Édition du
20 August 2019

Tunisie. Béji Caïd Essebsi ou la réécriture de l’histoire

Palais présidentiel, Tunis, 26 octobre 2016.
J. Marchand /ITU Pictures

En quelques jours, depuis sa disparition, Béji Caïd Essebsi a accédé au statut de mythe, en droite ligne du récit national bourguibien. Son parcours politique illustre pourtant les bifurcations du destin et de l’histoire et les ambivalences du pouvoir. Bien plus complexe que l’image de bâtisseur de la démocratie qui lui est désormais associée.

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Thierry Brésillon > 30 juillet 2019 >

Décrié de toutes parts sur la scène nationale jusqu’à son dernier jour, Béji Caïd Essebsi a été métamorphosé en bâtisseur de la démocratie et légataire de la révolution depuis son décès jeudi 25 juillet 2019. À travers l’émotion populaire lors de ses obsèques nationales samedi s’exprimait le besoin de se sentir collectivement sublimé par l’identification à un leader au-dessus de la mêlée politicienne, à une sorte d’homme providentiel post-mortem.

Les hommages internationaux, notamment celui d’Emmanuel Macron, renvoient en miroir l’image de cette Tunisie rêvée — tolérante, moderne, ouverte, émancipatrice de « la femme » — qui permet aux mêmes élites de revendiquer le droit exclusif de représenter la réalité du pays, la seule légitime et acceptable. En rejoignant la figure de Habib Bourguiba au point de s’y confondre, dans une synthèse entre fondation de l’État indépendant et Révolution, Caïd Essebsi mythifié sacralise une version actualisée du récit national et scelle le sens de la Révolution. Mais l’icône trop vite lissée ne peut pourtant faire oublier les ombres et les complexités.

La baraka

Les signes du destin font la matière des mythes. Il aura bien servi Béji Caïd Essebsi, né le 29 novembre 1926 dans le mausolée de Sidi El Béji1, à qui il doit son prénom, et mort le 25 juillet, jour anniversaire de la proclamation de la République en 1957, à laquelle il aura lié son destin.« Coquetterie » supplémentaire, le dernier acte de sa vie politique aura été la promulgation, le 23 juillet, de la loi créant l’Instance constitutionnelle du développement durable et des droits des générations futures.

Ses études au collège Sadiki lui ont donné la possibilité d’aller faire son droit à Paris ; et son amitié avec Habib Bourguiba Junior, le fils du militant nationaliste, celle de rencontrer le futur leader de l’indépendance dans sa chambre de l’hôtel Lutetia. Subjugué par son éloquence et sa vision, dès lors, «  il ne m’a plus quitté et je ne l’ai plus quitté non plus », confiait-il2. Le lien tissé entre eux lors de ce séjour parisien sera le fil rouge de la carrière politique de Béji Caïd Essebsi.

Héritage autoritaire

« Je suis un disciple de Bourguiba », assurait-il. C’est dire si son itinéraire politique a été marqué du sceau des contradictions : contribuer à une œuvre de longue haleine, quasi mystique : l’État national, et servir un pouvoir personnel dans les luttes de sérail et par la brutalité d’un régime autoritaire. Après avoir assuré diverses fonctions depuis avril 1956, il est nommé directeur de la sûreté nationale après la révélation d’une tentative de coup d’État par une coalition d’opposants dont le procès se solde notamment par douze exécutions, le 24 janvier 1963. L’affaire « a été traitée par le ministère de la défense […] jusqu’au jugement »3, expliquait-il pour se dédouaner. Les condamnés à des peines de prison passeront huit ans enchaînés dans des caves sans lumière, ce qu’en revanche il ne pouvait ignorer.

Suite à cet épisode, le caractère autoritaire et répressif du régime s’accentue et Béji Caïd Essebsi est au cœur de l’appareil sécuritaire. Il devient même ministre de l’intérieur en juillet 1965. Il est à ce poste quand des militants d’extrême gauche, les « perspectivistes », sont arrêtés, torturés et condamnés par un tribunal d’exception à partir de 1968. C’est Tahar Belkhodja, directeur de la Sûreté depuis juin 1967 qui a traité le dossier, assurait-il. « Mais je ne sais pas de quoi ils se plaignent », déclarera-t-il plus tard4.

Quand il évoque son rôle durant cette période, il ne semble avoir été qu’un maillon sans pouvoir entre « l’intransigeance » de Bourguiba et la férocité des exécutants. En réalité, il servait une politique qu’il justifiait encore avec le recul : « Bourguiba était autoritaire et il avait raison. Nous avions des analphabètes, nous avions des problèmes auxquels nous n’avions pas les moyens de répondre. Les gens étaient impatients. C’est vrai qu’il a été sévère, mais il a été honnête », nous déclarait-il en novembre 2014.

Entre conviction démocratique et loyauté à l’État

Difficile pour lui de se détacher de l’héritage autoritaire du bourguibisme. Et pourtant, la contradiction était déjà là : après le refus de Bourguiba d’appliquer les décisions du congrès de Monastir (1971) qui devait démocratiser le parti unique, (le Parti socialiste destourien), il s’éloigne du pouvoir et prend ses distances avec Bourguiba. « Puisse-t-il […] saisir une occasion prochaine pour s’affirmer devant l’histoire comme l’homme qui a su non seulement édifier son pays, mais également et surtout comprendre les évolutions inéluctables et prendre les devants pour assurer à son œuvre la pérennité par le progrès et l’harmonie », écrira-t-il dans une tribune publiée en janvier 1972. Sans écho sur le moment, mais il traçait sans doute alors, sans le savoir, sa propre vocation.

En attendant, il entame une traversée du désert. À la différence d’autres « libéraux », dont Ahmed Mestiri (qui fonda le Mouvement des démocrates socialistes en 1978), il ne milite pas dans l’opposition. Il se voit même proposer, en avril 1980, de réintégrer le gouvernement. Il y met une condition : être au service d’un projet de démocratisation. Il devient, en avril 1981, ministre des affaires étrangères. Pour le lier irrémédiablement au régime, Bourguiba le choisit pour affronter son allié d’hier, Ahmed Mestiri, comme candidat à Tunis pour les législatives de novembre 1981.

Quant à la démocratisation du régime, elle est de pure forme. Ni le culte de la personnalité ni la répression des émeutes du pain en 1984 ne semblent mettre la moindre distance entre Béji Caïd Essebsi et Habib Bourguiba. Au contraire, il est redevenu un homme de confiance. Au point d’ailleurs de susciter des jalousies, fatales en ces temps de lutte de succession. Il quitte ses fonctions en septembre 1986.

Après l’arrivée au pouvoir de Zine El-Abidine Ben Ali en 1987, il est un an, de 1990 à 1991, président d’un Parlement intégralement Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) après la falsification des élections. « Cela ne me gêne pas d’être à la tête d’une chambre monocolore dans la mesure où c’est en raison d’une volonté populaire, où c’est le verdict des urnes… », déclarait-il pourtant à l’hebdomadaire Réalités le 27 septembre 1991. Loyal, mais trop politique, trop étatiste, trop plein de l’influence de Bourguiba devenu infréquentable après son éviction du 7 novembre 1987, il ne fait pas partie du sérail de Ben Ali et prend ses distances alors que le régime s’enfonce dans la dérive mafieuse.

La récupération de la Révolution

À 84 ans, sa vie politique pourrait être derrière lui, mais la Providence n’en a pas fini avec lui. Il faut en effet un sacré retournement du sort pour qu’un homme aussi lié à l’ancien régime, au pedigree démocratique aussi maigre, soit rappelé pour jouer un rôle crucial après une révolution qui, dans l’esprit de l’époque, mettait fin à 55 ans de dictature. Y compris celle de Bourguiba. Que représente Béji Caïd Essebsi lorsqu’il est rappelé par son ancien directeur de la Sûreté (de 1965 à 1967) Fouad Mbazaa, président par intérim, pour remplacer Mohamed Ghannouchi ? Certainement la génération des fondateurs de l’État. Mais il a investi cet intérim d’une intention que n’ont pas perçue tous les acteurs sur le moment.

Dans une vision crédible du personnage, Hélé Béji a écrit que, pour lui « la Révolution n’est pas une rupture avec l’État national en tant que tel, qu’elle n’est pas un phénomène hors du temps, d’une altérité radicale par rapport à l’histoire antérieure »5. Cette incorporation de la révolution dans un récit national déjà constitué peut-être considérée comme sa contribution historique ? Ce faisant l’a-t-il consolidée ou bien en a-t-il oblitéré les possibilités réellement transformatrices ? Et surtout, pouvait-il en être autrement ? Ces questions n’appellent pas de réponse simple et nourriront à coup sûr des appréciations historiennes divergentes. Mais si Béji Caïd Essebsi a été rappelé, c’est que ni la force de la proposition politique du soulèvement, ni même de l’opposition démocratique qui l’a rejoint pour l’encadrer et l’orienter vers une revendication constitutionnelle n’étaient suffisantes pour imposer ses personnalités et sa méthode. Dès lors, l’ordre ancien avait prise sur les temps nouveaux. Dans la balance entre la dynamique de la rupture et l’inertie de la conservation, le second avait l’avantage.

Un point d’équilibre

Encadré par un Conseil de la révolution composé essentiellement de syndicalistes de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de militants d’extrême gauche, le sit-in de Kasbah 2 auquel Béji Caïd Essebsi doit son retour avait adopté comme revendication l’élection d’une Assemblée constituante. Mais lui était partisan d’une élection présidentielle rapide. Les partis, dans cette configuration, auraient eu beaucoup moins de prise sur la rédaction de la Constitution, davantage maîtrisée par le pouvoir. Le résultat aurait été différent. Ce détail oublié a son importance. La bifurcation dans laquelle Béji Caïd Essebsi s’est trouvé embarqué n’était pas celle qu’il aurait souhaitée.

La période intérimaire avant l’élection de la Constituante était encore riche de possibles ruptures : amorcer une transformation du ministère de l’Intérieur, écarter les juges les plus compromis avec l’ancien régime et engager des réformes de structure, faire tomber les citadelles médiatiques construites sous Ben Ali et réguler le pouvoir de l’argent dans les médias… sans doute de tels travaux d’Hercule demandaient-ils une volonté et une force politiques que personne n’avait à ce moment. Y compris Béji Caïd Essebsi. La préservation de ces piliers de l’ancien régime a exercé une influence décisive sur la suite des événements. Mais en porte-t-il seul la responsabilité ?

Le choix de confier la transformation politique et sociale à une Constitution rédigée par une Assemblée a eu pour effet de canaliser l’énergie politique vers la préparation des élections et ainsi de geler le mouvement révolutionnaire. Il n’y avait en Tunisie ni Palais d’hiver à prendre, ni Lénine pour lancer l’assaut et pousser plus loin la rupture avec l’ancien régime. Même s’il n’était pas le seul choix possible, Béji Caïd Essebsi peut être considéré dans ce moment-là comme l’incarnation d’un point d’équilibre au-delà duquel les forces encore structurées de l’ordre ancien auraient pu réagir. Ou céder, mais à quel prix ?

Avec Ennahda, une pacification ambiguë

Son itinéraire aurait pu s’arrêter là, aux élections du 23 octobre 2011. La mission pour laquelle il avait été rappelé était accomplie. Mais était-ce le goût du pouvoir, le besoin de prendre une revanche sur l’histoire et de dépasser son maître en prolongeant son œuvre par la démocratisation ? Était-il investi par des intérêts politiques et financiers menacés par l’évolution politique ? Entendait-il l’appel du devoir historique de bâtir une force politique face à Ennahda ? Sans doute un peu tout cela. En tout cas, dès le 28 octobre, il évoque l’idée d’un nouveau parti qui deviendra Nidaa Tounès. Rien ne garantissait que, même bâtisseur d’une force politique, il en soit, à l’approche de ses 90 ans, le candidat. Mais tout suggère que c’était son ambition. Et il en a eu les moyens : leadership, financements, appui médiatique, soutiens étrangers, réseau de clientèle pour agréger quasiment toutes les oppositions à Ennahda dans un seul parti.

Les tensions de l’année 2013 l’ont installé dans le rôle du négociateur. Le rapprochement entamé à Paris en août 2013 lors de sa rencontre avec Rached Ghannouchi est sans doute le tournant décisif de la transition tunisienne. Les effets de cet apaisement ont durablement transformé le cours des événements et nul doute que le choix personnel Béji Caïd Essebsi a été essentiel.

Mais le résultat de la tractation ne correspond pas forcément à son objectif initial. Dans le cours de la négociation, il avait proposé à Ennahda de garantir le maintien de son premier ministre, Ali Laarayedh, en échange d’une destitution de Moncef Marzouki de la présidence de la République pour y être élu à sa place par l’Assemblée constituante. Offre finalement déclinée. À l’approche de l’échéance du Dialogue national, en décembre 2013, il avait suggéré de confier le pouvoir à un Conseil supérieur de l’État, « placé au-dessus du gouvernement et qui aurait la souveraineté pour exercer le pouvoir […] l’Assemblée constituante et le président de la République devraient avoir un rôle secondaire », selon sa description d’alors. Alors que planait sur la Tunisie l’ombre du coup d’État égyptien du 3 juillet 2013, ces propositions s’apparentaient à une version soft du même scénario. Postures de négociation ou intention réelle, l’essentiel qu’a retenu l’histoire est que le compromis trouvé avec Rached Ghannouchi a préservé les institutions, permis de délivrer une Constitution démocratique, à Béji Caïd Essebsi de pouvoir concourir à la présidence et à Ennahda de quitter le gouvernement la tête haute et d’intégrer, en 2015, une coalition gouvernementale.

Il a le mérite, partagé avec Rached Ghannouchi, d’avoir su déjouer ce que Graham Allison appelle « le piège de Thucydide »6, cette mécanique de l’intérêt, de la peur et de la perception de sa propre puissance qui, si elle n’est pas maîtrisée, conduit inexorablement au conflit. Un excès de peur, une prétention démesurée ou le refus de céder sur ses intérêts immédiats, d’une partie ou de l’autre, auraient rendu la confrontation inexorable. Dans les turbulences régionales des années suivantes, cette alliance a joué un indiscutable rôle d’amortisseur quand les attentats de 2015 visaient vraisemblablement à mettre fin au processus démocratique.

L’invitation de Béji Caïd Essebsi à l’ouverture du 10e congrès d’Ennahda, en mai 2016, marque le zénith de cette entente. En réponse à Ghannouchi qui avait déclaré la réconciliation totale de son mouvement avec l’État, il avait salué le rôle d’Ennahda dans la stabilisation de l’État. Cette configuration a perduré en dépit de la rupture de la coalition à l’automne 2018, signe de sa puissance structurante.

Le sens de cette « unité » consacrée aujourd’hui comme l’héritage de Béji Caïd Essebsi reste néanmoins ambivalent. Perçue par Ennahda comme une reconnaissance, elle est acceptée par les élites établies dans la mesure où elle est une modalité de mise sous contrôle des islamistes. Dans ses discours, il a régulièrement signifié qu’Ennahda demeurait en lisière du collectif national, qu’il n’y était admis qu’à condition de donner régulièrement des gages. Autrement dit, le piège de Thucydide est toujours armé.

Une conception verticale du pouvoir

En décembre 2014, le voici donc élu dans le cadre d’un régime parlementaire qu’il n’a pas souhaité, défini par une Constitution sur laquelle les cadres de la tradition destourienne, les juristes de la vieille école n’ont pas eu leur mot à dire. Dès les premiers mois de 2015, les voix vont se multiplier pour appeler à une représidentialisation. Béji Caïd Essebsi sera leur porte-parole.

Ni le rôle d’un premier ministre adossé à une majorité, ni les contre-pouvoirs parlementaires, ni la décentralisation, ni les instances indépendantes ne font partie la culture institutionnelle de cette famille politique qui aspire à revenir aux affaires. Si aujourd’hui, la Cour constitutionnelle n’est toujours pas en place, c’est parce que ses représentants à l’Assemblée refusent de se lier les mains avec des membres trop indépendants dans des instances qu’ils ne contrôlent pas.

Béji Caïd Essebsi n’avait pas les moyens de réviser la Constitution, mais il n’a cessé de l’appeler de ses vœux. Certes, il a endossé sans réserve le principe de l’État de droit comme l’idée de laisser au peuple les choix des dirigeants, mais dans le cadre d’un exercice vertical et personnel du pouvoir, qui peut dériver vers une conception plébiscitaire de l’élection. Or la démocratie, depuis, s’est enrichie de nouvelles notions et de nouveaux horizons : délibération, décentralisation, horizontalité…, supposés remédier au hiatus entre gouvernants et gouvernés. On ne peut pas dire qu’il ait ouvert la porte à ces nouveaux usages.

Même s’il n’avait pas choisi le régime, Béji Caïd Essebsi a imprimé sa vision à l’exercice de son pouvoir. Que retiendra l’histoire ? Le rôle stabilisateur de l’alliance qu’il a conclue avec Ennahda dans les turbulences géopolitiques, en particulier au moment des attentats de 2015. Son insistance, dès son élection, à faire adopter une loi pour blanchir les hommes d’affaires et les hauts fonctionnaires impliqués dans les crimes économiques sous l’ancien régime, et qui donnera lieu finalement à l’adoption d’une loi de réconciliation administrative. Le recyclage de nombreux cadres du RCD, y compris au gouvernement, au nom de la compétence, comme si, à la compétence ne s’attachaient pas aussi des conceptions politiques. L’histoire retiendra aussi qu’il a consacré une part importante d’énergie politique à gérer les effets politiques de la décomposition de Nidaa Tounès provoquée par la prise de contrôle de son fils sur le parti.

L’histoire retiendra encore qu’il n’a jamais accepté le principe de la Justice transitionnelle, conçue comme un dispositif de gestion du passé destiné à en démarquer le présent et l’avenir. Ce qui précisément il a toujours refusé. Il n’est même pas venu aux auditions publiques organisées par l’instance Vérité dignité à partir de novembre 2016, où l’émotion considérable provoquée par les témoignages sur l’atrocité de la violence de l’État aurait pu servir de point d’appui à une ambitieuse politique de réformes.

Pour entrer dans l’histoire, Béji Caïd Essebsi a lancé l’idée d’une réforme de l’héritage introduisant le principe d’égalité entre hommes et femmes dans les cas les plus courants, dans des conditions qui laissent toutefois penser qu’il s’agissait plus de récupérer la force du symbole que de mettre en œuvre une réforme complexe.

Roman national

Depuis l’indépendance, tous les épisodes de l’histoire sont insérés par la même élite dans la même trame sans rupture. L’inscription de la révolution et de la démocratie dans cette continuité, par l’intermédiaire de Béji Caïd Essebsi, canonisé en quelques jours, est un rapt historique. Les exclus de ce récit sont éternellement relégués au rôle des séditieux, immatures, archaïques, retardataires par rapport au projet national, et n’ont toujours pas le droit d’écrire l’histoire de leur point de vue.

Quels seront les usages et les effets politiques de cette réécriture du passé ? Le vide laissé par sa disparition ouvre un nouvel espace politique, celui du « père de la Nation », de « l’homme fort ». À quelques jours du dépôt de candidatures pour la présidentielle anticipée du 15 septembre, on verra comment cet espace sera investi.

Les peuples ont-ils besoin d’un récit national ? C’est à discuter, mais il ne faut pas s’y tromper, il est toujours au service des puissants. À la différence de l’époque de la dictature, il est possible de questionner les mythes. L’émotion retombée, d’autres voix se feront entendre pour écrire une histoire dans laquelle les Tunisiens ont un autre avenir que celui de suivre la voie indiquée par le prochain « père de la Nation ».

Thierry BrésillonJournaliste, correspondant à Tunis.


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