Édition du
22 August 2019

ALGÉRIE : REVOLUTION D’UNE CONSCIENCE

« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable. » 
John F. Kennedy – Homme d’État Américain (1917 – 1963)

J’appartiens à cette génération qui a longuement cultivé le sentiment d’être épargnée des affres de la guerre de libération par le hasard de quelques mois, mais vécut ensuite dans l’ombre intimidante de ses aînés morts au champ d’honneur.

Le culte des héros du combat libérateur fournissait aux survivants issus de l’élite intellectuelle Algérienne, une construction identitaire, une importante image d’eux-mêmes et une explication psychologiquement satisfaisante et peut-être même nécessaire de ce qui leur était arrivé à l’indépendance. D’où le narrative et la référence à ces héros depuis toujours et durant les évènements présents que vit notre pays.

S’il fallait définir ce qui unit tous les Algériennes et les Algériens, c’est d’abord leur identité de survivants qui s’imposerait d’emblée. Les héros du combat libérateur sont en premier lieu des médiateurs entre le monde des vivants et celui des morts. C’est en leur sein que se dessina peu à peu la figure de l’âme algérienne.

Mais ma génération évolua aussi dans un monde désenchanté où tout est à vendre et à consommer. Partout triompha l’esprit de lourdeur et l’homme dans sa perdition dévoya tout idéal, dans un raffinement de cruauté sans commune mesure.

Le système éminemment césarien – toutes tendances politiques confondues – qui fut imposé à la libération a été organisé pour éluder l’algérien et briser en lui toute volonté de construction citoyenne. Comment s’étonner dans ces conditions des ratés sociales et économiques, des frustrations, des violences et de la montée des extrémismes ?

La devise du combat libérateur était : La restauration de l’état algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques et le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.

Mais le pouvoir qui régna à l’indépendance qui se devait d’accomplir le besoin de grandeur de son peuple, dans sa sublimité inconsciente fit perdurer les frustrations de la jeune nation, qui s’exprimèrent dans une violence répétitive.

Et si dans son discours, le pouvoir usurpateur, se devait à cette fin de proposer un modèle d’intégration consensuel, au lieu d’asseoir par le haut, son autorité sur l’idéologie infantile, compassionnelle, victimaire et de fait méprisante, car déresponsabilisante ; le résultat constaté ne pouvait être pire au vu des dégâts occasionnés dans la société juste naissante.

Malgré les vastitudes d’un combat presque perdu, la jeune nation Algérienne ne s’est jamais résignée à son sort, et sa force fut et reste de toujours se réinventer. Il lui suffit de changer de credo, opérer la transmutation des valeurs chères aux héros du combat libérateur pour qu’enfin vienne en elle le souffle du renouveau.

Et le résultat est là : l’Algérie, durant ces trois derniers mois, a été la scène de l’un des plus beaux mouvements révolutionnaires de ce siècle. Bien au-delà de l’esprit de liberté qui se dégage de lui, ce mouvement est le témoin d’un génie incroyable aux multiples facettes qui allie l’intelligence à l’humour, la créativité à l’engagement, la témérité à l’espérance.

La présente révolution doit être d’abord appréhendée à partir du clivage d’un combat pour une justice sociale versus l’injustice d’une caste fourvoyée. Cette approche n’est intelligible que si l’on souligne l’influence et le poids que le combat pour l’indépendance possède dans l’imaginaire Algérien.

Dans son essence, si cette révolution veut changer le devenir de cette nation il faut qu’elle continue dans son pacifisme et non-violence défaisant ainsi les messies de mauvais augure.

Son secret réside dans le fait que la conscience algérienne est incapable de s’asseoir au seuil du moment en oubliant tous les événements passés. Elle est celle qui peut, sans vertige et sans peur, se dresser un instant toute debout, comme une victoire, en sachant à jamais défaire le pire.

Son éternel retour devient alors une quête du vivre ensemble, réviviscence indéfinie du miracle de l’instant, perpétuel étonnement devant l’immuable renouveau d’une nation qui prends le monde à témoin de sa volonté de se saisir son destin.

Et si à chaque jour que la providence fait, le système honni se meurt, et que le nouveau tarde à apparaître.

Dans ce clair-obscur et en un combat incertain, il faut subjuguer les desseins moribonds, enfants du hasard et des violences enfouies, en arrimant dans le cœur de ce peuple éternellement patient, l’espoir timoré d’un jour tellement proche où renaitra de ses douleurs et pleurs le Sphinx Algérien.

Khaled BOULAZIZ


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