Édition du
22 August 2019

Crise politique et crise de nerfs


EL WATAN
HAMID TAHRI
20 AVRIL 2019

Et voilà l’ancien président de l’APN, Ziari Abdelaziz, qui s’est toujours prévalu de l’amitié et de la proximité du président de la République démissionnaire, suggérant qu’il faut aller au-delà du carcan constitutionnel, car la crise, relève-t-il, est avant tout politique. «A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles», a-t-il martelé

Autrement dit, il faut donner du temps au temps et ne pas confondre vitesse et précipitation. Car les délais impartis pour l’organisation d’élections sérieuses sont, de toute évidence, très limités. A moins de bâcler l’opération, la course contre la montre deviendrait alors suspecte.

Comme est suspecte cette façon unilatérale de voir les choses en faisant cavalier seul envers et contre tous. Ziari a été parmi les premiers à être reçu par le chef de l’Etat, qui n’est là que par la grâce d’une Constitution triturée, malmenée et violée, mais qui reste le référent.

Une Constitution devenue intouchable qui, soudainement et subrepticement, a changé d’habit pour s’attribuer les atours d’un livre sacré. Bensalah, dans son nouveau rôle, a voulu montrer qu’il est là et bien là, sourd aux clameurs et revendications de la rue, se cramponnant à sa feuille de route, au nom d’un juridisme abscons qu’il s’entête à appliquer dans ses moindres détails.

On nous annonce que les vieilles reliques, dirigeants du système, honnis, vomis et brocardés par les manifestants seront aussi consultés. Non seulement ils ont lamentablement échoué, mais ils ont causé de graves préjudices à la communauté à laquelle ils doivent rendre des comptes. De toute manière, jamais le problème ne peut être la solution.

Tous ces malfrats et aigrefins qui ont frayé dans les eaux troubles du système sont-ils encore dignes de discuter du devenir d’un pays qu’ils ont ruiné et mis à genoux ? En plus, Bensalah a eu à diriger ce genre de conclave par le passé sans résultat probant. Aujourd’hui, on en est encore aux luttes d’appareil, alors que la raison veut que l’on soit au même niveau que le peuple. Vox populi Vox Dei, dit le vieil adage.

L’attitude digne et pacifique des millions d’Algériens, ce n’est pas seulement une émotion populaire éphémère, mais c’est le génie du peuple, doué de la faculté de dire les biens et les maux, qui se manifeste. Tout le monde se rend compte de l’ampleur du désastre, de l’argent volé et des nombreuses dérives qui ne datent pas d’hier et qui ont trouvé un terrain plus que favorable dans la non-gestion si décriée tout au long des exercices passés. Aucun contrôle. Le Président sortant a créé toutes les conditions favorables à la prédation et à la rapine.

Il a neutralisé les leviers essentiels de la bonne gouvernance. La justice aux ordres, la Cour des comptes qui n’est là que pour le décor et le Conseil économique et social, organe de contrôle et de proposition, dépourvu de ses prérogatives depuis la démission du regretté Mohamed Salah Mentouri, qui avait exigé que les bilans sombres soient portés à la connaissance de l’opinion et qui avait alerté sur les gravissimes dépassements. Le pouvoir avait fait la sourde oreille et adopté par lâcheté la posture de l’autruche.

Exaspéré et outré Mentouri, issu d’une famille révolutionnaire, haut cadre respectable et respecté, a préféré jeter l’éponge que de cautionner l’infâme, fait de forfaitures et de naufrages multiples. Le patriote sincère qu’il était, est parti empli de chagrin.

Le peuple à bout de nerfs, qui s’est soulevé et qui a encore marché hier, a voulu montrer sa disponibilité à relever les défis. La lumière peut aussi et surtout venir de la grande nation qui est la nôtre et son peuple qui est dans la conviction qu’il a son mot à dire pour construire son destin. Pour l’élaboration d’une société nouvelle, fière de son passé et épousant l’univers nouveau.


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9 Commentaires sur cet article

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  • BENZEMAM
    20 avril 2019 at 12 h 49 min - Reply

    Nous sommes à l’ère des grands changements dans le monde. Les démocraties représentatives prennent de l’eau de toute part. Avec les nouvelles technologies de l’information les peuples du monde veulent aller vers la DÉMOCRATIE DIRECTE qui consiste à prendre l’initiative de proposer ou d’abroger les lois. D’élire ou de révoquer tout représentant par le biais de mécanismes clairement définis dans la CONSTITUTION. Cette façon de procéder permettra de rétablir la confiance entre l’état et le citoyen à qui on pourrait donner le titre honorifique de député de la république afin de le rendre plus responsable dans l’édification d’une Algerie Nouvelle dont nous rêvons…

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  • Sanhadji Badis
    20 avril 2019 at 14 h 20 min - Reply

    « Bensalah,dans son nouveau rôle,a voulu montrer qu’il est là et bien là,sourd aux clameurs et revendications de la rue »! Non ce n’est pas lui,c’est AGS,Bensalah n’est qu’une marionnette qu’on a placée là,demain si les détendeurs du pouvoir réel,lui signifieront de déguerpir,il sortira par la petite porte,comme une feuille morte,comme si de rien n’était.
    C’est ça la réalité qu’il faut…Dire et écrire au Peuple et non à la rue!

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  • sacco et vanzetti
    20 avril 2019 at 17 h 29 min - Reply

    je ne comprends pas tout ces debats a la tele et de beaucoup de nos amis qui parlent de constitution comme si c’ etait une constitution legitime.Quelle constitution? Vous revez ,vous croyez que le peuple est idiot ceux qui l’ on redigés sont illegitime donc cette pseudo constitution est illegale, parceque nous le peuple ,ceux qui l ont redigés nous ne les avons pas elus democratiquement en toute liberté, ceux qui ont ecrit cette constitution ont été nommes, pas elus, grace à la fraude electorale et le trafic en tout genre, ils n ont ni legitimité , ni le droit , ils sont passible de tribunaux pour faux et usage faux.c est au peuple de choisir ses representants en toute liberté et en toute transparence, ce sont ses representants democratiquement elus qui redigeront la future constitution; plus jamais de bourrage des urnes, le choix du peuple seul est legitime; Tout le reste n est que usurpation de la volonté populaire, tromperie, mascarade et illegal. Qu’ en pensez vous ?

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  • tarak
    20 avril 2019 at 22 h 53 min - Reply

    Bensalah en mission de travail, quand le vrai pouvoir (qui sont-ils???) lui signifie sa fin de mission, il s’en ira comme un fusible grillé. Le pouvoir joue aux prolongations peut être que…

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  • Karimo
    20 avril 2019 at 22 h 58 min - Reply

    Ce n’est pas avec du vieux qu’on peut faire du neuf. Les vieux charognards n’ont qu’à aller se terrer chez eux et attendre la clémence du ciel.

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  • ooops
    21 avril 2019 at 10 h 32 min - Reply

    Bonjour ; ce Matin encore ils nous sort le voyous de Djeml Oulèd abbès qui se prends encore pour le président du FLN c’est une nette provocation envers tous ce peuple qui sort en millions chaque Week end comme on dit a Alger et ailleurs « ache man arafe kadrou » sont des voyous qui ne cherche pas a changer deux solution soient l’armée nous débarrasse de cette vermine ou bien la seconde solution et c’est la mauvaise le peuple les dégagera par multiples façon grève général occuper leurs bureau et la on craint un lynchage..

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  • Si Tchad
    21 avril 2019 at 18 h 15 min - Reply

    A Bouguerra Soltani: tu peux manifester, mais tu dois t’habiller convenablement. Mets au moins une chakra sur ta tête …
    Un peu de…tenue ya bouguelb….

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  • tarak
    24 avril 2019 at 0 h 50 min - Reply

    Pourquoi toute la presse surtout écrite est en décalage flagrant sur tous les événements qui s’accélèrent ces derniers jours????

  • Yacine
    7 mai 2019 at 22 h 27 min - Reply

    Le peuple et l’etat major sont les seuls acteurs et se regardent en chiens de faillance .
    Le peuple inflexible sait ce qu’il veut .
    L’etat majot militaire ne veut le donner et pense amadouer er encore une fois flouer le peuple . Mais il se trompe lourdement .

    Le temps passe et le pourissement va s’accentuer . L’armee doit faire sa propre mue .Les gens qui parlent en son nom doivent etres au diapason de notre temps et des revendications du peuple .

  • Congrès du Changement Démocratique