Édition du
20 August 2019

Dialogue ou….discorde ou quel dialogue avec un pouvoir qui sème la discorde?

Ces dernières semaines de la fabuleuse révolution du peuple algérien, les initiatives appelant au dialogue se multiplient à un rythme effréné et selon des approches machiavéliques qui dépassent tout entendement, ce qui dénote un vil opportunisme qui sèment une profonde confusion, à tel point qu’il est légitime de se demander qui est qui et qui fait quoi?  Affirmons-le d’emblée que c’est une conception très réductrice de considérer le dialogue comme une simple conversation, négociation ou échange. Un dialogue politique sincère n’est pas une réunion organisée sur l’impulsion du moment, ni un événement contrôlé par un groupe d’intérêt, moins encore une occasion de présenter des résolutions préparées à l’avance ou un ultimatum. Il n’est pas non plus un simple accord des uns aux propos des autres ou un forum sur les protocoles et formalités. 

Pour reprendre la formule de Johane Patenaude, « dialoguer, c’est accéder au raisonnable », en passant du désaccord et la mise en question au questionnement raisonnable, avant d’aboutir aux réponses raisonnables, parce que le dialogue exige impérativement de fournir les éléments intellectuels de la résolution d’un problème.  C’est une discussion apaisée (collaboration) pour parvenir à un compromis (et non à une compromission) entre des groupes d’intérêt différents qui s´engagent sans contraintes (la surenchère, la ruse, le faux-semblant, etc.) à se pencher sur une question dont les enjeux sont mutuels, mais pas nécessairement communs, car il ne peut y avoir de dialogue dans un climat de tension, d’oppression et de suppression des droits de l’homme. Cela suppose la mise en place des mesures urgentes de détente pour rendre possible les conditions d’exercice d’un dialogue séreux, en plus de créer les conditions d’une vie publique lisible, paisible, inaliénable et immuables. Il s’agit entre outre, de la libération immédiate des détenus d’opinions et de l’arrêt immédiat du harcèlement judiciaire et des menaces contre les citoyens pacifiques, les partis politiques, les syndicalistes, les militants des droits de l’homme et les journalistes. Ajoutant à cela l’ouverture des champs politique, d’opinion et médiatique par la levée de toutes les entraves et restrictions à l’exercice des droits d’expression, de manifestation, d’organisation, d’association et d’accès libre et équitable aux médias. Ces mesures de détente ne peuvent être accessoires, mais elles constituent un préalable primordial et incontournable en vue d’un dialogue crédible, sérieux, sincère et responsable, avant même de savoir avec qui, de quoi et pourquoi doit-on dialoguer?

Or, Le triste spectacle auquel nous assistons, montre un pouvoir qui s’acharne à imposer les termes, les finalités et le processus du dialogue, en plus de la machination de type coloniale qu’il fait régner sur le pays, notamment les arrestations et les détentions arbitraires, les médias bâillonnés, les journalistes sanctionnés, les débats publics empêchés, les conférences interdites…

De fait, le pouvoir a clairement affiché ses intentions et fait tout pour orchestrer un simulacre de dialogue, sous forme de spectacle de cirque et dans une ambiance burlesque « …de nature à permettre la réunion des conditions appropriées pour l’organisation, dans les meilleurs délais, de l’élection présidentielle, seule à même de permettre au pays d’engager les réformes dont il a tant besoin. » a indiqué Ben Salah dans son dernier communiqué.  Par cette bourde, le pouvoir vise d’abord à faire passer les règlements de comptes pour une justice et des mensonges pour la réalité, dans une tentative abracadabrante et osée pour tromper le monde à force d’intrigues et de manipulations. Ensuite, valider un « coup de force électoral » en organisant un scrutin présidentiel à brève échéance, pour régénérer, pérenniser, renforcer et consolider le système en place.

Le peuple algérien comprend bien et dans les détail les combines du pouvoir qui tente désespérément d’acheter une élection présidentielle et ses accessoires quel qu’en soit le prix, alors que les enjeux sont d’un tout autre ordre, d’une autre dimension et d’une toute autre ampleur pour le pays. La fabuleuse formule et très lourde de sens, « Yetnahaw gaa » à elle seule incarne et résume bien les préoccupations de cette Algérie profonde, celle du peuple.

L’Algérie a besoin d’un nouveau régime politique et non de la régénération du régime actuel par une élection présidentielle, dont l’objectif est de pérenniser la primauté du militaire sur le civil, malgré qu’il aboutisse toujours à un dilemme ou à une impasse pour le pays. En effet et depuis l’indépendance, le véritable bilan des présidents algériens aux attributs formels, c’est qu’ils règnent facticement sur un pays qu’il ne gouverne jamais. Dans l’exercice du pouvoir décisionnel, le président n’a ni autorité politique, ni prérogative politique et sa fonction est subsidiaire. Comme l’a si bien dit Lahouari Addi, « Son rôle symbolique consiste à faire croire à l’opinion nationale et internationale que l’Algérie est un État dans lequel l’armée est sous l’autorité du président comme le stipule la Constitution ».

Depuis 1962, le putsch demeure la seule constante, non écrite et la plus respectée de la vie politique algérienne à chaque fois qu’un président tente son émancipation de la tutelle. D’ailleurs, aucun président n’a échappé à cette règle, puisqu’aucun d’entre eux n’a mené à terme son mandat.

Du renversement du GPRA en juin 1962 à la gestion de la destitution de Bouteflika, en passant par l’arrestation de Ben Bella en juin 1965, la démission forcée de Bendjedid en janvier 1992, l’assassinat de Boudiaf en juin 1992 et la démission planifiée de Zéroual en septembre 1998, il ressort de ces évènements affligeants que le pouvoir civil (la présidence) a été toujours sous la tutelle militaire qui s’accapare tous les pouvoirs politiques en tant que détentrice du contrôle et de la souveraineté de l’État tous azimut.

Pis encore, le maintien et pour certains, « la prise en otage » de Bouteflika dans les fonctions de chef de l’État, malgré sa très restrictive maladie, montre à l’évidence que le système politique algérien fonctionne juste avec un président fantoche. Au vu des importants pouvoirs concentrés entre les mains du président, les décisions se prennent en son nom par les détenteurs du pouvoir réel qui tire profit de son règne dans l’opacité la plus totale.  Ainsi, tout président, même élu démocratiquement, ne peut avoir qu’un pouvoir formel et ne peut jamais s’émanciper de ce système politique, dont le pouvoir réel est exclusivement militaire. C’est pourquoi que le changement ne viendra jamais par le changement d’un homme mais du système tout entier.

En réalité, après 6 mois de la révolution pacifique du peuple et suite aux échecs sanglants des différentes tentatives de manipulation, de division et de déstabilisation de la révolution orchestrées par le pouvoir, notamment les relais civils utilisés par Gaid qui s’avèrent inefficaces, le régime s’est rendu compte qu’il a déjà perdu la bataille, tant qu’il ne lui reste aucune sortie possible pour essayer d’asseoir son autorité. Gaid Salah a compris que la partie était finie et perdue. Ce qu’il tente de faire, cependant, c’est d’essayer de gagner du temps, dans l’espoir de trouver des solutions « miracles » ou un relâchement du peuple avant de céder le terrain pour discuter des prorogatives constitutionnelles, sachant que beaucoup de militaires aspirent ardemment à un État de droit qu’ils serviront avec honneur, dignité, abnégation et loyauté.

Finalement, Yetnehaw gaa, n’est pas juste un concept, moins encore un mythe, c’est une réalité tangible qui vient de la profonde conviction du peuple avisé et déterminé à prendre son destin en main.                                                                                                                          

Kamel Bourenane


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6 Commentaires sur cet article

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  • Malik Hamadache
    25 juillet 2019 at 18 h 21 min - Reply

    Une grande, très grande énigme pour moi !!!

    Pourquoi le pouvoir, Gaid Salah et certains partis politiques, associations, personnalités notamment de ce qu’on appelle le « Forum Civil » nous expliquent qu’on doit aller très vite à l’élection présidentielle, qu’il faut juste changer la loi électorale mais pas toucher à certains articles de la Constitution de 2016 pourtant hyper présidentielle faite sur mesure pour un président du type Napoléonien comme Bouteflika de 2016, une Constitution qui ne garantit pas la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et qui n’énonce pas les mesures judiciaires (oui je dis bien judiciaire) pour tout manquement, pour tout contrevenant, pour toute personne ou entité civile et politique, qui porterait atteinte ou qui ne respecte pas les libertés individuelles et collectives, la liberté d’opinion, de conscience, la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, la liberté d’association et de manifestation, la liberté syndicale, la justice sociale , le respect des minorités etc.. .

    La modification de certains articles de cette Constitution et la modification totale de la loi électorale peut très bien être proposée le même jour au peuple pour son adoption par voix référendaire, par un référendum populaire (article 7 : Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple. (article 8 : Le pouvoir constituant appartient au peuple. Le peuple exerce sa souveraineté par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne. Le peuple l’exerce aussi par voie de référendum et par l’intermédiaire de ses représentants élus. Le Président de la République peut directement recourir à l’expression de la volonté du peuple.)

    Je ne comprends toujours pas comment des personnalités politiques, des partis politiques, des associations acceptent d’aller à la présidentielle avec seulement la modification de la loi électorale et l’installation d’une instance indépendante de contrôle des élections !? Comment allons nous faire si le futur président une fois élu refuse (et il en a la légitimité puisqu’il est élu) de changer la Constitution, avec l’appui de l’Etat Major, pour dire que ce n’est pas à l’ordre du jour et que rien ne changera ! Ya bou guelb, ya bou rab , ya dine ellah , ya dine ezzah, pourquoi faisons nous la sourde oreille sur cet aspect hyper important pour l’avenir de la nouvelle république, pour la démocratie véritable ???

    Sinon, si on ne peut pas faire ce minima, pourquoi ne pas concevoir, et c’est la moindre des choses, une sorte de « charte de l’éthique politique » (à faire signer et faire paraphé solennellement) qui obligerait tout élu (président, député, élus locaux) tout parti politique à respecter ces « éléments élémentaires de droits universels », la séparation du politique et du militaire, l’interdiction d’utiliser la religion et le régionalisme à des fins politique que renferme la démocratie véritable, les règles dites universelles et dont j’ai cité quelques unes plus haut ??? Chiche à tout ceux qui ne voient que la Présidentielle et rien que çà et très vite !

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  • Abdellah CHEBBAH
    25 juillet 2019 at 18 h 58 min - Reply

    Merci d’avoir résumé la situation et mis le doigt là ou ça fait mal. J’ajouterai, si vous le permettez, que l’armée dont vous parlez n’a rien à voir. Elle est populaire. C’est nos enfants. Dans cette armée, depuis 1962, il y a eu des bandits, des harkis et des voyous en tenue militaires qui ont pris les rênes de cette armée et se sont proclamés détenteurs du pouvoir. Ils ont par la suite fait boule de neige en corrompant et promouvant les ascendants. Voilà pourquoi le peuple demande à ce que l’armée se retire complètement du politique. Ce jour là le nouveau président aura les mains libres et pourra démettre celui qu’il veut. Boudiaf à essayer de mettre le doigt, il l’a payé de sa vie. Donc maintenant le cap: TROUHOU GAÄ c’est GAÄ.

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  • eslma
    26 juillet 2019 at 18 h 37 min - Reply

    Je partage les analyses de l’auteur du sujet! je vais vous étonner mais moi contrairement a tous le monde qui vont loin dans leurs politique politicienne c’est une perte de temps énorme pour arriver finalement a un non résultat a mon avis il faut poser cette question pour établir une vraie démocratie et l’armée doit être le garant de la stabilité du pays et doit avoir un Ministère et sortir des affaires Civils du pays un peu ce qui se passe en Turquie! il faut donc poser cette question : quelles sont les recettes journaliers de l’algérie???! c’est tous ce qui m’intéresse si on veut avancer après on verra je propose par exemple a la naissance de chaque algérien une ouverture d’un compte etc…on verra par la suite les avantages, Concernant maintenant les céréales et la cette saison record; on peut quand même poser cette question : pourquoi dans le passé on a pas construit des réserves???!!!!et pourquoi on a pas entamé la procédure d’exportation de cette matière première très demandée?!!!!les pays africains souhaitent nous acheter…encore plein de chose mais je m’arrête la.
    observation : tous les experts économique qui viennent nous chanter leurs analyses dans les divers journaux « el watan la liberté le soir etc…sont des menteurs et n’ont jamais étaient avec la réalité.

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  • berime
    29 juillet 2019 at 17 h 58 min - Reply

    Dialogue= poudre aux yeux
    Ce que veulent les algériens est très clair et trés simple
    Elire leur président et leurs représentants aux differents assemblées démocratiquement
    Le droit à la parole ( libetrté d’expression)
    la transparence dans la gestion du pays
    Une justice indépendante et surtout transparente

    Dialoguer voudrait alors dire marchander sur ces points

    Non mais

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  • Dria
    29 juillet 2019 at 19 h 13 min - Reply

    Ces GÉNÉRAUX RIPOUX font semblant de ne pas comprendre. Dures d’oreilles, ils sont devenus plus dure avec leur peuple. Malheureusement, ils n’en font plus partie de ce dernier. Le pouvoir et l’argent les ont métamorphosés. Ils sont devenus des oligarques. Les affaires (au détriment du peuple et du pays) marchent à merveille les comptes en dinars et en devises pullulent. Les biens immobiliers et mobiliers a profusion en Algérie et a l’étranger. Ils ont le soutien des chancelleries occidentales et des pays du Golf qui en tirent profit de la situation. Ce sentiment d’impunité fut ébranlé par le Hirak qui demande simplement la réhabilitation plutôt la création d’un ÉTAT DE DROIT.

    ALORS DIALOGUER AVEC QUI ET POURQUOI? POUR LA PÉRINITÉ D’UN SYSTÈME CORROMPU, D’UNE MAFIA POLITICO–FINANCIÈRE QUI NE VEUT PAS PERDRE CES PRIVILÈGES. DIALOGUER AVEC LES MÊMES ACTEURS QUI SONT A L’ORIGINE DU MAL.

    Ce régime en fin de règne tente le tout pour le tout, le PACIFISME et la SOLIDARITÉ du peuple viendra a bout incessamment. Connaissant leurs modes opératoires, ils ne peuvent tromper ce peuple INDEFINEMENT.

    On ne dialogue pas pour la LIBERTÉ, la JUSTICE, et l’EDIFICATION D’UN ÉTAT DE DROIT. On ne dialogue pas avec ceux qui incarcérent de vrais patriotes et de vrais Moudjahids, et d’en faire un chantage et un fond de commerce. On ne dialogue pas avec ceux qui tirent les ficelles derrière des asservis de services et des serviteurs de façade.

    Pourquoi dialoguer alors qu’il n’y a aucune volonté pour entamer le changement espéré. Bref on ne peut pas dialoguer avec des RIPOUX même si ce sont des GÉNÉRAUX. Si notre armée ne possède que ce type de militaires alors autant attendre le mois de Septembre 2019 et entamer l’UNIQUE ET ULTIME RECOURS A SAVOIR LE DURCISSEMENT DU HIRAK AVEC DES FORMULES TYPIQUEMENT ALGÉRIENNES.

    DÉTROMPER VOUS CE PEUPLE SAIT CE QU’IL VEUT IL NE S’ARRÊTERA QUE LORSQU’IL LE RÉALISERA.
    UNE ALGERIE SANS LE POUVOIR DE LA CASQUETTE OU DU KÉPI. NOUS AVONS LE TEMPS AUCUNE TRÊVE AUCUN DIALOGUE AUCUN RÉPIT.

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  • mokhnache
    1 août 2019 at 12 h 10 min - Reply

    EN realité le pouvoir s accommode tres bien de ce mode de gouvernance de reve! toutes les richesses du pays sont a portée de sa main et meme tous les pouvoirs puisque les richesses lui permettent de mobiliser les harkis de service de son choix pour faire taire les plus recalcitrants! le pouvoir negocie sur tout mais il semble avoir deja mis les lignes rouges! d accord la justice est desormais libre semble t il dire mais il evite de legiferer ca ca risque de produire beaucoups d etincelles! quels sont les elements associes a la terminologie du hirak : yetnehaou gaa qui sont t ils d abords?
    ce sont les appareils qui ont mené la politique a produire une culture de l impunite et de la rapine sans retenus et qui sont:
    les partis rentiers! FLN ET RND
    L UGTA
    LE SENAT QUI EST DEVENUE UNE MONNAIE DE RECOMPENSES
    LES WALIS QUI SONT DEVENUS LES PLATEFORMES DE LA FRAUDE
    LES CHEFS DE DAIRA QUI NE CACHENT PLUS LEURS ROLES DE SOUTIENT DE CES APPAREILS
    L INDEPENDANCE DE LA JUSTICE
    L AUTONOMIE DES ENTREPRISES ET DES INSTITUTIONS ! boutef ne s est pas gene du tout il a carrement supprimé le conseil de la monnaie pour avoir haut la main sur les devises…
    la separation des pouvoirs et la liberalisation complete de presse!
    ces points la represente la suppression de l impunite et la localisation de toutes les poches de depassement ! c est l etat de droit tant espere qui n arrange personne!!!!

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  • Congrès du Changement Démocratique