Édition du
22 July 2019

L’impasse politique est complète.

Saïd Mekki
Hirak 19 28 juin 2019

Le constat s’impose à tous en ce 19ème vendredi de revendication populaire : l’impasse politique est complète. Le chef de l’armée demeure intraitable. Seul son agenda de sortie de crise, par une élection présidentielle, est sur la table. Pour le chef des généraux, il n’y a pas d’alternatives, ni de compromis possible ni dérogation à la tenue d’élections présidentielles.

Ce dont la population ne veut pas, car elle sait d’expérience que l’ANP, armée invincible, quand elle s’engage dans une bataille électorale, n’envisage que la victoire… Au fil de ses monotones discours hebdomadaires, le chef d’Etat-Major, porte-parole exclusif du régime, laisse néanmoins paraître une certaine impatience. Le recours menaçant aux classiques de la diversion et de la division de la société sur des prétextes « culturels » en témoigne.

La provocation pseudo-nationaliste autour des emblèmes est révélatrice de l’état d’esprit du commandement tenté par l’option répressive. Les arrestations inacceptables de manifestants en sont la traduction concrète. Mais les décideurs comprennent néanmoins qu’une certaine ouverture, au moins formelle, est nécessaire pour éviter un isolement politique difficile à assumer.

Dans ce but, et pour nuancer la rigidité toute militaire de la posture, les médias aux ordres annoncent, sans bien sûr poser d’embarrassantes questions, qu’un « coordinateur de l’opposition » est désigné pour mener des discussions avec ceux qui sont effectivement aux commandes de l’Etat. Le profil de ce « coordinateur », un apparatchik bon teint, ancien diplomate pendant la « sale guerre » et ancien ministre (de l’information…) congédié par Abdelaziz Bouteflika, en dit long. Tant sur son autonomie, inexistante, vis-à-vis du centre effectif de décision que sur l’irréalité politique de l’« opposition » décorative qui l’aurait désigné.

Décidément, s’il est un domaine dans lequel le régime algérien excelle c’est bien celui des faux-semblants, des leurres et des tours de passe-passe. C’est la trame de fond d’une culture conspirative construite sur le contrôle du pouvoir, à tout prix et par n’importe quel moyen. En pleine conformité avec une tradition autoritaire et manipulatrice éprouvée, le régime signifie qu’il n’entend négocier qu’avec lui-même. Cette ligne est visiblement rejetée par l’opinion qui comprend que tout abandon de principes, essentiellement sur la nature civile de l’Etat et sur le respect de la souveraineté populaire, signerait le retour à la case départ d’une dictature sans partage.

La conscience partagée des enjeux explique la mobilisation constante et à un haut niveau de la société tout entière.
Le jeu politique semble donc verrouillé. Les deux acteurs du drame algérien, l’armée et le peuple, campent sur des positions plutôt inconciliables dans l’état actuel du rapport de forces. La lutte contre la corruption est la seule offre politique de militaires, visiblement incapables de trouver en leur sein une personnalité suffisamment crédible pour représenter un changement convaincant. Il n’existerait pas d’équivalent de Vladimir Poutine dans le sérail…

Cette incapacité à se renouveler au minimum et, encore moins, à envisager un élargissement démocratique de la base et du fonctionnement du système est préoccupant. Les décideurs savent pourtant la trajectoire de choc dans laquelle le pays est engagé. Quand les réserves de change seront consommées, dans 15 à 24 mois au grand maximum, à moins d’un miracle, il ne restera plus aucune marge de manœuvre économique dans une situation générale sinistrée.

Si la question politique n’est pas rapidement résolue, le pays devra faire face dans les pires conditions à des contraintes désastreuses. Plutôt qu’une répression à courte vue, et condamnée à l’échec, du mouvement populaire, l’armée doit opter de toute urgence pour la primauté de l’intérêt national sur toute autre considération.

La responsabilité de ceux qui tiennent actuellement les rênes de l’Etat est donc très directement engagée.


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2 Commentaires sur cet article

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  • wahid
    30 juin 2019 at 5 h 46 min - Reply

    Les militaires sont responsables de l’impasse politique que vit le pays depuis le coup de force ( le coup d’État mener par le chef d’État major de l’armée ), par la destitution de l’ex président et l’application de l’article 102. Ce verrou qui a permis aux militaires de s’imposer par la force et s’opposer à la volonté populaire. Les militaires savaient que la succession du pouvoir telle qu’elle par article 102 est impossible, et délibérément ont actionné cette disposition pour imposer leur dicta; désormais, c’est le commandement militaire et le GCA qui devraient en subir les conséquences, s’ils croient pouvoir s’en sortir comme en été 1962 , juin 1965 ou en janvier 1992, ils se trompent énormément, ils n’ont qu’à tirer des leçons de l’expérience amère et dramatique de l’armée Irakienne, Libyenne, Egyptienne, Yéménite, Syrienne, et celle de la voisine Soudanaise.

    Depuis le coup de force et la destitution de l’ex président, les militaires et leur associés civiles (une partie de la classe politique et économique) ce sont organisé pour mener une contre révolution agressive contre elhirak elthaouri et ce sont dressé par la force des armes à volonté populaire. Ils n’auront pas ni la légitimité populaire, ni la reconnaissance internationale pour imposer leur agendas, ils seront isolé politiquement, économiquement, et rejeter par la population, ils ne pourront en aucun cas gouverner le pays ni en disposer de ces richesses, ils seront boycotter et systématiquement condamné par les instances internationale chaque fois qu’ils essayent d’intimider, agresser ou violenter la population.

    Je suis depuis quelques jours en Algérie, j’ai vu des camions de la police et de la gendarmerie remplis de civiles qui dépêchent dans des point de rassemblement populaires chaque vendredi et le mardi pour détourner les slogans des manifestants, des barrages sur les routes et autoroutes qui empêchaient l’accès à Alger j’ai eu a rencontrer des citoyens Algériens que j’ai connu et qui ont toujours étaient des rentiers, des privilégiés, des clients et des soutiens du pouvoir qui tenaient des discours d’opposants, j’ai compris qui ne sont pas du tout inquiété de l’idée du changement telle que voulu par les militaires, ils soutiennent le coup de force du GCA, ils applaudissent les arrestation spectaculaires, sa guerre contre les clans ( de said et toufik).

  • Yacine
    1 juillet 2019 at 12 h 00 min - Reply

    La repression tourne a plein regime . L’autoritarisme , c’est la seule est unique carte qu’ils leurs restent a jouer .
    On langage populaire ont dit  » TCHIKIR « . C’est l’ADN du systeme .

    J’ai une proposition a faire au peuple algerien . SOYONS DES MILLIERS DE CITOYENS A NOUS PRESENTER EN FORCE DEVANT LES PRISONS ET EXIGENT DE SE FAIRE EMBASTILLES .
    Ainsi nous leurs montreront que nous ne sommes pas intimides et que nous sommes prets par dizaines de milliers a aller en prison pour defendre notre pays . Car il s’agit bien de defendre l’algerie contre des traitres de generaux corrompus et a la solde
    des puissances etrangeres .
    L’axe du mal arabe ( Egypte , Arabie et Emirats ) ont une peur bleue que la democatisation reelle de l’algerie reussise .
    Cela transformera de fond en comble les pays arabes .

  • Congrès du Changement Démocratique