Édition du
22 August 2019

“Les hardliners et les softliners de l’élite militaire face à la révolution du sourire”

Par: Lahouari Addi* in TSA 18 Avril 2019

Dans toute révolution qui conteste un régime en phase finale, il y a des hardliners prêts à mettre le feu aux poudres pour créer des diversions, et des sofliners qui sont prêts à des concessions pour accompagner un changement inéluctable.

Du point de vue historique, il y a des transitions qui échouent (l’Algérie en 1991, la Syrie en 2011), d’autres qui s’opèrent à travers une violence sanglante (l’Iran de 1978) où les hardliners finissent par prendre la fuite à l’étranger, et des transitions qui se déroulent pacifiquement (les pays de l’Est européen au début des années 1990).

Les transitions pacifiques sont celles où les softliners arrivent à neutraliser les hardliners avec comme perspective leur recyclage dans les nouvelles institutions. Comment lire la situation actuelle en Algérie à travers cette grille de lecture ?

La première hypothèse à faire est que les hardliners craignent qu’ils soient les seuls à porter le fardeau de l’héritage des années 1990, et que les textes de « la réconciliation nationale » soient remis en cause par un nouveau processus de justice transitionnelle. Les déclarations du général Gaid Salah mardi 16 avril et l’avertissement qu’il a donné à Tewfik Médiène, figure emblématique de la répression des années 1990, indiquent que jusqu’à présent, c’est le point de vue des softliners qui prévaut à l’état-major. Ils s’opposent aux hardliners qui cherchent le pourrissement de la situation pour justifier une proclamation de l’état d’urgence.

Admirateurs du général Massu, les hardliners veulent refaire la Bataille d’Alger dans une Algérie indépendante. Ils rêvent de quadriller La Casbah et Bab el Oued par les parachutistes. Ce qu’ils oublient, c’est que l’ANP n’est pas une armée étrangère, et il n’est pas sûr que les officiers et la troupe les suivront. Ils sont cependant prêts à tout pour pousser les manifestants à la violence. Le recrutement de jeunes voyous qui provoquent la police fait partie d’un plan qui cherche à discréditer le mouvement populaire. Les hardliners veulent provoquer l’irréparable pour éviter un changement de régime.

Sur ce terrain, leurs plans sont exécutés par les anciens militaires du DRS encore présents dans différents service de sécurité. Ce sont eux qui arrêtent des manifestants et qui dénudent de jeunes manifestantes pour créer un climat insurrectionnel. C’est le sens de l’avertissement adressé par le général Gaid Salah à Tewfik Médiène, l’ancien « Rab Dzair » et que Amar Saidani appelle « Chitane Tiguentourine ».

Pour faire échouer ce plan diabolique, les manifestants doivent neutraliser les lanceurs de pierre et les livrer à la police qui fera des enquêtes sur eux et surtout pour savoir qui les manipule. Il faut rappeler que si la Syrie a sombré dans la destruction, c’est parce que les hardliners se sont imposés aux softliners. Ils ont fait libérer des prisonniers de droit commun à qui ils ont donné des armes pour tirer sur l’armée régulière. Les soldats ont été obligés de riposter, ce qui a créé un fossé entre les manifestants et l’armée. Les hardliners syriens sont au pouvoir mais le pays est détruit.

L’expérience syrienne sert de leçon à beaucoup de généraux algériens qui ont gardé la tête froide et qui ont compris que seul le compromis pourra faire sortir le pays de l’impasse. C’est pourquoi ils sont prêts à accompagner le mouvement populaire du fait que la répression militaire ne viendra pas à bout d’une protestation aussi profonde.

Les softliners ont perçu que l’évolution de la société algérienne impose une autre façon de gouverner le pays et qu’aucune force ne pourra s’opposer à la mutation en cours. Ceci dit, ce ne sont pas eux qui sont le moteur du changement. Ils ne font qu’accompagner le mouvement populaire qui les sollicite à travers le slogan « djeich chaab, khawa, khawa ». Les softliners ont une lourde responsabilité historique : éviter au pays une deuxième tragédie nationale.


*Lahouari Addi est universitaire


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5 Commentaires sur cet article

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  • Si Tchad
    18 avril 2019 at 13 h 26 min - Reply

    « djeich chaab, khawa, khawa »: Ça reste à confirmer de l’autre côté, verra bien qui verra en dernier. Cependant, on peut déjà affirmer:

    «chaab, BRI, khawa, khawana »…

    «chaab, GOSP, khawa, khawana »…

    2
  • Dria
    18 avril 2019 at 17 h 10 min - Reply

    Qu’en est-il des middel-liners si l’on puisse utiliser ce terme, en songeant a ceux qui se positionne au milieu. Ceux qui tienne la canne par le centre. Ce sont les plus dangereux et forme la majorité silencieuse au sein de cette institution. Ils sont au aguets et se mettront du côté du vainqueur. Des néo-groupe d’Oudjda en gestation.
    J’espère qu’ils s’alligneront du côté du peuple et feront incliné la balance en faveur des softliners

  • wahid
    18 avril 2019 at 17 h 20 min - Reply

    Ce qui se passe dans les coulisses pour comprendre ce qui se passe en Algérie.

    Récemment,

    Mon point de vue.

    Les concepts- ‘Deep state’, Issâba, Forces anticonstitutionnelles.

    1
    First ‘Deep state’ le DRS (État dans l’État de 1992-1998) ( relais civile militaire, hommes de la politique, homes des affaires, appareils et propagande – médias ect… ), ils se sont rangé du côté de ‘l’opposition’ pour se venger de l’ex président, ils ont fait compagne contre le quatrième mondât et ils ont échoué dans l’application de l’article 88 pour destituer l’ex président.

    Le retour de val-de-garce de l’ex président, l’affaire tiguentourine, l’aubaine pour dentelée le DRS de Toufik sous le bon prétexte de restructurer les services de renseignent pour qu’il devient plus efficace avec un bémol, rattacher le service à la présidence ce qui ouvre la voie au clan de puiser librement de la caverne d’Ali baba d’ou la naissance de la Force anticonstitutionnelle.

    Medien est fini, un vieux général âgé de 80 ans, moujahed qui a rendu un grand service à ces paires, l’emprisonner serait moche, magré que GCA a mis le général Benhadid pour d’autres raisons ( magré qu’il est aussi moujahed) ou les généraux baron de la drogue.

    2
    DRS remplace DRS
    Renvoyer un général à la retraite et le remplace par un général à la retraite.

    Tartag à construit sur les débris de Toufik, il a récupéré les relais civiles militaires, hommes de la politique, hommes des affaires, appareils et propagande – médias, version pro ex président et son clan et la naissance de la Force anticonstitutionnelle.

    Ceux et celles qui ont soutenu le quatrième mondât, c’est eux la contre révolution, c’est eux qui vont ouvré pour torpiller Elhirak.

    3
    Comment conter el isaba
    https://www.youtube.com/watch?v=nd6JjQrXOEw

    4
    Un phénomène nouveau en Algérie

    Les militaires Algériens des qu’ils quittent l’institution ils deviennent proche du peuple.

    Le même constat des hommes de la politique, Benflis, Benbitour, Hamrouche, Ghouzali

    Le même constat des hommes d’Affaires, reb rab et son nouveau discours antisystème

    https://www.youtube.com/watch?v=9fm2YGKOCJc

    https://www.youtube.com/watch?v=94RBBmTEluE

    https://www.youtube.com/watch?v=L7DQ2LYb_6M

    https://www.youtube.com/watch?v=pLnP1jiOrEc

    C’est un signe que l’Algérie a changé.

    1
  • Kamel Bouras
    19 avril 2019 at 9 h 50 min - Reply

    Le Soir: « L’ex-patron du DRS, le général de corps d’armée Mediene Mohamed dit Toufik, s’est vu retirer, cette semaine, sa garde rapprochée et sa voiture blindée ».

    Un bon pas dans la bonne direction. J’espère qu’ils lui ont laissé son arme personnelle au cas où il aurait une ultime bonne idée…

  • ALI DZ
    22 avril 2019 at 12 h 28 min - Reply

    classer gaid et parler de saidani comme étant du bon côté me surprend beaucoup.
    Ils trainent tous des casseroles et gaid à appuyé tous les mandats et a menacé le hirak jusquà la mi mars. Je pense effectivement que les relais de toufik ont aidé le hirak au début (c’était trop bien organisé pour être spontané), mais c’était pas pour nos beaux yeux mais se venger de boutef et gaid et essayer de récupérer la mise.
    Maintenant nous raconter que gaid est un soft liner me déroute. Je le vois comme le seul et dernier obstacle à la 2ème république avec son article 102 et la persistance à imposer cet article et les résidus de boutef pour piéger la transition. qu’est ce qui l’empêche d’appliquer l’article 7 alors que chaque vendredi le corps électorale le lui demande de vive voix dans les 48 wilayas d’Algérie ?
    Prière éclairer notre chandelle !

  • Congrès du Changement Démocratique