Édition du
17 June 2019

À Alger, le peuple brave un dispositif de police hors normes

PPar: Sabrina Khelil 24 Mai 2019 à 21:43

Une marée humaine a inondé les rues de la capitale pour ce quatorzième vendredi de contestation. Un scénario quasi-inespéré au regard du dispositif de police inédit déployé sur place dès le début de la journée. « Je suis descendue de Blida, il y avait des agents qui demandaient nos cartes d’identité. Les jeunes, les vieux, ils ne faisaient aucune distinction », raconte une manifestante d’une cinquantaine d’années.

En ville, les forces de l’ordre sont postées à chaque coin de rue, en uniforme ou en civil. Fait rare, des femmes policières ont également été appelées en renfort. Certains évoquent des interpellations et des fouilles répétées. Le climat est tendu.

Ce n’est qu’aux alentours de 11 heures que les premiers manifestants commencent à faire entendre leurs voix à coups de slogans désormais connus de tous (« Yetnahaw ga3 »; « Libérez l’Algérie »). La police recule. La mobilisation monte en puissance juste après la fin de la grande prière hebdomadaire. « C’est exceptionnel, s’exclame un homme de 68 ans. C’est une réponse en temps réel qu’a apporté le peuple algérien. Tu ne peux rien faire contre ça ! »

[Vidéo Sabrina Khelil]


L’atmosphère est chaleureuse, festive même. Mais les revendications n’en sont pas moins sérieuses. Hommes, femmes, enfants réclament en cœur le départ d’Ahmed Gaid Salah, le chef d’état-major. À plusieurs reprises, les marcheurs déclarent en « avoir marre des généraux », rappellent que « Fi l’Algérie, makach Al Sissi (en référence au président égyptien) » et promettent, le 4 juillet, non pas de sortir pour voter mais pour manifester.

[Photo Sabrina Khelil]


[Vidéo Sabrina Khelil]


La crainte d’une arrestation est déjà un lointain souvenir. Les sourires illuminent les visages. « Dès qu’on commence à sortir ils se cachent », ironise une dame recouverte du drapeau algérien.

[Vidéo Sabrina Khelil]


Contrairement à la semaine dernière, les barricades de chantiers et les cordons de police ne sont pas forcées par le cortège qui choisit de s’avancer pour la première fois vers la Place des Martyrs, il est alors 16 heures. Là-bas, le gros des manifestants se rassemble dans le calme plusieurs minutes avant de se disperser.

Les rues du centre-ville se vident de  leurs manifestants à partir de 18 heures. « Je sors depuis le 22 février, confie une maman de 59 ans. Et je continuerai jusqu’à ce qu’ils partent tous. Ce n’est pas pour nous que nous faisons ça mais pour nos enfants. »


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