Édition du
17 June 2019

Les élections présidentielles n’auront pas lieu.

Saïd MEKKI

Les élections présidentielles qui ne pouvaient se tenir n’auront donc finalement pas lieu le 4 juillet prochain. L’annonce en a été faite ce jour par le Conseil Constitutionnel. Le chef d’Etat-Major, qui ne pouvait décemment ignorer l’inéluctabilité de cette issue, aurait donc commencé à manger sa casquette. Mais l’essentiel n’est pas dans ce désaveu.

Ce qui ressort aujourd’hui très clairement, du maintien du cap électoral et à leurs postes d’hommes discrédités qui sont chargés de l’organiser, est que l’Algérie est engagée dans une zone d’incertitude institutionnelle. Le remplacement de personnages douteux, impliqués dans tous les scandales et forfaitures du régime depuis des années, n’est toujours pas à l’ordre du jour. Ce préalable à toute discussion n’est toujours pas admis.

Comment de tels profils massivement rejetés pourraient-ils conduire des discussions avec le Hirak ? Quel représentant politique digne de ce nom et reconnu par le peuple, admettrait de tels interlocuteurs ? Le maintien de ces individus est bien un signal négatif, une fin de non-recevoir, adressé à l’opinion.
Au-delà, il s’avère donc que la transition politique réclamée puissamment, à corps et à cris et sur tous les registres par la population n’est toujours pas prise en compte, ni même évoquée par la direction effective du système, l’état-major de l’ANP. De fait, il n’existe pas d’issue à la sortie de crise en dehors d’une alternative dont les deux termes sont connus : la perspective démocratique d’abord par le respect d’une séquence intérimaire admise par tous : présidence collégiale, processus constituant, assemblée constituante et référendum constitutionnel. Ou bien la voie aventureuse de l’autoritarisme, celle d’élections présidentielles organisées selon le schéma coutumier avec candidat du « consensus » de pouvoir assorti des lièvres traditionnels destinés à assurer, vaille que vaille, l’apparence d’une consultation électorale « normale ».

C’est bien cette seconde option, entre fraude et leurres, qui est reconduite sans ambiguïté dans la formulation du communiqué officiel reportant les élections à une date indéterminée. La volonté des décideurs ne fait donc aucun doute : il s’agit de conserver coûte que coûte, le régime dans la plénitude de ses formes et usages. 
Cela a déjà été dit : une dictature au passé aussi chargé que celle qui conduit l’Algérie de crise en crise depuis des décennie, ne peut s’effacer devant la volonté explicite du peuple sans un rapport de forces incontestable. La rupture révolutionnaire interne restant hautement improbable, jusqu’à quelles extrémités ces « décideurs » de la rente pourront-ils donc aller ?

Leurs intermédiations politiques, présidence, gouvernement, pseudo-partis, médias asservis, étant complètement dysfonctionnelles, l’incertitude est, plus que jamais, de mise. Ce qui n’est pas incertain en revanche est la détermination du peuple à aller jusqu’au bout d’une phase de libération citoyenne activement engagée depuis quatre mois. 
Quelles que soient la date, rapprochée ou lointaine, à laquelle le régime souhaite qu’elles se tiennent, les élections présidentielles n’auront pas lieu.


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