Édition du
20 August 2019

Le psychodrame franco-algérien

8 avr. 2019 Par Joëlle Stolz
Blog :Le blog de Joëlle Stolz

Ce texte a été publié samedi 6 avril dans le quotidien autrichien Der Standard, afin d’expliquer à des lecteurs peu au fait de l’histoire coloniale – en 5000 signes: une gageure! – pourquoi les rapports sont si compliqués entre la France et l’Algérie. J’y évoque notamment les aspects sécuritaires.

Y a-t-il eu un « effet Macron » en Algérie ? Dans le sursaut de dignité de millions d’Algériens, qui ont obtenu le départ du président Bouteflika, le fait que les Français aient un président jeune et bon orateur a sans doute compté : il était encore plus intolérable d’être représenté aux yeux du monde par un vieillard impotent et mutique. A l’inverse, la France admire la « révolution du sourire » algérienne. « Leurs vendredis ont plus de gueule que nos samedis ! » constatait une source haut placée à l’Elysée – allusion aux marches pacifiques chaque vendredi, par contraste avec les manifestations parfois violentes des Gilets jaunes. Mais la lenteur de Paris devant les événements – Washington et Moscou ont réagi beaucoup plus vite – montre que, décidément, rien n’est simple avec l’ancienne colonie.

Depuis plus d’un demi-siècle les deux pays sont unis par une sorte d’amour-haine. La France est en première ligne si jamais les choses tournaient mal et que des dizaines de milliers d’Algériens y cherchaient asile. L’hypothèse d’une répression violente a beau être de moins en moins vraisemblable, les militaires français envisageaient aussi un tel scénario. L’Algérie est son « plus gros souci », confiait ainsi Macron il y a quelques mois : la France est le seul pays occidental où vit une diaspora algérienne forte de millions de personnes.

De fait, il y en a trois : celle qui arbore fièrement le drapeau algérien – mais aussi depuis peu des drapeaux berbères autonomistes, voire indépendantistes, place de la République à Paris ; ensuite les harkis, les supplétifs musulmans de l’armée française, dont beaucoup ont fui en France pour échapper aux représailles ; enfin les Pieds Noirs, colons français et juifs d’Algérie, qui avec leurs descendants forment un électorat courtisé par la droite républicaine comme par Marine Le Pen. Sans oublier les nombreux Français pour qui la solidarité avec l’Algérie reste un acquis de la gauche. Cette complexité explique que les rapports bilatéraux soient une école de haute voltige : ce n’est pas un hasard si l’actuel chef des services secrets extérieurs français (DGSE) fut, tout comme son prédécesseur, ambassadeur à Alger.

Dans ce psychodrame, le passé pèse lourd. « Ici, je représente la Gestapo » ironisait un diplomate français recevant récemment à Alger un député britannique. Les horreurs de la colonisation, qui annihila à partir de 1830 un tiers de la population autochtone, sont bien réelles. Comme celles de la guerre d’indépendance (1954-1962), l’armée française ayant massacré, violé et torturé sans merci. Pourtant, lorsqu’en 1985, avec mon collègue Lionel Duroy, nous avions publié dans Libération les témoignages d’anciens combattants algériens qui affirmaient avoir été « torturés par (Jean-Marie) Le Pen » – le fondateur du Front national fut lieutenant en Algérie -, les autorités d’Alger semblaient mal à l’aise. Elles ne nous ont pas empêchés de mener notre enquête, sans nous encourager non plus.

Comme si explorer la face sombre du colonialisme français risquait d’amener des questions gênantes sur les luttes fratricides du FLN contre d’autres courants nationalistes algériens. Ou sur les règlements de compte féroces avec tous ceux qui ont contesté le pouvoir après l’indépendance. Le « trauma colonial » (titre d’un livre de la psychanalyste Karima Lazali) obscurcit encore cette mémoire doublement marquée par la violence.

L’Algérie officielle a su en jouer, et présenter son combat contre les réseaux islamistes pendant la « décennie noire » (1992-1999) – que certains qualifient, plus que de « guerre civile », de « guerre contre les civils » – comme une variante sanglante de l’affrontement « laïcs versus religieux » sans cesse réactivé en France, par exemple dans les querelles autour du voile islamique. Durant toutes ces années, Paris a accepté bon gré mal gré la version algérienne des faits. « Tout le monde sait que la parole de la France sur l’Algérie est contrainte », a quand même lâché un jour le premier ministre socialiste Lionel Jospin. Le plus souvent ce fut, selon la terminologie officielle, « ni ingérence ni indifférence ». Même lorsque sept moines français du monastère de Tibhirine ont été tués, en 1996, Paris n’a guère mis de zèle à éclairer les circonstances de leur mort, qui serait due à une bavure de l’armée algérienne manipulant des maquis islamistes.

Après les attentats du 11 septembre 2001, l’Algérie a pu se présenter comme l’avant-garde d’une bataille planétaire contre le djihad. Aujourd’hui, plus que de ses approvisionnements en hydrocarbures (l’Algérie couvre 10% de ses besoins en gaz naturel), Paris s’inquiète surtout qu’Alger n’entrave le « G5 », la guerre que la France mène au Sahel, sans grand succès, en s’appuyant sur la Mauritanie, le Tchad, le Mali, le Niger et le Burkina. Les Algériens ont refusé de s’y joindre tout en laissant les avions militaires français survoler leur territoire. Mais sont-ils vraiment neutres ? La transition qui s’amorce aujourd’hui en Algérie intéresse beaucoup de pays. Dont, bien entendu, la France.

NB: Longtemps correspondante du Monde à Vienne, Joëlle Stolz, dont les parents étaient avocats du FLN, a vécu dans l’Algérie indépendante de 1963 à 1966. Elle a travaillé ensuite à Alger pour RFI et Libération de 1983 jusqu’aux émeutes de Constantine et Sétif, fin 1986, date à laquelle les autorités algériennes lui ont demandé de quitter le pays. 


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  • Dria
    10 avril 2019 at 9 h 38 min - Reply

    La France ne montra pas d’indifférence, par contre il y’a toujours eu ingérence, comme c’est le cas aujourd’hui.

    Pour les Harkis, il ne sont pas qu’en France, ils sont en Algérie egalement. Ils occupent de haut postes. A voir le nombre de double nationalité, de résidences etde bien immobilier en France. Vous comprendrez aisément ce terme de Néo-Harki que la révolution du sourire va éliminer. Une révolution contre ces oligarques militaires et civiles, ainsi que leur progéniture que l’Occident et d’autres puissances étrangères exploitent sans vergogne.

    Macron confié que « L’Algerie est son plus grand souci ». C’est vrai mais ce n’est pas a cause de nombre important de la diaspora algérienne en France , ni pour le risque d’invasion de milliers de réfugiés en cas de conflit. Son souci majeur c’est la peur de ne plus avoir accès au grenier Algérie, que nos gouverneurs actuels ont servi à la France en leur permettant l’accès par ciel terre et mer. Des oligarques qui se servent et servent la France et dont le peuple n’en veut plus.

    Oui Mr Macron, y a de quoi se faire du souci, rien ne sera comme avant. L’Algerie va se doter d’une nouvelle équipe civile et militaire, une équipe jeune et dynamique cet , qui pense « Algéria First ». Et qui nouera de très bonnes relations avec la France et le reste du monde, avec un respect mutuel et la réciprocité dans les relations.

    Aux généraux qui ont squatté notre armée nationale. Nous vous demandons aujourd’hui demain et at l’éternité de céder vos places que vous ne méritez plus. Il ne s’agit pas d’incompétence, mais de trahison envers la nation et le peuple, sans énumérer vos méfaits que tous les Algériens connaissent. Vous voulez nuire à l’armée nationale et populaire en maintenant ceux que vous avez décris comme étant un gang au pouvoir, vous êtes le Gang suprême, il faut vider les lieux, le changement réel commence par votre départ.
    En plus des Belaiz Bouchouareb Bensaleh nous exigeons le départ des généraux Gaid Salah, Bouzit, Beleqsir, Bendaoud, Bouzit, Béchar…
    Partez pendant qu’il est temps et laisser la place a de nouveau généraux et colonels plus compétents colonels c’est ces derniers que nous interpellons afin qu’il fassent le ménage en douce, afin de redorer le blason de de l’ANP que ces généraux ripoux ont souillé. Des généraux et des colonels intègres que le peuple épaulera.

    Nous allons les dénoncer nominativement et si rien ne se passe ce sera des plaintes au niveau du TPI et des instances compétentes qu’ils seront poursuivis , car pacifiquement nous le sommes et nous le resterons contrairement a cette Mafia de généraux ripoux qui va tout faire pour troubler la fête , YAVLES GENERAUX RIPOUX TERRAHLOU YA3NI TERAHLU et YA GAID TROUHOU GAA3.

    Le Vendredi 12 avril 2019 sera sous le slogan « Le départ des Généraux Ripoux, la sauvegarde de l’ANP »
    NOUS SOMMES AVEC L ARMÉE POPULAIRE MAIS PAS POUR UN RÉGIME MILITARE

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