Édition du
20 June 2019

Ni Zeroual ni Bensalah, l’Algérie a besoin d’une vraie transition avec de nouvelles figures

TSA Par: Makhlouf Mehenni 29 Mars 2019 

Six vendredi de suite, les Algériens ont été on ne peut plus clairs en exigeant une transition qui ne soit pas contrôlée par le système.

Mais à voir les manigances et manœuvres auxquelles on assiste, il n’est pas sûr que le message soit bien saisi aussi bien par le pouvoir que par des parties qui tentent d’imposer leur « solution ».

Le pouvoir a d’abord proposé un prolongement qui ne dit pas son nom du quatrième mandat et une période de transition directement gérée par Bouteflika et son entourage. C’était dans la lettre du président du 11 mars.

Le stratagème était trop grossier pour être accepté. La proposition ayant été rejetée successivement les 15 et 22 mars, l’armée a dû entrer en scène mardi dernier pour suggérer de déloger le président contesté par la voie constitutionnelle.

L’option Bensalah

Le recours à l’article 102 pour déclarer l’empêchement du chef de l’État suppose l’application de tous ses alinéas. Sans être des constitutionnalistes, les Algériens en ont vite déduit les conséquences : une transition de 135 jours avec à la tête de l’État Abdelkader Bensalah comme intérimaire et Nouredine Bedoui, Premier ministre, comme chef d’orchestre du processus électoral à venir.

La loi fondamentale dispose en effet qu’en cas d’empêchement du chef de l’État, l’intérim est assuré par le président du Sénat et le gouvernement en place ne peut être changé avant l’élection d’un nouveau président.

Sans surprise, le plan est massivement rejeté ce vendredi 29 mars. Le peuple a signifié au chef d’état-major de l’ANP qu’il n’est pas sorti par millions dans la rue pour mettre son destin entre les mains de Abdelkader Bensalah. Ce ne sont pas les interrogations sur les origines du président de la Nation qui posent problème, mais le fait qu’il soit un pur produit du système.

Les dernières lignes de son CV suffisent pour comprendre qu’il lui sera difficile d’être l’homme de la rupture : ces 22 dernières années, il a dirigé successivement les deux chambres du Parlement et accessoirement le RND, le parti du pouvoir qu’on dit né avec des moustaches pour avoir réalisé un raz-de-marée aux législatives trois mois seulement après sa création en 1997.

Zeroual, l’option de parties occultes

L’évocation de la naissance du RND nous amène à la troisième voie, pas encore proposée formellement, mais que des parties occultes tentent de vendre depuis quelques semaines : celle de Liamine Zeroual.

La piste de l’ancien président pour gérer la transition est la plus dangereuse car elle est sournoisement suggérée, en tentant de faire croire qu’il s’agit d’une demande de la rue. Son portrait était brandi lors de la marche du 15 mars à Alger et des « manifestants » sont allés ce vendredi devant sa maison à Batna pour le « supplier » de revenir en sauveur.

Entre-temps, des voix se sont fait entendre ici et là pour le décrire comme l’homme de la situation. L’homme ne dément pas. Contrairement à Mouloud Hamrouche qui a fait savoir qu’il n’était candidat à aucun poste, l’ancien général-président garde le silence. Ce vendredi, il est même sorti voir ces « soutiens » devant sa maison. Un geste qui peut être interprété comme une ouverture de sa part.

Il y a sans doute beaucoup d’Algériens qui ont de l’estime pour l’ancien chef de l’État (1994-1999) pour des considérations sans lien avec son œuvre. Il a remis le pouvoir de « son plein gré » pour vivre ensuite une paisible retraite dans sa ville natale, en simple citoyen. Comme tous les retraités algériens, il affecterait, plus que tout, les interminables parties de dominos. Ça fait peut-être de lui un enfant du peuple, mais pas celui qui abattra le système.

Un bilan chaotique

Son passé ne plaide pas pour lui. Au contraire, il l’accable. Le système politique dont le peuple réclame aujourd’hui le départ date certes de l’indépendance, mais dans sa configuration actuelle, il est né sous le règne de Liamine Zeroual.

C’est à lui qu’on doit le concept de « démocratie responsable » traduit dans la Constitution actuelle (élaborée en 1996 et triturée deux fois par Bouteflika mais jamais changée), la création du RND, le bicaméralisme de façade.

C’est sous son règne que le FLN fut domestiqué (coup d’État scientifique contre Abdelhamid Mehri) pour en faire la coquille vide qu’il est aujourd’hui. C’est sous Zeroual que la fraude systématique aux élections fut banalisée (le RND est créé en février 1997 et il remporte les législatives en juin et les municipales en novembre de la même année).

C’est lui qui a fait brûler toutes les étapes à Ahmed Ouyahia qui est passé du rang de simple diplomate à celui de chef de gouvernement omnipotent. Les Algériens se rappellent aussi des frasques de son conseiller Mohamed Betchine à qui il avait confié de hautes responsabilités au sein de l’État.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des reproches qu’on peut lui faire, c’est Zeroual qui a balisé la route d’El Mouradia à Bouteflika en organisant la mascarade électorale de 1999 qui a fait de lui le président des Algériens pendant vingt ans.

Certains diront qu’il n’y pouvait rien face à la pression des militaires et c’est justement une raison supplémentaire pour ne pas lui confier la cruciale période à venir où les pressions ne manqueront pas.

Idem pour le très effacé Bensalah. Les Algériens ont fait le plus dur en brisant le mur de la peur d’abord puis en maintenant la mobilisation pacifique, ils doivent maintenant redoubler de vigilance. L’option Zeroual, sortie d’on ne sait quelle officine, risque d’être un cadeau empoisonné.


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10 Commentaires sur cet article

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  • Si Salah
    29 mars 2019 at 22 h 28 min - Reply

    L’auteur fait l’impasse sur le plus gravissive. Il aurait fallut ecrire ceci:

    Enfin et ce n’est pas le moindre des reproches qu’on peut lui faire, c’est sous Zeroual que les escadrons de la mort de Toufik et Smain ont activé en toute impunité faisant des massacres monstrueux parmi les civils. Zeroual connaissait parfaitement les commenditaires.
    Sa reponse fut très ferme. Il se cassa à Batna pour profiter de l’air pur et laissa les Algériens yettekhdou.
    Oui on voudrait tellement le revoir. Dans le box des accusés pour désertion en temps de guerre.

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    • Dria
      30 mars 2019 at 11 h 40 min - Reply

      C’est Toufik lui même qui fait appel a Zeroual par le biais du FFV le Front des Forces Vives et de son président Med Lyes Rahmani voici le lien de leur sites

      https://www.youtube.com/channel/UCq0_ImNGbfpcmiofQdi_4hQ

      Après avoir soutenu le candidat Ghediri, ils viennent de sortir la carte de Zeroual, écouter leurs vidéos et vous comprendrez ,ils appellent ouvertement l’armée a prendre le pouvoir et propose Zeroual ces dernières semaines..ils faut les dénoncer ouvertement comme ils font leur propagande…

      Pour couper ras a toutes supputations, je pense qu’on doit avoir un président après l’indépendance, pour représenter la nouvelle génération, du sang neuf، c’est à dire âgé au maximum de 57 ans, un fourchette entre 35 et 55 ans serait l’idéal pour donner l’espoir a cette jeunesse et au Hirak , désolé si cela heurte la sensibilité de certains mais c’est la réalité . Nous avons besoin de l’expérience des plus âgés, ils seront le bienvenus en tant que conseiller , mais pour les postes de responsabilités , il faut prendre la mesure 35/55 ans en compte lors de la nomination des Walis, ministres, directions générales, ambassadeurs, renseignements généraux …..un nouveau souffle pour l’après Hirak

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  • Abderrezak Mekkaoui
    30 mars 2019 at 0 h 21 min - Reply

    Ce serait un drame de voir cette glorieuse révolution pacifique de notre grand peuple aboutir a la venue, de Zeroual, a la tête de l’état (même temporairement). Un vieux général, ancien du système, incompétent et qui a manqué de courage en se taisant face a la fraude qui nous a apporté Bouteflika (entre autres méfaits). La révolution de notre belle Jeunesse mérite infiniment mieux. Bensallah? une blague de mauvais goût. Tahia Al jazair. Yahia le peuple Algérien libre, tolérant et fraternel.

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  • tarak
    30 mars 2019 at 0 h 59 min - Reply

    Pourquoi Zeroual? pourquoi toujours un militaire? on en a mare!l’Algérie n’a pas enfanté que des militaires dictateurs!. Elle a enfanté des intellectuels technocrates de toutes tendances capables de mener le bateau Algérien à bon port. Le militaire basta!.

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  • Karimo
    30 mars 2019 at 1 h 32 min - Reply

    Seules les chaines TV Almagharibia et Amel ont montré la colère des manifestants quand le poster géant de Zeroual a été brandi sur un balcon de la rue Didouche aujor’hui le 29/03/2019 et ils ont demandé son arrachage, chose faite sous un tonnerre d’applaudissement. Pourquoi les chaines locales (les doublons de la RTA) ont passé sous silence ce geste symbolique répondant au changement radical du système et de ses hommes (anciens et nouveaux).

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  • Ali Verin
    30 mars 2019 at 2 h 12 min - Reply

    Vous dites « Ni Zeroual ni Ben Salah ».
    D’accord.
    Mais qui, alors?
    Il faut admettre que nous sommes donc bien dans une impasse.

    Il est clair, aussi que les récentes manifestions ont démontré une fois de plus que l’esprit de liberté et de combativité patriotique est bien ancré dans l’âme algérienne, comme l’avaient déjà prouvé l’Emir Abdelkader, Mokrani, l’Emir Khaled, les leaders d’avant, durant et après le 1er Novembre, les étudiants grévistes de 1956, les moudjahidines et tous les martyrs depuis.
    Mais il est hélas également clair que « la rue » n’est pas en position d’écrire une nouvelle constitution, gérer les deniers qui restent dans les coffres de l’état vidé par la corruption généralisée et les prix des hydrocarbure en perdition.
    Et voilà que les tendances, les partis inféodés et les politiciens ankylosés tentent de se draper subrebticement du drapeau arboré par les millions de manifestants.
    Ce drapeau sacré va-t-il maintenant être déchiré entre les mains de nouveaux profiteurs?
    Serait-il possible qu’une équipe de jeunes patriotes compétents et intègres réussise à se manifester et à se faire entendre des propositions viables au-delà des slogans? On peut encore l’espérer.

    Ali Vérin – Ancien Moudjahid exilé

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  • Berkane
    30 mars 2019 at 8 h 49 min - Reply

    Merci pour ce reportage (scientifique) historique, vous nous avez ressourcé. Ces informations sont très utiles pour parer à toutes manigances machiavéliques.

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  • mabrouk
    30 mars 2019 at 10 h 35 min - Reply

    le bourreau de zeroual .responsable de milliers de morts et de disparitions forcées . ne peut l’homme de la transition. ouallah jamais .

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  • Farid M
    30 mars 2019 at 23 h 51 min - Reply

    Comme Chadli avant lui, ce ne sont pas des hommes d’etat. Ils savent se partager la ghanima quand tout baigne dans l’huile, mais dès que ça se corse, ils jettent l’eponge et se defillent. Cette lâcheté ne sied pas à un homme d’etat.
    L’Algerie vaut beaucoup plus et beaucoup mieux que cette médiocrité

    8
  • wahid
    2 avril 2019 at 21 h 59 min - Reply

    La vérité au peuple Algérien…..La vérité aux manifestants…..La vérité au peuple Algérien………..La vérité au peuple Algérien
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    Un
    Je ne crois pas un instant que boute a démissionné de gré, depuis et toutes les lettres surtout ceux d’hier et avant hier, le GCA doutait de sa véracité.

    Mon point de vue du conflit Bouteflika-armée, en français

    https://www.youtube.com/watch?v=cI_RzJISTQg

    وجهة نظري حول النزاع بين بوتفليقة والجيش

    https://www.youtube.com/watch?v=1Ja4Vg1qIC4

    Deux
    Maintenant que la reine est tombé (clan boutef)

    Objectif du Elhirak a partir de vendredi prochain inchaalah

    Le rois ( celui qui s’est intronisé sans être invité)

    Gaid salah va subir la pire humiliation par Elhirak, qu’il fait appel a ces parrains Français et Américain, s’il veut le pouvoir il va falloir qu’il tue les 40 000 000 d’Algériens, il aura en face de lui 10 000 000 Algériens qui vivent et résident dans tous les pays du monde.

    Tous ces alliés, tous ceux qui vont le soutenir auront le peupel enface.

    boutef avait la légitimité constitutionnelle, il était président « élu ».

    La chute de gaid salah facile, il est illégitime, illégale et le peuple doit le destitué

    La système boutef n’existe plus, le gouvernement, les ministres, les généraux n’ont aucune légitimité seul le peuple est souverain.

    Que rlhirak continu, objectif gaid salah démissionne.

    Etape 2

    https://www.youtube.com/watch?v=XKMgNXf1kYU

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    Sachez ceci ya gaid salah
    https://www.youtube.com/watch?v=dj2gIWJW35s

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  • Congrès du Changement Démocratique