Édition du
24 August 2019

L’Algérie dans l’impasse

Le Monde

Editorial. C’est la deuxième fois en trois mois que l’élection présidentielle est annulée, et aucune nouvelle date n’a été fixée. Le général Gaïd Salah doit donner à la rue des gages de la sincérité du pouvoir à respecter le processus d’une transition démocratiquement organisée.

Publié 08 juin 2019

Lors d’une manifestation à Alger, vendredi 7 juin.
Lors d’une manifestation à Alger, vendredi 7 juin. RYAD KRAMDI / AFP

Editorial du « Monde ». Depuis près de quatre mois, l’Algérie est en suspens. Suspendue à un vaste et profond mouvement de contestation populaire qui a commencé samedi 16 février avec une première manifestation spontanée contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, et qui se répète depuis lors chaque vendredi, pacifiquement, de manière inédite. Suspendue à un régime autoritaire, maintenant contrôlé par les militaires, au pouvoir depuis l’indépendance, et qui refuse de lâcher prise après avoir fait quelques concessions, dont celle de la démission de M. Bouteflika. Suspendue à une économie qui, du coup, tourne au ralenti.

La situation politique est dans une impasse totale. Dimanche 2 juin, le Conseil constitutionnel a décidé de reporter l’élection présidentielle prévue le 4 juillet, faute de candidats : seuls deux inconnus avaient en effet osé braver le rejet de ce scrutin par les manifestants, qui contestent les conditions dans lesquelles il est organisé. C’est la deuxième fois en trois mois que l’élection présidentielle est annulée, après l’annulation de celle du 18 avril par la présidence Bouteflika, qui cherchait alors à gagner du temps.

Aucune date n’a été fixée pour une nouvelle élection, alors que le mandat du président par intérim nommé après la démission de M. Bouteflika, Abdelkader Bensalah, prend fin officiellement le 9 juillet. S’affranchissant ouvertement de l’ordre juridique, le Conseil constitutionnel vient de prolonger son mandat pour une durée indéterminée, ce qui fera basculer le système politique dans l’inconnu.

Aucun signe d’ouverture

La réalité du pouvoir est, pour l’instant, entre les mains du chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, pilier du régime depuis vingt ans. Surpris, comme les autres, par l’ampleur de la contestation, il ne donne aucun signe d’ouverture, n’ayant visiblement pas de plan de sortie de crise après avoir misé à tort sur l’essoufflement du mouvement. Il semble surtout préoccupé par la volonté de se maintenir au pouvoir, à la faveur de règlements de comptes internes aux divers clans du régime, qui se sont traduits par plusieurs arrestations dans les rangs de la nomenklatura.

Les Algériens, eux, et en particulier la jeunesse, font preuve d’une admirable détermination. Vendredi encore, ils sont sortis dans les rues, à travers tout le pays, avec cette revendication unanime à l’égard des hommes au pouvoir : « Dégagez ! » La volonté d’un changement de système, et pas seulement d’hommes, est clairement exprimée, semaine après semaine. Elle a été renforcée par la mort en prison, le 28 mai, d’un militant des droits de l’homme en grève de la faim depuis son arrestation le 31 mars, Kamel Eddine Fekhar.

Le président par intérim Bensalah a appelé jeudi à un dialogue entre « la classe politique » et « la société civile ». La première, cependant, est totalement discréditée et la deuxième n’a pas encore réussi à se trouver de leaders susceptibles de la représenter. C’est pourtant par là que doit commencer l’indispensable transition politique algérienne.

Pour que ce dialogue ait une chance de s’ouvrir, le général Gaïd Salah doit donner à la rue des gages de transparence et de la sincérité du pouvoir à respecter le processus d’une transition démocratiquement organisée. C’est la seule issue responsable pour l’Algérie, alors que les images du Soudan et de la sanglante répression du mouvement populaire qui a conduit à la démission du président Omar Al-Bachir étaient présentes, vendredi, dans les esprits des manifestants.


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4 Commentaires sur cet article

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  • rezki khedim
    8 juin 2019 at 11 h 38 min - Reply

    l’impasse est dans la tête de ceux qui ont mis et continuent à vouloir mettre la démocratie hors-jeux , ils sont à cours de mensonges ! ils continuent à baver en pensant encore au pouvoir !!! le peuple souverain est là , la seule solution est dans l’édification de la République Démocratique et Sociale, pas de militaires au pouvoir , pas d’islamistes embusqués, la démocratie protégera l’Islam al hanif et se protégera de tous les embusqués !!!

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  • Meriem
    8 juin 2019 at 19 h 03 min - Reply

    c ‘est exceptionnel et historique ce que le mouvement Hirak a apporter a l’ histoire de l ‘algerie.Il a permis d imposer au systeme despotique son mode de reflexion et de revendications , il a egalement , chose pratiquement nouvelle, ouvert des autoroutes à toutes les forces de progrés et de resistances legales ou anonymes, individuelles ou collectives afin de se faire entendre ,Il a constitué la tribune des opprimés de faire entendre leur voix , chose unique le mouvement a innover dans le sillage de la democratie participative en faisant abstraction de toutes leur differences politiques ou autres dans lequel la contre revolution a tenter de l’entrainer sans succes.Le mouvement a depassé en ingeniosité les modeles et les formes de luttes existants jusqu a l’ heure actuelle et qui sont devenus obsoletes , Les formes de revendication et de contestation du Hirak constitue un handicap infranchissable pour le systeme qui ne se retrouve plus , un systeme predateur completement archaique devant un mouvement insaisissable dans son organisation, c est ce qui fait sa force

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  • hychem Zaidi
    8 juin 2019 at 23 h 31 min - Reply

    Rezki Khedim, je suis en partie d’accord avec vous mais…il y a un hiatus et de taille !!!
    Qui êtes-vous pour décréter l’exclusion des musulmans algériens !? Ne sont-ils pas algériens ayant les mêmes devoirs et droits que le reste du peuple algérien ? Par conséquent, au nom de qui et de quoi vous decidez d’exclures une partie des algériens ? Au nom de l’anti-islamisme primaire qui en réalité n’existe que dans l’esprit de personnes alienées comme certains généraux janviéristes et quelques pseudo-politiques éradicateurs au service du criminel toufik, nezzar …. qui ne faisaient que mettre à éxécution une feuille de route élaborée par leurs maîtres français avec les conséquences que l’on sait…. Vous voulez une guerre entre algériens en raison de leurs différences ideologiques !? Il est absolument nécessaires de transcender ces clivages idéologiques et dogmatiques pour le salut du peuple algérien et la préservation de l’unité nationale. L’Algérie est menacée par tous ses voisins et je dis bien tous. À commencer par les deux voisins de l’ouest et de l’Est qui ne voient pas d’un bon oeil le réveil du Géant algérien qui peut non seulement leur faire de l’ombre en divers domaines mais aussi comme puissance régionale. Cela sans parler du Mali et du Niger où des bases militaires états-uniennes y sont stationnées depuis le morcellement de la Libye. Je suis profondément déçu de constater qu’il y a encore des personnes comme vous qui veulent diviser le peuple en laiques, islamistes, démocrates et je tutti quanti….L’Algérie appartient à tous les algériens, alors de grâce ne faites pas le jeu des ennemis de l’Algérie. Réveillez-vous Monsieur !!!

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  • Yacine
    10 juin 2019 at 15 h 38 min - Reply

    Hychem Zaidi

    Ne cherchez pas a noyer le poisson dans l’eau ! Presque tout les algeriens sont musulmans et les islamistes en sont une petite minorite ..
    On parle et denonce les islamistes embusques qui ont une ideologie sectaire . .
    Quant aux integristes islamistes , tant qu’ils ne cherchent pas a nous imposer leur ideologie et qu’ils cohabitent pacifiquent avec le reste de la societe , cela n’engendrera aucun probleme . Mais attention , nous somme sur le quivive !

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  • Congrès du Changement Démocratique