Édition du
23 July 2019

Malgré la répression, les travailleurs marquent le coup : « pas d’élections avec les gangs »

TSA Par: Hassane Saadoun 01 Mai 2019 à 19:01

Pour la première fois depuis 2001 et l’interdiction des marches à Alger, les syndicats et travailleurs algériens ont pu célébrer la fête du Travail ce mercredi 1er mai par une manifestation de rue dans la capitale, malgré la répression et la fermeture des routes.

L’appel à marcher ce mercredi 1er mai a été lancé par la Confédération des syndicats algériens (CSA) qui compte une douzaine de syndicats autonomes, ainsi que par des sections « dissidentes » de l’UGTA qui ont rejoint le mouvement populaire contre le pouvoir en demandant le départ du Secrétaire général du « syndicat maison », Abdelmadjid Sidi Said.

« Sidi Said dégage ! »

Dès 9 heures du matin, plusieurs centaines à plusieurs milliers de travailleurs d’Alger et des wilayas voisines sont rassemblés devant le siège national de l’UGTA. L’imposant bâtiment est protégé par un imposant dispositif policier. Camions de CRS, canons à eau et policiers à pied en grand nombre sont déployés autour du célèbre édifice. Plus tard dans la matinée, un épais cordon de CRS sera dressé sur la rue menant à la place du 1er mai et empêchera les manifestants rassemblés de marcher vers le centre d’Alger, mais en face du siège de l’UGTA, il n’y a pas eu de heurts graves entre police et manifestants.

©TSA

Les travailleurs de tous les secteurs d’activité ont scandé de nombreux slogans, reprenant, de façon générale, ceux des marches du mouvement populaire. « Système dégage ! », « Yetnehaw gâa » (ils partiront tous !), ont été souvent repris ce mercredi.

Au même moment, un rassemblement se tient à la Grande Poste avec plusieurs centaines de manifestants. En haut du perron de l’édifice historique, une grande banderole est déployée : « Les travailleurs sont inébranlables, ils demandent le changement », y ont inscrit les syndicalistes. Le changement, principale revendication des travailleurs lors de leur fête, a été exprimée par plusieurs slogans. « Makech intikhabate mâa lâaissabate ! » (pas d’élections avec les gangs », ont-ils longuement scandé, rejetant la tenue des élections du 4 juillet tant que Bedoui et Bensalah sont au pouvoir.

Vers le début d’après-midi, le dernier discours du chef de l’état-major est relayé parmi les manifestants suscitant des réactions mitigées. « Le chef d’état-major appelle à dialoguer, c’est bien, on est pour le dialogue mais pas avec Bensalah et Bedoui. Le peuple veut dialoguer mais à condition que ces personnes quittent réellement le pouvoir », explique Mohamed qui se présente comme un « syndicaliste tout court ».

Parmi les pancartes et banderoles brandies par les manifestants, de nombreuses appellent au départ immédiat de Sidi Said et de ses proches. La « clique » ou « la bande » comme l’appellent les manifestants sont accusés d’avoir « détourné le syndicat à leur profit personnel », affirme un des manifestants.

« Pas de baisse de la mobilisation »

La marche de ce mercredi a été « une réussite », selon plusieurs syndicalistes. « Ça a été une réussite malgré tous les moyens qu’ils ont déployés pour nous empêcher de marcher », affirme, confiant, l’un des manifestants.

« Le seul hic c’est le blocage par les forces de l’ordre des routes qui mènent vers Alger et le siège de l’UGTA qui est barricadé par la police », dénonce Lhadi, enseignant. « Il y a des barrages jusqu’à l’entrée d’Alger, du côté des Bananiers, par exemple, et à la sortie de Tipaza. C’est une façon de faire croire que le nombre de manifestants diminue alors qu’en réalité, des dizaines de milliers sont bloqués sur les routes », explique-t-il dépité.

©TSA

Bousculades et gaz lacrymogène

Les manifestants ont tenté de marcher selon le parcours décidé par les syndicats du CSA. Les marcheurs, après un rassemblement au niveau de l’UGTA, devait entamer leur marche, à 10 heures, en direction de la rue Hassiba Ben Bouali, puis le Boulevard Amirouche pour déboucher sur la Grande Poste où un nouveau rassemblement devait se tenir. Mais c’était sans compter sur l’imposant dispositif policier déployé. Vers 10 heures et demi, des dizaines de policiers barrent l’accès à la rue Hassiba, les manifestants, quelques centaines tout au plus, se heurtent à un premier mur de CRS qui est vite forcé et débordé, chose que les travailleurs ne pourront reproduire au niveau du deuxième cordon.

En sous-nombre face aux policiers, malgré les renforts d’étudiants qui ont rejoint la marche, le groupe de manifestants qui voulait marcher vers la Grande Poste est arrêté sur place. À leurs tentatives de forcer le passage, les policiers répondent en usant de sprays lacrymogènes, avant de repousser les manifestants en les poussant avec leurs boucliers. Des évanouissements, quelques légères blessures sont déplorées parmi les manifestants. Lors d’une bousculade, un manifestant est interpellé et éloigné par la police.

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« Pourtant, eux aussi sont des travailleurs », lance une manifestante, les yeux rouges et humides. « Ils essaient de nous empêcher d’arriver à Alger et une fois ici, ils nous gazent et nous agressent ! On comprend bien que le système est toujours le même ! », s’insurge-t-elle, avant de s’accroupir pour s’essuyer le visage avec un mouchoir imbibé de vinaigre tendu par sa camarade.

« Nous avons marqué le coup, malgré tout ce qu’ils ont essayé comme méthodes de répression », se réjouit un travailleur d’une société privée de fabrication de jus. « La marche du Premier mai était une tradition, un défilé imposant chaque année mais pendant plusieurs années, on n’a pas pu le faire à Alger, c’est un retour aux sources du syndicalisme, la reconquête d’un droit », dit une chargée de clientèle dans une banque privée.


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3 Commentaires sur cet article

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  • Nacer
    1 mai 2019 at 19 h 51 min - Reply

    Récupérer l’ugta le plus vite ou le déserter massivement pour d’autre syndicats autonomes du système.

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  • salim benali
    1 mai 2019 at 20 h 36 min - Reply

    L’unité face à l’adversité….inchallah le peuple sortira victorieux contre le tyrans de tout acabit, d’ici et d’ailleurs !
    Vivement une république vraiment démocratique…sans toutes ces faces obscures et obscurantistes.

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  • Dria
    1 mai 2019 at 22 h 52 min - Reply

    Pour une fois on a fêté le premier à l’ancienne avec de vrais travailleurs et de vrais syndicaliste est sans le SIDISAID qui continu de s’accrocher parmi LI YETNAHAW GA3 bientôt.

    Yal GAID ans Co. On vient de fêter le 01 Mai 2019 et ça donne un avant goût de ce que sera la marche du 05 juillet 2019 inch’Allah on fêtera notre seconde indépendance. Ce sera le lendemain de votre date de la date butoire du scrutin fictif du 04 juillet que vous avez choisi. Ce sera votre date butoire pour vider les lieux . Aucun algérien ne prendra part à cette mascarade électorale.

    vous êtes dans de beau draps et pas la peine de changer de date car la sentence du peuple sera plus dure et plus expéditif. Vous devez revenir à la raison est remettre les clés au peuple le plutôt possible. La marche prévue aujourd’hui à Djelfa en dit long sur ce qui vous attend. Ainsi que le nouveau élu a la tête du PFLN, ça vous annonce la couleur de ce qui vous attends.

    Repentez vous avant qu’il ne soit trop tard. Vous vous enfoncez chaque jour un peu plus et vos dossiers ne seront que plus corsés et la clémence que le peuple proposait au départ s’évapore chaque jour un peu plus.

    Merci d’avoir réuni ce peuple, merci de nous avoir redonner confiance. J’allais vous dire bonne fête, mais hélas vous et le Gang des généraux ripoux vous n’avez jamais travailler vous êtes des rentiers qui vivent sur le dos de ce peuple. Ce peuple qui ne vous permettra plus de spolier ces richesses ni vous , ni vos mentors d’outre mer.

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  • Congrès du Changement Démocratique