise du pouvoir est conditionnée à la chute du pouvoir et c’est la règle, nul ne peut soustraire à cette règle encore moins l’éviter.

      Autrement dit.

      1
      Ce qui faut faire pour pousser le pouvoir vers la porte de sortie plus rapidement au bien à la limite patience jusqu’à la fin du mandat de boutef, a ce moment la transition du pouvoir s’impose au militaires.

      Passage de la vidéo
      de 4:00 a 7:55

      2
      La prise du pouvoir est conditionnée à la chute du pouvoir et c’est la règle, nul ne peut soustraire à cette règle encore moins l’éviter.

      Passage de la vidéo
      de 41:40 a 50:50

      https://www.youtube.com/watch?v=swNTKqY5nBM

      J’ai aimé beaucoup l’introduction pour l’expliquer

      Ceci:

      Négocier avec qui et pour quoi? exprimer des revendications et doléances à qui et pour quoi?

      il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints.

  • SAHRAOUI B
    23 mars 2019 at 14 h 05 min - Reply

    LES OLIGARCHES ET LES MILLIARDAIRES QUI ONT PILLE L’ALGÉRIE ET LE PEUPLE ALGÉRIEN DURANT CES 20 DERNIÈRES ANNÉES SOUS LE RÈGNE DU SYSTÈME DE GOUVERNANCE DE BOUTEFLIKA CONTINUENT A TRANSFÉRER ILLICITEMENT LES CAPITAUX QUI SE CHIFFRENT A DES MILLIARDS DE DOLLARS VERS L’ETRANGER AVEC LA COMPLICITÉ DES BANQUIERS ALGÉRIENS EN PRÉVISION DE LEUR FUITE PLANIFIÉE A L’ETRANGER AVANT L’EFFONDREMENT TOTAL DE CE RÉGIME DE BOUTEFLIKA REVENDIQUE PAR LE PEUPLE ALGÉRIEN DANS SES MANIFESTATIONS PACIFIQUES DE DEGAGISME DE CE RÉGIME OLIGARCHIQUE , CORROMPUS ET DICTATORIAL QUI TRAVAILLE A LA SOLDE DES PUISSANCES DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE ET DE SES RELAIS DU GOLF PERSIQUE . IL INCOMBE VITALEMENT ET IMPÉRATIVEMENT AUX MAGISTRATS QUI ONT REJOINT LE MOUVEMENT PROTESTATAIRE DU PEUPLE ALGÉRIEN CONTRE CE RÉGIME D’ÉMETTRE DES ORDONNANCES D’INTERDICTION DE QUITTER LE TERRITOIRE ALGÉRIEN A TOUS CES OLIGARCHGES AFIN DE POUVOIR LES JUGER ET LES OBLIGER A RESTITUER L’ARGENT VOLE AU PEUPLE ALGÉRIEN . C’EST L’UNE DES ACTIONS URGENTES A ACCOMPLIR DANS L’IMMÉDIAT.

    SAHRAOUI B POLITOLOGUE

  • Adane
    24 mars 2019 at 1 h 45 min - Reply

    Oui il faudrait que tous les pourparlers soient transmis en direct et en toute transparence. Mettre déjà une plate forme arabe français pour la discussion et prendre les avis des citoyens et enfin un vote ou plusieurs pétitions en ligne afin de proposer une coordination du HARRAK où chacun doit adhérer à une charte.

  • RAMANE
    27 mars 2019 at 0 h 38 min - Reply

    POURQUOI TOUJOURS L’ARMEE QUI DECIDE? HIRAK DEMANDE UN CHANGEMENT RADICAL DU SYSTEM AUX PERSONNE AU POUVOIR . LE REVENU DU PETROLE ET GAZ ET POUR TOUT LE PEUPLE PAS SEULEMENT POUR CERTAINS. TOUT LES ACTUELS ET EX MINISTRES DOIVENT ETRE MISE EN EXAMEN,TOUT LES ACTUELS ET EX MEMBRE D »APN , APW, APC DOIVENT ETRE MISE EN EXAMEN ILS ONT PILLE LES BUDGETS D »ETAT .
    HIRAK EST EN A MARRE DES DISCOURS ET DES DEBATS FORMELS GLORIEUX A L »ARMEE ET LA REVOLUTION ET LES MODJAHIDINES .L »EUROPE A FAIT 2 GUERRES MONDIALES ET NE PARLE RAREMENT DE LA GUERRE OU LES COMBATANTS QUI SONT MORT.

  • Congrès du Changement Démocratique