Édition du
15 June 2019

En Algérie, une rupture franche entre l’armée et Abdelaziz Bouteflika

Le général Gaïd Salah a « suggéré » de recourir à la Constitution pour constater l’« empêchement » du président. Dans le contexte actuel, cela équivaut à une quasi-injonction.

FILE PHOTO: Algeria’s President Abdelaziz Bouteflika gestures while talking with Army Chief of Staff General Ahmed Gaed Salah during a graduation ceremony of the 40th class of the trainee army officers at a Military Academy in Cherchell 90 km west of Algiers, Algeria June 27, 2012. REUTERS/Ramzi Boudina/File Photo

Par Amir Akef  Le Monde.fr le 26/03/2019

La crise algérienne a connu, mardi 26 mars, un rebondissement au plus haut niveau de l’Etat : la direction de l’armée a décidé de défier la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Le chef de l’Armée nationale populaire (ANP), le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, a en effet appelé à recourir à l’article 102 de la Constitution, qui prévoit l’« empêchement » du chef de l’Etat.

Le message, diffusé en boucle sur la télévision publique depuis la quatrième région militaire de Ouargla, scelle la rupture entre l’armée et le clan présidentiel. Ce geste d’Ahmed Gaïd Salah marque une nouvelle étape dans la crise qui secoue l’Algérie depuis plus d’un mois alors que des millions d’Algériens défilent chaque vendredi contre le maintien au pouvoir de M. Bouteflika aux cris de « dégagez le système ».

« Il faut adopter une solution qui garantisse la satisfaction de toutes les revendications légitimes du peuple algérien et le respect des dispositions de la Constitution ainsi que la continuité de la souveraineté de l’Etat, une solution de nature à être acceptée de tous », a déclaré le général Salah, nommé à la tête de l’armée en 2004 par M. Bouteflika lui-même.

Pour justifier cette intervention qui bouscule les formes, le chef de l’armée a mis l’accent sur les risques sécuritaires. Les manifestations contre la prolongation du quatrième mandat de Bouteflika sont restées pacifiques jusqu’à présent, a-t-il dit, mais la « situation peut être retournée ». Les manifestations « peuvent être instrumentalisées par des forces ennemies internes ou externes », a-t-il mis en garde.Lire aussi  En Algérie, la protestation anti-Bouteflika ne faiblit pas

Un coup dur pour le camp présidentiel

Ahmed Gaïd Salah qui, dit-on à Alger, était tenu par une « parole donnée » à M. Bouteflika au sujet de sa candidature à un cinquième mandat – auquel le chef de l’Etat a finalement renoncé le 11 mars en annulant l’élection présidentielle prévue le 18 avril – a graduellement pris ses distances à l’égard du clan présidentiel. Tout en rendant hommage au pacifisme des manifestants, il n’évoquait plus, au fil des semaines, le nom du président et s’est abstenu de soutenir la feuille de route du 11 mars prévoyant une prolongation du quatrième mandat jusqu’à une nouvelle élection présidentielle selon un calendrier non précisé. Son appel à la mise en œuvre de l’article 102 de la Constitution constitue une rupture franche entre les deux grands pôles du pouvoir en Algérie.

Pour le camp présidentiel qui œuvrait laborieusement à la formation d’un gouvernement, la sortie du chef de l’armée est un coup dur

Formellement, le chef de l’armée ne fait que « suggérer » cette option constitutionnelle qui prévoit de faire le constat de l’« empêchement » du président de la République et la mise en œuvre d’un intérim de quarante-cinq jours exercé par le président du Conseil de la nation (Sénat) jusqu’à la tenue d’une élection présidentielle. Mais cette suggestion, dans un contexte de contestation générale du régime de Bouteflika, équivaut à une quasi-injonction adressée au Conseil constitutionnel de recourir à l’article 102.

Pour le camp présidentiel qui œuvrait encore laborieusement à la formation d’un gouvernement, la sortie du chef de l’armée est un coup dur. Vingt-quatre heures plus tôt, l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, suppliait pratiquement, dans un entretien surréaliste au site Tout sur l’Algérie (TSA), de laisser au moins M. Bouteflika terminer son mandat jusqu’au 28 avril. Le message n’a pas été entendu, l’armée ne souhaitant pas, à l’évidence, se retrouver à cette date devant un vide institutionnel, celui d’un mandat se concluant par une vacance du pouvoir présidentiel.Portrait (en édition abonnés) : Le général Gaïd Salah, homme du sérail, voix et visage du pouvoir algérien

Deux cas de figure prévus par l’article 102

Sidali Djarboub / AP

L’article 102 prévoit deux cas de figure, celle d’une démission, ce qui n’est pas le cas, où celui d’un « empêchement » pour raison de santé, soit la procédure désormais envisagée pour pousser Abdelaziz Bouteflika vers la sortie avant l’expiration de son mandat le 28 avril. Il reste à savoir si le Conseil constitutionnel, seule institution formellement habilité à enclencher la procédure d’empêchement « suggérée » par le chef de l’armée, s’y résoudra.

Le Conseil constitutionnel est dirigé par l’ancien ministre de la justice, Tayeb Belaïz, un homme du premier cercle du président de la République. S’il répond positivement à la « suggestion » du chef de l’armée, le Conseil constitutionnel devra constater l’empêchement « par tous moyens appropriés » avant de proposer, à l’unanimité de ses membres, au Parlement de « déclarer l’état d’empêchement ». Les deux chambres du Parlement devront se prononcer « à la majorité des deux tiers ». Dans un tel scénario, le président du Conseil de la nation, en l’occurrence, Abdelkader Bensalah, assurerait l’intérim pendant quarante-cinq jours au plus. Le gouvernement resterait en place durant cette période.

En choisissant de faire pression pour l’application de l’article 102, l’armée cherche à éviter la mise en place d’une transition dirigée par des personnalités indépendantes, soit l’option réclamée par une bonne partie des acteurs de la contestation.


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3 Commentaires sur cet article

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  • massi
    27 mars 2019 at 18 h 42 min - Reply

    3/4 président ….100% dictateur narcissique profiteurs …escrocs corrupteur et corrompue…VOUS N’AVEZ JAMAIS ÉTÉ LE PRÉSIDENT DU PEUPLE QUE PAR LA FORCE…VOUS ÊTES UN ZÉRO 0…..nul ne set de courir l’histoire vous rattrape toujours…

    3
  • Mouloudin
    27 mars 2019 at 23 h 15 min - Reply

    Le peuple algerien n’à Jamais voté ni avalisé ou

    considéré boutef comme le président de la Ripoublique

    1
  • tarak
    28 mars 2019 at 0 h 57 min - Reply

    Pourquoi Gaid Salah n’a pas réagit lors de la mise en scène quand AbdelCadre l’a reçu en rentrant de Genève? Qu’est ce qui s’est passé ente temps? ou bien Gaid, l’homme du système, a enclenché un autre plan diabolique pour sauver les Bouteflikas et le système. Donc l’article 102 est une autre issue de secours (survie) du système mafieux, corrompu et corrupteur. Exprimons-le Vendredi prochain le 29/03/2019 haut et fort!

  • Congrès du Changement Démocratique