Édition du
20 June 2019

L’œuvre inimitable

Par Tahar Gaïd

            Dieu assista Ses Envoyés en leur procurant le pouvoir de réaliser des miracles qui correspondaient à la conjoncture des événements et au talent des hommes de l’époque. Il arma Mohammad (p.p) du Coran inimitable dans un milieu versé dans l’art de la rhétorique et prouva que Son Verbe était nettement supérieur à celui en cours.

            C’est parce que l’ère de Pharaon excellait dans la sorcellerie que le Très-Haut munit Moïse d’un bâton qui se transforma en serpent qui terrassa les bêtes rampantes produites par les plus grands stratèges de la magie. C’est parce que le peuple de Jésus se vantait de la renommée de sa médecine que le Tout-Puissant fit guérir les maux sur lesquels les remèdes de ce temps n’étaient pas opérants.

            Les miracles de Moïse et de Jésus se plaçaient à la portée de la raison humaine de leur siècle. Les phénomènes visuels et tangibles pouvaient seuls vaincre la résistance des mentalités dont la maturité ne comprenaient pas les démonstrations théoriques. La raison évoluait avec l’âge et les connaissances accumulées à travers les différentes phases des mutations sociologiques. Les miracles ne sensibilisaient pas toujours les hommes de plus en plus portés à ne se laisser convaincre que des arguments solides et des preuves irréfutables. Les Qorayshites nous en donnèrent un exemple, eux qui identifiaient le Coran aux légendes anciennes, à la sorcellerie et à la magie. C’est pourquoi le Livre sacré se mit au diapason du degré du développement atteint par l’humanité, établit une méthode nouvelle de persuasion pour attester son origine divine et fit de sorte que les hommes des générations futures, douées de raison saine, puissent témoigner.

            Le Coran est sans conteste l’œuvre de Dieu. C’est un modèle d’éloquence et de beauté stylistique dont l’harmonie du discours et l’agencement de la structure linguistique n’étaient pas habituel dans le milieu arabe. Taha Hussayn dit que ce n’est ni de la poésie puisqu’il ne répond pas aux règles aux exigences de ses règles, ni versets ne se conforment pas aux normes définies. En définitive, le Coran ne peut pas porter un autre nom que celui de Coran.

            Ce qui définit la singularité du Coran, c’est qu’il ne s’inscrit pas dans les habitudes littéraires des Arabes qui furent confondus par ce nouveau genre d’écriture. Sa source divine s’explique ainsi par le profond contraste qui  existe entre le style employé et l’expression didactique à laquelle recourait le Prophète (p.p). Celui-ci ne pouvait être à la fois l’auteur de deux formes littéraires exprimées simultanément et au même moment, l’une aux procédés rhétoriques remarquables, riches de sagesse et de justesse, l’autre empreinte de la simplicité humaine, minées par la faiblesse relative de sa dimension culturelle.

            Dieu mit au défi, d’ailleurs, toutes les personnes de  composer  un Livre identique. Il s’agissait de montrer l’incapacité de l’homme à reproduire quelque chose de similaire et d’apporter de la sorte la preuve irréfutable de l’authenticité divine du Livre sacré. Ce défi prenait toute son importance dans une société arabe sensible à l’éloquence et à la poésie. L’amour de la rhétorique et la manifestation culturelle à ‘Okaz où les poètes rivalisaient de talent sous la direction d’arbitres éminents en la matière.

            Le « verbe » était un art de cette vie du désert qui aiguisait l’observation, incitait à la méditation, stimulait les émotions et développait l’imagination. Ces facteurs d’inspiration poétique étaient mis au service de l’orgueil tribal. La tribu ne pouvait en effet se passer des services d’un poète à l’éloquence affinée pour clamer sa fierté, renforcer sa foi dans sa valeur, élever le rang et, par la même occasion, vitupérait le clan adversaire tout en diminuant de sa noblesse. Cette préoccupation à étaler sa gloire et à avilir l’ennemi plaçait l’orateur local dans une position enviable. 

            Le Coran se présentait dans ce contexte littéraire comme une œuvre remarquable et inimitable quant à sa virtuosité linguistique, la clarté et la puissance de son style et la force dissuasive de son contenu. Les hommes épris de la parole profonde, bien formulée et d’une portée percutante, avouaient leur impuissance et leur faiblesse à égaler le genre littéraire du texte coranique. Les polythéistes justifiaient leur échec en prétextant que le Livre était le produit de la sorcellerie et en qualifiant le Prophète (p.p) tantôt de fou tantôt de devin.

            Le défi lancé aux Arabes de cette époque, connus, avons-nous dit, pour leur grande éloquence, l’inflation et la virilité de leur verbe, se voulait un témoignage pour les générations futures qui ne prétendaient pas que le génie et la créativité de ce temps étaient capables de surpasser sinon d’égaler la valeur du Coran. Et avec la perspective de démontrer que le Livre était effectivement inimitable, le défi fut d’abord proposé au moment où quarante sourates seulement furent révélées. Ce fut à la suite de vaines tentatives des meilleures poètes Arabes que cette implacable sentence divine descendit du Ciel : « Dis : si les hommes et les Djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable au Coran, ils ne produiraient rien qui lui ressemble même s’ils s’aidaient mutuellement. » (S.17, 88)

            La carence de concevoir une structure aussi monumentale que le Coran étant constatée, la tâche fut alors allégée pour mettre davantage en évidence la vanité du cerveau humain. Il était demandé à la capacité créatrice de l’homme d’imiter dix sourates seulement, certain toutefois de l’échec de l’entreprise : « Dis : apportez sic dix sourates forgées par vous et semblables à ceci ! Invoquez alors qui vous pourrez, en dehors de Dieu, si vous êtes véridiques. S’ils ne vous répondent pas, sachez qu’en vérité, ceci est descendu avec la Science de Dieu. Il n’y a de Dieu que Lui. Lui serez-vous soumis ? » (S.11, 11, 13 et 14).

Dieu réduit encore une fois l’effort humain. Il ne réclame que la composition d’une seule sourate, sachant d’avance  l’inanité de la pensée à relever le défi coranique. « Si vous êtes dans le doute au sujet de ce que nous vous avons révélé à Notre serviteur, apportez une sourate semblable à ceci : appelez vos témoins si vous êtes véridiques. Si vous ne le faites pas – et vous ne le ferez pas – craignez le Feu qui a pour aliment les hommes et les pierres, et qui a été préparé pour les incrédules. » (S.2, 23)

            Les insuccès à formuler des expressions, des idées avec un style et un vocabulaire d’une haute tenue littéraire démontrent que le Coran n’était pas une œuvre humaine. Le rôle du Prophète (p.p) se limitait donc à communiquer aux hommes ce que l’Omniscient lui dictait par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, appelé « Esprit fidèle ».


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  • tarak
    28 mars 2019 at 0 h 07 min - Reply

    Le coran est le miracle du prophète Mohamed (sws) à l’instar des autres prophètes qui chacun a eu un miracle durant sa prophétie. Pour Abraham, un feu qui ne brûle pas, pour Moise le bâton serpent, pour Jésus la guérison des maladies et la ressuscitation des morts. L’émotion que procure la récitation du coran (même pour les non arabes) en est encore une autre preuve de sa divinité.

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