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	<title>LE QUOTIDIEN D&#039;ALGERIE &#187; Histoire Nationale</title>
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		<title>19 mai 1956 : Appel de l&#8217;UGEMA : &#171;&#160;À quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement&#160;&#187;.</title>
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		<pubDate>Sat, 19 May 2012 17:45:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share “Étudiants algériens ! Après l’assassinat de notre frère Zeddour Belkacem par la police française, après le meurtre de notre frère aîné le docteur Benzerdjeb, après la tragique fin de notre jeune frère Brahimi du collège de Bougie, brûlé vif dans sa mechta incendiée par l’armée française pendant les vacances de Pâques, après l’exécution sommaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="height:33px;" class="really_simple_share robots-nocontent snap_nopreview"><div class="really_simple_share_facebook_like" style="width:100px;"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Flequotidienalgerie.org%2F2012%2F05%2F19%2F19-mai-1956-appel-de-lugema-a-quoi-donc-serviraient-ces-diplomes-quon-continue-a-nous-offrir-pendant-que-notre-peuple-lutte-heroiquement%2F&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=&amp;action=like&amp;colorscheme=light&amp;send=false&amp;height=27" 
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Amara, Lounis, Saber et Taouti aujourd’hui arrachés aux geôles de l’administration française, celle de nos camarades Ferrouki et Mahidi, après la déportation de notre camarade Mihi, après les campagnes d’intimidation contre l’Ugema, voici que la police nous arrache des mains, un matin à la première heure, notre frère Ferhat Hadjadj, étudiant en propédeutique et maître d’internat au lycée de Ben Aknoun, le torture, le séquestre pendant plus de dix jours (avec la complicité de la justice et de la Haute administration algérienne prévenues de son affaire), jusqu’au jour où nous apprenons, atterrés sous le coup de l’émotion, la nouvelle de son égorgement par la police de Djijelli, aidée de la milice locale.<br />
L’avertissement donné par notre magnifique grève du 20 janvier 1956 n’aura-t-il servi à rien ? Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! À quoi donc serviraient ces diplômes qu’on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm. Et nous « les cadavres de demain », on nous offre d’encadrer quoi ?<br />
D’encadrer ? … les ruines et les morceaux de cadavres sans doute, ceux de Constantine, de Tébessa, de Philippeville, de Tlemcen et autres lieux appartenant déjà à l’épopée de notre pays. Notre passivité face à la guerre qu’on mène sous nos yeux nous rend complices des accusations ignobles dont notre vaillante Armée nationale est l’objet. La fausse quiétude dans laquelle nous sommes installés ne satisfait plus nos consciences.<br />
Notre devoir nous appelle à d’autres tâches plus urgentes, plus coopératives, plus catégoriques, plus glorieuses.<br />
Notre devoir nous appelle à la souffrance quotidienne aux côtés de ceux qui luttent et meurent libres face à l’ennemi.<br />
Nous observons tous la grève immédiate des cours et examens et pour une durée illimitée. Il faut déserter les bancs de l’université pour le maquis. Il faut rejoindre en masse l’Armée de libération nationale et son organisme politique le FLN. Étudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats ?”</p>
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		<title>Eclaircies dans la vie d&#8217;un Chahid: MOHAMMED EL-GHAZALI BEN EL-HAFFAF</title>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 20:11:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share par Benyoucef Benkhedda Mohammed El-Ghazali Ben El-Haffaf est né le 1er octobre 1923 à la Casbah d&#8217;Alger. Son père Si Hassan était artisan tourneur en bois; son atelier était à Belcourt, 1, rue de Savoie (aujourd&#8217;hui transformé en garage par son propriétaire Samsoum). Il exécutait les balustres, courtes colonnettes servant à la fabrication des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="height:33px;" class="really_simple_share robots-nocontent snap_nopreview"><div class="really_simple_share_facebook_like" style="width:100px;"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Flequotidienalgerie.org%2F2012%2F05%2F09%2Feclaircies-dans-la-vie-dun-chahid-mohammed-el-ghazali-ben-el-haffaf%2F&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=&amp;action=like&amp;colorscheme=light&amp;send=false&amp;height=27" 
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		<div style="clear:both;"></div><p><a href="http://lequotidienalgerie.org/2012/05/09/eclaircies-dans-la-vie-dun-chahid-mohammed-el-ghazali-ben-el-haffaf/ghazali-belhaffaf/" rel="attachment wp-att-24505"><img src="http://lequotidienalgerie.org/wp-content/uploads/2012/05/ghazali-Belhaffaf.jpg" alt="" title="ghazali Belhaffaf" width="196" height="305" class="alignright size-full wp-image-24505" /></a>par Benyoucef Benkhedda</p>
<p>Mohammed El-Ghazali Ben El-Haffaf est né le 1er octobre 1923 à la Casbah d&#8217;Alger. Son père Si Hassan était artisan tourneur en bois; son atelier était à Belcourt, 1, rue de Savoie (aujourd&#8217;hui transformé en garage par son propriétaire Samsoum). Il exécutait les balustres, courtes colonnettes servant à la fabrication des moucharabieh. On peut encore les admirer aujourd&#8217;hui à la mosquée Ibn Khaldoun à Belcourt ou dans la boiserie qui orne la Grande poste. Il produisait aussi des ghaïta pour les festivités, des pièces de bois torsadées pour pieds de meubles.</p>
<p>Dans les années 1930, le courant religieux de l&#8217;Islah domine dans les villes; il est représenté en Algérie par l&#8217;Association des Oulama dont le siège: Nadi Ettaraqui (Cercle du Progrès) se trouvait Place des martyrs (ex-Place du Gouvernement). Une annexe du Nadi existait à Belcourt; Si Hassan fréquente plutôt le Cercle du Progrès comme beaucoup d&#8217;Algérois attirés par les conférences et les cours de Cheïkh Tayeb El Okbi dont le verbe et l&#8217;éloquence fascinaient l&#8217;auditoire. Puis, il se retire, lorsque une certaine &laquo;&nbsp;politique&nbsp;&raquo; fait son entrée au Cercle, partagé entre les préoccupations de sa profession et l&#8217;avenir de ses enfants qu&#8217;il élève dans le strict respect de la foi en l&#8217;unicité de Dieu, débarrassée des scories de la superstition et du charlatanisme. Grâce aux économies qu&#8217;il avait amassées, il se transporte près de son lieu de travail, au Ruisseau où il a pu obtenir un logement dans une cité nouvellement construite où les locataires sont européens dans leur quasi-totalité.</p>
<p>Si Hassan était un conteur-né rapporte Zine Moumdji un ami de Ghazali, qui militait dans le même parti: le PPA. Il ne fréquentait pas les cafés; il préparait lui-même le café, pour lui et ses visiteurs, dans son atelier où se retrouvaient jeunes et vieux. «Si Hassan, dit Moundji, on prenait plaisir à l&#8217;écouter. Nous nous abreuvions de ses paroles dans ce cercle miniature représentatif de la société algérienne où régnait encore la tradition orale dans les années 40 à l&#8217;ère du nationalisme naissant».</p>
<p>Ghazali va à l&#8217;école publique française jusqu&#8217;au niveau du certificat d&#8217;études. Il suit des cours de sténo-dactylo à l&#8217;Ecole Bégué du Ruisseau, puis un stage de formation accéléré à l&#8217;EPI (Ecole primaire industrielle, du Ruisseau), en même temps qu&#8217;il apprend le Coran sur une planchette comme tous les petits Algériens de son âge. Il s&#8217;aide de la traduction française pour en saisir l&#8217;esprit, ne maîtrisant pas suffisamment l&#8217;arabe, langue étouffée par le colonisateur.</p>
<p>Ghazali était un être sensible. Il aimait le dessin dont il suivait les cours à l&#8217;école des Beaux-arts. Il était connu pour sa convivialité avec les Algériens comme les Européens parmi lesquels il avait beaucoup d&#8217;amis, aidant les personnes âgées ou malades dans de menus services. Il aimait la musique et jouait du violon, de la mandoline et du luth.</p>
<p>Il était de grande taille, mesurait 1,81 mètre, pratiquait l&#8217;athlétisme notamment le saut en hauteur.</p>
<p>Il travailla à l&#8217;agence postale du Ruisseau, ensuite à Hussein Dey dans une entreprise de bois Chaulet-Nicole et Longobardi où il procédait à la décoration des jouets, tout en essayant de faire embaucher certains de ses compagnons de lutte. En fin de compte, il préfère se retirer dans l&#8217;atelier de son père qu&#8217;il aide dans ses travaux.</p>
<p>Il militait au PPA dans le Comité des jeunes de Belcourt dirigée par Mohammed Belouizdad dont il était l&#8217;ami-confident et dont le champ d&#8217;activités couvrait non seulement Belcourt mais Kouba, Hussein-Dey, El-Harrach, Champ-de-manœuvres (l&#8217;actuelle Place du 1er mai). L&#8217;organisation était divisée en 4 districts et l&#8217;un d&#8217;eux était dirigé par Ahmed Mahsas assisté de Ghazali. Devenu conférencier par nécessité, celui-ci ne négligeait pas pour autant la lutte armée. Il avait caché dans l&#8217;atelier de son père, et à l&#8217;insu de ce dernier, une grande caisse de grenades quadrillées et des revolvers provenant du stock américain des années 1942-1944 lors du débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du Nord, le tout sous le plancher où reposait une grosse machine de menuiserie appelée la toupie.</p>
<p>Dix ans après, en 1955-1956, un militant de Belcourt, taxieur de profession, Si Mohammed Zekkal était venu voir Si Hassan et l&#8217;avait entretenu de ces armes. Il lui révéla qu&#8217;elles se trouvaient dissimulées sous la toupie. Zekkal a emporté les armes en 1955-1956 et les a transportées au maquis.</p>
<p>Reda, le frère cadet de Ghazali, relate l&#8217;évènement:</p>
<p>« Après avoir démonté la toupie, de nuit, à la lueur d&#8217;une bougie, nous avons déterrées les armes. Mon père assistait à l&#8217;opération. Il était stupéfait devant la quantité d&#8217;armes en même temps que par l&#8217;audace de son fils et sa discrétion absolue dans cette affaire (le vieux n&#8217;en avait jamais rien su), qualité qu&#8217;il avait acquise au cours de son activité clandestine dans le PPA.</p>
<p>Abdelkader Stamboul, beau-frère de Ghazali, les avaient nettoyées de la rouille. Elles alimentèrent l&#8217;Insurrection déclenchée le 1er Novembre 1954. Abdelkader Stamboul avait déserté l&#8217;armée française au moment de son embarquement pour la France pour prendre le maquis en Algérie. Il mourra &#8230;</p>
<p>La France avait mobilisé dès 1939 les Algériens dans sa guerre contre l&#8217;Allemagne et Ghazali avait reçu &laquo;&nbsp;l&#8217;ordre d&#8217;appel&nbsp;&raquo; pour se présenter aux autorités militaires le 8 mai 1945; il avait déjà décidé de ne pas y répondre. »</p>
<p>LE JOUR DU DESTIN</p>
<p>Le 1er mai 1945, Ghazali sort de la maison familiale en début d&#8217;après-midi, après avoir fait ses ablutions et accompli une prière spéciale, (une prière d&#8217;adieu, comme s&#8217;il avait le pressentiment de ne plus jamais revenir). Reda, son frère, moins âgé que lui de 7 ans, le suit. &laquo;&nbsp;Retourne à la maison&nbsp;&raquo;, lui dit-il sur un ton péremptoire. Reda fait mine d&#8217;obéir mais n&#8217;en continue pas moins de le suivre. Ghazali prend le Tramway et s&#8217;arrête à Belcourt où un groupe de jeunes l&#8217;attend. &laquo;&nbsp;A ce moment-là, dit Reda, je le quitte et monte dans le Tramway qui mène à la Place des martyrs. J&#8217;avais vaguement entendu parler d&#8217;un rassemblement à cet endroit. Je n&#8217;ai constaté là aucun attroupement. Après avoir tourné en rond, j&#8217;ai pris la rue Bab-Azzoun, j&#8217;ai traversé le square Port-Saïd (ex-Bresson) et je me suis dirigé vers la Grande Poste par la rue Ali Boumendjel et la rue Ben M&#8217;hidi. Fait étrange! Soub Hane Allah (سبحان الله). J&#8217;étais loin de penser que le trajet que je suivais allait être celui de Ghazali et de son cortège une heure plus tard. Puis, je suis rentré à la maison.&nbsp;&raquo;</p>
<p>La direction du PPA avait appelé à une marche ce jour-là. Les motifs étaient doubles:</p>
<p>- protester contre l&#8217;enlèvement de son chef Messali qui venait d&#8217;être arrêté et déporté au Congo-Brazzaville, le18 avril 1945,<br />
- profiter du 1er mai, journée symbolique des travailleurs pour affirmer aux yeux du monde et des alliés qui s&#8217;apprêtaient à célébrer l&#8217;armistice après une guerre de 6 ans le droit du peuple algérien à l&#8217;indépendance.</p>
<p>Trois cortèges, partis simultanément de la Place des martyrs, de Sidi Abderrahmane et de la Haute Casbah, devaient défiler, chacun selon un itinéraire préétabli. Le point de chute était l&#8217;esplanade de la Grande Poste.</p>
<p>A 17 heures sonnantes à l&#8217;horloge de la mosquée Djamaâ-El-Djédid, le cortège de la Place de martyrs s&#8217;ébranle, banderoles déployées. Ghazali l&#8217;attendait au Square Port-Saïd, allant d&#8217;un groupe à l&#8217;autre (une soixantaine d&#8217;hommes en tout environ, selon Ahmed Haddanou (Kaba) qui en faisait partie). Kaba précise: «Ghazali prit alors la tête du cortège; à ses côtés un militant levait le drapeau vert et blanc frappé du croissant et de l&#8217;étoile rouges, dont la vue faisait vibrer d&#8217;émotion les jeunes militants assoiffés de justice et de liberté et beaucoup d&#8217;Algériens qui le voyaient pour la première fois».</p>
<p>La veille, Ghazali avait dessiné le drapeau sur un drap que lui avait remis sa mère. Au préalable, dans l&#8217;après-midi, il avait profité de l&#8217;absence de la maison de sa mère et de ses sœurs sorties pour une visite familiale pour mettre les choses au point. Il s&#8217;était enfermé, seul, dans un petit débarras de 3 mètres sur 1 mètre 50 où il avait coutume de se retirer. Il y passa la nuit à peindre le drapeau et à porter des inions sur des morceaux de drap dont il fera des banderoles. Reda ne se souvient que l&#8217;une d&#8217;elles qui portait le mot: «Indépendance.»</p>
<p>Haddanou poursuit: «Le cortège parti de la Place des martyrs, suivit la rue Bab Azzoun, traversa le square Port-Saïd et par la rue Ali Boumendjel déboucha sur la rue Ben M&#8217;hidi (ex-d&#8217;Isly); et c&#8217;est à la hauteur du cinéma Casino qu&#8217;il se trouva face à face avec un important cordon de policiers, une cinquantaine, armés de revolvers. Il s&#8217;arrêta net. A la sommation de leur chef: &laquo;&nbsp;Remettez le drapeau! &nbsp;&raquo; Ghazali réplique fort: &laquo;&nbsp;Illel-Amame! &nbsp;&raquo; (En avant!) Il tombe sous les balles assassines des policiers. Ensanglanté, il se retourne vers son compagnon, le porte-drapeau: «Ne le leur abandonne pas» lui dit-il.</p>
<p>Au moment où il gisait sur la chaussée dans une mare de sang, consumé par la soif, vint à passer quelqu&#8217;un de sa famille qui habitait dans le quartier, la rue du Coq: &laquo;&nbsp;Donne-moi à boire, &nbsp;&raquo; lui dit-il. Une plaque commémorative fixée au 14, de la rue Ben M&#8217;hidi marque l&#8217;endroit où tombèrent lui et ses compagnons.</p>
<p>Devant la fusillade le cortège s&#8217;était éparpillé. Les gens fuyaient de tous les côtés. La rue se vida instantanément laissant apparaître des quantités de chaussures, de savates et de boites à cirage que les petits cireurs avaient lancées à la face des policiers. &laquo;&nbsp;C&#8217;était une image qui m&#8217;est resté&nbsp;&raquo; affirme Ahmed Haddanou qui était à quelques pas de Ghazali.</p>
<p>Les blessés furent transportés à l&#8217;hôpital Mustapha. Certains purent s&#8217;échapper pour éviter de tomber entre les mains de la police. D&#8217;autres succomberont. Les victimes connues furent:</p>
<p>- Abdelkader Ziar,<br />
- Mohammed El Ghazali Ben El Haffaf,<br />
- Ahmed Boughlamallah,<br />
- Abdelkader Kadi.</p>
<p>Moins connu fut un jeune de 17 ans: Abdelkader Boualemallah (Guada). On dit que le bilan de cette journée fut de 17 morts. Les familles endeuillées n&#8217;osaient pas déclarer leurs morts par crainte des représailles de la police.</p>
<p>A la morgue de l&#8217;hôpital furent alignés les cadavres. Des amis de Ghazali avaient couru chez Si Hassan pour lui annoncer, non pas la nouvelle de la mort de son fils, mais sa présence à l&#8217;hôpital. C&#8217;étaient: Ahmed Aroua, Zine Moumdji et Ahmed Haddanou.</p>
<p>Aroua, étudiant en médecine, accompagne Si Hassan jusqu&#8217;à l&#8217;hôpital où il le fit pénétrer dans la morgue. Là, Si Hassan, retenant son souffle, jette un regard sur les cadavres recouverts d&#8217;un drap. L&#8217;un d&#8217;entre eux attire son attention par sa grande taille et ses pieds dépassant la longueur du drap. A l&#8217;orteil exceptionnellement court de son pied droit il reconnut son fils. Il s&#8217;approche de lui, découvre son visage, cireux, figé par la mort. Il tombe évanoui. Aussitôt on l&#8217;évacue. Il se retrouve en dehors de l&#8217;hôpital entouré des personnes qui l&#8217;avaient accompagné. Elles le ramènent chez lui.</p>
<p>Lorsque la mère de Ghazali et ses enfants apprennent la terrible nouvelle, ils se hâtent de faire disparaître de la maison tout ce qui était &laquo;&nbsp;compromettant&nbsp;&raquo;, dans la crainte d&#8217;une descente de la police. Pots de peinture et pinceaux sont enterrés dans les pots de fleurs, ainsi que des caractères d&#8217;imprimerie (qui servaient probablement à l&#8217;impression de L&#8217;Action Algérienne, journal clandestin du PPA, paraissant depuis 1944). Un portrait de Messali que le défunt avait dessiné au fusain fut dissimulé à l&#8217;intérieur de la cheminée.</p>
<p>A la maison se succèdent les visites des mères, sœurs et épouses des militants et des voisins venus exprimer leur douleur et leur solidarité à la famille. Si les uns la confortent moralement, d&#8217;autres par contre se laissent aller maladroitement à faire des reproches à Ghazali et à son comportement, augmentaient la douleur et le chagrin de ses proches. Si Hassan verra son diabète monter.</p>
<p>Durant plusieurs semaines, la mère éplorée, parcourt en compagnie de sa fille Fatiha âgée de 13 ans, tous les cimetières d&#8217;Alger et de la banlieue à la recherche de la tombe de son fils. Les autres familles font autant pour leurs proches. Les cimetières étaient gardés par des militaires. Peine perdue! Aucune trace! Les autorités administratives questionnées demeuraient muettes. On fait même intervenir un notable algérien. Ce n&#8217;est qu&#8217;au bout de deux mois, que les familles des disparus apprennent par ouïe-dire que leurs morts se trouveraient au cimetière El Alia où sont enterrés les morts des deux guerres 1914-1918 et 1939-1945 Chrétiens, Musulmans et Juifs.</p>
<p>La mère et sa fille s&#8217;y rendent. Elles rencontrent le fossoyeur qui leur indique la tombe de Ghazali et celles de ses compagnons. Celle de Ghazali ne porte pas son nom mais l&#8217;épitaphe: «Hamouz décédé le 3 mai 1945». Les membres de la famille vont régulièrement se recueillir sur sa tombe. Ce n&#8217;est qu&#8217;en 1950 que les autorités coloniales accordent aux familles l&#8217;autorisation d&#8217;ouvrir les tombes et de disposer de leurs morts.</p>
<p>Aussitôt Si Hassan décide de transférer les ossements de son fils au cimetière le plus proche de la famille celui de Sidi M&#8217;hammed. Mais les amis de Ghazali veulent médiatiser l&#8217;événement en projetant de faire appel à la population. Si Hassen n&#8217;est pas de cet avis. Il appréhende l&#8217;intervention de la police qui ne manquerait pas d&#8217;intervenir. De El Alia à Sidi M&#8217;hammed il annonce un faux itinéraire. Dans l&#8217;épreuve, il est soutenu par son beau-frère et ami Mohammed Kortobi. Ce n&#8217;est qu&#8217;une fois arrivés au cimetière de Sidi M&#8217;hammed que les Belcourtois découvrent le cercueil. Si Hassan les avait devancé. &laquo;&nbsp;Je ne voulais pas, leur dit-il, être responsable de la mort d&#8217;autres personnes. &nbsp;&raquo;</p>
<p>Ghazali était croyant. Pour lui, nationalisme et Islam se confondaient. Le problème ne se posait même pas pour lui. A sa mère qui voulait le marier, il disait avec un sourire inspiré: &laquo;&nbsp;Je me marierai avec une houri du Paradis&nbsp;&raquo;. Sa sœur aînée a déclaré qu&#8217;avant le 1er mai, il avait accompli Salate el-istikhara.</p>
<p>Bienheureux Ghazali qui porte le nom de l&#8217;illustre savant-soufi Abou Hamad El-Ghazali auteur de nombreux ouvrages qui ont vivifié les sciences islamiques. Combien j&#8217;aurai aimé être à tes côtés en ce 1er mai 1945 pour partager ton sort: mourir en chahid pour la cause de Dieu.</p>
<p>Qu&#8217;Allah te comble de son Pardon et de sa Miséricorde et tous les valeureux chouhada de mai 1945 qui ont été un exemple pour toute une génération de jeunes dans la lutte pour l&#8217;indépendance, préparant ainsi la voie au 1er Novembre 1954.</p>
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		<title>- REGARD (PARTIEL ET PARTIAL) SUR L’INDÉPENDANCE -</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Apr 2012 12:45:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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<p>In http://elhadichalabi.free.fr</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>El-Hadi Chalabi</p>
<p>Dans son édition du 23 février 2012, Le Soir d’Algérie offre à ses lecteurs un article avec le chapeau suivant :</p>
<p>« Au quatrième jour de l’opération menée par l’ANP à Aït Amrane (Boumerdès) contre un important groupe de terroristes de la katiba El-Arkam, affiliée à Aqmi, les cadavres des cinq terroristes ont été exposés au public » (ainsi souligné dans le texte).</p>
<p>La suite développe le résultat de l’opération militaire :</p>
<p>« Les corps de cinq terroristes ont été exposés, ce mercredi, pendant quelques heures, au public sur la RN 12 (Boumerdès-Tizi-Ouzou) à l’endroit même de l’attentat à la bombe commis dans la matinée de dimanche contre un bus de voyageurs assurant la liaison entre Tizi-Ouzou et Blida. Beaucoup de citoyens et d’automobilistes se sont arrêtés pour voir de près les responsables de la tuerie. Par la suite, les corps ont été enlevés et auraient été évacués vers la morgue de l’hôpital de Bordj Menaiel »<br />
( souligné par nous).</p>
<p>Dans le numéro du 29 février 2012, l’auteur revient sur le sujet en reprenant les informations sur l’attentat à la bombe du 20 février, au passage d’un bus et d’un convoi militaire, qui avait fait « cinq morts et six blessés » :</p>
<p>« Pour rappel, au lendemain de cet attentat contre le car qui assurait la navette entre Tizi-Ouzou et Blida, les services de sécurité avaient exposé brièvement les corps de cinq terroristes qu’ils avaient éliminés à Aït Amrane, signifiant aux émirs d’Aqmi, que s’ils s’attaquent aux paisibles citoyens sans défense, c’est le sort qui les attend ».</p>
<p>D’une édition à l’autre, la rédaction du journal négocie quelque peu le temps durant lequel les corps sans vie sont exposés. Il en résulte que si le temps de la macabre mise en scène semble poser problème au point d’en réduire la longueur, le but essentiellement visé ne fait l’objet d’aucun examen. Il reste entendu que le procédé est parfaitement intériorisé comme pédagogie de l’exemplarité délivrée publiquement à la population saisie dans ses deux dimensions, celle des victimes et celle des criminels.<br />
Aux unes, il s’agit de démontrer qu’elles sont vengées.</p>
<p>Aux autres, il importe de tracer les lignes réparatrices d’expiation des crimes perpétrés.</p>
<p>Au-dessus des deux se tient le bras armé qui, au nom de son ordre propre, alimente en haine et en vengeance une société compartimentée dans la terreur et l’humiliation. Contraire à toutes les règles de la morale et des lois de la guerre, le recours à la profanation des corps sans vie des adversaires, fussent-ils qualifiés de terroristes, est de pratique courante dans les années quatre-vingt dix. En usage sur tous les points du territoire, elle a marqué autant la banlieue d’Alger que les villages ou les chefs-lieux de wilaya d’est en ouest. On se souvient comment le corps sans vie de Mohammed Maadad dit Dachdache a été exposé toute une journée sur le rond point du quartier Tlidjen dit « Boumarchi » à Sétif. Un peu partout, l’exhibition de corps mutilés, Humilier les morts, terrorriser les vivants. Regard (partiel et partial) sur l&#8217;indépendance</p>
<p>trophée de la lutte anti-terroriste, n’est, ni plus ni moins, qu’une mise en demeure enjoignant à une population déchirée de choisir son camp. En novembre 1994, les quotidiens Liberté et El Watan publient les photos de corps dénudés de deux jeunes filles de Birtouta. Au nom du rétablissement de l’ordre, l’armée rejette la barbarie sur les terroristes faisant de celle-ci un acte protecteur contre la terreur.</p>
<p>Les pratiques des années quatre-vingt-dix, jamais tout à fait éteintes, renaissent avec beaucoup plus de vigueur depuis trois années environ en Kabylie, accompagnant en quelque sorte, le troisième mandat de A. Bouteflika. Cela met fin en même temps à la fameuse « exception kabyle » exploitée de manière outrancière dans les milieux berbéristes et qui prétendait tenir la région, « fief des démocrates », hors de portée de l’activité terroriste.</p>
<p>En revanche, la relance du terrorisme dans sa dimension militaire, avec ses procédés de terreur organisée en direction de la société, relayés par une presse soucieuse de légitimer de tels actes, érige en modèle cette conception de l’armée nationale. Tout cela atteste la reconduction des pratiques de la terreur de l’armée coloniale et l’intériorisation des moyens techniques et psychologiques propres à infliger des souffrances planifiées aux populations. C’est dans cette violence combinée du passage<br />
avorté du monde colonial à celui de l’indépendance que se lit l’échec de l’armée nationale populaire (ANP) comme ciment de la nation.</p>
<p><strong>- QUI SE SOUVIENT DE M’SILA, L’ARBAA, CLOS SALEMBIER, BEROUAGHIA… -</strong></p>
<p>Par souci de protection de la population, le colonel Antoine Argoud avait fait de l’exposition des cadavres de suspects exécutés « un impératif de justice et d’efficacité conforme au respect de l’éthique occidentale et chrétienne » (La décadence, l’imposture et la tragédie. Fayard, 1974). Le 22 mai 1956, il expose à M’sila les cadavres d’une trentaine de « rebelles » tués la veille. Chargés sur des autocars, les corps sont exhibés, auparavant, dans les différents villages alentour. Le même procédé a été réservé en 1996 aux cinq hommes de la famille Zebbiche de Aïn Oulmène : un véhicule militaire offrant en spectacle les corps sans vie parcourt les villages de la daïra (sous-préfecture).</p>
<p>Antoine Argoud se fait juge unique et ordonne l’exécution sur la place publique de tous les suspects dont les corps sont systématiquement exposés :</p>
<p>« Ayant commandé un secteur à l’Arba pendant la bataille d’Alger en 1957, ne voulant pas appliquer la justice mise à ma disposition parce que j’étais responsable de vies humaines, civiles ou militaires…je fusillais après une enquête précise, serrée, aidée par les inspecteurs de la police judiciaire, les assassins ou les responsables sur la place publique » ( Cité par P. Vidal-Naquet. La torture dans la république. Paris, Éditions de Minuit, 1972, p.43).</p>
<p>Ces pratiques d’utilisation courante ont été au cœur des objectifs définis par les officiers de l’action psychologique pendant la guerre de libération nationale pour défaire militairement le FLN. L’exposition des cadavres relèvent bien de pratiques terrorisantes sur la population tandis que l’humiliation de l’adversaire post mortem entend représenter la domination absolue exercée sur l’ennemi défait, sur son corps, reniant son humanité, au-delà de la mort.</p>
<p>Les pratiques outrageant les morts font partie de l’histoire de la colonisation et ne sont que les représentations courantes faites de l’Arabe, de l’Indigène. L’une des dernières synthèses sur le sujet est faite par O. Le Cour Grandmaison : Humilier les morts, terrorriser les vivants.</p>
<p>« les Arabes sont toujours traités comme des animaux sauvages qui, une fois tués, sont abandonnés après qu’on a pris soin de prélever leur tête pour certifier le succès d’une traque victorieuse » (Coloniser Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial. Paris, Fayard, 2005, p. 156 et suivantes).</p>
<p>Les corps de Amirouche et Si El Haoues sont longuement exposés après avoir été embaumés ( R. Branche. La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954- 1962. Paris, Gallimard, 2001).</p>
<p>Claire Mauss-Copeaux restitue des fragments de mémoires d’Appelés en Algérie qu’elle résume dans ce passage :</p>
<p>« Les souvenirs de sépultures violées, de corps suppliciés, dénudés, exposés sur le capot d’un camion ou sur la place de la ville, pourrissant sous une tôle ou jetés comme des charognes parmi les ordures, sont signalés par les interviewés. La privation de sépulture était une violence ordonnée par les gradés ; elle visait, en ajoutant la répulsion à l’horreur, à réduire les adversaires tués à un état d’abjection absolue et à les exclure de la communauté humaine. Elle témoignait d’une haine de l’autre qui se poursuivait au-delà de la mort. Plus encore que les autres sévices, ces interdits transgressés ont profondément choqué les interviewés et leur remémoration les laissent complètement démunis. La violence imposée par l’armée a été très mal vécue par la plupart des interviewés et sa malédiction pèse toujours sur leur mémoire. Le silence, complice de la violence, n’a rien résolu. Leur parole laborieuse est une tentative de rejeter sa loi et de témoigner » ( Appelés en Algérie. La parole confisquée. Paris, Hachette Littératures, 1998, p.162 ).</p>
<p>Le modèle de justice appliqué par Antoine Argoud, pour peu que la réflexion sur la violence ne soit pas réduite à une simple commande de propagande, est frappé du signe de la continuité de procédés pratiqués sur le même territoire, les mêmes populations, que rien ne sépare sauf les générations et le contexte consécutif à la succession d’Etats.</p>
<p>On est donc très éloigné de la leçon que tente de délivrer un anthropologue qui consacre un ouvrage aux « Lois du chaos » en Algérie faisant de la violence une spécificité purement islamique. Invoquant un phénomène qu’il juge singulier, « la réislamisation de la société », l’auteur des « Lois du chaos » pose une question dans laquelle se reconnaîtront, pour y avoir apporté les réponses qui leur convenaient, les responsables de toutes catégories, militaires et politiques, journalistes et intellectuels qui ont choisi de faire la guerre à la société, en la quadrillant dans une division de nature à perpétuer la barbarie :</p>
<p>« Comment en est-on arrivé, dans un des pays arabes les plus proches historiquement et géographiquement de l’Occident et de sa modernité, à adopter la violence extrême comme mode d’expression politique sur fond de fondamentalisme islamiste? ». (A. Moussaoui. De la violence en Algérie. Les lois du chaos. Alger, Barzakh, 2006). Derrière « la subjectivité de la symbolique des moudjahidines » de la guerre de libération nationale, l’anthropologie néocoloniale est à l’œuvre : « …Les moudjahids, des héros pour les Algériens, sont vus comme des terroristes par les colons » (sic, entretien à El Watan du 15 janvier 2007, au lendemain de la présentation du livre au Centre culturel français à Alger).</p>
<p>Inscrit dans un processus de mise en scène de la terreur, cet ouvrage reprend dans les formes universitaires la ligne éditoriale de la presse sur le rôle protecteur de l’armée face aux groupes islamistes dans une orchestration des crimes qui leur sont systématiquement attribués.</p>
<p><strong>- UNE REPRODUCTION : LES PRATIQUES DE LA TERREUR -</strong></p>
<p>Dans les années quatre-vingt dix, l’Islamiste de l’Algérie indépendante a remplacé l’Arabe, le Kabyle, de l’Algérie coloniale aux yeux des détenteurs du droit de vie et de mort sur les populations. Ce regard ne se limite pas, loin de là, à l’armée. Il ne se limite pas non plus aux organes sécuritaires. A l’une comme aux autres, les services spéciaux impriment les orientations codées selon une morale inspirée des services d’action psychologique de l’armée coloniale assorties d’un avantage multiplicateur, le<br />
circuit fermé, et de sa déduction logique, l’absence de recours. Au point de généraliser la torture, de procéder (ou de faire procéder notamment par des milices armées) à des massacres de population et aux exécutions sommaires. Dans une programmation qui se traduit par des milliers de disparus appelant à un bilan qui reste à faire, les forces spéciales de la sécurité militaire dictant à l’armée les conduites à tenir, sont secondées par les médias qui accueillent, en grand nombre, les intellectuels abondant dans le<br />
sens voulu.</p>
<p>Ce croisement entre médias et intellectuels opérés selon des techniques de clonage par les ténors de la sécurité militaire fournit des experts capables de reconstruire la société algérienne sur le modèle de la société coloniale, se faisant fort de nous persuader que les Algériens se divisent en deux espèces, l’une voyant dans l’autre sa négation qu’il faut soit réduire, soit détruire. Cette psychologie sociale fondée sur une reconstruction de « l’Autre » à exterminer, mise à l’honneur dans les années quatre-vingt où les heurts se multiplient en différents points de l’espace social, trouvera sa pleine expression dans les années quatre-vingt-dix en présidant à la politique de la terreur.</p>
<p>L’article du Soir d’Algérie, inscrit dans les signes d’une terreur toujours en réserve, assigne à la violence une permanence modulée selon les impératifs mis à jour par les stratèges de la prospective. Le rebondissement de la violence retravaillé et restitué par la presse apparaît avec des effets multipliés.</p>
<p>La Kabylie perd sa prétendue spécificité dans un maquis prospère pour terroristes résistant à un quadrillage de la région et à des opérations militaires quasi hebdomadaires.</p>
<p>Le 23 juin 2011, une bombe explose au passage d’un détachement de l’ANP à proximité de l’hôpital d’Azazga. Cela donne lieu à une véritable expédition vengeresse contre les riverains et un ouvrier de 42 ans, blessé, est achevé par des militaires qui saccagent tout sur leur passage, commerces et habitations. En réponse, le 25 juin, une manifestation transforme Azazga en ville morte, à une douzaine de kilomètres du cantonnement militaire.</p>
<p>Les engagement des unités spéciales succèdent aux embuscades et les échanges meurtriers entre militaires et terroristes, ou présumés tels, se multiplient dans la wilaya de Boumerdès. La presse livre une véritable cartographie en restituant les origines des terroristes tués, arrêtés ou recherchés : Aït-Amrane, Thenia, Ammal, Si Mustapha, Zemmouri, Leghata, Les Isser, El-Hamra, Bordj Menaiel. Parties du chef- lieu de daïra, les indications se font plus précises en désignant les villages et même<br />
les quartiers abritant ou susceptibles d’abriter une population de terroristes. C’est ce qui ressort, notamment, des articles précités du Soir d’Algérie.</p>
<p>L’année 2011 et les débuts de 2012 sont parsemés de faits renouant avec les années quatre-vingt-dix : torture et assassinats de civils, expéditions punitives, enlèvements, disparitions.</p>
<p>Le 23 octobre 2011, Noureddine Belmouhoub, porte-parole du Comité de défense des anciens internés de sûreté du Sud, est enlevé par des agents de la sécurité militaire en plein centre d’Alger à proximité de la Maison de la presse. Relâché dans la nuit du 25 Humilier les morts, terrorriser les vivants. Regard (partiel et partial) sur l&#8217;indépendance au 26 octobre, il relie son enlèvement à la plainte déposée quelques jours auparavant contre le général Khaled Nezzar.</p>
<p>Le 25 février 2012, le Réseau d’avocats pour la défense des droits de l’homme (RADDH) dénonce les disparitions, harcèlements, menaces de prise d’otages conditionnés par la reddition des personnes recherchées. Quatre familles sont ainsi l’objet de ces menaces dans la commune de Ouled Aïssa, dans la wilaya de Boumerdès. Au moins vingt personnes appartenant aux communes de Djenat, Baghlia et Sidi Daoud sont considérées comme disparues. Leur arrestation, à l’instar de celle de Nesnas Hamza, est menée par des agents en civil opérant à bord de « 4-4 Toyota ».</p>
<p>La violence ainsi imprimée à la vie quotidienne se double d’un embrigadement de la justice au profit des tortionnaires et des assassins dont elle assure, par une protection judiciaire élaborée, l’immunité absolue.</p>
<p>Mohamed Hadj Smaïn, militant des droits de l’homme, ancien responsable de la LADDH à Relizane, est ravalé au rang de délinquant pour avoir écouté sa conscience en dévoilant par voie de presse, le 3 février 2001, les actions d’escamotage de charniers par les services de la gendarmerie et par la milice d’un seigneur de guerre local, Hadj Fergane.</p>
<p>Poursuivi et condamné une première fois, le 5 janvier 2002, par le tribunal correctionnel de Relizane à deux mois de prison ferme et à diverses amendes totalisant 150000 dinars pour « diffamation », « outrage » et « dénonciation de crimes imaginaires », il fait appel devant la cour qui aggrave la condamnation et la porte à une année de prison ferme et 210000 dinars d’amende. Cette décision est cassée par la<br />
Cour suprême pour « non respect des règles requises dues à un procès équitable ». De retour devant la cour, celle-ci retient la « dénonciation de crimes imaginaires » et la « dénonciation calomnieuse » qui se traduisent, le 26 octobre 2007, en deux mois de prison ferme, 80000 dinars d’amende et 10000 dinars de dommages et intérêts pour chacun des plaignants, au nombre de dix anciens miliciens.</p>
<p>Le 29 octobre 2007, Hadj Smaïn fait appel de l’arrêt devant la Cour suprême qui refuse de le suivre dans ses conclusions et lui notifie, le 14 décembre 2011, la confirmation de la condamnation du 26 octobre 2007.</p>
<p>Derrière les souffrances et l’arbitraire, au bout d’une douzaine d’années de harcèlement, le questionnement suivant vient à l’esprit : combien faudrait-il de Mohamed Hadj Smaïn pour que l’on arrive à savoir ce que sont un charnier, des massacres impunis? Comment différencier victimes et bourreaux ? Comment lire les codes ? Selon quel sens et où trouver celui-ci si, en dernière instance, on ne s’interroge pas sur ceux qui en détiennent la garde. Hadj Smaïn a-t-il été jugé par des mercenaires habillés en juges ou par des juges obéissant à des codes mercenaires ?</p>
<p>Quid du mercenaire et du mercenariat ?</p>
<p><strong>- L’INDEPENDANCE EN PROIE AU MERCENARIAT-</strong></p>
<p>Le Code pénal traite dans cinq articles, 150 à 154, des infractions relatives aux sépultures et au respect dû aux morts. Il semble pourtant qu’il n’est ni applicable ni appliqué en l’état. Il subit un toilettage de fait au bout duquel la requalification du mort s’accompagne de celle du délinquant et de l’acte prétendument incriminé.</p>
<p>L’exposition des cadavres n’est pas un délit pour le militaire, pas plus pour le journaliste qui bénéficie d’une extension de l’immunité appliquée au premier. Le bras armé se prolonge à toutes les expressions censées figurer l’Etat, l’administration ou la justice. Exprimant au plus haut degré une violence sans limite sur tout le territoire, sur Humilier les morts, terrorriser les vivants. Regard (partiel et partial) sur l&#8217;indépendance et au sein de toutes les structures, l’armée, au cours des vingt dernières années, a donné libre cours à l’étendue de son pouvoir. Ce dernier ne peut être exercé à ce point sans une organisation élitaire au sens d’efficacité de domination, qui maîtrise d’abord le lieu d’exercice de cette force infinie. La sécurité militaire joue ce rôle de maîtrise et d’unification ; missions et moyens sont définis à l’intérieur du cercle qui juge, condamne et exécute, d’abord en son sein puis dans toute la société, selon un objectif unique : le monopole de la contrainte et de la direction. Consacrée comme dépositaire de la souveraineté de l’Etat et de la nation, l’armée n’a jamais été ce creuset révolutionnaire susceptible de renverser les tendances mercenaires qui marquent ses appareils et centres de commandements depuis cinquante ans. La stérilité de son discours politique est naturellement communiquée à l’État et à la société.</p>
<p>Dans les crises successives qui secouent l’État et la société, nulle tendance ou force ne pourra en émerger pour mettre fin à des dérives où la répression, l’injustice, la corruption et l’agencement privatisé de l’administration et des services publics, s’ils ont été masqués un temps par le discours clos, sont mis en lumière par le statut de l’armée, des militaires et de leurs prolongements sociaux. Le statut du militaire fonctionne ipso facto sur le rejet du droit commun en toutes choses : outre l’exception de juridiction, les avantages économiques et sociaux définis par l’ordre de la priorité absolue se doublent de l’exercice d’un pouvoir de coercition que confèrent, par un système de délégation présumée, les signes extérieurs de l’autorité. Celle-ci ne souffre d’autre recours que les concours internes des pouvoirs de puissance établis par des codes hermétiques.</p>
<p>La guerre à l’oppression, dans une rencontre de la libération avec l’accès à la souveraineté, et ses prolongements en termes de libertés, objectifs de l’armée de libération nationale, souffrent dès l’indépendance d’une contamination/perversion avec l’armée coloniale et réduit l’armée de la libération à sa simple expression violente. Dans le passage de l’armée de libération nationale à l’armée nationale populaire qui accapare l’héritage des titres de gloire et de légitimité ne dominent plus que les titres de puissance et de violence dont le programme, ayant la soumission sociale comme objectif quotidien, se construit dans les quartiers réservés. L’assassinat de militaires, officiers de l’ALN, dès les premières années de l’indépendance, ne s’explique pas uniquement par l’élimination de concurrents ou de rivaux. Jalonnant la vie d’un régime fondé sur la puissance déterminante de l’armée, l’assassinat au sein de celle-ci connaît des rebondissements répétitifs proportionnels à la gravité des crises politiques.</p>
<p>La violence exercée à l’intérieur de l’armée et à l’extérieur sur la société atteint son paroxysme dans les années quatre-vingt-dix. La parenté avec la violence de l’armée coloniale pendant la guerre de libération ne relève pas du simple propos de propagande pour déconsidérer l’armée ; celle-ci produit délibérément les actes de sa propre déconsidération : arrestations massives et déplacement de populations, massacres de masses, torture généralisée, enlèvements, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires balisent dix années de conflit dont les contours sont entièrement maitrisés par les services spéciaux et par l’armée. A cela il faut ajouter les techniques poussées d’infiltration des maquis islamistes, retournement, faux maquis et faux islamistes.</p>
<p>La nature de l’armée est ainsi posée dans sa dimension nationale : produit d’une guerre de libération ou instrument de domination qui perpétue la violence d’une armée coloniale ayant imposé sa technologie de la violence, réduisant à néant l’imbrication entre libération nationale et libertés politiques. C’est ce qui aurait donné son sens à l’Indépendance comme aboutissement d’une lutte où armée de libération nationale, Humilier les morts, terrorriser les vivants.</p>
<p>Peuple et nation se réalisent dans un creuset où se modèlent des institutions prolongeant l’esprit de solidarité et de résistance en intégrant la confrontation politique. Or, l’héritage de la guerre de libération nationale se traduit, dans la violence des factions, par le souci premier de s’emparer du monopole des armes en se confectionnant l’habit adéquat de la légitimité. L’armée de libération nationale, recomposée, revue dans son encadrement, devient une machine de guerre contre tout autre ordre que celui défini par ses chefs. Pire encore, l’esprit de révolte a été progressivement extirpé d’une armée de partisans. Reconvertie, l’armée est incapable de reproduire ce qui, durant plus de sept années, lui a valu ses titres de gloire.</p>
<p>L’explication se trouve essentiellement dans un système de prise en main généralisée de toutes les structures de l’armée par l’organisation d’une sécurité militaire omniprésente, intégrant toutes les facettes policières, réduisant les hiérarchies et la troupe à la simple obéissance. Le procédé s’en trouvait d’autant plus facilité qu’il était doublé des avantages de tous ordres liés à l’état de soldat, officier, officier supérieur, officier général. Le rôle du militaire inséparable des privilèges qui le caractérisent apparaît d’ailleurs dans tout espace social, dans tout rapport social, marqué du sceau de l’inégalité que la société intègre parfaitement en cherchant à se le concilier. Le militaire devient le recours quotidien pour faire valoir un droit, couvrir des procédés arbitraires, soutenir des projets légitimes ou confirmer des prescriptions douteuses. Ayant la mainmise sur l’économie, il est le recours déterminant dont l’instance recouvre celle du légiste et celle du juge. C’est en ce sens qu’il est porteur de l’ordre social.</p>
<p>Une telle puissance attachée au régime militaire ne s’explique pas uniquement par la multiplicité des structures de la sécurité militaire qui ceinturent l’armée. Il faut tenir compte des organisations relais participant de l’anesthésie sociale : organisation des anciens moudjahidines, enfants de chouhadas (martyrs de la guerre de libération), union des femmes, UGTA…</p>
<p>Les milices formées d’anciens moudjahidines -combattants de la guerre de libération nationale- ont été versées dans des expéditions contre les maquis islamistes, s’adonnant à des actes de torture et d’exécutions prolongeant la perversité qui frappe l’œuvre de libération nationale. Le sens du combat pour l’indépendance est brouillé.</p>
<p>Les méthodes empruntées à l’armée coloniale introduisent une telle proximité que le discours nationaliste greffé par-dessus paraît suranné. Le torturé d’hier devient le tortionnaire d’aujourd’hui faisant du crime contre l’humanité la défense légitime de ses acquis matériels au service d’une revanche sociale différée.</p>
<p>Cet enchevêtrement de la terreur où se croisent les crimes perpétrés par l’armée coloniale et ceux d’une armée qui se dit héritière de l’ALN, s’il pose la question de la nature de l’armée, ne soulève pas moins la question du sens de la guerre de libération nationale.</p>
<p>Dans le contexte d’une indépendance militarisée, la guerre de libération nationale est susceptible d’une double interprétation : une guerre imposée par la force au peuple algérien ou une guerre portée par ce dernier.</p>
<p>La crise politique de 1962, qui n’a pas cessé de déployer ses effets sous différentes formes d’embrigadement social et d’enfermement politique, n’est que l’expression continue sur un demi siècle du dessaisissement des Algériens d’eux-mêmes et de leur devenir. L’adhésion totale à la guerre de libération nationale est reçue, ainsi que voulaient l’entendre les chefs militaires et politiques, comme une soumission. Le déni qui enveloppe les massacres de la Soummam, de Melouza, ou la terreur liée à « la<br />
bleuite » représentent la face cachée de l’argumentaire de l’armée coloniale fondé sur la négation du patriotisme algérien dans ses profondeurs. Convaincus d’avoir obtenu Humilier les morts, terrorriser les vivants.</p>
<p>le soutien populaire par la force, les chefs politiques et militaires ont façonné l’Indépendance selon les directives en vigueur dans les services spéciaux de l’armée coloniale, c’est-à-dire par le recours à la terreur.</p>
<p>Après les envolées réconciliatrices sur le cinquantième anniversaire des Accords d’Evian, drainant non sans subtilité une relecture avantageuse pour le colonialisme et la colonisation, le célébrationisme agité à travers les médias en faveur du cinquantenaire d’une indépendance menacée par l’empire, ne trompe pas. Disons le tout net : l’Indépendance n’est pas une affaire de pertes et profits où l’on dissoudrait une fois pour toutes les crimes contre l’humanité perpétrés depuis 1992 et en deçà.</p>
<p>Derrière les menaces relevant désormais d’un passé lointain et qui sont agitées ici et là se dessine le projet de réaménagement d’un régime soucieux de continuité mâtinée de transition. Les professionnels du lobbying et leur mentor, ce stratège fourbu sous le poids de tous les arrangements, nous servent une histoire étriquée, savamment expurgée, gage des apparences de nouveautés hamrouchiennes. Même si elle suscite des vocations et se découvre des émules, l’envolée émotionnelle qui tente de renouer avec l’anti-impérialisme fait bon marché des combats menés depuis une vingtaine d’années à l’intérieur de l’empire.</p>
<p>Cinquante années après l’indépendance, l’exposition de cadavres de jeunes Algériens, drapés dans une indétermination des terroristes et de la terreur, que Le Soir d’Algérie tente de légitimer dans sa réalisation et sa représentation, pose la question de la prégnance du crime contre l’humanité et de sa continuité.</p>
<p>Elle soulève, dans la foulée, la question de la nature de l’Indépendance en la rattachant à une série de convergences qui ceinturent le monde arabo-islamique de l’Irak à la Syrie, en passant par la Libye et l’Afghanistan. L’empire et sa terreur, loin d’être une menace, constituent un fait accompli qu&#8217;il faut affronter en tant que tel. Les cadavres exposés entre Boumerdès et Tizi-Ouzou, au même titre que le corps meurtri de Mouamar Khadafi ou celui de ces Afghans anonymes sur lesquels urinent les soldats américains, sont l’illustration spatio-temporelle unifiée de la barbarie impériale.</p>
<p>Lyon, le 8 avril 2012</p>
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		<title>تسريبات ويكيليكس حول لقاء  بوتفليقة  بالقائد العام لأفريكوم</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Apr 2012 20:20:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share الموضوع: لقاء بوتفليقة بالقائد العام لأفريكوم الموضوع: بوتفليقة لـوارد: نريد علاقة إستراتيجية تاريخ البرقية: الأحد 9 ديسمبر 2009 ســـــــــــري مصنف من قبل القائم بالأعمال ويليام جوردن. الملخــــــــــــــــــــص التقى القائد العام لأفريكوم ويليام وارد بالرئيس الجزائري عبد الغزيز بوتفليقة في 25 نوفمبر، خلال زيارته الأولى للجزائر منذ توليه قيادة الأفريكوم. قال وارد أن إستراتيجية أفريكوم [...]]]></description>
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<h4 style="text-align: right;">الموضوع: بوتفليقة لـوارد: نريد علاقة إستراتيجية<br />
تاريخ البرقية: الأحد 9 ديسمبر 2009<br />
ســـــــــــري<br />
مصنف من قبل القائم بالأعمال ويليام جوردن.</h4>
<h3 style="text-align: right;"><strong>الملخــــــــــــــــــــص</strong></h3>
<h4 style="text-align: right;">التقى القائد العام لأفريكوم ويليام وارد بالرئيس الجزائري عبد الغزيز بوتفليقة في 25 نوفمبر، خلال زيارته الأولى للجزائر منذ توليه قيادة الأفريكوم. قال وارد أن إستراتيجية أفريكوم هي مساعدة الأمم الإفريقية بمدهم باحتياجاتهم الأمنية ، وليس القيام بالعمل نيابة عنهم. الولايات المتحدة تدرك الدور القيادي للجزائر في المنطقة، وأفريكوم كانت على استعداد لمساعدة الجزائر وجيرانها في حربهم ضد الإرهاب. قال بوتفليقة أن الجزائر أرادت شريكا إستراتيجيا، وليس خصما. علاقتنا العسكرية شملت فعلا تعاونا تقنيا وتدريبات. الاستعمال الكامل لأدوات الرصد والمراقبة أخلَ بالسيادة الوطنية للجزائر ولهذا فإن الأمر فرض بعض القيود على الالتزامات العسكرية. لكن الولايات المتحدة والجزائر يتقاسمان هدفا مشتركا متمثلا في محاربة الإرهاب. أخذ الإرهاب شكلا خطيرا في المنطقة، ودول الساحل كانت مستعدة لطرح المشكل مع بعضها البعض. هناك حاجة أكبر لضمان مشاركة و التزام القيادة السياسية لمالي في المعركة الإقليمية. أبلغ بوتفليقة وارد أن على الرئيس المالي أن يفهم أنه لا يمكنه أن يكون مع اللصوص وضحاياهم في نفس الوقت. قادة دول الصحراء مازالوا يخططون لعقد قمة حول الأمن والتنمية في باماكو لكنهم لم يحددوا التاريخ بعد. عاد الرئيس بوتفليقة إلى الأزمة الجزائرية- المصرية التي تلت مباراة كرة القدم المؤهلة إلى كأس العالم. الصحراء الغربية، التداعيات السلبية للنشاطات الإستطانية لإسرائيل، إيران، العراق وأفغانستان. حول مسألة كرة القدم، أوضح قائلا لوارد أن ملك المغرب أرسل إليه رسالة تهنئة حارة بعد المباراة.</h4>
<h3 style="text-align: right;">طرح التحديات المشتركة</h3>
<h4 style="text-align: right;">عند زيارته لأفريكوم التقى القائد العام ويليام وارد بالرئيس الجزائري عبد العزيز بوتفليقة في 25 نوفمبر بالقصر الجمهوري. حضر اللقاء كل من، رئيس الأركان الجنرال قايد صالح، مدير العلاقات الخارجية والتعاون بوزارة الدفاع الجنرال نوردين مكري، رئيس التنظيم والإمداد الجنرال عبد الحميد غريس، ومترجم. السفير، مستشار وارد للسياسات الخارجية، الدكتور رايموند براون، ورافق الجنرال وارد الملحق العسكري و كاتب جلسة، استمر الاجتماع لساعتين. أبرز وارد أن زيارته ترمز إلى التعاون الثنائي المتنامي بين البلدين. دور الافريكوم هو مساعدة الأمم الإفريقية وطرح تحدياتهم الأمنية، ليس القيام بالمهمة نيابة عنهم. يقول وارد أن الهدف من الزيارة كان سماع وجهة نظر الجزائر حول توسيع التعاون في إطار بحثنا عن طرق للعمل من اجل طرح التحديات المشتركة في إفريقيا. أدرك وارد أن هذه التحديات معقدة وتحتاج إلى تنمية وحلول سياسية وليس فقط تدخلات عسكرية. للمضي قدما، سعينا للتعاون في مجالات تحددها الجزائر على أنها أولويات. أفريكوم رحبت بجهود محاربة الإرهاب في المنطقة التي التزمت بها الجزائر مع جيرانها من دول الساحل. الجزائر تقود الجهود، سنعمل مع الجزائر وجيرانها لمساعدتهم على القضاء التهديد الإرهابي في المنطقة.</h4>
<h3 style="text-align: right;">طرح التحديات المشتركة -الجزء الثاني-</h3>
<h3 style="text-align: right;">
- قال بوتفليقة أن الولايات المتحدة والجزائر ليدهما هدف مشترك ورغبة بالعمل معا لمحاربة الإرهاب. اشار بوتفليقة إلى أن الجزائر والولايات المتحدة بدأتا بالعمل معا بشكل أكثر قربا خلال إدارة كلينتون عندما أدرك الطرفين أنهما يكافحان نفس المشكل. أكد بوتفليقة أنه بعد أحداث سبتمبر، كانت الجزائر الدولة العربية الأولي التي أرسلت رسالة تضامن إلى الرئيس بوش. بعد ذلك، على الرغم من عدم شعبية سياسات بوش، فإن العلاقات السياسية والاقتصادية بين البلدين تحسنت. أضاف أن العلاقات اليوم ممتازة، ملاحظا أن الجزائر هي الشريك التجاري الثاني في الشرق الأوسط للولايات المتحدة بعد العربية السعودية، وهي أكبر شريك تجاري في أفريقيا.<br />
نظرة أوباما الجديدة للسياسة الخارجية للولايات المتحدة مثلت منطلقا جديدا و لاقت استحسانا من الدول النامية. لكن هذا كان يعني أيضا أن سقف التوقعات من إدارة أوباما كان عاليا. يتوقع بوتفليقة أن علاقاتنا الثنائية ستستمر في الإتجاه الإيجابي. لكنه علق أن الولايات المتحدة والجزائر تسيران إلى الأمام في تعاونهما، مدركتان اهمية الحوار عبر كافة المستويات القيادية. في هذا السياق، أعلن بوتفليقة أنه على أستعداد لمساعدة وارد ودعاه لزيارة الجزائر مرة أخرى<br />
.<br />
التعاون العسكري -الجزء الأول</h3>
<h3 style="text-align: right;">
- أعطى بوتفليقة أهمية كبيرة للتعاون العسكري بين الجزائر والولايات المتحدة لكنه أشار إلى أن إستعمال الولايات المتحدة لمتطلبات الرصد والمراقبة في أقصى حدودها يعارض مع السيادة الوطنية للجزائر. على الرغم من ذلك، احدثنا تقدما في مجال التدريب والتعاون التقني. قال بوتفليقة أن قدرات القوات الجزائرية والأمريكية مفهومة بشكل جيد في المنطقة.<br />
أوضح بوتفليقة أن النقاش المباشر و الصريح هو المفتاح لحوار عسكري ناجح، إضافة إلى إدراك أنه في بعض الحالات سيكون هناك قيود على حجم التعاون. &nbsp;&raquo; قولوا لنا ماذا تريدون ، ونحن سنقول لكم ماذا نستطيع فعله&nbsp;&raquo; . أضاف أن الجزائر ترغب في أن تكون شريكا إستراتيجيا للولايات المتحدة في المنطقة، وليس خصما.<br />
.<br />
التعاون العسكري -الجزء الثاني</h3>
<h4 style="text-align: right;">
شكر وارد الرئيس بوتفليقة عن تقييمه الصحيح لعلاقاتنا العسكرية. قال وارد أن الرئيس، سكرتير الدولة للدفاع، رؤساء الأركان المشتركة للولايات المتحدة، كلهم يدركون قيمة الشراكة الجزائرية – الأمريكية. ردَ بوتفليقة أنه على أستعداد للمساعدة في توطيد تلك الشراكة. أوضح وارد أنه من أجل توسيع شراكتنا ، على الجزائر أن تخبرنا بالسبل الأنجع للوصول إلى الأهداف المشتركة. على الرغم من بعض الأشياء السيئة التي تقال حول الأفريكوم، قال وارد مبتسما، أن قيادته لم تنشأ للسيطرة على أفريقيا. دون أي تردد ، رد بوتفليقة بإبتسامة أكبر أنه هو نفسه لم يكن متأكدا من هذا الأمر حتى قدوم وارد. قال وارد ، ونحن مستمرين في حوارنا العسكري، سنفعل ما تراه الجزائر مهما. أكد وارد أن الجزائر أدركت منذ أمد تحدي التطرف وأثبتت قدرتها على الرد. ستقوم أفريكوم بدورها لمساعدة الجزائر وجيرانها في هذه الجهود. وهو يثير رأي بوتفليقة في الإستعمال الأقصى لمتطلبات الرصد والمراقبة، أقترح وارد تركيز جهودنا على المجالات التي يكون فيها التعاون ممكنا، مثل التدريب والتجهيز. أعترف وارد أن بعض القوانين واللوائح الأمريكية قد تمنع مشاركة الجزائر في أشكال أخرى من الإرتباط.</h4>
<h3 style="text-align: right;">العلاقات المدنية- العسكرية</h3>
<h4 style="text-align: right;">شدد بوتفليقة على أن الجيش الجزائري يحترم &nbsp;&raquo; بشكل مطلق&nbsp;&raquo; سلطة القيادة المدنية. &nbsp;&raquo; هذه ليست تركيا&nbsp;&raquo; ، قال.<br />
أكد بوتفليقة أن الجيش فرض عليه أخاذ تدابير جذرية خلال فترة العنف في التسعينات لحماية البلاد. تلك كانت مرحلة عصيبة، لكن تم استعادة الحكم الدستوري. مؤكدا أن &nbsp;&raquo; البيت الآن مرتب &laquo;&nbsp;، &nbsp;&raquo; وأستطيع أن اقول لك أن الجيش يأتمر بأمر المدنيين. يوجد دستور واحد والجميع يخضعون له&nbsp;&raquo;. لكن بوتفليقة أعترف أن مشاكل الماضي مازالت تخيم على البلاد. أشار إلى أن التقارير الصحفية الأجنبية تعتبر الجزائر بلد بحكم ديكتاتوري و جادل أن هذا المصطلح أستعمل أحيانا دون مبالاة. الدستور الجزائري أعاد سيادة القانون. في سنة 2004 تم اتخاذ القرار بأنه لا مكان مستقبلا &nbsp;&raquo; للشرعية الثورية &nbsp;&raquo; التاريخية. الشرعية الوحيدة هي الدستور. &nbsp;&raquo; كل شخص له الحق في الترشح ، حسب الدستور، حتى جنرال&nbsp;&raquo;. لكنه سكت قليلا، ثم أبستم إبتسامة عريضة وقال ، &nbsp;&raquo; لكن الجنرالات أدركوا الصعوبات ولم يترشح منهم أحد بعد&nbsp;&raquo;.</h4>
<h3 style="text-align: right;">محاربة الإرهاب</h3>
<h4 style="text-align: right;">
قال بوتفليقة أن الإرهاب أخذ شكلا خطيرا في إفريقيا. مضيفا أن الحالة في الصومال ميئوس منها. بينما منطقة الساحل تمثل مجموعة من القضايا المعقدة. لحسن الحظ، أغلب دول الساحل مصممة على التعاون ولديها القدرات لمواجهة التهديد إذا عملوا معا. عبرت موريطانيا عن التزام واضح ونفس الشيء بالنسبة للنيجر، على الرغم من إدراك بوتفليقة لمخاوف الولايات المتحدة من الرئيس تانجا. لكن مالي مازالت تتهرب من التعاون الكامل. سياسات مالي فشلت في خلق استقرار في الشمال. النتيجة هي بيئة ينعدم فيها القانون، وانتشار التهريب والاتجار بالسلاح والمخدرات يعزز من تواجد الإرهاب. قال بوتفليقة أن المنطقة جاهزة لمواجهة هذا المشكل ، وهناك تعاون ثنائي وجهود إقليمية قيد التنفيذ. في هذا السياق، الجزائر كانت تراقب عن كتب مساعدة الولايات المتحدة لمالي والنيجر.</h4>
<h4 style="text-align: right;">
قال وارد لبوتفليقة أنه ينتوي زيارة باماكو بعد الجزائر و سيعمل على تشجيع القيادات المالية على تعاون في الجهود الإقليمية لمكافحة الإرهاب. الولايات المتحدة تقدم المساعدات العسكرية لمالي، وتمنينا أن تكمل العمل الذي كانت تقوم به الجزائر. شدد وارد على أنه في النهاية هزيمة الإرهاب هي مهمة المنطقة. عبر بوتفليقة عن تقديره لمساعدة الولايات المتحدة لمالي وقال أن الجزائر أيضا قدمت دعما، بما فيه بعض المعدات. حث بوتفليقة الولايات المتحدة على إبلاغ الرئيس المالي امادو تونامي تور أنه &nbsp;&raquo; لايستطيع أن يكون صديقا للصوص والضحايا في آن واحد&nbsp;&raquo;. أكد بوتفلقية على أن العديد من الأجهزة الأمنية المالية تشاطره نفس التخوفات. قال أنه في الماضي، الجزائر أنتظرت الفرصة لاستجواب إرهابيين مشتبهين محتجزين في مالي، لتكتشف لاحقا أنه في نفس الوقت كان المسئولون الماليين يقودون مفاوضات لإرجاع الإرهابيين إلى المنظمات الإرهابية.</h4>
<h4 style="text-align: right;">
قال أنه &nbsp;&raquo; من الصعب التعاون في ظل هذه الظروف&nbsp;&raquo;. قال بوتفليقة أنه على الرغم من هذه الصعوبات، قادة المنطقة مازلوا يعدون لعقد قمة من أجل الأمن والتنمية في باماكو. الجميع متفق على الحاجة لهذه القمة، قال، لكن مازال التاريخ غير محدد. قال بوتفليقة أن الجزائر منفتحة على تبادل المعلومات مع الولايات المتحدة فيما يخص تعاون الجزائر مع جيرانها. قال الجنرال وارد أن أفريكوم ستفعل نفس الشيء مع الجزائر فيما يخص مبادرات الولايات المتحدة في المنطقة.</h4>
<h3 style="text-align: right;">لجزائر وكرة القدم</h3>
<h4 style="text-align: right;">
تبادل بوتفليقة معنا تصوراته حول المعاداة المصرية للرموز الوطنية للجزائر التي تلت مباراة 18 نوفمبر المؤهلة لكأس العالم. قال بوتفليقة أن الإعلام المصري بالغ في ردة فعله والجزائر لم يكن لها نية الرد. لم تستطع الجزائر تقبل الخلط بين العلاقة التاريخية مع مصر ( الماضي، الحاضر والمستقبل) و نتيجة مباراة كرة قدم. قال أن الجزائر ومصر تتقاسمان عدد من المصالح السياسية والإقتصادية المشتركة و أن بلاده لم تكن لها أي رغبة في أزمة سياسية بسبب نتيجة مباراة في كرة القدم. البعض طلب من بوتفليقة الرد بشكل علني عما صدر من الجانب المصري. قال &nbsp;&raquo; أتفهم أن ردة فعل المصريين ناتجة عن ظروف داخلية&nbsp;&raquo; ، &nbsp;&raquo; لكننا لن نسلك نفس المنحى&nbsp;&raquo; . أكد بوتفليقة أن الأمين عام للجامعة العربية عمرو موسى طلب زيارة الجزائر للتوسط في القضية. أخبر بوتفليقة موسى أنه لايوجد شيء يمكن مناقشته في الجزائر وأقترح أنه قد يكون أفضل لموسى تخفيف التوتر من خلال العمل مع القاهرة من أجل التأثير على الرأي المصري.</h4>
<h4 style="text-align: right;">
أشار بوتفليقة أن ما تلا المباراة كان جيدا. الملك المغربي محمد السادس أرسل بريقة تهنئة حارة إلى الجزائر بعد فوزها. قال بوتفليقة أنه أختار أن لا يعلن الرسالة أمام الرأي العام، حتى لايتم خلق مشاكل للمغرب في علاقاته مع مصر. قال أن حالة الإحباط السياسي العربي أحيانا مايتم التعبير عنها عبر كرة القدم. الجزائر ستستمر في دعم الجهود المصرية للمصالحة الفلسطينية. قال أنه لا أحد يتوقع تغيير في أسلوب نيتانياهو في المفاوضات&nbsp;&raquo;. لذلك، فإن الوقت مناسب الآن للعمل على المصالحة وتشجيع الفلسطينيين على التحدث بصوت واحد.</h4>
<h4 style="text-align: right;">
الجزائر ايضا تدعم الموقف المصري مع غزة، الذي أملته محاذات مصر لغزة و بيئتها السياسية الداخلية. &nbsp;&raquo; إذا كنا في مكانهم، سنطبق نفس السياسة&nbsp;&raquo; . قال بوتفليقة أنه يفضل أن يرى مصر تركز جهودها على هذه القضايا &laquo;&nbsp;عوضا من تركيزها ضدنا نحن&nbsp;&raquo;.</h4>
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		<title>La Sécurité militaire au cœur du pouvoir  Quarante ans de répression impunie en Algérie, 1962 &#8211; 2001</title>
		<link>http://lequotidienalgerie.org/2012/03/29/la-securite-militaire-au-coeur-du-pouvoir-quarante-ans-de-repression-impunie-en-algerie-1962-2001/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=la-securite-militaire-au-coeur-du-pouvoir-quarante-ans-de-repression-impunie-en-algerie-1962-2001</link>
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		<pubDate>Thu, 29 Mar 2012 20:09:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share Salah-Eddine SIDHOUM publié par algeria-watch en septembre 2001 &#160;&#187; La violence actuelle est entretenue par des forces qui n&#8217;ont pas intérêt que la société s&#8217;organise pour défendre ses droits, c&#8217;est une façon d&#8217;exercer l&#8217;hégémonie par le désordre, donc une atteinte au droit fondamental de l&#8217;homme de vivre en société. &#160;&#187; Hocine Zahouane &#160;&#187; Un [...]]]></description>
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<p>publié par algeria-watch en septembre 2001</p>
<p>&nbsp;&raquo; La violence actuelle est entretenue par des forces qui n&#8217;ont pas intérêt que la société s&#8217;organise pour défendre ses droits, c&#8217;est une façon d&#8217;exercer l&#8217;hégémonie par le désordre, donc une atteinte au droit fondamental de l&#8217;homme de vivre en société. &nbsp;&raquo;<br />
Hocine Zahouane</p>
<p>&nbsp;&raquo; Un militaire sans conscience politique n&#8217;est qu&#8217;un criminel en puissance &laquo;&nbsp;.<br />
Thomas Sankara</p>
<p>La violence politique en Algérie n&#8217;a pas débuté, contrairement à ce qui est admis, au lendemain de l&#8217;indépendance, mais bel et bien durant la guerre de libération nationale. Les liquidations physiques et la terreur comme moyens de gestion politique avaient fait déjà leur apparition dans les camps de l&#8217;armée des frontières et au sein des maquis. De nombreux responsables politiques et militaires ont été assassinés par leurs propres frères (Abane Ramdane, Abdelmoumène, Abbas Laghrour, Ali Mellah, Abbas Lamouri, Cheriet Lazhari, Chihani Bachir, Abdelkrim Soufi, Hadj Ali, colonel Boucif, capitaine Yamani, capitaine Zoubir&#8230;..). D&#8217;autres responsables politiques seront menacés et éloignés des centres de décision alors que la guerre de libération avait besoin de tous. Et ceux qui avaient liquidé ces hommes libres seront les mêmes qui confisqueront l&#8217;indépendance en 1962. Et ce sont leurs reliques qui donneront l&#8217;ordre de tirer sur des enfants en octobre 88 et qui mèneront une guerre sans merci contre une grande partie de leur peuple à partir de 1992.</p>
<p>Benyoucef Ben Khedda, président du GPRA, en butte, avant et après l&#8217;indépendance, aux intrigues des imposteurs des frontières, les dénoncera clairement en août 1962 : &nbsp;&raquo; Certains officiers qui ont vécu à l&#8217;extérieur, n&#8217;ont pas connu la guerre révolutionnaire comme leurs frères du maquis, guerre basée essentiellement sur le peuple. Ces officiers qui sont restés, pendant la durée de la guerre, aux frontières tunisienne et marocaine, ont souvent tendance à ne compter que sur la force des armes. Cette conception dangereuse conduit à sous-estimer le rôle du peuple voire à le mépriser et crée le danger de voir naître une féodalité ou une caste militariste, telle qu&#8217;il en existe dans certains pays sous-développés, notamment en Amérique latine &laquo;&nbsp;.(1) Des paroles prophétiques qui deviendront réalité quelques années plus tard !</p>
<p>Insidieusement, silencieusement, se mettait en place une politique répressive pour museler un peuple en mal de liberté et réduire à néant toute velléité d&#8217;émancipation. La liberté de s&#8217;exprimer ou de s&#8217;organiser, assimilée à de la subversion, était devenue au nom de la &laquo;&nbsp;révolution &laquo;&nbsp;, HARAM ! (illicite)</p>
<p>La tristement célèbre sécurité militaire, formée à l&#8217;école du KGB (promotion &laquo;&nbsp;tapis rouge &nbsp;&raquo; des années 60), véritable colonne vertébrale du régime, constituera le fer de lance de cette répression pour réduire dès l&#8217;indépendance, un peuple qui venait de sortir d&#8217;une guerre coloniale particulièrement meurtrière, au silence absolu. Pendant des décennies, la seule évocation des deux lettres S.M suffisait à provoquer une peur panique chez nos concitoyens.</p>
<p>Dès l&#8217;indépendance et avant même que ne soient effacés de la mémoire des citoyens les tristement célèbres villas Sesini de Diar El Mahçoul, l&#8217;Eclair du Télemly, la Grande terrasse des Deux Moulins, de la Redoute et les fermes Améziane de Constantine, Bernabé de Boudouaou et Altairac d&#8217;El Harrach où étaient &laquo;&nbsp;questionnés &nbsp;&raquo; les hommes libres par les tortionnaires de Massu et de Bigeard, apparurent de nouveaux centres de supplices où cette fois-ci des algériens torturaient d&#8217;autres algériens alors que les plaies de la guerre de libération n&#8217;étaient pas encore cicatrisées et que les militaires coloniaux n&#8217;avaient pas encore évacué totalement le pays. D&#8217;anciennes cliniques désaffectées serviront de lieux de supplices (Bouzaréah, El Biar, Notre Dame d&#8217;Afrique&#8230; ). Les algériens apprendront à leurs dépens que la bête immonde n&#8217;avait pas quitté l&#8217;Algérie avec le départ des hordes coloniales.</p>
<p>Kidnappings, tortures, &laquo;&nbsp;disparitions &laquo;&nbsp;, séquestrations sans jugement et liquidations physiques seront les méthodes du nouveau pouvoir d&#8217;Alger pour gouverner. Certains &laquo;&nbsp;planqués &nbsp;&raquo; des frontières et d&#8217;anciens collaborateurs et autres indics &laquo;&nbsp;repentis &nbsp;&raquo; de l&#8217;armée coloniale se donnaient la main pour perpétuer les souffrances des hommes libres et dignes de ce pays. Triste fatalité !</p>
<p>Le système militaro-policier qui se mettait en place ne tolérait aucune opposition. D&#8217;abord par la force des armes puis par la terreur, ces aventuriers imposeront leur loi à la Nation au nom de la vaseuse &laquo;&nbsp;légitimité révolutionnaire &laquo;&nbsp;, une &laquo;&nbsp;légitimité &nbsp;&raquo; acquise dans les ténébreuses baraques d&#8217;Oujda et de Ghardimaou.</p>
<p>Le regretté Hocine Lahouel, vieille figure historique du Mouvement National me disait à sa libération en 1977, après une assignation à résidence qui a duré plus d&#8217;une année, non sans un certain humour caustique, à propos du colonel Boukharouba qui l&#8217;avait privé de liberté : &nbsp;&raquo; Même Dieu dans toute sa Grandeur et sa Perfection s&#8217;est créé, à travers Satan, un opposant. Boukharouba, quant à lui, plus que &laquo;&nbsp;parfait&nbsp;&raquo; n&#8217;admet pas d&#8217;opposants. &nbsp;&raquo;</p>
<p>Comme nous le verrons à travers les témoignages et la chronologie non exhaustive que nous présentons ci-dessous, les quatre décennies de règne et de pouvoir sans partage de l&#8217;oligarchie seront jalonnées d&#8217;actes de violence permanents de sa part pour faire taire toute velléité de contestation et de remise en cause par les citoyens de ce pouvoir illégitime. Ces témoignages, exposés dans leur tragique réalité, illustrent parfaitement l&#8217;ampleur de cette violence politique et de ce terrorisme d&#8217;Etat depuis l&#8217;indépendance. Comme nous le constaterons, aucune catégorie sociale ni tendance politique ne seront épargnées.</p>
<p>Cette répression aura connu au fil des décennies, une évolution graduelle, proportionnelle au degré d&#8217;impopularité et de rejet du régime par les citoyennes et citoyens.<br />
Si durant les deux premières décennies, l&#8217;arrestation arbitraire, la torture et la liquidation physique touchaient de manière particulière des opposants ciblés (anciens maquisards de la guerre de libération que le régime n&#8217;avait pu recycler par la corruption, hommes politiques, hommes de religion ou très rares intellectuels), nous remarquerons que durant les années 80, la répression se fera à plus ou moins grande échelle (événements de Kabylie de 1980, arrestations de centaines de partisans de Ben Bella et d&#8217;islamistes, événements de Constantine et massacres d&#8217;octobre 1988). La dernière décennie sera, quant à elle, celle d&#8217;une véritable guerre contre une grande partie de la population avec de grands moyens. Un mélange de guerre spéciale à la Godart et Trinquier et de manipulations à la Béria.</p>
<p>Durant cette dernière décennie et malgré le climat de terreur imposé pour faire taire toute opposition et la guerre psychologique de grande envergure pour tromper l&#8217;opinion, des militantes et militants des droits de la personne humaine, dignes et courageux, ont pu faire parvenir au monde des centaines de témoignages de suppliciés et de longues listes de citoyens disparus ou exécutés sommairement.</p>
<p>C&#8217;était une vérité autre que celle que voulaient imposer les partisans de la guerre à huis-clos et qui mettait à nu le véritable visage de ceux qui prétendaient &laquo;&nbsp;sauver l&#8217;Algérie et la démocratie de la barbarie &laquo;&nbsp;. C&#8217;était la vérité de ceux qui œuvraient pour l&#8217;instauration d&#8217;un Etat de droit en Algérie, un Etat légitime garantissant les libertés de conscience et d&#8217;expression, les droits fondamentaux de la personne humaine ; l&#8217;Etat qu&#8217;espéraient les centaines de milliers de morts de la guerre de libération nationale, les &laquo;&nbsp;disparus&nbsp;&raquo; de l&#8217;après-indépendance, les enfants d&#8217;octobre 88 et toutes les victimes d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Malgré tous les moyens internes utilisés et les complicités internationales inavouées, le délire totalitaire que voulait cacher cette guerre psychologique, n&#8217;a pu étouffer les voix de celles et de ceux qui se battaient pour faire connaître la véritable nature de cette sale guerre : celle d&#8217;une caste militaro-financière contre un peuple. Et les derniers événements vécus par certaines régions d&#8217;Algérie l&#8217;ont, encore une fois prouvé.</p>
<p>Ce que nous vivons depuis une décennie comme tragédie n&#8217;est que la continuité d&#8217;une politique initiée dès 1962. Gauchistes, berbéristes et islamistes n&#8217;ont servi que d&#8217;alibis à ce pouvoir sans foi ni loi pour imposer le silence et la pérennité du régime. Hier, il s&#8217;agissait de combattre les &laquo;&nbsp;fanatiques islamistes obscurantistes, terroristes à la solde de Khartoum et de Téhéran &laquo;&nbsp;, aujourd&#8217;hui il s&#8217;agit de combattre les &laquo;&nbsp;kabyles athées et sécessionnistes à la solde de la France &laquo;&nbsp;. A qui le tour demain ?<br />
Une leçon à méditer pour ceux qui continuent à se tromper de cible !</p>
<p>Témoignages</p>
<p>Année 1963.<br />
Kidnapping de Mohamed Boudiaf, membre fondateur du Front de libération Nationale et ministre d&#8217;Etat du GPRA par la police politique de Ben Bella et de Boukharouba. Extraits de son témoignage. (2)<br />
L&#8217;aventure dont ce journal décrit le déroulement commence le vendredi 21 juin (1963), en plein midi. Je viens juste de quitter la maison pour une course, quand deux hommes m&#8217;accostent au pont d&#8217;Hydra, me demandant de me mettre à leur disposition au nom de la sécurité militaire. J&#8217;exige des papiers attestant leur qualité ; le plus âgé m&#8217;exhibe, précipitamment, non sans trembler quelque peu, une carte verte, établie au nom de S. Mohamed. A peine en ai-je pris connaissance que le second me prie, sur un ton bourru, de faire vite.</p>
<p>Il est bon, avant de passer à la suite, de donner le signalement de ces deux individus. S. Mohamed est un quinquagénaire, grisonnant, au teint olivâtre et à l&#8217;accent kabyle. Je l&#8217;ai déjà rencontré quelque part et, si mes souvenirs sont fidèles, sans toutefois que j&#8217;en sois sûr, il s&#8217;agirait de Oussemer Mohamed, ex-agent de la police des renseignements généraux. Il a fait des siennes lors des événements de mai 1945, particulièrement à Belcourt, contre les jeunes militants du PPA. Sur le tard, il a rejoint les rangs du FLN. Lors de l&#8217;arrestation mouvementée du 22 octobre 1956, il était encore membre de la DST. Le second policier, plus jeune, replet, aux gestes un peu brusques, est l&#8217;image du &laquo;&nbsp;militant &nbsp;&raquo; nouvelle vague, parfaitement imbu de son rôle et pénétré de son importance policière.</p>
<p>C&#8217;est sous la direction de ces deux &laquo;&nbsp;anges gardiens &nbsp;&raquo; que je suis amené à prendre place dans une 404 flambant neuf où deux autres passagers attendent : un jeune, plutôt fluet, au regard doux qui tient le volant et un quatrième, grand, brun, lunettes noires, impassible, assis à son côté. A son air important, on devine qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un &laquo;&nbsp;ponte &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Sitôt installé sur la banquette arrière entre S. Mohamed et son premier acolyte, la voiture démarre en trombe, passe à la Colonne Voirol et prend le virage pour grimper le chemin Beaurepaire.</p>
<p>&nbsp;&raquo; Où allons-nous ? &laquo;&nbsp;. Pas de réponse.</p>
<p>On s&#8217;engouffre dans la &laquo;&nbsp;Clinique des Orangers&nbsp;&raquo;, où le chauffeur, après avoir stoppé, quitte sa place pour venir se mettre à côté de moi, abandonnant le volant au &laquo;&nbsp;militant &nbsp;&raquo; qui jusque là était à ma droite. Marche arrière rapide et sortie de la clinique pour descendre cette fois le chemin Beaurepaire. Nous faisons le même chemin en sens inverse mais cette fois-ci nous dépassons le pont d&#8217;Hydra. Je reconnaîtrais facilement la villa fleurie où nous pénétrons. Mes ravisseurs, visiblement satisfaits de leur exploit, me conduisent sans plus attendre à une chambre du rez-de-chaussée.<br />
Je demeure vingt-quatre heures dans cette pièce avec pour tout mobilier un fauteuil où je passe la nuit.</p>
<p>J&#8217;ai omis de signaler qu&#8217;à mon arrivée, j&#8217;ai été fouillé des pieds à la tête. Ayant entamé la grève de la faim, je me sens très fatigué et accepte le matin de monter au premier étage, sur les conseils d&#8217;un de mes gardes. Ils sont quatre, cinq, six, et cinq finalement qui se relaient jour et nuit, pour assurer ma surveillance. Tous sont armés de revolvers, et certains ne se gênent nullement pour le montrer.</p>
<p>Le va-et-vient continuel des gardes, dont certains avaient des mines patibulaires, me fait craindre que la première nuit ne se termine tragiquement. Kidnappé dans le plus grand secret, amené dans une villa inhabitée sans plus d&#8217;explication, je ne peux que trouver une allure macabre à toute cette aventure. L&#8217;atmosphère est propice et les conditions remplies pour une liquidation en douce.</p>
<p>A mes demandes d&#8217;explication sur les raisons de cette expédition mes gardes répondent invariablement qu&#8217;ils n&#8217;en savent pas plus que moi.</p>
<p>Durant quatre jours, le ventre creux, je demeure dans cette villa, cherchant désespérément à communiquer avec les villas voisines, sans résultats.</p>
<p>Le lundi 24 juin, à la tombée de la nuit, on m&#8217;embarque en voiture pour une autre destination. Au lieu de suivre l&#8217;itinéraire emprunté la première fois, on préfère zigzaguer pour déboucher enfin sur la grande route qui vient du Pont d&#8217;Hydra et continue tout droit.<br />
La Colonne Voirol, chemin Beaurepaire, El Biar, Boulevard G. Clemenceau, Garde mobile, caserne Ali Khodja (ex-caserne d&#8217;Orléans), Barberousse, Boulevard de la Victoire : on échoue enfin au siège de la gendarmerie nationale. A ma descente de voiture, dans la cour plongée dans l&#8217;obscurité, le cérémonial est en place et je suis immédiatement entouré par une dizaine de gendarmes, mitraillette au poing, un peu curieux, un peu fébriles. Le colonel Bencherif est là et, sous sa direction, escorté de gendarmes diligents, j&#8217;ai droit à une chambre et un lit qui, selon ledit colonel, valent mieux que ceux de la Santé. Merci.</p>
<p>Mercredi 26. Réveil précipité à quatre heures du matin et départ par l&#8217;aérodrome de Chéraga où, à cinq heures, un hélicoptère prend l&#8217;air en direction d&#8217;Oued Nosron qu&#8217;il atteint à 7 h 20.(…)<br />
(…) C&#8217;est tout simplement stupéfiant. On peut vraiment admirer la perspicacité de la sécurité militaire !<br />
Aucune réponse à mes lettres, ce qui ne me laisse plus aucun doute sur le sérieux et la légalité de l&#8217;affaire.<br />
Ce régime a peur de la clarté, comme les oiseaux de nuit qui ne peuvent voler que dans l&#8217;obscurité. (…)<br />
(…) A Oued Nosron, toujours flanqués de nos gendarmes menés par le commandant Mohamed, adjoint de Bencherif, nous avons droit à une halte de deux heures. Ensuite, à bord de voitures légères, nous prenons la route, Sidi Bel Abbés, Saïda, Mecheria, Aïn Sefra et, à la tombée de la nuit, Béni Ounif. Une autre halte brève et, dans la nuit saharienne, nous voici à Colomb Béchar, complètement éreintés par un voyage de mille kilomètres sous une chaleur accablante.<br />
Précipitamment, on nous introduit dans une chambre où quatre lits de camp, à moitié déglingués, nous attendent.<br />
Des soldats, armés de mitraillettes nous gardent toutes portes et fenêtres closes (…).</p>
<p>Mohamed Boudiaf sera transféré ensuite sans explication à Tsabit, dans l&#8217;extrême Sud saharien. Après cinq mois de séquestration arbitraire et un mois de grève de la faim, il sera libéré et forcé à l&#8217;exil. Le régime en place l&#8217;effacera des tablettes de l&#8217;Histoire de l&#8217;Algérie durant près de trois décennies et ce, jusqu&#8217;à janvier 1992, lorsque des généraux putschistes feront appel à lui pour couvrir, de sa légitimité historique, la gravissime atteinte à la souveraineté populaire. Trompé par ses &laquo;&nbsp;amis &laquo;&nbsp;, il acceptera cette mission fatale qui lui coûtera la vie en juin 1992 lorsqu&#8217;un sous-officier du Groupe d&#8217;intervention spécial (GIS) l&#8217;assassinera à Annaba.</p>
<p>___________________</p>
<p>Année 1964.<br />
Arrestation et déportation au Sahara de Ferhat Abbas, premier président du gouvernement provisoire (GPRA) durant la guerre de libération nationale et premier président de l&#8217;Assemblée nationale Constituante de l&#8217;Algérie indépendante. Il venait de démissionner de son poste de président de l&#8217;Assemblée quand Ben Bella décida de discuter de la Constitution dans un …. cinéma. Extraits de son témoignage (3)<br />
Le 3 juillet 1964 à 21 heures, des policiers, tels des malfaiteurs, escaladèrent la clôture de ma villa à Kouba (Alger) et se présentèrent à ma porte, mitraillettes aux poings. J&#8217;étais couché. Mon épouse leur ouvrit la porte et fut saisie de frayeur devant ces hommes armés. Ces policiers, conduits par le commissaire central, feu Hamadèche, venaient pour m&#8217;arrêter et me conduire je ne sais où. Ils n&#8217;avaient aucun mandat d&#8217;arrêt. Je ne connaissais ni le commissaire, ni aucun de ces agents. J&#8217;ai donc refusé de les suivre.</p>
<p>Après une longue et pénible discussion, ils capitulèrent. Néanmoins, ils investirent la maison. Le lendemain, et jusqu&#8217;au 19 août, des policiers en armes et par groupes de quatre montèrent la garde, jour et nuit, autour de ma demeure.</p>
<p>Le 19 août, un inspecteur, accompagné de deux policiers, se présenta à 8 heures du matin pour m&#8217;informer que le commissaire central désirait me voir. Je les ai suivis. Je fus conduit d &laquo;&nbsp;abord dans un bâtiment sur les hauteurs de Saint-Eugène, aujourd&#8217;hui Bologhine, ensuite à El Biar, devant les locaux de la Sécurité générale. Une autre voiture m&#8217;emmena dans une villa, ancienne clinique désaffectée, où je fus enfermé jusqu&#8217;au 30 octobre.</p>
<p>Dès que j&#8217;eus quitté la maison, la police se mit à perquisitionner chez moi, au mépris de la loi. En fouillant, elle trouva une lettre que mon fils, étudiant de 19 ans, m&#8217;avait envoyé à Sétif où je me trouvais en avril 1964. Il me disait qu&#8217;un ami était venu m&#8217;avertir qu&#8217;il était question de mon arrestation et que je devais prendre mes précautions.</p>
<p>Je n&#8217;avais aucune précaution à prendre. Je n&#8217;étais mêlé ni de près ni de loin aux événements du jour et n&#8217;avais rien à cacher. En découvrant cette lettre, la police arrêta mon fils et l&#8217;emmena à l&#8217;ancienne clinique Roubi où il fut enfermé, laissant sa mère en pleurs et dans la désolation. (…).<br />
(…) A El Biar, j&#8217;étais au secret. Mais j&#8217;ai su cependant que j&#8217;avais beaucoup de compagnons d&#8217;infortune : le président Farés, l&#8217;ancien ministre de la Justice Amar Bentoumi, le commandant Azzeddine, le commandant Larbi Berredjem de la Wilaya II, les frères de l&#8217;ancien ministre des PTT, Hassani, les députés Boualem Oussedik, Brahim Mezhoudi, etc.</p>
<p>Le samedi 31 octobre à 2 heures du matin, certains d&#8217;entre nous furent libérés. Le lieutenant chargé de notre surveillance nous informa que nous étions libérés. Nous nous préparâmes et des voitures nous emmenèrent sur une place d&#8217;El Biar où le directeur de la Sûreté nationale, Nadir Yadi, nous attendait. Celui-ci nous fit mettre les menottes, fit encadrer chacun de nous par deux policiers tandis que deux autres se relayaient au volant des voitures qui se dirigeaient vers le Sud oranais. Je dois dire que dès le départ du directeur de la Sûreté, et à peine avions-nous fait une centaine de mètres, que le policier responsable de ma voiture m&#8217;ôta les menottes. &nbsp;&raquo; Je n&#8217;admets pas, dit-il, qu&#8217;on mette des menottes à notre père et au père de notre indépendance &laquo;&nbsp;. (…)<br />
(…) Nous arrivâmes à Béchar vers minuit. Nous fûmes conduits dans des pièces vides. Je réclamai un matelas et des couvertures. Le wali, Rachid Ali Pacha, me les fit porter. (…).<br />
(…) Nous fûmes libérés, Bentoumi fin mai, et moi le 8 juin 1965. Ces événements se passèrent alors que Ben Bella détenait le pouvoir. Mais il ne devait pas le garder longtemps puisqu&#8217;il fut arrêté le 19 juin (…).<br />
(…) En 1964, je fus arrêté parce que je ne voulais pas suivre Ben Bella dans son aventurisme et son gauchisme effréné. J&#8217;ai démissionné de la présidence de l&#8217;Assemblée nationale constituante dès le jour où la Constitution du pays fut discutée et adoptée en dehors de l&#8217;Assemblée que je présidais et des députés élus pour le faire. La discussion et l&#8217;adoption eurent pour cadre une salle de cinéma de la ville, &laquo;&nbsp;Le Majestic &laquo;&nbsp;. Là fut institutionnalisé le parti unique, à l&#8217;instar des démocraties populaires.</p>
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<p>Année 1964.<br />
Kidnapping et déportation au Sahara de Abderrahmane Farès, ancien président de l&#8217;Exécutif provisoire (organisme de transition après les accords d&#8217;Evian) et député de l&#8217;Assemblée nationale Constituante de l&#8217;Algérie indépendante. Extraits de son témoignage (4)<br />
Le 7 juillet 1964, en quittant l&#8217;Assemblée nationale vers 19 heures, je trouvai à l&#8217;entrée de l&#8217;immeuble de la rue Michelet, où j&#8217;habitais, deux compatriotes habillés en civil qui m&#8217;attendaient.<br />
- Monsieur le Président, me dirent-ils, le commissaire de police d&#8217;El Biar désire vous voir, il y a une communication urgente et confidentielle à vous faire.<br />
- Puisque c&#8217;est urgent, allons-y tout de suite.<br />
J&#8217;étais accompagné de mon neveu Abdallah et de mon chauffeur, qui étaient déjà dans la voiture. Arrivés à destination, je vis mes deux interlocuteurs entrer dans le commissariat pour en ressortir presque immédiatement et me dire :<br />
- Monsieur le Président, venez avec nous, le rendez-vous est plus loin.<br />
Je les suivis et ne tardai pas à m&#8217;apercevoir que notre destination n&#8217;était pas celle indiquée. A un moment donné, mes compagnons me dirent :<br />
- Mettez votre veste sur votre tête, le lieu où nous allons est secret.<br />
En souriant, je leur dis :<br />
- Nous voilà revenus au temps de la cagoule.<br />
- Nous ne sommes que des exécutants, me répondirent-ils.</p>
<p>Lorsque la voiture s&#8217;arrêta, ils me prirent par la main. Je n&#8217;enlevai la veste qu&#8217;à l&#8217;intérieur d&#8217;un immeuble genre villa. Je reconnus l&#8217;ancienne clinique du Dr Roubille. Mes compagnons disparurent aussitôt et je me trouvai en face d&#8217;un jeune djoundi mitraillette sur les genoux qui me prit ma serviette, que je n&#8217;ai plus revue, ma ceinture et mes lacets de souliers. Il me conduisit dans une pièce sans fenêtre où il n&#8217;y avait qu&#8217;une paillasse et une couverture.</p>
<p>Le soir, j&#8217;eus la visite d&#8217;un jeune garçon qui m&#8217;apporta une gamelle de soupe, un peu de pain et un verre d&#8217;eau. En me reconnaissant, il me dit : &nbsp;&raquo; Je vous apporterai demain matin un paquet de cigarettes et une boite d&#8217;allumettes &nbsp;&raquo; . Il tint sa promesse en m&#8217;apportant un breuvage appelé café.</p>
<p>Je n&#8217;eus droit pendant mon séjour qu&#8217;à une promenade, seul, d&#8217;une heure par jour, dans la cour de la clinique devenue prison. Le soir, j&#8217;entendais les cris poussés par les militants que l&#8217;on torturait. C&#8217;était horrible.<br />
Un jour, en allant aux toilettes, je reconnus dans la cour de la clinique quelques amis. L&#8217;un d&#8217;eux Aït Chaâlal, qui devint par la suite ambassadeur d&#8217;Algérie à Bruxelles, en passant près de moi me chuchota en faisant allusion aux tortures subies : &nbsp;&raquo; Hier, c&#8217;était nous &nbsp;&raquo; (…)<br />
M. Farès sera déporté à In Salah et ne sera libéré que le 7 juin 1965.</p>
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<p>Année 1967.<br />
4 janvier. Assassinat de Mohamed Khider, membre fondateur du FLN et ancien ministre d&#8217;Etat du GPRA. Témoignage de Hocine Aït Ahmed. Extraits. (5)<br />
(…) Les tenants et les aboutissants de l&#8217;affaire Khider, assassiné à Madrid en janvier 1967 ne sont pas plus mystérieux. Là encore, le crime est signé. La police espagnole a fait également son boulot et comme la famille de Mohamed Khider s&#8217;était constituée partie civile, les autorités judiciaires étaient parvenues à des conclusions accablantes pour le pouvoir algérien. On sait que c&#8217;est devant son domicile, dans sa voiture, en présence de sa femme que le malheureux Khider a été criblé de balles. Le tueur est promptement identifié : il s&#8217;agit de Youcef Dakhmouche. Appartenant à la pègre, il était téléguidé par les services secrets algériens. Cette liaison, on ne cherchait même pas à la dissimuler puisque Dakhmouche était en rapport constant avec un certain Boukhalfa, l&#8217;honorable correspondant de la SM à Madrid et….attaché culturel à l&#8217;ambassade d&#8217;Algérie ! (…)</p>
<p>(…) Or, j&#8217;ai appris par la suite que, la veille de son assassinat, Khider envisageait de constituer un gouvernement en exil. Il avait consulté à cet effet Mohamed Lebjaoui et Krim Belkacem. Il ne s&#8217;en était pas ouvert à Mohamed Boudiaf ni à moi-même. Mais la perspective d&#8217;un regroupement, même partiel, de l&#8217;opposition, pouvait être interprétée comme une menace sérieuse par un Boumediène qui n&#8217;était au pouvoir que depuis moins de deux ans et éprouvait impérieusement le besoin de consolider son régime. De là à penser qu&#8217;il fallait éliminer Khider….</p>
<p>________________________</p>
<p>Année 1967.<br />
Assassinat du colonel Saïd Abid, chef de la 1ère région militaire (Blida) et mise en place de l&#8217;Etat militaro-policier. Témoignage du colonel Zbiri, chef d&#8217;Etat-Major. Extraits (6).<br />
(…) Le 14 (décembre), à 9 heures du soir, alors que je me trouve dans les environs de Blida, le commandant Saïd Abid, qui venait de refuser catégoriquement par téléphone à Boumediène d&#8217;engager une partie de ses unités contre celles qui marchaient sur Blida, est trouvé mort dans son bureau. La nouvelle, et la thèse officielle du suicide, ne seront divulguées que trois jours plus tard. Trois jours pendant lesquels des officiers fidèles à Boumédiene ; le commandant Chabou, le commandant Slimane Hoffman, le commandant Bencherif, commandant la gendarmerie, qui se trouvaient au PC de la 1ere région, continueront de donner des ordres en son nom. Il n&#8217;y aura pas de constat médico-légal. Le corps, contrairement aux traditions religieuses de l&#8217;Islam, sera placé dans un cercueil. Mais le père de Saïd Abid, qui est taleb, n&#8217;en veut pas et réclame l&#8217;ouverture : on constate que le corps porte les traces de deux balles dans la poitrine et d&#8217;une dans la tempe gauche, ce qui est beaucoup pour un suicide. …</p>
<p>On dit aussi qu&#8217;il a laissé une lettre manuscrite expliquant son geste : cette lettre ne sera jamais publiée. Dans ces conditions, il est bien difficile d&#8217;admettre la thèse du suicide et tout porte à croire que le commandant Saïd Abid a été bel et bien &laquo;&nbsp;liquidé &laquo;&nbsp;. Un autre de mes amis, le colonel Abbés, trouvera également la mort vingt-cinq jours plus tard, dans des conditions suspectes, entre Cherchell et Alger. (…)</p>
<p>(…) Les conséquences de la crise peuvent être ainsi évaluées : l&#8217;armée est meurtrie, divisée : cinq mille officiers et cadres de l&#8217;armée, autant de civils (assemblée, comité central, ministres) sont arrêtés (certains, ont depuis, été libérés) ; tous les téléphones officiels sont branchés sur les tables d&#8217;écoute, le courrier est surveillé ; la sécurité militaire est renforcée considérablement : elle double et surveille la sûreté nationale. L&#8217;appareil policier mis en place à l&#8217;occasion de la guerre contre le sionisme se tourne de plus en plus vers la répression intérieure. La police, ou plutôt les polices, se multiplient : des informateurs &nbsp;&raquo; contractuels &nbsp;&raquo; sont pris parmi les chômeurs ; un insupportable climat d&#8217;espionnite sévit dans la population. Les services spéciaux torturent comme au temps des paras. Il y avait dix mille gendarmes en 1967, il y en a quinze mille aujourd&#8217;hui. Les agents des différentes polices grenouillent en Europe. Les ambassades et les agences d&#8217;Air Algérie en sont truffées.</p>
<p>Dans l&#8217;armée, sur un budget de 650 millions de dinars, 110 millions sont consacrés à la sécurité militaire. Le &laquo;&nbsp;socialisme &nbsp;&raquo; de l&#8217;Algérie n&#8217;est plus qu&#8217;un mot qui couvre désormais une dictature policière. (…)</p>
<p>_____________________</p>
<p>Année 1968.<br />
Témoignage du commandant Bouregaâ Lakhdar, officier de l&#8217;armée de libération nationale (ALN), membre du commandement de la wilaya IV (Algérois), et chef de la fameuse katiba Zoubiria. Cet officier s&#8217;opposera à la prise du pouvoir par l&#8217;armée des frontières au lendemain de l&#8217;indépendance et refusera son recyclage par la corruption. Il fera alors l&#8217;objet d&#8217;un harcèlement permanent par le pouvoir au lendemain du coup d&#8217;Etat du 19 juin 1965 et plus particulièrement après l&#8217;échec du putsch du colonel Zbiri en 1967. Il sera kidnappé en 1968, incarcéré et torturé avant d&#8217;être condamné arbitrairement en 1969 à 30 années de réclusion par le tribunal &laquo;&nbsp;révolutionnaire&nbsp;&raquo; ( juridiction d&#8217;exception). Il sera gracié après 7 années de détention. (7)<br />
&nbsp;&raquo; Je suis rentré chez moi et auprès de ma famille après un voyage en Europe….Et j&#8217;ai repris ma vie habituelle. Un jour et alors que je me promenais dans la rue Larbi Ben M&#8217;hidi, à Alger….mes pas m&#8217;emmenèrent au magasin de l&#8217;une de mes connaissances. Je m&#8217;apprêtais à rentrer au magasin quand une bande de civils m&#8217;encercla et m&#8217;attacha mes poignets, sous le regard des passants. Ces hommes me poussèrent vers une voiture noire de type Peugeot 403. Quelques instants plus tard, ils m&#8217;introduirent au commissariat de police situé à la rue Cavaignac….Je suis resté en ce lieu jusqu&#8217;à minuit. Des gardiens se relayaient pour me surveiller et chacun d&#8217;eux me regardait avec étonnement mais sans m&#8217;adresser la parole. Ils m&#8217;entraînèrent ensuite vers un grand bâtiment et me jetèrent dans une cellule sombre située au sous-sol….J&#8217;ai appris par la suite que dans ce bâtiment se trouvaient d&#8217;autres prisonniers accusés d&#8217;appartenir au mouvement de Krim Belkacem.</p>
<p>J&#8217;ai séjourné dans cette cellule un mois. J&#8217;ai connu toutes les variétés de torture physiques et psychologiques comme les bastonnades, les coups de pieds, la gégène appliquée sur les parties sensibles du corps…Ils jetaient de temps à autre sur ma tête et sur mon corps, de l&#8217;eau sale. Les méthodes de torture variaient avec les tortionnaires…. A chaque fois que je perdais connaissance, ils cessaient les supplices. …et reprenaient à nouveau dès que je me réveillais. Je ne me suis jamais imaginé qu&#8217;il y avait au sein des appareils chargés des interrogatoires, des esprits aussi chargés de haine contre l&#8217;être humain, comme ce que je venais de voir moi-même !</p>
<p>Je commençais au fil des jours et des mois à m&#8217;adapter psychologiquement et physiquement aux cauchemars de la torture quotidienne…. Au point où j&#8217;ai perdu toute sensibilité à la douleur et que s&#8217;est installé entre les tortionnaires et moi un dangereux défi : les tortionnaires ne pouvaient venir à bout de ma volonté, je criais de toutes de mes forces et moi, je ne pouvais ni mourir ni abandonner mes principes.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que ce conflit a évolué vers l&#8217;impossible…. Je répétais à mes tortionnaires que tout ce que je connaissais comme secrets étaient connus par leurs appareils de sécurité. Ils comptaient sur la poursuite de la torture et sur le temps pour m&#8217;arracher ce que je savais comme informations et secrets, et ce jusqu&#8217;au 27 août 1968, date à laquelle ils me transférèrent, pratiquement paralysé, vers la prison de Sidi El Houari d&#8217;Oran…. Et à chaque fois que ma famille demandait de mes nouvelles, la police lui répondait qu&#8217;elle aussi, était à ma recherche pour m&#8217;arrêter….et que pour cette raison, il fallait que ma famille coopère pour me retrouver ! ! ! ! !</p>
<p>Je n&#8217;ai pas changé mes vêtements durant près de trois mois, mois faits d&#8217;incarcération et de torture. … Ils m&#8217;empêchèrent de laver mon linge….Au moment de me transférer de ma cellule d&#8217;Alger vers celle de Sidi El Houari d&#8217;Oran, ils m&#8217;attachèrent les poignets avec des menottes et me joignirent à d&#8217;autres détenus ligotés comme moi. Ils nous bandèrent les yeux. Il nous était impossible de savoir s&#8217;il faisait jour ou nuit. ….Puis ils nous parquèrent dans un camion sale, sans fenêtre ni aération d&#8217;où des odeurs nauséabondes se dégageaient. Ce maudit camion démarra de la capitale vers Oran, soit un trajet de 500 km dans un tel état. Notre surprise fut plus grande quand on entra à la prison de Sidi El Houari et quand les gardiens se mirent à ouvrir les portes, avec les bruits et les grincement des serrures. J&#8217;ai deviné, alors que j&#8217;avais les yeux bandés que la prison avait plusieurs portes. Les gardiens ne se contentèrent pas de nous garder à cet étage mais nous descendirent à travers des échelles spiralées, dans les profondeurs de la terre, pour nous enfermer dans des cellules individuelles. Cette prison était une citadelle qui donnait sur la mer. Construite par les espagnols lors de l&#8217;occupation de cette région, pour se protéger des résistants algériens, elle avait plusieurs passages et tunnels souterrains pour la cache d&#8217;armes. C&#8217;était aussi une prison terrifiante, avec son froid hivernal glacial, ses bestioles venimeuses, ses saletés et son visage hideux et d&#8217;enfer qui terrorisaient les esprits.</p>
<p>Les cellules se présentaient sous forme de puits, situées au bord des passages. De véritables monstres aux gueules béantes qui avalaient dans leurs ténèbres et chaque jour, des êtres humains, avec leur chair, leur sang et leurs esprits (…)<br />
(…) Le gardien m&#8217;ôta le bandage que j&#8217;avais sur les yeux et me poussa avec la crosse de son arme dans la cellule. Je n&#8217;ai pas pu me contrôler et je suis tombé à terre. Je ne m&#8217;étais pas rendu compte que le niveau de la cellule était plus bas que celui de la porte. (…).</p>
<p>(…) Au matin du 27 septembre 1968 et aux environs de 19 heures, les geôliers ouvrirent la porte de ma tombe terrifiante et me lancèrent à haute voix : &nbsp;&raquo; rampes pour sortir de la cellule &laquo;&nbsp;. Je me suis mis effectivement à ramper et j&#8217;ai pu difficilement me hisser au niveau du passage où j&#8217;ai trouvé une armada de gardiens qui étaient en réalité des agents de la sécurité militaire, comme je l&#8217;ai su par la suite. Ils me jetèrent dans un véhicule pour prendre la direction de la capitale. Mais avant de nous rendre à la prison, les agents firent plusieurs tours dans les rues de la ville, alors que j&#8217;avais les yeux bandés, pour ne pas pouvoir reconnaître les lieux. J&#8217;ai failli vomir de faim, de fatigue et à force de tourner dans ces ténèbres. Et finalement la voiture qui dégageait de mauvaises odeurs s&#8217;arrêta et mes geôliers m&#8217;emmenèrent vers un nouveau cachot de pierres. …En entrant, le chef me dit : &nbsp;&raquo; Tu es maintenant entre des mains sûres. Tu es avec des agents de la sûreté nationale. Nous t&#8217;avons ramené vers la capitale pour poursuivre les investigations avec toi car le premier interrogatoire n&#8217;était pas concluant &laquo;&nbsp;.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que commença une nouvelle étape avec les tortionnaires et l&#8217;interrogatoire. Des milliers de questions sortaient de leurs bouches jour et nuit, chacun prenant le relais de l&#8217;autre pour m&#8217;interroger. Puis c&#8217;était tout un groupe qui me questionnait en même temps. Les questions s&#8217;enchevêtraient (…)<br />
(…) J&#8217;étais alors convaincu que ces tortionnaires étaient des malades mentaux, leur seul souci est de jouir des supplices qu&#8217;ils faisaient subir aux prisonniers. (…)<br />
(…) Les tortionnaires contemplaient les séquelles de blessures sur mon corps contractées durant la grande guerre de libération, lorsque nous affrontions le féroce ennemi colonial, poitrines et pieds nus. Ils regardaient les cicatrices des orifices de balles, éteignaient dessus leurs mégots de cigarettes et les trituraient avec des barres métalliques chauffées, tout en s&#8217;interrogeant avec ironie : &nbsp;&raquo; s&#8217;agit-il vraiment de cicatrices de balles de l&#8217;ennemi ou de morsures de chiens ? &laquo;&nbsp;. Un autre ajoutait : &nbsp;&raquo; effectivement, il s&#8217;agit bien de séquelles de morsures ici &laquo;&nbsp;. Un troisième s&#8217;interrogeait : &nbsp;&raquo; est-ce que vraiment le moudjahid était courageux et affrontait les canons et les tirs de mitraillettes….Montres-nous ta bravoure ! &nbsp;&raquo; Et leurs ongles s&#8217;enfonçaient sauvagement dans mon corps, déchirant les cicatrices de mes anciennes plaies.</p>
<p>Mes tortionnaires ne désespéraient pas de me vaincre psychologiquement. Ils eurent recours à une nouvelle méthode qui leur permettait de se reposer un peu avant de reprendre d&#8217;autres séances d&#8217;interrogatoires. Ils attachaient mes poignets avec des menottes au plafond et me laissaient suspendu, les pieds pendants. Je restais dans cette position un bout de temps, au point de sentir mes os se désarticuler les uns des autres. Un tortionnaire me mettait un cours instant une chaise sous les pieds, permettant à mon corps de se soulager. Puis soudainement, il l&#8217;enlevait. Je me sentais alors plongeant dans un ravin profond (…).</p>
<p>(…) Alors que j&#8217;étais dans les ténèbres de ma cellule, j&#8217;ai entendu frapper à ma porte puis le bruit de clés et la voix du geôlier qui s&#8217;élevait en disant : &nbsp;&raquo; Prends tes affaires et soit prêt pour sortir. Tu viens d&#8217;être amnistié… le procureur t&#8217;attend… &laquo;&nbsp;. Je lui ai alors dit, tout en ramassant mes maigres affaires : &nbsp;&raquo; En quelle occasion, le pouvoir m&#8217;a amnistié ? &laquo;&nbsp;. Il me répondit d&#8217;une manière ferme pour éviter de prolonger la discussion avec moi : &nbsp;&raquo; Ne sais-tu pas que cette nuit est celle du 1er novembre 1968 ? &laquo;&nbsp;. Je sortis de la cellule vers la grande salle, mains et pieds enchaînés, avançant entre deux rangées de gardiens qui surveillaient les nombreuses cellules aux portes métalliques. ….Nous entendîmes des coups de feu et des youyous de femmes à l&#8217;extérieur. Les geôliers se mirent à me faire plusieurs tours puis me descendirent à travers des escaliers en pierre pour aboutir à un passage. Avant même de me mettre debout, un gardien me poussa vers une porte métallique et son collègue me surpris de derrière d&#8217;un violent coup de pied. J&#8217;ai failli tomber à terre et je me suis alors retrouvé dans une autre cellule… J&#8217;ai été accueilli par un vent froid et je commençais à connaître les contours de ma nouvelle cellule que m&#8217;avaient offerts mes geôliers en cette nuit grandiose du 1er novembre. …Je découvrais qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un vaste WC construit pour les besoins de toute la prison ! ?</p>
<p>(…) J&#8217;étais profondément épuisé. Je ne pouvais supporter mon corps de par sa maigreur et les séquelles des plaies dues aux tortures, quand soudain vint se dresser devant moi, un gros rat, au regard perçant. J&#8217;ai essayé de le chasser avec mon broc, mais je craignais que ce dernier tombe dans la fosse. Puis avec un pan de mes vêtements, j&#8217;ai pu le faire reculer. Il disparut dans le trou de la fosse, poussant des cris de protestation probablement contre ma présence sur son territoire. Je fus rassuré momentanément de sa disparition. Il ne tarda pas à revenir avec une armée d&#8217;autres rats. J&#8217;ai reculé, effrayé, m&#8217;appuyant sur le mur, tout en puisant toutes les forces qui me restaient pour affronter les rats de la prison. Et je me suis souvenu que nous étions la nuit du 1er novembre ! Je me suis aussi souvenu de mon enfance dans mon village tranquille et paisible quand je pêchais avec mes proches, des poissons dans les oueds et les ruisseaux…. et chassais les oiseaux multicolores dans la forêt. Puis je me suis souvenu de ma tendre jeunesse quand je participais avec les héroïques moudjahidines à la chasse de l&#8217;ennemi et à leur poursuite en tous lieux sur notre vaste terre sacrée. Mais après toute cette époque riche en faits et en victoires, je me retrouve aujourd&#8217;hui prisonnier, entre quatre murs, dans les profondeurs de la terre……cerné par des rats, la nuit du 1er novembre ! ! ! ! (…).</p>
<p>___________________</p>
<p>Année 1970.<br />
Octobre. Assassinat de Krim Belkacem, membre fondateur du FLN, ministre des Affaires Etrangères du GPRA et signataire des accords d&#8217;Evian. Témoignage de Hocine Aït Ahmed sur la mort de Krim et sur les techniques &laquo;&nbsp;d&#8217;approche &nbsp;&raquo; des opposants par la sinistre police politique (SM). Extraits. (5)<br />
C&#8217;est dans sa chambre d&#8217;hôtel à Francfort que Krim Belkacem fut étranglé avec sa propre cravate. Il n&#8217;a été découvert qu&#8217;après plus de vingt-quatre heures par le personnel de l&#8217;établissement. A l&#8217;évidence, le forfait ne pouvait être perpétré que par un familier de la victime. La police allemande a fait son travail ; les tueurs lui avaient d&#8217;ailleurs facilité la tâche. N&#8217;avaient-ils pas laissé des documents compromettants dans une serviette abandonnée à la consigne de l&#8217;aéroport ? On a su ainsi qu&#8217;ils étaient au nombre de trois dont le commandant H&#8217;mida Aït Mesbah, chef du service opérationnel de la Sécurité Militaire (SM) et qui sera décoré….lors des cérémonies du trentième anniversaire de la révolution, le 1er novembre 1984 !</p>
<p>Je peux révéler aujourd&#8217;hui que le malheureux Krim était tombé dans un guet-apens. Voici les faits : la SM avait mis au point un scénario de coup d&#8217;Etat et lui avait proposé d&#8217;en prendre la tête. Pour les besoins de la cause, Aït Mesbah, qui connaissait bien Krim depuis la guerre, s&#8217;était converti à l&#8217;opposition. Tout était fin prêt pour la prise du pouvoir, avait-il expliqué à Krim. La proclamation annonçant la chute de Boumediene était même enregistrée. Un gouvernement était constitué : autour de Krim, président de la République, siégeait Aït Mesbah à l&#8217;Intérieur ; Mouloud Kaouane, personnage peu recommandable, écopait de la…Justice ; la Défense revenait au colonel Mohamed Salah Yahiaoui, mais on avait omis de le consulter….</p>
<p>C&#8217;est d&#8217;abord en France que le complot, c&#8217;est-à-dire l &laquo;&nbsp;assassinat de Krim, devait se dérouler. Il était question de faire disparaître le corps dans une villa louée à cette occasion en Provence. J&#8217;ai des raisons de penser que la police française en avait eu vent ; Krim s&#8217;est vu interdire de séjourner sur le territoire français sans autorisation préalable. Les préparatifs du coup d&#8217;Etat se sont transposés ailleurs et c&#8217;est ainsi que le rendez-vous fatal eut lieu à Francfort.</p>
<p>Comment Krim, qui n&#8217;était pas né de la dernière pluie a-t-il pu se faire avoir de la sorte ? La question se pose d&#8217;autant plus qu&#8217;il était expressément informé de la finalité réelle de la conspiration à laquelle il avait accepté de participer. Il était très précisément affranchi sur le rôle confié à Aït Mesbah. Là-dessus, je n&#8217;ai aucun doute pour la bonne raison que je l&#8217;ai moi-même mis en garde.</p>
<p>On comprendra sans mal que je ne puisse pas dévoiler mes sources. En revanche, je peux dire que c&#8217;est par le truchement d&#8217;un haut fonctionnaire suisse aujourd&#8217;hui à la retraite que je m&#8217;étais empressé de communiquer à Krim Belkacem ce que je savais de l&#8217;attentat qui se tramait contre lui, et cela plusieurs semaines avant son exécution. (…)</p>
<p>(…) Il convient d&#8217;ajouter toutefois que Krim n&#8217;était pas le seul visé. Environ un an avant que Krim soit &laquo;&nbsp;approché &laquo;&nbsp;, j&#8217;ai eu droit à la sollicitude des agents de la SM, déguisés en opposants purs et durs. Le piège dans lequel est tombé Krim était exactement identique à celui qui m&#8217;était tendu. A croire que la SM manque d&#8217;imagination…</p>
<p>Aït Mesbah, flanqué de deux compères, était venu en Suisse pour me proposer d&#8217;être la figure de proue du coup d&#8217;Etat avant d&#8217;être nommé président de la République. Bien entendu, il avait commencé par instruire le procès de Boumediene et de son régime ; il m&#8217;avait longuement expliqué comment le mécontentement dans le pays et l&#8217;armée avait atteint les limites de l&#8217;intolérable. Aït Mesbah ne dissimulait pas ses fonctions au sein de la SM. Mieux : c&#8217;est en tant que chef du service opérationnel disposant d&#8217;une force de frappe décisive qu&#8217;il m&#8217;entretenait. D&#8217;ailleurs, suprême habilité, il ne me demandait rien, sinon de donner mon assentiment à l&#8217;opération. En clair, il m&#8217;offrait le pouvoir sur un plateau d&#8217;argent.</p>
<p>J&#8217;ai décliné son offre en disant que j&#8217;étais par principe hostile à toute opération de ce genre. (…)<br />
(…) Mais notre barbouze ne s&#8217;est pas estimé vaincu pour autant. Il est revenu obstinément à la charge, mais j&#8217;ai refusé tout aussi obstinément de le rencontrer. Il a continué à m&#8217;envoyer assidûment des rapports relatant ses efforts pour élargir l&#8217;implantation du FFS en Algérie. De guerre lasse, il a fini par lâcher prise. Plus exactement par changer de cible.</p>
<p>Toujours est-il que lorsque j&#8217;ai appris que le même individu avait pris langue avec Krim, j&#8217;ai éprouvé aussitôt les pires appréhensions, lesquelles, hélas, n&#8217;étaient pas infondées.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Année 1971.<br />
Extraits d&#8217;un tract diffusé en avril 1971 par le parti communiste algérien (Parti de l&#8217;avant-garde socialiste d&#8217;Algérie, PAGS) faisant état de tortures et de harcèlements de ses militants par le régime du colonel Boukharouba. (8)</p>
<p>(&#8230;) Le 22 avril au soir, deux personnes se présentant au domicile de notre camarade Abdelhamid Benzine, dirigeant du PAGS. En l&#8217;absence de Madame Benzine, l&#8217;un de ces deux visiteurs demande à son fils âgé de 15 ans d&#8217;aller tout de suite &nbsp;&raquo; avertir les camarades parce qu&#8217;il y avait eu des arrestations &laquo;&nbsp;. Après cette veine provocation 14 policiers en civil ont fait irruption dans l&#8217;appartement qu&#8217;ils ont ensuite fouillé.</p>
<p>A son arrivée, Mme Benzine est accueillie par les policiers, revolver au poing. Elle leur demande leurs papiers et le mandat de perquisition, mais ils répondent par des moqueries. L&#8217;un d&#8217;eux cependant exhibe une carte de la &nbsp;&raquo; Sécurité Militaire &laquo;&nbsp;. Puis certains policiers repartent emmenant avec eux le fils de Mme benzine et les deux &nbsp;&raquo; visiteurs &nbsp;&raquo; en déclarant à sa mère qu&#8217;il ne serait retenu qu&#8217;une dizaine de minutes pour un bref interrogatoire. Les deux visiteurs n&#8217;étaient en fait que des policiers chargés d&#8217;une mise en scène grossière devant permettre l&#8217;enlèvement du fils de Mme Benzine. Les autres policiers demeurés dans l&#8217;appartement se livrent à toutes sortes d&#8217;intimidations et de provocations à provocation de Mme Benzine et de sa fille.</p>
<p>Les policiers quittent l&#8217;appartement le 24 avril dans la journée après avoir coupé le téléphone, alors que le fils de Mme Benzine n&#8217;est toujours pas revenu. En fait il est séquestré durant 4 jours (jusqu&#8217;au lundi soir) dans les locaux de la &nbsp;&raquo; Sécurité Militaire &laquo;&nbsp;, probablement à Bouzaréah, près d&#8217;Alger. Emmené avec un bandeau sur les yeux il ne verra pas le jour durant ces 4 journées. Il est interrogé sur son beau-père, brutalisé et torturé à l&#8217;électricité. A un moment donné, après une séance de torture, on lui appliqua sur une partie du cou un coton imbibé d&#8217;un liquide qui le plongea dans l&#8217;évanouissement. Une visite médicale a établi, après sa libération, qu&#8217;il portait des traces de sévices. A un moment de l&#8217;interrogatoire une gifle plus violente que les autres a fait sauter le bandeau et les tortionnaires se sont alors caché le visage.</p>
<p>Avant de le libérer les policiers ont menacé le fils de Madame Benzine qui est de nationalité française, de l&#8217;expulser d&#8217;Algérie, ainsi que sa mère, s&#8217;il racontait ce qui s&#8217;était passé dans les locaux de la S.M. Emmené en voiture, les yeux toujours bandés, ils l&#8217;ont ensuite placé face à un mur et lui ont demandé de compter jusqu&#8217;à vingt avant de se retourner sinon il serait abattu (cela pour l&#8217;empêcher de relever le numéro de la voiture).</p>
<p>Ce n&#8217;est pas la première fois que la famille de notre camarade Benzine est l&#8217;objet de ces méthodes ignobles : perquisition, arme au poing, en 1966 ; interrogatoires de Mme Benzine par la P.R.G. en mars dernier assortis de chantage à l&#8217;expulsion ; provocations, filatures, etc.…</p>
<p>Rappelons aussi qu&#8217;en janvier dernier les femmes de nos camarades Sadek Hadjerès et Boualem Khalfa ont fait l&#8217;objet de multiples menaces, proférés par téléphone, d&#8217;enlèvement de leurs enfants. De même le fils de notre camarade Bachir Hadj Ali a été enlevé, battu, séquestré et menacé d&#8217;être abattu en janvier également.<br />
Ces faits montrent non seulement que la torture n&#8217;a pas reculé en Algérie, mais qu&#8217;elle s&#8217;est même aggravée au point que les tortionnaires s&#8217;attaquent aux familles de militants et torturent leurs enfants !</p>
<p>Les raisons en sont évidentes : aucune mesure n&#8217;a été prise pour juguler cette plaie qui demeure la honte de notre pays. Notre parti n&#8217;a cessé depuis des années de dénoncer la torture et les tortionnaires, les illégalités et les crimes contre la dignité de l&#8217;homme.</p>
<p>La publication de &nbsp;&raquo; L&#8217;Arbitraire &nbsp;&raquo; (récit de tortures subies par notre camarade Bachir Hadj Ali après son arrestation en septembre 1965) et des &nbsp;&raquo; Torturés d&#8217;El Harrach &nbsp;&raquo; (copies des plaintes déposées pour tortures par de nombreux militants de notre Parti arrêtés également à la même époque) n&#8217;ont pas arrêté la main des tortionnaires. Aucune plainte pour torture n&#8217;a jamais été instruite par les tribunaux. Les tortionnaires de 1965 sont toujours là. Certains ont bénéficié de promotions.</p>
<p>C&#8217;est le même Belhamza dénoncé dans le récit de Hadj Ali qui a torturé en juillet-août 1968 Nacer Djelloul et Djamal Labidi, membres du comité exécutif de l&#8217;Union Nationale des Etudiants Algériens, ainsi que Mohamed Téguia, ancien député, ancien officier de l&#8217;ALN et invalide de guerre. Ce dernier, atteint de graves troubles nerveux à la suite des tortures, fait l&#8217;objet encore de soins à l&#8217;heure actuelle.</p>
<p>On ne torture pas seulement à la Sécurité Militaire, mais dans tous les services de police, à la PRG (police politique), à la gendarmerie et même dans les commissariats. Que ce soit à Alger, à Oran, à Rouiba (en décembre 1967), à Constantine, à Sétif ou ailleurs, la plupart de nos camarades ou des étudiants arrêtés ont subi de graves sévices que nous avons dénoncés en leur temps. Dans la &nbsp;&raquo; Voix du Peuple &nbsp;&raquo; n° 35 du 7 juillet 1970 nous signalions le cas d&#8217;un ouvrier de Ain Témouchent, père de 7 enfants, torturé à mort parce que soupçonné de vol, alors que l&#8217;enquête a établi par la suite qu&#8217;il était innocent.</p>
<p>Les épouses et les jeunes filles ne sont pas à l&#8217;abri de méthodes encore plus ignobles. En 1968, dans les locaux de la &nbsp;&raquo; Sécurité Militaire &nbsp;&raquo; à Alger, les femmes de Nacer Djelloul et Djamel Labidi ont été menacées devant leurs maris d&#8217;être violées et on a poussé l&#8217;ignominie jusqu&#8217;à commencer à les déshabiller. En janvier des étudiantes ont été menacées d&#8217;être violées &nbsp;&raquo; de toutes les façons possibles &nbsp;&raquo; si elles ne parlaient pas. Et effectivement, un policier entrait dans le local d&#8217;interrogatoire et commençait à se déshabiller !</p>
<p>La torture n&#8217;est pas seule en cause. En fait, et malgré les déclarations officielles sur la sécurité retrouvée et l&#8217;égalité des citoyens devant la justice, la violation des droits et libertés individuelles est constante. Les arrestations opérées sans mandat, de jour comme de nuit, sont de véritables enlèvements. Les gardes à vue durant des semaines sinon des mois durant lesquelles les familles demeurent sans aucune nouvelle. Ce sont des séquestrations pures et simples. Les personnes arrêtées sont emmenées avec un bandeau sur les yeux. On les menace des pires sévices si elles racontent ce qui s&#8217;est passé dans les locaux de police. On essaie par le chantage et les pressions de transformer les militants progressistes en indicateurs. Les juges signent les mandats de dépôt sur ordre : des progressistes ont fait des années de prison sans jugement parce qu&#8217;on a trouvé quelques tracts du PAGS à leur domicile. Au nom du FLN, Kaid Ahmed organise des groupes armés pour kidnapper et torturer les étudiants. Certains services de police vont jusqu&#8217;à interdire aux inculpés présentés au Parquet de choisir tel ou tel avocat. L&#8217;ordre des avocats se tait. La justice entérine les illégalités. La presse officielle parle tous les jours de la torture au Brésil, en Grèce, au Portugal, mais fait le silence sur la répression en Algérie. Aucune arrestation n&#8217;est jamais rendue publique.</p>
<p>(&#8230;) En tout état de cause l&#8217;attention du Président Boumediène a été à plusieurs reprises attirée sur le danger de cette situation., notamment dans la lettre que le PAGS lui a adressée en Septembre 1968. Nous écrivions dans cette lettre à propos de l&#8217;arrestation de dizaines de nos militants en juillet 1968 :<br />
… &laquo;&nbsp;Un grand nombre de ces hommes et de ces femmes ont été malheureusement et une fois de plus, odieusement torturés. On a fait violence à leur dignité d&#8217;hommes et de citoyens algériens. On s&#8217;est efforcé de les humilier pour des opinions dont ils ne peuvent être que fiers. C&#8217;est là une constatation amère dans notre pays où la torture est maudite par la conscience populaire. Pourquoi ne pas appliquer en priorité aux citoyens de notre pays les règles élémentaires de respect de la personne humaine dont l&#8217;Algérie s&#8217;honore de faire bénéficier &#8211; à juste titre &#8211; des ressortissants étrangers comme les occupants du Boeing d&#8217;un pays avec qui l&#8217;Algérie est officiellement en guerre ? &nbsp;&raquo;<br />
Plus récemment, notre camarade Boualem Khalfa a adressé une lettre au Président Boumediène à propos des menaces d&#8217;enlèvement de sa petite fille et des enfants de Sadek Hadjerès, en attirant son attention sur le fait que ces méthodes n&#8217;étaient que le fruit pourri d&#8217;un climat répressif où la police se permet toutes les illégalités même les plus graves. De même, en mars dernier Mme Benzine a adressé une lettre au Président Boumediène pour lui demander d&#8217;intervenir pour faire cesser les interrogatoires illégaux et le chantage dont elle était l&#8217;objet.<br />
C&#8217;est dire que personne n&#8217;ignore, y compris la plus haute autorité de l&#8217;Etat, que la torture existe dans notre pays, que l&#8217;arbitraire est la loi commune. Le fait que cette campagne répressive se soit encore aggravée dans la dernière période montre à l&#8217;évidence que l&#8217;objectif visé est de démanteler le PAGS à tout prix et par n&#8217;importe quel moyen en arrêtant notamment ses principaux dirigeants connus pour leurs activités patriotiques pendant la guerre de libération et contraints depuis six ans, à mener clandestinement leur lutte anti-impérialiste et anti-réactionnaire. (…)</p>
<p>_____________________________</p>
<p>Année 1975.<br />
Mohamed Haroun et Mohamed Ou-Ismaïl Medjeber sont deux militants pour la culture tamazight. La police politique (sécurité militaire) les accusera le 25 décembre 1975 d&#8217;avoir préparé un attentat contre les locaux du quotidien El Moudjahid. Arrêtés et atrocement torturés, ils seront condamnés respectivement à la perpétuité et à la peine capitale par le tribunal d&#8217;exception de Médéa (cour de sûreté de l&#8217;Etat).<br />
Dans une lettre adressée au colonel Bendjedid, avec copie aux organisations des droits de l&#8217;homme, la mère de Medjeber raconte les sévices vécus par ces deux malheureux citoyens. (9)<br />
Villetaneuve le 25 mai 1986</p>
<p>A Monsieur le président de la République<br />
Présidence de la République.<br />
Alger. Algérie.</p>
<p>Objet : Droits de l&#8217;Homme en Algérie.</p>
<p>Monsieur le Président,<br />
Il me parait, en tant que mère et citoyenne, indispensable plus qu&#8217;opportun, par référence à vos récentes déclarations quant au respect rigoureux et indéniable selon vous des droits de l&#8217;Homme en Algérie, de témoigner de l&#8217;expérience horrible vécue par mon fils Medjeber Mohamed-Ou-Smaïl et son camarade Haroun Mohamed, condamnés par la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat à la peine capitale et à la réclusion perpétuelle le 4 mars 1976.</p>
<p>Dès leur arrestation par la Sécurité militaire, suite aux vibrations violentes de janvier 1976, émanant principalement et sensiblement, du manque de respect &#8211; pour la culture berbère, substance particulière et essentielle à l&#8217;équilibre de son propre milieu, voire du monde, et pour sa volonté de vivre librement, de se développer et de fleurir ses qualités spécifiques -, mon fils et son camarade, parmi d&#8217;autres, instruments et victimes de cette violence, ont été soumis à d&#8217;horribles tortures :<br />
- Electrochocs sur les parties sensibles de son corps nu, coups de poing et de pieds &laquo;&nbsp;karaté &nbsp;&raquo; jusqu&#8217;au sang, déformation de la mâchoire inférieure qui a nécessité son transfert urgent à l&#8217;hôpital militaire Maillot d&#8217;Alger, pour le cas de mon fils.<br />
- Flagellation par tuyau en caoutchouc jusqu&#8217;à l&#8217;ouverture de la chair de son ventre qui sera arrosée d&#8217;eau et saupoudrée de sel puis soumis aux électrochocs, pieds et mains liés à une chaîne, dans le cas de Mohamed Haroun.<br />
Entre autres sévices physiques et mentaux indélébiles, traumatisants.</p>
<p>Dix ans après, mon fils, un asthmatique à qui vous refusez une grâce médicale prescrite expressément et dûment par un expert médical légiste, présente en son menton une stigmate visible de torture. Quant au malheureux Haroun Mohamed, un fils de Martyr de la révolution algérienne qui, en outre, a perdu sa mère au retour d&#8217;un parloir, en 1977, il est à la sinistre centrale de Lambèse, devenu une loque humaine conséquemment à un &laquo;&nbsp;traitement psychiatrique &nbsp;&raquo; et à de longues grèves de la faim, grèves motivées par des conditions inhumaines de détention. Dans son isolement cellulaire total, il sombre de jour en jour dans la schizophrénie. Vous lui refusez jusqu&#8217;au bénéfice de l&#8217;élargissement accordé aux enfants des Martyrs en novembre 1984.</p>
<p>Votre souci récemment affirmé du respect des droits de l&#8217;homme en Algérie ne vous honorerait que si d&#8217;ores et déjà vous mettez fin à la sauvage répression que subissent depuis plus de 10 ans mon fils et son camarade.</p>
<p>Dans l&#8217;ardent espoir que l&#8217;appel angoissé et pressant d&#8217;une mère sera enfin entendu, je vous prie d&#8217;agréer, Monsieur le Président, l&#8217;expression de ma très haute et très respectueuse considération.<br />
Madame Medjeber Fatima.</p>
<p>____________________</p>
<p>Année 1976.<br />
En mars de cette année, quatre militants du mouvement national (Ferhat Abbas, Hocine Lahouel, Benyoucef Benkhedda et Mohamed Kheireddine) signaient un appel au peuple algérien, dénonçant les dérives du pouvoir personnel du colonel Boukharouba et les risques d&#8217;une guerre fratricide avec nos voisins marocains. Crime de lèse-Majesté ! La réponse ne se fit pas attendre. Ces quatre hommes politiques seront assignés à résidence et leurs biens confisqués. Ferhat Abbas témoigne. (3)<br />
Le 10 mars 1976, à 7h 30, la police frappa de nouveau à ma porte. C&#8217;était le commissaire de police de Kouba, accompagné de deux policiers en civil. Il venait me signifier que j&#8217;étais placé en résidence surveillée dans ma propre villa. Il m&#8217;informa que mon téléphone allait être coupé et que toute visite était interdite, à l&#8217;exception de celle des membres de ma famille. Je lui demandai s&#8217;il avait un mandat motivant cette mesure. Il n&#8217;avait rien. Je lui remis alors une protestation écrite dans laquelle je m&#8217;élevais contre ce procédé arbitraire qui portait atteinte à ma liberté sans qu&#8217;aucune accusation officielle ne soit portée à ma connaissance. Cette fois-ci, l&#8217;Algérie vivait sous la férule du colonel Boumediene, de son vrai nom Mohamed Boukharouba. Une semaine plus tard, j&#8217;appris que ma pharmacie était confisquée et mon compte en banque bloqué. Boumediene ne s&#8217;inquiéta nullement de savoir si j&#8217;avais les moyens de subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Heureusement des amis m&#8217;apportèrent leur aide.</p>
<p>Cette situation dura jusqu&#8217;au 13 juin 1977. Ce jour-là, à 22 heures, un inspecteur de police vint m&#8217;informer que la surveillance policière autour de ma demeure était levée et que je pouvais circuler librement en Algérie. Mon passeport ne me fut rendu qu&#8217;après la mort de Boumediène, survenue le 28 décembre 1978. Quant à ma pharmacie, elle ne me sera restituée qu&#8217;en janvier 1982.</p>
<p>J&#8217;ai supporté cet arbitraire sans me plaindre. Je le considérais, dans le régime sous lequel nous vivions, comme étant dans la nature des choses. L&#8217;Algérie toute entière n&#8217;était-elle pas soumise au bon plaisir du pouvoir personnel et prisonnière de l&#8217;autoritarisme ? Lorsque le pouvoir ne repose sur aucune légalité et encore moins sur la légitimité, ces excès sont prévisibles.</p>
<p>________________________</p>
<p>Année 1978.<br />
Mohamed Benyahia est un ancien officier de l&#8217;armée de libération nationale (wilaya III). Victime de multiples tracasseries de la part des barons de la corruption du pouvoir militaire en place, il décide d&#8217;organiser un maquis et de s&#8217;opposer par les armes au régime du colonel Boukharouba. Son groupe est précocement infiltré par la sécurité militaire qui pilote de bout en bout un parachutage d&#8217;armes dans la région du Cap Sigli. C&#8217;est le fameux complot du même nom qui tombera à point nommé à un moment où les différents clans du système se disputaient la succession de Boukharouba, agonisant sur son lit d&#8217;hôpital. Témoignage de feu Mohamed Benyahia. (10)<br />
&nbsp;&raquo; Haut les mains ! &laquo;&nbsp;. Les portes avant de ma &laquo;&nbsp;404 &nbsp;&raquo; s&#8217;ouvrent et laissent passer des bras qui nous tirent violemment, le conducteur et moi. On nous pousse dans une voiture qui démarre aussitôt. On me planque au plancher, la tête recouverte de mon burnous afin que je ne puisse distinguer, ni la direction que nous prenions, ni l&#8217;endroit où nous allions. C&#8217;était des éléments de la sécurité militaire qui nous avaient suivis depuis notre départ de mon domicile. (…)</p>
<p>(…) La voiture s&#8217;arrête ; on me fait descendre dans un hall bien éclairé. Au bout d&#8217;un long couloir, se trouve une pièce où se tiennent une dizaine d&#8217;hommes en treillis, armés de mitraillettes. Assis derrière un bureau, un civil m&#8217;ordonne de vider mes poches et de tout mettre sur le bureau. On me fait ensuite passer dans une autre chambre où l&#8217;on m&#8217;oblige à me déshabiller. On me donne un vieux treillis et, en guise de chaussures, des claquettes en caoutchouc. Puis on me conduit dans un couloir. On me jette dans la cellule n° 10 (…)<br />
(…) La sécurité militaire, service au dessus des lois, a une nouvelle victime à son actif.<br />
(…) J&#8217;y suis depuis moins d&#8217;une heure quand commence mon interrogatoire.<br />
- Sais-tu pourquoi es-tu là ?<br />
- Non.<br />
- Eh bien, je vais tout te dire, dans ton intérêt et pour que les choses se passent au mieux entre nous. Je vais d&#8217;abord te montrer les photocopies des lettres adressées par Ferhat Abbas aux autorités marocaines afin que tu saches que nous sommes au courant de tout. C&#8217;est nous qui avons organisé le premier départ de votre émissaire Bouarroudj au Maroc.<br />
Je reste pantois. Tout le montage que j&#8217;ai échafaudé pour trouver une porte de sortie est anéanti. Pour gagner du temps et procéder à un autre montage, je commence à discourir sur la situation néfaste et sur les injustices commises contre le peuple algérien. Le commandant Aït Mesbah écoute sans m&#8217;interrompre l&#8217;acte d&#8217;accusation, puis me dit :<br />
- Vas te reposer et nous reprendrons cela plus tard.<br />
Je repars vers ma cellule, entre deux gardes. A peine suis-je allongé que des pas résonnent. La porte s&#8217;ouvre et un garde me fait signe de sortir. Cette fois, on me conduit dans une chambre. Il y avait deux lits et un téléphone. On m&#8217;ordonne d&#8217;occuper un lit et de répondre à tous les appels.</p>
<p>Dès le matin, le téléphone sonne. C&#8217;est la voix de ma femme. Elle pousse un &laquo;&nbsp;ouf&nbsp;&raquo; de soulagement. Elle me téléphonait de l&#8217;école dont elle était la directrice. Une demi-heure plus tard, elle me retéléphone, inquiète :<br />
- Mais où donc es-tu ? Je suis à la maison, et ne te trouvant pas, j&#8217;ai composé notre propre numéro et voilà que tu me réponds.<br />
Je lui dis de ne pas s&#8217;inquiéter. Le garde qui occupe le lit d&#8217;en face et surveille ma conversation, m&#8217;ordonne de couper.<br />
Sur ordre de la sécurité militaire, les PTT détournaient les appels. Mon numéro était sur table d&#8217;écoute. Ainsi la sécurité militaire suivant dans ses locaux toutes mes conversations. (…)<br />
(…) Je suis dans la cellule n° 10 depuis un instant, quand on me conduit dans une pièce insonorisée où se trouvait un homme qui se présente comme étant le lieutenant Djillali. Ce lieutenant avait une façon particulière de mener un interrogatoire. Il posait une question pour immédiatement faire une digression et raconter sa vie et sa participation, qu&#8217;il faisait remonter à 1954, à la révolution. En réalité &#8211; je le saurai plus tard &#8211; il avait appartenu à l&#8217;armée coloniale. Recruté en 1962, il avait obtenu le grade de lieutenant après de basses besognes pour le compte du régime et de ses chefs.<br />
Je reste cloué sur la chaise le restant de la nuit, la journée du lendemain, encore la nuit et le surlendemain jusqu&#8217;à 14 heures avec, pour seul aliment, un café de temps à autre. Je perds la notion du temps. (…)<br />
(…) Il refait le procès-verbal, y change quelques phrases que le commandant Aït Mesbah n&#8217;aurait pas comprises.<br />
- Il n&#8217;a pas été longtemps à l&#8217;école, me dit le lieutenant Djilali.<br />
Ses comptes réglés avec son supérieur, il me parle du sort qui m&#8217;attend :<br />
- Il ne faut te faire aucune illusion. Tu seras fusillé. Juste le temps de mettre au clair ce procès-verbal et la sentence sera exécutée.<br />
- Que la volonté de Dieu soit faite! On exécute donc des gens sans procès, sans même les traduire devant une quelconque juridiction ? On tue donc les gens sans même les entendre sur le fond des choses ?<br />
Il sourit :<br />
- Mon ami, pour moins que ça, il y a des gens qui ont disparu à jamais. (…)<br />
(…) Le lendemain, je me réveille tout seul. J&#8217;ai le coeur léger. Assis sur ma couche, je songe à ma situation et j&#8217;implore le Tout-Puissant :<br />
- O Dieu très grand, aide-moi, tire-moi des mains de ces païens qui sont tes ennemis. Mais si Ta volonté est que leurs désirs soient accomplis, donne-moi, au moins, le courage de mourir debout, en brave, afin que les miens n&#8217;aient pas à rougir de moi.<br />
Je croyais l&#8217;interrogatoire terminé et j&#8217;attendais que mon sort soit fixé. Voilà que la porte s&#8217;ouvre. On me conduit au bureau habituel. Quatre hommes s&#8217;y tiennent. Leur chef m&#8217;ordonne de me déshabiller. Je m&#8217;exécute. Aussitôt, on braque sur moi un projecteur. Le chef me lance une bordée d&#8217;injures. Tout y passe, mes parents…et le reste. Il s&#8217;approche :<br />
- Avec moi, on ne badine pas. Tu diras toute la vérité ou alors tu ne sortiras pas d&#8217;ici vivant.<br />
Il joint le geste à la parole, me donne un coup de poing sur l&#8217;oreille gauche et un coup de coude à hauteur de la rate. Je le fixe sans mot dire. La chaleur envahit mon visage. Je n&#8217;ai pas encore repris mon souffle quand je le vois s&#8217;emparer d&#8217;une matraque qui était sur son bureau. Il m&#8217;assène un coup entre les jambes. Je sens mon ventre se déchirer et je tombe, sans un souffle. J&#8217;ai la vue brouillée. Dans un état de semi-conscience, j&#8217;entends son camarade lui dire :<br />
- Tu es allé trop fort. S&#8217;il nous claque entre les doigts, je m&#8217;en lave les mains.<br />
Les tortionnaires se transforment en secouristes. Ils me font asseoir, mais la tête me tourne. Dans un râle, je leur demande à m&#8217;allonger par terre. Ils acceptent et, après un temps, ils me remettent debout et me font faire des mouvements. Ils me donnent à boire et me passent de l&#8217;eau sur la figure. (…)<br />
(…) Je subis de nouveaux interrogatoires. Cela n&#8217;en finissait plus ! Je finis par comprendre le but recherché. Ils veulent des aveux sans rapport avec les faits que l&#8217;on me reproche. Selon eux, je serais à la solde de l&#8217;impérialisme, j&#8217;entretiendrais des rapports avec des mercenaires tels Bob Denard dont je ne connaissais le nom que par la presse. Ils me parlent de Krim Belkacem, de ses &laquo;&nbsp;attaches &nbsp;&raquo; avec les services de renseignement israéliens (le Mossad), de mes prétendus rapports avec le SDEC, le Maroc, les Américains. (…).<br />
(….) Un jour, j&#8217;entends des pleurs. Quelqu&#8217;un criait : &laquo;&nbsp;maman, maman &laquo;&nbsp;. Un moment, je crois qu&#8217;il s&#8217;agit de mon fils. Je frappe à la porte jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée du gardien. Je le tance :<br />
- Vous n&#8217;avez pas honte d&#8217;amener des enfants ici, mais qui êtes-vous donc ?<br />
- C&#8217;est une jeune fille de vingt et un ans.<br />
- Et qu&#8217;a-t-elle fait ?<br />
- Je ne sais pas. C&#8217;est une étudiante et je crois qu&#8217;elle est impliquée dans les chahuts de la faculté.<br />
Cette fille subira toutes sortes d&#8217;infamies de la part des gardiens. (…).<br />
(…) Je me retrouve devant deux capitaines. Le procureur K…. et le juge d&#8217;instruction B….Le débat s&#8217;engage. A la demande du procureur, je brosse un tableau de mon affaire. Le juge d&#8217;instruction me demande de le suivre au deuxième étage.</p>
<p>Mon interrogatoire commence en présence de deux lieutenants substituts du procureur et d&#8217;un sergent greffier installé devant une machine à écrire. Le procès-verbal rédigé par la sécurité militaire est assez volumineux : &laquo;&nbsp;Je pense qu&#8217;il n&#8217;y a pas lieu de tout relire ? &nbsp;&raquo; me dit le juge. Joignant le geste à la parole, il me montre le dossier. &nbsp;&raquo; Est-ce que vous êtes d&#8217;accord sur tout ce qu&#8217;il contient ? &laquo;&nbsp;. Ces mots sont dits sur un ton calme, mais le regard se veut inquisiteur. Je lui réponds que je réfute vivement les éléments du dossier imaginés par la sécurité militaire.<br />
- Et pourtant, vous l&#8217;avez bien signé, me dit le juge.<br />
- Oui, sous la menace et les tortures. Je pense que vous n&#8217;ignorez rien des méthodes de vos policiers. Je suis resté cent trente deux jours en garde à vue sans la visite d&#8217;un quelconque magistrat. J&#8217;étais abandonné au bon vouloir des enquêteurs que je remercie de ne m&#8217;avoir pas assassiné, car ils étaient les maîtres absolus et pouvaient disposer de ma vie comme bon leur semblait. (…)</p>
<p>Benyahia sera condamné par le tribunal d&#8217;exception de Médéa (dite Cour de sûreté de l&#8217;Etat) à 12 années de réclusion. Il sera gracié par le colonel Bendjedid le 31 octobre 1984 après six années d&#8217;incarcération dans les prisons de Constantine, Boufarik et Lambèse.</p>
<p>________________________</p>
<p>Année 1982.<br />
Un important sit-in est organisé le vendredi 12 novembre 1982 devant la mosquée de l&#8217;université d&#8217;Alger. Des milliers de citoyens participent à ce rassemblement à l&#8217;appel des Cheikhs Soltani, Sahnoun et Madani. Un communiqué est publié par ces trois personnalités religieuses pour dénoncer les dérives du pouvoir &laquo;&nbsp;socialiste &nbsp;&raquo; et la répression subie par les étudiants du courant islamique. Le 25 novembre de la même année, une terrible répression s&#8217;abat sur ces personnalités et sur le milieu intellectuel musulman. Des dizaines d&#8217;universitaires sont arrêtés et sauvagement torturés avant d&#8217;être incarcérés au bagne de Berrouaghia. Cheikh Soltani, 81 ans, sera arrêté, malgré son âge et son état de santé et séquestré dans un centre de la sécurité militaire des hauteurs d&#8217;Alger (Bouzaréah ?), avant d&#8217;être présenté au tribunal d&#8217;exception de Médéa et assigné à résidence surveillé chez lui à Kouba. Il mourra quelques mois plus tard (avril 1983), privé de liberté, suite à la dégradation de son état de santé. Des dizaines de milliers de citoyens participeront à son enterrement. Extraits du témoignage de Cheikh Soltani (11).<br />
Au matin du jeudi 9 safar 1403 h correspond au 25 novembre 1982, à 4 heures du matin et avant le lever du jour, la sonnerie de notre domicile de Kouba retentit. Mon fils alla ouvrir la porte extérieure quand soudain, des agents de la sécurité militaire firent irruption. Ils l&#8217;interrogèrent à mon sujet et il leur répondit que je dormais. A ce moment ils montèrent à ma chambre et lorsque je sortis à leur rencontre, l&#8217;un d&#8217;eux me dit : &nbsp;&raquo; Habilles-toi et suis-nous, tu n&#8217;es pas le seul &laquo;&nbsp;. Je me suis alors vite habillé et je les ai suivis. Nous avons emprunté la route des Anassers puis nous sommes passés par le pont en construction de Birmandreis, en direction de l&#8217;autoroute reliant El Biar au point cité.</p>
<p>Au moment de l&#8217;arrivée de la voiture vers le tournant menant à Ben Aknoun et au stade olympique à gauche, l&#8217;un des agents me couvrit la tête avec un pan de ma gandoura et je n&#8217;ai pas pu voir le lieu où j&#8217;allais entrer.<br />
A notre entrée et à notre descente de la voiture, nous avons emprunté un labyrinthe de miroirs. Après l&#8217;avoir traversé, je fus pris de vertige et j&#8217;ai faillit tomber à terre. A ma sortie de cet étroit et étrange passage, on me fit entrer au bureau d&#8217;accueil, pour la prise de ma filiation et de mon état civil.</p>
<p>Après cette procédure, le secrétaire, officier du grade de lieutenant, du nom de Abdelkayoum, originaire de Constantine, me demanda de déposer sur la table tout ce que j&#8217;avais dans mes poches. On me présenta au photographe qui me photographia de face et de profil droit. Un soldat m&#8217;emmena vers une salle de toilettes et exigea de moi d&#8217;ôter mes vêtements et de mettre une combinaison, puis me conduisit vers une cellule, en m&#8217;ordonnant d&#8217;y entrer. Elle était exiguë, de 1,50m x 2,50 m, avec une porte métallique portant le n° 4. Il y avait seulement deux petites fenêtres de 25&#215;25 cm, l&#8217;une au milieu de la porte et l&#8217;autre au niveau d&#8217;un plafond très haut. Au dessus de cette fenêtre du plafond, se trouvait une lampe de très faible intensité qui ne permettait pas la lecture. Il n&#8217;y avait pratiquement pas d&#8217;aération, car les deux petites ouvertures donnaient sur un étroit couloir. J&#8217;ai failli m&#8217;asphyxier. Je ne pouvais respirer normalement que lorsque je sortais aux toilettes pour mes besoins naturels, après avoir appelé le gardien. Quant au matelas, il consistait en un morceau d&#8217;éponge sale sur un lit en bois, sans draps. (…)</p>
<p>(…) Je suis resté trois jours dans cette cellule, soit jeudi, vendredi et samedi. Le dimanche, je me suis adressé à l&#8217;officier cité précédemment, responsable du centre : &nbsp;&raquo; Je ne peux rester dans cette cellule exiguë, je risque de m&#8217;asphyxier du fait de l&#8217;absence d&#8217;aération &laquo;&nbsp;. Il ordonna alors au soldat de me transférer vers une autre cellule dans la même rangée, portant le n° 7. Elle était relativement plus grande, le double de la première, mais les fenêtres étaient identiques.</p>
<p>Le mercredi 1er décembre 1982, j&#8217;ai présenté des troubles respiratoires. J&#8217;ai failli m&#8217;asphyxier. J&#8217;ai frappé à la porte de la cellule. Au bout d&#8217;un certain temps, le gardien, du nom de Zeboudj, s&#8217;est ramené et m&#8217;a demandé ce que je voulais. Je lui ai dit d&#8217;informer l&#8217;officier responsable du bureau que je voudrais sortir pour respirer un peu d&#8217;air frais. Après l&#8217;avoir informé, il lui demanda de me ramener à son bureau. Je marchais difficilement du fait de la faiblesse, m&#8217;appuyant sur une canne. A mon arrivée dans son bureau, il m&#8217;ouvrit la grande fenêtre et j&#8217;ai pu respirer profondément. Je fus pris d&#8217;un vertige et j&#8217;ai failli tomber de ma chaise. (…)</p>
<p>Le lendemain, soit le jeudi 2 décembre, le soldat vint en courant pour me dire : &nbsp;&raquo; Presse-toi, habille-toi, tu vas rentrer chez toi &laquo;&nbsp;. Après m&#8217;être habillé, je fus conduit au bureau du responsable où j&#8217;ai trouvé Cheikh Ahmed Sahnoun assis, discutant avec l&#8217;officier. Il était incarcéré dans une cellule proche de la mienne mais il ne pouvait pas me voir comme je ne pouvais le voir. L&#8217;officier me rendit toutes mes affaires et nous sortîmes pour monter dans une ambulance. Avant de sortir, on nous couvrit le visage et ce, jusqu&#8217;à notre arrivée au niveau du pont menant vers Béni Messous, avec à côté la route de Bouzaréah qui était proche de la mosquée &nbsp;&raquo; El Arkam &nbsp;&raquo; de Chevaley. Le véhicule prit la route descendant vers Bab El Oued, nous dirigeant vers l&#8217;hôpital militaire. On nous introduisit dans une grande salle mise à notre disposition, avec deux lits. On procéda à notre examen médical et on nous donna les médicaments nécessaires et de bons repas. Et c&#8217;est ainsi que, depuis mon arrestation, j&#8217;ai pu recevoir ma famille, mes enfants et quelques amis. Nous sommes ainsi restés sept jours à l&#8217;hôpital.</p>
<p>A l&#8217;aube du jeudi 9 décembre, à 5h, vinrent des officiers et des soldats et nous ordonnèrent de nous habiller rapidement et de les suivre. Nous avons pris place avec des policiers dans un véhicule qui démarra en direction du commissariat central d&#8217;Alger. A notre arrivée, nous sommes restés une heure à l&#8217;intérieur du véhicule. Des policiers activaient en permanence. A l&#8217;avant, étaient stationnés deux fourgons à l&#8217;intérieur desquels se trouvait un groupe de jeunes musulmans qui étaient incarcérés au commissariat central.</p>
<p>Aux environs de 6h 30, démarra le convoi qui transportait les hommes d&#8217;Islam, dont notre véhicule avec deux policiers qui nous accompagnaient. Deux motards ouvraient le chemin et deux autres suivaient derrière le convoi. Nous disions en notre for intérieur : &nbsp;&raquo; Où allons-nous ainsi ? Vers nos domiciles ? &nbsp;&raquo; Nous nous sommes éloignés de la route menant à nos domiciles. Puis il s&#8217;est avéré que nous nous dirigions vers Médéa, vers la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat. Comme de vulgaires criminels qu&#8217;on conduisait au tribunal pour leurs crimes !</p>
<p>Sobhane Allah ! Qu&#8217;avons-nous récolté de la révolution algérienne que nous avons servie avec nos esprits et nos corps ! Nous avons mis nos nuques sous la guillotine, comme me l&#8217;avait dit Cheikh Ahmed Hamani, en apprenant ce que j&#8217;avais fait pour la liberté et l&#8217;indépendance de l&#8217;Algérie.</p>
<p>A notre arrivée à Médéa qui se situe à 84 km d&#8217;Alger, le convoi se dirigea vers la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat. On nous descendit sous la surveillance des policiers pour nous diriger vers la salle d&#8217;audience. Et là nous sommes restés avec les jeunes musulmans qui étaient incarcérés comme nous et il y avait parmi eux des professeurs d&#8217;université. Nous sommes ainsi restés là toute la journée, de 8h 30, jusqu&#8217;à 15h 30, assis sur des bancs en bois.</p>
<p>Puis vint l&#8217;officier de police pour appeler les jeunes en premier puis appela Cheikh Ahmed Sahnoun et Soltani Abdellatif. On monta au premier étage. Après un deuxième appel, on m&#8217;introduisit dans un bureau qui me semble être le bureau du greffier. Après les procédures habituelles, le greffier m&#8217;informait que j&#8217;étais inculpé d&#8217;atteinte à la sûreté de l&#8217;Etat. Et que j&#8217;avais participé à la confection et diffusion de tracts et que cela était une atteinte aux lois de la République. Je lui ai répondu : &nbsp;&raquo; Oui, j&#8217;ai participé à la rédaction du communiqué, car un état de tension était apparu dernièrement entre les étudiants et les policiers. Nous avons voulu par sa rédaction et sa diffusion, calmer les esprits. Car les étudiants avaient confiance en leurs Oulémas. Leurs revendications ont été reprises dans notre communiqué destiné à l&#8217;Etat pour que ce dernier prenne en charge ces questions. Car ce sont des enfants de la Nation algérienne qui demain seront des ingénieurs, des professeurs, des médecins, etc.…Et il n&#8217;est pas sage et juste de les abandonner (…)</p>
<p>(…) Puis la police me ramena à mon domicile ainsi que Cheikh Ahmed Sahnoun. Mais avant de nous emmener chez nous, nous sommes passés par le commissariat central pour nous notifier notre assignation à résidence à nos domiciles à partir de ce jour, 9 décembre 1982. Les services de sécurité ont ainsi publié un communiqué de presse annonçant l&#8217;arrestation de 23 individus et leur présentation à la cour de sûreté de l&#8217;Etat et la mise en liberté provisoire d&#8217;Ahmed Sahnoun et d&#8217;Abdellatif Soltani. (…)</p>
<p>(…) Je suis ainsi resté chez moi, sous surveillance policière depuis cette date à ce jour où j&#8217;écris ces lignes. Cela fait plus de trois mois. La police ne me permet aucun contact avec quiconque, même en leur présence. Elle m&#8217;empêchera même d&#8217;aller accomplir la prière hebdomadaire du vendredi. Le coiffeur ne peut venir que sur autorisation spéciale. Comme si j&#8217;étais un criminel ou un tueur ! Seuls mes parents les plus proches pouvaient me rendre visite.<br />
Ce que j&#8217;ai subi chez l&#8217;armée coloniale ne représentait que le dixième de ce que j&#8217;ai subi chez notre sécurité militaire. (…)<br />
(…) Je n&#8217;oublierais pas l&#8217;histoire de ma montre qui me permettait de connaître les horaires des prières. Ils me l&#8217;ont confisquée lors de mon incarcération. Je leur ai demandé à plusieurs reprises de me la restituer pour pouvoir connaître l&#8217;heure des prières. Ils refusèrent. C&#8217;est ainsi qu&#8217;à plusieurs reprises je refaisais mes prières car je n&#8217;entendais pas correctement le muezzin. Lorsque l&#8217;armée coloniale &#8211; qui était notre ennemie &#8211; m&#8217;arrêtait, et que l&#8217;on me demandait de déposer tout ce que j&#8217;avais dans mes poches, comme l&#8217;ont fait nos militaires, lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de la montre, je la gardais toujours sur moi. Lorsque je demandais à l&#8217;officier colonial mécréant de me la laisser pour les prières, il ne refusait jamais (…)</p>
<p>(…) Globalement, je tiens à dire et à redire que ce que j&#8217;ai vu et subi cette fois-ci, je ne l&#8217;ai pas subi avec le militaire français, mon ennemi et celui de la patrie. J&#8217;ai dit à l&#8217;officier qui m&#8217;avait recouvert la tête pour ne pas voir la direction que prenait la voiture : &nbsp;&raquo; Vous me rappelez l&#8217;organisation de l&#8217;armée secrète (OAS) &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Ce que j&#8217;ai retenu de cette épreuve est que ce que j&#8217;ai subi est dû à mes activités religieuses et rien d&#8217;autre. Et tout ce qui a été dit au sujet de mon arrestation n&#8217;est que mensonges et calomnies.</p>
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<p>Année 1983.<br />
Louiza Hanoune, militante trotskiste de l&#8217;Organisation socialiste des travailleurs (OST) est arrêtée à son domicile. Elle raconte son arrestation (12 )</p>
<p>(…) J&#8217;ai été arrêtée sans mandat d&#8217;amener le 18 décembre 1983 à 23 heures à Annaba, chez ma mère où j&#8217;étais allée passer les fêtes du Mouloud (fête qui célèbre dans les pays musulmans la naissance du prophète Mohamed). La première nuit, j&#8217;ai été interrogée par deux inspecteurs femmes, qui sont restées la nuit avec moi en cellule. Elles étaient chargées de me sonder. Le lendemain matin, j&#8217;ai été conduite à l&#8217;aéroport, menottes aux poignets, et j&#8217;ai été transférée à Alger, au commissariat du boulevard Amirouche.</p>
<p>Là, j&#8217;ai retrouvé d&#8217;autres militantes de notre organisation, qui m&#8217;apprendront que nous étions quatorze à avoir été arrêtés. Comme il y avait beaucoup de couples au commissariat, ils avaient décidé de garder les maris et de relâcher leurs femmes, à l&#8217;exception de Lila Benallègue, parce qu&#8217;elle était veuve, et de moi-même parce que j&#8217;étais célibataire. Ils nous garderont tous quinze jours, interrogés jour et nuit. Pendant ce temps, pour nous faire peur, les policiers organisaient dans d&#8217;autres cellules des simulacres de tortures sur les hommes de mon parti qui avaient été arrêtés en même temps que nous. Nous n&#8217;apprendrons que plus tard qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas été torturés. Certaines d&#8217;entre nous ont été battues et humiliées. La seule fois que l&#8217;on m&#8217;a reproché de faire de la politique au lieu de faire des enfants, c&#8217;est bien dans ce commissariat. Tous nos appartements avaient été perquisitionnés en dehors de toute légalité et fouillés de fond en comble. Suite à une grève de la faim et de la soif de cinq jours, nous avons enfin été amenées devant un juge d&#8217;instruction, et ce n&#8217;est qu&#8217;à partir de là que nous avons légalement été arrêtées. C&#8217;est à ce moment que ma famille réussira à savoir ce que j&#8217;étais devenue. Avec Lila, nous avons été transférées à la prison de femmes d&#8217;El Harrach, et c&#8217;est là que nous avons retrouvé Fettouma Ouzegane, au quartier des politiques.</p>
<p>Nos arrestations avaient été rendues publiques, grâce à la mobilisation de militants à Alger et à une campagne internationale pour notre libération qui a immédiatement été déclenchée, notamment en France. Un comité s&#8217;était constitué avec des militants de mon parti et des personnalités françaises ou algériennes, comme l&#8217;historien Mohamed Harbi, pour la libération de tous les prisonniers politiques. Pour se débarrasser de cette campagne, le régime va nous proposer par le biais de nos avocats, qui s&#8217;étaient constitués spontanément en collectif &#8211; ils étaient treize &#8211; un marché : si nous acceptions d&#8217;être considérés comme des prisonniers de droit commun pour atteinte à l&#8217;ordre public, nous serions condamnés en correctionnelle aux trois mois couvrant notre détention et nous serions libérés. Nous, militants et militantes de l&#8217;OST, nous avons refusé et exigé le statut de prisonnier politique. Nous avons alors été transférés, les femmes à Médéa et les hommes à Berrouaghia, où se trouvaient déjà d&#8217;autres militants politiques (…)</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>Année 1985.<br />
Rebaïne Ali-Fewzi est fils de martyr. En 1985 et avec d&#8217;autres enfants de Martyrs, il crée une association de fils et de filles de chahid dénommée &laquo;&nbsp;AADH 54 &laquo;&nbsp;. Une demande d&#8217;agrément est déposée le 2 février 1985 à la wilaya d&#8217;Alger. Le 5 juillet de la même année, jour anniversaire de l&#8217;indépendance nationale, des enfants de martyrs décident de déposer des gerbes de fleurs sur les tombes de leurs parents tombés au champ d&#8217;honneur, en dehors des cérémonies officielles. Près de 200 personnes sont arrêtées dont quatre veuves de chahid. Parmi ces victimes de la répression, figure M. Rebaïne qui est inculpé avec d&#8217;autres pour atteinte à l&#8217;autorité de l&#8217;Etat, confection et distribution de tracts, constitution d&#8217;associations illégales et attroupement non armé ! ! ! ! ! ! Il sera condamné par le tribunal d&#8217;exception (dite Cour de sûreté de l&#8217;Etat) de Médéa à 3 ans de prison ferme et 5000 DA d&#8217;amende. (13) Audition de Rebaïne Ali-Fewzi devant la Cour de sûreté de l&#8217;Etat de Médéa le 15 décembre 1985. (Extraits).</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, je suis heureux d&#8217;être devant la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat parce que, pour la première fois depuis 23 ans, je peux parler.</p>
<p>Arrêté en 1983 par la Sécurité Militaire, je fus enlevé de mon domicile par des agents de la SM. On me conduisit à Bouzaréah muni d&#8217;une cagoule sur la tête, menottes aux poignets derrière le dos. Arrivé dans les locaux, on m&#8217;enleva la cagoule, j&#8217;étais dans une pièce noire. On me fit traverser un labyrinthe de miroirs d&#8217;où j&#8217;aboutis dans une autre pièce où deux individus m&#8217;ont réceptionné. Ils m&#8217;ont enlevé mes vêtements, j&#8217;étais nu. On m&#8217;enveloppa dans une combinaison et on m&#8217;enferma dans un cachot qui portait le n° 16. La pièce faisait environ un mètre sur deux. Il y avait un lit incliné à 45° environ, de telle sorte que le détenu ne pouvait s &#8216;allonger dessus sans basculer à terre. Je pensais que les pieds du lit étaient cassés. Après vérification, j&#8217;en conclus qu&#8217;il a été conçu à cet effet. J&#8217;ai passé environ un mois à Bouzaréah. Le minimum de décence humaine n&#8217;était pas respecté, les humiliations étaient quotidiennes. J&#8217;allais faire mes besoins au pas de course, parfois, on ne nous laissait même pas le temps de finir. Je mangeais sous les injures de mes gardiens. Le soir, il était strictement interdit d&#8217;appeler les gardiens pour les besoins les plus élémentaires : j&#8217;avais une bouteille en plastique, quand j&#8217;avais soif, il fallait attendre le lendemain. Je me souviens de mes diarrhées et de mon ulcère qui me faisait mal. Le cachot ne contenait aucune aération, j&#8217;étouffais à l&#8217;intérieur. Les interrogatoires se faisaient en présence de sept ou huit officiers de la Sécurité militaire qui m&#8217;entouraient. Je ne voyais pas d&#8217;où venaient les coups, mais je les sentais sur ma chair, c&#8217;était à qui me donnerait des coups de pieds, des coups de poings, des coups de bâton, des coups de tuyau. C&#8217;était des séances quotidiennes. Cet enfer a duré du 23 septembre au 29 octobre 1983. Un jour sur deux, on me tenait éveillé toute la nuit jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée des officiers de la Sécurité Militaire et l&#8217;interrogatoire reprenait jusqu&#8217;au soir.</p>
<p>Quand je restais éveillé, c&#8217;était dans une pièce, nu. J&#8217;étais assis sur une chaise au milieu de la pièce et deux militaires me surveillaient. Il était interdit que je parle ou que je dorme. Ils se relayaient environ toutes des deux heures. Vers la fin de mon séjour, on m&#8217;a présenté une attestation sur l&#8217;honneur de bons traitements que je devais signer.</p>
<p>Le 5 juillet 1985, ces mêmes tortionnaires m&#8217;ont fait un interrogatoire continu de quatre jours. Ils m&#8217;ont d&#8217;abord isolé de mes camarades pendant toute cette période que j&#8217;ai passée au commissariat central d&#8217;Alger. On m&#8217;a menacé de me refaire en mieux ce que j&#8217;avais subi en 1983 à Bouzaréah et que, de toute manière, je finirai par signer comme je l&#8217;ai fait auparavant dans leurs locaux. Ils m&#8217;ont menacé de prendre les membres de ma famille à Bouzaréah, comme ils l&#8217;avaient déjà fait en 1983 : ma sœur et mes deux cousins. On me mit sous la main un PV de police que l&#8217;on me fit signer.</p>
<p>Ma participation à la constitution de l&#8217;association &nbsp;&raquo; AAHD 54 &nbsp;&raquo; des fils de Martyrs de la wilaya d&#8217;Alger fut la raison principale de leur acharnement et mon arrestation le 5 juillet 1985 était due à la légèreté avec laquelle j&#8217;ai pris la clémence de l&#8217;Etat pour de la faiblesse. Car, pour l&#8217;Etat, j&#8217;étais en &laquo;&nbsp;liberté provisoire &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Ma participation à cette association est dans le prolongement de la défense de la mémoire des Martyrs et des principes fondamentaux pour lesquels ils se sont sacrifiés, qui tout au long de ces vingt-trois années ont été trahis et bafoués.<br />
On a assassiné au nom des Martyrs (Krim Belkacem et Khider).<br />
On a torturé au nom des Martyrs et, si on se construit une maison, c&#8217;est aussi au nom des Martyrs. (…..)</p>
<p>(….) Aujourd&#8217;hui, nous avons décidé de nous prendre en charge car on a versé trop de mensonges et de mépris sur nous et sur nos mères dont on a sali la dignité. Nous sommes devenus une marchandise que le pouvoir consomme pour soigner son image de marque : tel jour à la télévision, c&#8217;est la distribution aux veuves d&#8217;une maison, tel autre jour, c&#8217;est le journal pour la distribution d&#8217;une licence de taxi. Nous sommes devenus des quémandeurs.<br />
Où sont nos droits ?<br />
Pour cela, nous avons décidé de prendre la parole et de recentrer la vérité et nous le disons tout haut. Tous les principes de Novembre ont été trahis sans exception aucune.<br />
Dès lors, on nous traite d&#8217;éléments subversifs visant à renverser le régime, des faiseurs de coups d&#8217;Etats. Or, ces faiseurs de coups d&#8217;Etat sont connus : les Boumediène en 1965 et les Zbiri en 1967. Ils les ont faits avec les chars et les canons, pas avec une gerbe de fleurs.<br />
De plus, c&#8217;est notre droit le plus absolu de vouloir commémorer la mémoire de nos pères, un 5 juillet, comme cela est un droit pour n&#8217;importe quel Algérien, sans distinction aucune.<br />
D&#8217;autres associations se sont créées récemment avec la bénédiction de l&#8217;Etat. Alors, de quoi a peur le Pouvoir ? Des associations ou des enfants de Martyrs ?<br />
Que l&#8217;on nous dise ouvertement, officiellement, que nous vivons dans un Etat dirigé par les services de police et de répression : il n&#8217;y a nulle honte à l&#8217;avouer, d&#8217;autres pays l&#8217;ont fait. Et que l&#8217;on nous divise en deux franges, celle qui accepte cet état de faits et qui pourra vivre &laquo;&nbsp;normalement &nbsp;&raquo; et celle qui ne l&#8217;accepte pas : qu&#8217;elle soit dirigée directement vers les prisons ! C&#8217;est plus clair, c&#8217;est plus simple et l&#8217;on gagnera un temps précieux et on évitera la confection de dossiers pour la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat.<br />
Je n&#8217;ai pas peur de vos tortures ni de vos prisons. Si c&#8217;est le prix qu&#8217;il faut payer pour pouvoir penser, parler, s&#8217;associer librement, alors je le paierai. Nous le paierons sans ciller. Nos pères l&#8217;ont déjà fait.<br />
Je suis né homme libre dans le sens plein du terme. Je le resterai.</p>
<p>________________________</p>
<p>Année 1987.<br />
Dans une lettre-témoignage adressée le 7 mars 1987 au ministre de la &laquo;&nbsp;justice &laquo;&nbsp;, un prisonnier d&#8217;opinion, Arezki Aït Larbi, jeune étudiant en médecine et militant du mouvement culturel amazigh, décrit les conditions inhumaines de détention dans l&#8217;&nbsp;&raquo; Alcatraz sous-développé &nbsp;&raquo; qu&#8217;est le bagne de Lambèse (Batna). Extraits de la lettre-témoignage. (14)<br />
(…) Les faits sont têtus, les discours ne peuvent occulter indéfiniment la triste réalité d&#8217;un établissement voué à la destruction physique et morale de tous ceux qui refusent d&#8217;abdiquer leur citoyenneté.<br />
Que diriez-vous des centaines de détenus qui avaient passé l&#8217;hiver 85-86 avec 3 couvertures pour toute literie, sans paillasse ni chauffage ? &nbsp;&raquo; Nous n&#8217;avons pas les moyens ! &nbsp;&raquo; dira la direction de Lambèse. Ceci ne l&#8217;empêchera pas de procéder à la distribution de couvertures neuves à tous les détenus, à la veille de votre visite (reportée semble-t-il). Pour les décors de la mise en scène télévisée.<br />
Que diriez-vous d&#8217;un parloir où les détenus s&#8217;entassent à plusieurs dizaines, séparés de leurs familles par un double grillage, entre lesquels circulent des gardiens qui ne se gênent pas pour s&#8217;immiscer de façon grossière, dans des tentatives de discussions strictement familiales ? (…)<br />
Que diriez-vous de ces &laquo;&nbsp;gestionnaires&nbsp;&raquo; habitués à faire leur marché hebdomadaires dans les paniers ramenés par les familles de détenus ?Au mépris de toute réglementation, certaines denrées sont &laquo;&nbsp;saisies&nbsp;&raquo; en fonction des pénuries sur le marché (…)<br />
Que diriez-vous de la main d&#8217;œuvre pénitentiaire utilisée dans des intérêts privés ? De somptueuses villas ont été construites par la sueur de prisonniers, sans aucune contre-partie. D&#8217;autres prisonniers sont employés comme domestiques dans les foyers de certains responsables.<br />
Que pensez-vous de l&#8217;interdiction de l&#8217;usage de la langue berbère au parloir ? Pour avoir refusé de nous soumettre à cette nouvelle manifestation de haine et d&#8217;ostracisme, nos familles avaient été refoulées à deux reprises, en janvier 86, sans nous avoir vus. (…)<br />
Que Diriez-vous de ce médecin de la prison (le Dr Lounés) qui ne se présente qu&#8217;une fois par semaine pour &laquo;&nbsp;examiner &nbsp;&raquo; plus de 150 malades en moins de deux heures ? Que diriez-vous de médicaments périmés depuis longtemps, qu&#8217;on n&#8217;hésite pas à administrer aux malades, quand ils ont la chance d&#8217;accéder aux soins ?<br />
A la vue des traces, encore visibles sur mon dos des sévices auxquels j&#8217;avais été soumis dès mon arrivée, le Dr Lounés me conseillera d&#8217;obéir à mes gardiens, pour éviter à l&#8217;avenir, pareille mésaventure, et refusera de me délivrer le certificat que je sollicitai. Pour avoir protesté contre ces pratiques contraires à la déontologie et à l&#8217;éthique médicales, on me prescrivit 5 jours de cachot de condamné à mort, tout nu, en janvier 86, avec un morceau de pain rassis et ½ litre d&#8217;eau par 24 heures, pour tout repas (…)<br />
(…) Que diriez-vous du détenu Haroun Mohamed (condamné à perpétuité par la Cour de Sûreté de l&#8217;Etat en 1976) qui avait eu à subir toutes sortes d&#8217;humiliations et de traitements inhumains pour avoir, semble-t-il, fait parvenir une lettre à la presse internationale dans laquelle il aurait relaté ses conditions de détention ? Son dernier cauchemar a été un isolement total dans un cachot, durant 15 mois. Il en sortira malade mental en septembre 86.<br />
Devant mes protestations pour une nécessaire prise en charge médicale et psychiatrique, on me répondra cyniquement dans un grognement : &nbsp;&raquo; C&#8217;est ce qui arrive aux &laquo;&nbsp;têtes fortes&nbsp;&raquo; qui se mêlent de ce qui les regarde pas! Avis aux amateurs ! Car à Lambèse, ceux qui refusent de plier, on les brise &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Que diriez-vous de ces malades qu&#8217;on laisse mourir la nuit, dans leur cellule, faute de soins ?C&#8217;est tout naturellement qu&#8217;un sergent, attiré par les cris d&#8217;un agonisant, lui conseillera &laquo;&nbsp;de ne pas oublier la chahada, pour mourir musulman ! &laquo;&nbsp;. Le lendemain matin, il était &laquo;&nbsp;musulman &laquo;&nbsp;. C&#8217;est-à-dire mort.</p>
<p>Devant mes protestations, on me répondra cyniquement que &laquo;&nbsp;c&#8217;est là le seul moyen de distinguer un vrai malade d&#8217;un simulateur ! ! &laquo;&nbsp;. Un autre &nbsp;&raquo; simulateur, Boudellal Bouziane, diabétique pourtant connu, devait succomber dans l&#8217;indifférence générale, à la suite d&#8217;un coma hypoglycémique, sans avoir reçu le moindre soin.</p>
<p>Que diriez-vous de ces détenus qui ont dû succomber à leurs sévices ? Combien de véritables assassinats ont été déguisés en &nbsp;&raquo; mort naturelle &nbsp;&raquo; ou en &nbsp;&raquo; suicide &nbsp;&raquo; ? Il ne s&#8217;agit là que d&#8217;une rumeur insistante colportée par les prisonniers et confirmée par certains gardiens. Je n&#8217;ai malheureusement aucune preuve pour m&#8217;avancer là-dessus avec certitude.</p>
<p>Que diriez-vous de ce détenu &#8211; Aïssaoui Brahim &#8211; amputé des 2 pieds à la suite d&#8217;une gangrène consécutive à un long séjour dans un cachot humide, tout nu en février 86 ? (…)<br />
Que diriez-vous d&#8217;un autre jeune détenu &#8211; Boudine Ahmed &#8211; démuni d&#8217;une partie de la boite crânienne, le cuir chevelu reposant directement sur les méninges, à la suite d&#8217;un coup de barre de fer asséné par un gardien du sinistre &laquo;&nbsp;comité d&#8217;accueil &laquo;&nbsp;. Comme son nom ne l&#8217;indique pas, le &laquo;&nbsp;comité d&#8217;accueil &nbsp;&raquo; est le groupe de gardiens chargés de recevoir les prisonniers à leur arrivée, à coups de barre de fer et de tuyaux pour leur donner un avant-goût de ce que sera leur détention (…)</p>
<p>________________________</p>
<p>Année 1987.<br />
Assassinat d&#8217;Ali Mécili, avocat, militant des droits de l&#8217;homme et opposant au régime d&#8217;Alger. Il venait de réconcilier les deux &laquo;&nbsp;frères-ennemis &laquo;&nbsp;, Aït Ahmed et Ben Bella autour d&#8217;une plate-forme des libertés démocratiques en Algérie. Témoignage de Hocine Aït Ahmed. Extraits. (15)<br />
A 22h 35, ce 7 avril 1987, le haut du boulevard Saint-Michel est presque désert. Ali Mécili actionne la commande de l&#8217;ouverture électronique de son immeuble et pénètre dans le hall, à deux cent mètres du jardin du Luxembourg. Immédiatement, un homme tenant un parapluie pliable noir à la main, fait irruption et lui emboîte le pas. Un choc, comme l&#8217;écho lointain d&#8217;une bagarre, puis des bruits de verre cassé. Porte-parole de l&#8217;opposition algérienne, Ali Mécili vient d&#8217;être abattu de trois balles de 7,65 en pleine tête.</p>
<p>Attirée par le fracas, C. revient sur ses pas. Elle avait raccompagné Ali jusqu&#8217;à sa porte et s&#8217;apprêtait à prendre son autobus. Sourire aux lèvres, l&#8217;homme au parapluie sort tranquillement de l&#8217;immeuble. Le temps de se dévisager mutuellement et il descend calmement, à pied, le boulevard Saint-Michel. C. se précipite à la vitre de la porte de l&#8217;immeuble : Ali gît dans une mare de sang, au milieu des débris de verre qui jonchent le sol à grand damier noir et blanc du hall. Déjà, Mme Puig, la concierge, qui habite juste au fond du couloir, appelle police secours par téléphone. (…).</p>
<p>(…) Arrêté le 10 juin par la brigade criminelle, un proxénète algérien, Abdelmalek Amellou, chargé par les services de sécurité algériens d&#8217;abattre Ali Mécili moyennant un contrat de 800 000 francs a été…. réexpédié à Alger dès la fin de sa garde à vue quatre jours plus tard ! Et l&#8217;auteur du &laquo;&nbsp;scoop &laquo;&nbsp;, Jean-Marie Pontaut, de fournir moult détails. C&#8217;est un &laquo;&nbsp;renseignement confidentiel et anonyme &nbsp;&raquo; qui a amené les inspecteurs de la Criminelle à s&#8217;intéresser à ce petit truand. L&#8217;interpellation du suspect, dont les &laquo;&nbsp;liens avec la Sécurité militaire algérienne ont été formellement établis &laquo;&nbsp;, s&#8217;est faite dans &laquo;&nbsp;le plus grand secret &laquo;&nbsp;, poursuit le journaliste spécialisé dans les affaires de police et de terrorisme. Les raisons pour lesquelles Robert Pandraud a expulsé Amellou ? Il fallait se &laquo;&nbsp;débarrasser d&#8217;un personnage encombrant et éviter du même coup une crise majeure avec l&#8217;Algérie. (…)</p>
<p>_____________</p>
<p>Année 1988.<br />
Octobre. Arrestation par la sécurité militaire de Rabha Attaf, journaliste à Politis, qui couvrait les émeutes d&#8217;octobre. Extraits de son témoignage. (16)<br />
C&#8217;était en pleine manifestation, le 8 octobre à Alger. On m&#8217;a arrêtée une première fois à l&#8217;entrée du quartier Belcourt. J&#8217;ai passée la nuit avec des soldats rongés par le doute alors que leurs copains tiraient. On m&#8217;a mise en résidence surveillée mais j&#8217;ai fait des fugues et c&#8217;est le jeudi 13 octobre que tout s&#8217;est aggravé.</p>
<p>Vers 10 heures, deux civils m&#8217;interpellent dans la rue et me demandent de les suivre. Ils m&#8217;encadrent et me font monter dans une 4L blanche. Le chauffeur démarre aussitôt. On fait le tour d&#8217;Alger. Je leur demande où ils m&#8217;emmènent. Réponse ; au ministère de l&#8217;Information. Mais je m&#8217;aperçois qu&#8217;ils n&#8217;en prennent pas du tout le chemin. Au niveau d&#8217;El Biar, on me rabat sur la banquette. Ma tête atterrit sur les genoux de mon voisin qui me la recouvre avec mon blouson noir. Je dis : &nbsp;&raquo; Eh merde ! &laquo;&nbsp;. On roule. Parfois la voiture s&#8217;arrête puis repart. Mon coeur bat à cent à l&#8217;heure. Je suis prise au piège.</p>
<p>Quand la voiture s&#8217;immobilise définitivement, on me passe une cagoule noire sur la tête. On me prend par le bras. On me dit : &nbsp;&raquo; Attention, il y a des escaliers ! &laquo;&nbsp;. La descente n&#8217;est pas longue mais j&#8217;ai l&#8217;horrible impression de descendre sous terre.</p>
<p>Je suis surprise d&#8217;arriver dans un bureau où on me retire la cagoule. Les murs sont nus et sales. Pour tout mobilier, un bureau et quelques chaises bancales. On me retire mes affaires : mes bijoux, ma montre, mon bracelet, mes boucles d&#8217;oreilles, mon sac.</p>
<p>On me laisse seule pour retirer mes habits et enfiler un bleu de travail dans lequel je nage. Je passe ensuite dans une autre pièce pour la photo : de face, de profil, avec une plaque devant moi sur laquelle sont inscrits mon nom et mon prénom. Je demande des explications et on me répond que je vais être déférée devant un juge.<br />
Dans ma tête je pense &laquo;&nbsp;tribunal militaire &laquo;&nbsp;.<br />
&nbsp;&raquo; Pourquoi ? &laquo;&nbsp;.<br />
Pas de réponse. J&#8217;ai des doutes sur l&#8217;endroit où je me trouve. Ce n&#8217;est pas un commissariat car ils sont tous en civil.<br />
Quelqu&#8217;un me demande de le suivre. Je traverse un couloir où s&#8217;alignent des portes en fer numérotées. Au milieu, une lourde porte blindée qu&#8217;il ouvre avec une clé. Je monte un escalier éclairé par la lumière du jour. Arrivés en haut, on stoppe devant une autre porte blindée qu&#8217;il ouvre comme la première.<br />
On me fait asseoir et on me laisse seule. Les volets sont fermés. Comme dans le premier bureau, la pièce comporte pour tout mobilier une table et des chaises, ainsi qu&#8217;une armoire en fer. Je remarque cependant la porte marron capitonnée, qui s&#8217;ouvre pour laisser passer un homme d&#8217;une quarantaine d&#8217;années, de taille moyenne qui s&#8217;assied en face de moi.</p>
<p>L&#8217;interrogatoire commence à partir de mes notes, confisquées depuis le samedi et qui ont été dépouillées.<br />
- Qui vous a dit que les chars sont dans les rues d&#8217;Alger, ça veut dire que le pouvoir est coupé de la population ?<br />
- Quelqu&#8217;un dans la rue.<br />
- Qui précisément ?<br />
- Quelqu&#8217;un que j&#8217;ai croisé et don&#8217;t je n&#8217;ai pas relevé le nom.<br />
- Pour quel journal travaillez-vous ?<br />
- Politis.<br />
- Le nom du rédacteur en chef ?<br />
- Jean-Paul Besset.<br />
- Quels rapports avez-vous avec lui ?<br />
- Des rapports de travail.<br />
- Vous vous foutez de moi ou quoi ? Nous avons capté un message radio émis par les Frères musulmans qui vous recherchent parce que vous travaillez avec les juifs.<br />
Je reste sans voix. Il délire ou quoi ? J&#8217;ai le pressentiment qu&#8217;on me monte une cabale.<br />
Un autre membre de la sécurité militaire prend la relève. Il est plus jeune et plus détendu.<br />
Il me pose des questions sur mon itinéraire, depuis mon arrivée à Alger. Le premier revient, toujours avec mes notes. Il me pose des questions sur celles qui sont entre guillemets. Il indique soudain un passage que j&#8217;avais encadré.<br />
- Qui est Ali La Pointe ?<br />
- Je ne l&#8217;ai pas trouvé.<br />
- Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire ? Vous êtes anti-algérienne !<br />
- Je n&#8217;ai rien écrit de plus que ce qui est publié à Paris. Le monde entier est au courant de ce qui s&#8217;est passé à Alger.<br />
- Quand ce sont des étrangers qui l&#8217;écrivent on s&#8217;en fout mais quand ce sont des nationaux, c&#8217;est grave.</p>
<p>Cet interrogatoire, égrené systématiquement des mêmes questions, se répétera pendant des heures. On me cuisine sur Mohamed Benyahia, un &laquo;&nbsp;opposant &nbsp;&raquo; que j&#8217;ai interviewé au sujet de son livre La conjuration au pouvoir, dans lequel il révèle certains aspects sombres de l&#8217;histoire algérienne.<br />
On me demande si je me souviens de sa voix. Puis on me fait entendre des bandes d&#8217;écoutes téléphoniques. Des gens qui appelaient des rédactions étrangères de façon anonyme. Je réponds par la négative.</p>
<p>Vers neuf heures du soir, un homme en costume d&#8217;alpaga bleu-pétrole, cravaté, imposant, pénètre dans la pièce. Il s&#8217;assied dans le fauteuil d&#8217;en face et demande à son collègue d&#8217;aller s&#8217;asseoir derrière le grand bureau.</p>
<p>&nbsp;&raquo; Nous savons que vous avez un passeport bleu &#8211; c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils appellent le passeport français qui, chacun le sait a changé de couleur en devenant européen. Nous savons que vous avez été deux fois en Israël &nbsp;&raquo; lance-t-il d&#8217;un ton agressif et accusateur.<br />
Je réponds aussitôt :<br />
&nbsp;&raquo; Je n&#8217;ai jamais eu de passeport bleu et je n&#8217;ai jamais été en Israël &nbsp;&raquo; tandis que dans ma tête défilent les images de l&#8217;Aveu de Costra Gavras.<br />
&nbsp;&raquo; Rafraîchissez votre mémoire. Pour cela on peut vous garder vingt jours ou vingt ans &laquo;&nbsp;.<br />
- Gardez-moi !<br />
- Comment êtes-vous entrée à Politis ? Avec qui vous avez couché ?<br />
- Je ne suis pas une putain.<br />
- Qu&#8217;avez-vous fait depuis la fin de vos études ?<br />
- J&#8217;ai travaillé comme pigiste pour plusieurs rédactions.<br />
- Y a combien de juifs dans votre journal ?<br />
- Je n&#8217;en sais rien Je ne me suis jamais posé la question. (…)<br />
(…) Finalement, il me lance : &nbsp;&raquo; Le vrai pouvoir en Algérie c&#8217;est nous. En France, on a le champ libre. Quand on veut éliminer quelqu&#8217;un, on n&#8217;a pas besoin de se salir les mains. Il y a des proxénètes &nbsp;&raquo; ! ! !<br />
Ca me fait penser à l&#8217;affaire Mécili, cet opposant algérien qui a été tué à Paris en 1987 sans qu&#8217;on ait jamais fini l&#8217;enquête en France.<br />
Tout à coup, on me dit que je vais être remise dans le prochain avion. (…)<br />
(…) Vers quatre heures, on m&#8217;emmène à l&#8217;aéroport et on m&#8217;accompagne jusqu&#8217;à la salle d&#8217;embarquement.</p>
<p>_____________________</p>
<p>Année 1988.<br />
Khelout Nourreddine, dit &laquo;&nbsp;Ras El Kabous&nbsp;&raquo; est un citoyen sans profession, père d&#8217;un enfant, demeurant dans une cité populaire de Bab El Oued. Lors des émeutes du 5 octobre, il sera accusé par la police d&#8217;avoir pillé des magasins du quartier. Il sera arrêté et sauvagement torturé. Le 26 novembre 1988, je le présentais avec mon confrère. B. Lokmane à la délégation d&#8217;Amnesty International. Voici son témoignage. (17)<br />
Deux jours après le discours de Chadli, soit le 12 octobre 1988, des policiers ont fait irruption à mon domicile, à la cité de Bab El Oued, près des Trois Horloges. Ils étaient armés de mitraillettes. Mon épouse et mon fils en bas âge ont eu peur en voyant des hommes armés entrer brutalement à la maison. On me mit les menottes et on me descendit dans la rue, sous le regard des voisins, pour me jeter dans leur véhicule, une 504 familiale.</p>
<p>La voiture se dirigea vers le Commissariat Central d&#8217;Alger. En arrivant, un des policiers me prit par le col et me poussa vers l&#8217;intérieur du commissariat. Un autre qui suivait, me donna un violent coup de crosse au dos et à l&#8217;épaule qui me coupa le souffle. Des coups de poing, de pieds et des insultes commençaient à pleuvoir. A l&#8217;intérieur, tout le monde me regardait avec étonnement, comme si j&#8217;étais Al Capone.</p>
<p>De suite, les policiers entrèrent dans le vif du sujet. Mes poignets étaient menottés. Ils me passèrent une corde sur tout le corps comme une saucisse. Ils m&#8217;accusèrent d&#8217;avoir pillé et saccagé des magasins à Bab El Oued. J&#8217;ai réfuté toutes ces accusations. Un policier m&#8217;envoya alors plusieurs coups de poings à la figure. Du sang coulait de ma bouche. J&#8217;ai craché alors plusieurs dents que les coups de poings avaient cassés. Puis ils m&#8217;enlevèrent la corde puis m&#8217;ôtèrent le pantalon malgré ma résistance. Ils se mirent à plusieurs. Ils s&#8217;amusèrent alors à me brûler mon sexe. C&#8217;était extrêmement douloureux. Puis ils m&#8217;emmenèrent vers une table et ouvrirent le tiroir. L&#8217;un des tortionnaires me prit le sexe et l&#8217;introduisit dans le tiroir puis referma violemment ce dernier. J&#8217;ai poussé un cri suite à la douleur atroce. Je pensais que mon sexe avait été cisaillé. Du sang coulait en abondance. Toutes mes jambes étaient tâchées de sang. De larges plaques rouges se dessinaient sur le sol. Les tortionnaires s&#8217;affolèrent en voyant ce sang. Ils commencèrent à se poser des questions puis décidèrent de m&#8217;emmener à la clinique des Glycines qui dépendait de la police. On me mit rapidement mon pantalon et on me jeta à nouveau dans la voiture. Je me tordais de douleurs. C&#8217;était horrible et atroce.</p>
<p>A la clinique, les médecins se parlaient entre eux. Je ne comprenais pas. Ils avaient l&#8217;air d&#8217;être dépassés Puis l&#8217;un d&#8217;eux me dit : &nbsp;&raquo; On va t&#8217;envoyer à l&#8217;hôpital de Aïn Naâdja, c&#8217;est assez grave &laquo;&nbsp;. Le sang continuait de couler. Je commençais à avoir des vertiges. Mon coeur battait très fort.</p>
<p>A l&#8217;hôpital militaire, on m&#8217;examina rapidement. J&#8217;entendais les médecins parler d&#8217;opération et de bloc opératoire. Un infirmier vint me piquer et remplit plusieurs tubes de sang. Puis on me mit sur un chariot après m&#8217;avoir ôté mes vêtements et on me dirigea vers la salle d&#8217;opération.</p>
<p>Le lendemain matin, je me suis réveillé sur un lit d&#8217;hôpital avec un gros pansement sur mes parties génitales. J&#8217;avais toujours mal. Les pansements ont été refaits plusieurs fois. Mon sexe et les testicules étaient très enflés. J&#8217;urinais grâce à une sonde. Je suis resté ainsi hospitalisé durant 10 jours.</p>
<p>A ma sortie, je fus transféré au commissariat central dans une salle qui faisait fonction d&#8217;infirmerie. Même là et malgré ma faiblesse, je ne fus pas épargné par des policiers qui venaient à mon chevet pour continuer l&#8217;interrogatoire. On voulait me faire reconnaître des faits que je n&#8217;avais jamais commis. Ils confectionnèrent un procès-verbal et me demandèrent de le signer. J&#8217;ai catégoriquement refusé.</p>
<p>Le 3 novembre, en début de soirée, un policier vint me dire de me préparer à sortir. Comme si de rien n&#8217;était. On m&#8217;arrête arbitrairement, on me torture, on me mutile mon sexe et on m&#8217;invite à sortir ! ! J&#8217;étais libre, c&#8217;était l&#8217;essentiel. Il était presque minuit. J&#8217;ai fais le trajet à pied, du boulevard Amirouche jusqu&#8217;à Bab El Oued, malgré mon état de santé. Je fus accueilli dans mon quartier comme un héros. Les jeunes applaudissaient. Les femmes qui avaient entendu le bruit des jeunes ouvraient les fenêtres et poussaient des youyous stridents.</p>
<p>Dans les jours qui suivirent, j&#8217;ai raconté à tout le monde mes malheurs subis au commissariat central. Des amis sont alors partis chercher les journalistes de TF1 qui étaient intéressés par mon cas. Je leur ai tout raconté et montré les plaies occasionnées à mon appareil génital et les ordonnances de l&#8217;hôpital.</p>
<p>Quatre jours plus tard, après mon passage à la télévision française qui avait choqué beaucoup de personnes, je fus convoqué au commissariat central. Je fus reçu par le divisionnaire qui m&#8217;appela Si Nourreddine. Je n&#8217;étais plus le &laquo;&nbsp;voyou qui avait pillé et saccagé les magasins &laquo;&nbsp;. Sobhane Allah, comme les gens changent ! !</p>
<p>Il me reprocha mon témoignage à TF1 en essayant de me faire une leçon de morale et en me disant que le linge sale se lavait en famille et qu&#8217;il ne fallait pas que les étrangers se mêlent de nos affaires. Puis comme pour m&#8217;intimider, il me dira qu&#8217;il allait me présenter au tribunal. Effectivement, il appela ses subordonnés et leur intima l&#8217;ordre de me descendre au tribunal d&#8217;Alger. Devant le juge qui m&#8217;écoutait, je n&#8217;ai pas hésité à enlever mon pantalon et lui montrer les séquelles des tortures horribles que j&#8217;avais subies. Je lui ai tout raconté. Il avait l&#8217;air gêné. Finalement il m&#8217;accorda la liberté provisoire.</p>
<p>Mes malheurs m&#8217;ont rendu célèbre. Je fus sollicité par plusieurs chaînes TV étrangères. Je fus invité à un meeting sur la torture organisé à l&#8217;Université de Bab Ezzouar où j&#8217;ai parlé des atrocités subies. Une seule fois, j&#8217;ai refusé de participer. C&#8217;était avec un journal qui s&#8217;appelle Révolution africaine. Il y avait plusieurs invités. Le journaliste me demanda de ne pas parler de mon cas de torture mais des droits de l&#8217;homme en général ! ! ! ! Je me suis levé et je suis sorti.</p>
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<p>Année 1993.<br />
Témoignage et appel à la conscience internationale d&#8217;une jeune algérienne (Famille Azizi d&#8217;El Harrach). Son père et son frère de 18 ans seront enlevés en 1993 par des policiers du commissariat de Bourouba. Ils seront portés disparus jusqu&#8217;à l&#8217;année 2000 où à la suite d&#8217;une lettre adressée par un officier de police (Rebaï) à Bouteflika et à la presse, on apprendra que M. Azizi Abdelkrim et son fils Abdessemad avaient été exécutés sommairement par l&#8217;officier de police qui avait procédé à l&#8217;arrestation, un certain O-A. Boualem.(17)</p>
<p>Je vais vous raconter l&#8217;histoire du drame d&#8217;une famille parmi tant de drames que vit l&#8217;Algérie.<br />
Notre drame commença en 1992. Nous avons eu, comme la majorité des enfants de ce peuple, à subir les exactions des forces dites de sécurité.<br />
Le premier drame dans ma famille eut lieu le 14 novembre 1992 à 8 heures. Nous avons été surpris par l&#8217;irruption des forces dites de sécurité qui ont encerclé notre domicile puis ont entrepris une fouille minutieuse de toute la maison durant une heure.<br />
Mon père fut menacé d&#8217;indiquer où se trouvait mon frère, sinon il serait arrêté. Ils se sont alors dirigés vers le lycée où enseignait mon frère et l&#8217;arrêtèrent. Il fut transféré au centre de torture de Châteauneuf où il fut séquestré durant un mois, période durant laquelle il fut affreusement torturé.<br />
Après un mois de séquestration et de tortures, il fut transféré à la prison d&#8217;El Harrach où il fut mis en isolement durant 15 jours avant d&#8217;être transféré vers la prison de Serkadji.<br />
Après 9 mois de détention préventive dans cette dernière prison, il fut condamné par le tribunal d&#8217;Alger à 10 ans de prison. Il fut alors transféré au bagne de Berrouaghia où il demeure à ce jour, à la merci des exactions des gardiens.</p>
<p>Le mercredi 22 septembre 1993, furent arrêtés mon père avec mon autre frère à 1 heure du matin. Nous dormions quand subitement la porte d&#8217;entrée de notre domicile fut fracassée par les forces dites de sécurité qui envahirent la maison alors que nous étions dans nos lits. Ces policiers étaient dirigés par un certain Boualem Ould Ammi, du commissariat de Bourouba et un policier surnommé Boumenguoucha, il portait une croix comme boucle d&#8217;oreille.<br />
Au moment de l&#8217;invasion, mon père dormait dans sa chambre. Il fut réveillé brutalement par les policiers qui firent irruption dans sa chambre. Il fut brutalisé et jeté à terre.<br />
En quelques minutes, la maison se transforma en ruines. Mon frère, mes sœurs et ma mère furent isolés dans une chambre et mon père dans une autre.<br />
Ils prirent mon jeune frère qui n&#8217;avait pas encore atteint 18 ans. Ma mère tenta d&#8217;intervenir pour dire que c&#8217;était un mineur et qu&#8217;ils ne devaient pas le prendre. Il lui fut répondu que c&#8217;était seulement pour quelque temps, le temps d&#8217;une enquête sur certains papiers. Nous le reverrons plus jamais.<br />
Ils ont refermé la porte de la chambre sur nous. Avant cela, j&#8217;avais vu des policiers bander les yeux de mon père et le conduire à la salle de bains. Ils prirent des chiffons et des ustensiles dans la cuisine pour les utiliser comme moyen de torture contre mon père. Les policiers prenaient tout ce qui était à leur portée sans gène. Ils mangeaient tout ce qu&#8217;ils trouvaient dans la cuisine. L&#8217;un d&#8217;eux nous dit : &nbsp;&raquo; Vous vivez dans tout ce luxe alors que nous, nous ne possédions rien ! &nbsp;&raquo;<br />
Ils ne respectèrent même pas l&#8217;âge de mon père qui approchait la soixantaine. Ma mère fut insultée, sans aucun respect pour son âge. Mon père et ma mère avaient perdus leurs pères durant la guerre de libération en martyrs.</p>
<p>Puis un policier vint dans notre chambre. Il prit ma grande sœur pour un interrogatoire. Elle fut interrogée sur nous, mes frères, l&#8217;activité de mon père. Ils criaient et se moquaient d&#8217;elle. La maison fut envahie de fumée des cigarettes des policiers qui transformèrent la maison en fumoir.<br />
Les policiers se mirent alors à torturer mon père dans la salle de bains. Ils lui pratiquèrent la technique du chiffon puis lui versèrent de la colle forte (Araldite) sur sa barbe et tentèrent de l&#8217;arracher. Nous entendions mon père crier de toutes ses forces.<br />
Ma grande sœur ouvrit la porte de la chambre où nous étions isolés et se mis à supplier les policiers d&#8217;arrêter le supplice du père mais sans résultats. Elle fut violemment tirée par les cheveux et poussée dans la chambre puis jetée à terre.</p>
<p>Aux environs de 4 heures du matin, les policiers nous avertirent de ne pas ouvrir la porte de la chambre et qu&#8217;en cas de refus, ils allaient brûler la maison.<br />
Ils descendirent alors au magasin de mon père, au rez-de-chaussée et raflèrent tout ce qui était à leur portée. Ils prirent les bijoux, l&#8217;argent, les produits alimentaires. Même nos papiers personnels furent volés. Nous sommes restés du jour au lendemain sans pièces ni documents d&#8217;identité. Puis ils partirent avec mon père et mon frère mineur. Mon père est sorti en pyjama.<br />
Nous étions terrorisées même après leur départ. Nous nous sommes rendues dans la salle de bains. Les murs et le carrelage étaient tâchés du sang de notre père. La porte de l&#8217;extérieur était défoncée et fracturée. C&#8217;était un spectacle de désolation.</p>
<p>Ma mère est allée le lendemain au commissariat de la Cité La montagne (Bourouba). Elle a retrouvé les mêmes policiers qui avaient envahi durant la nuit la maison. Ils nièrent toute implication dans ce qui s&#8217;est passé la nuit chez nous la menaçant : &nbsp;&raquo; Si tu reviens ici, tu verras ce qui t&#8217;attendra. Nous ne sommes pas fous d&#8217;arrêter un vieux et un enfant ! &laquo;&nbsp;. Extraordinaire ! ! Ils niaient les méfaits qui nous ont fait subir durant des heures alors que ma mère les avait formellement reconnus.</p>
<p>Le lendemain très tôt, elle revint au commissariat en insistant pour voir notre père et notre frère. Un des policiers lui dit de revenir à 10 heures. En retournant à 10 heures, comme promis, elle trouva un autre policier qui lui dit ironiquement : &nbsp;&raquo; Celui qui t&#8217;a dit de revenir à 10 heures est mort &nbsp;&raquo; ( ? ? ? ! ! !).<br />
Nous avions adressé des lettres à toutes les autorités de ce pays, mais c&#8217;était un silence désolant qui nous répondait. Nous avons adressé même une plainte au président de la République. Aucune réponse.<br />
Nos malheurs ne s&#8217;arrêtèrent pas là. Notre domicile était sujet régulièrement depuis à des perquisitions à tout moment, de jour comme de nuit, dans l&#8217;arbitraire le plus total. Personne ne pouvait et ne devait broncher. A chaque &nbsp;&raquo; visite &nbsp;&raquo; impromptue, les policiers raflaient tout ce qui les intéressait comme bijoux, argents, objets de valeur, aliments. Même nos invités qu&#8217;ils trouvaient à la maison étaient soumis à des coups et des injures.<br />
Nous étions terrorisées par ces actes barbares impunis. Nous étions contraints de prendre ce qui nous restait comme effets et partir vers des cieux que nous croyions plus cléments.<br />
Le 6 mai 1994, alors que nous nous dirigions en famille vers la prison de Berrouaghia pour rendre visite à notre frère, nous fumes surpris d&#8217;être arrêtés à un barrage à Baba Ali, à la sortie d&#8217;Alger. On nous ordonna de descendre de la voiture.<br />
Ma mère, mon jeune frère, mon mari et moi fumes jetés dans un fourgon banalisé de type J5, après nous avoir bandé les yeux. Seul mon très jeune frère âgé à peine de 12 ans échappa à ce kidnapping après maintes supplications de ma mère. On nous conduisit vers une destination inconnue, les yeux bandés et allongés dans le fourgon.<br />
A notre arrivée sur le lieu inconnu, je fus isolé avec ma mère et mon frère dans une pièce et ils emmenèrent mon mari. Au bout de quelques temps j&#8217;entendis les cris de mon mari qui était torturé.<br />
Au bout d&#8217;une heure, je fus transféré avec ma mère et mon jeune frère dans un bureau où nous fumes interrogés sur notre filiation. Nous étions entourés par de nombreuses personnes. Un seule question revenait : &nbsp;&raquo; Où est le mari de ta sœur &laquo;&nbsp;.<br />
Peu de temps après, les individus qui nous ont arrêtés se sont dirigés vers la région de Boumerdès, à Ouled Moussa plus précisément, au domicile de ma sœur. Ils l&#8217;arrêtèrent ainsi que son mari et une autre sœur après avoir fouillé la maison et pris de nombreux objets. Mes deux sœurs n&#8217;eurent même pas le temps de s&#8217;habiller convenablement. Elles mirent un simple Khimar sur leurs chemises de nuit. Elles furent dirigées vers le centre de torture de Châteauneuf.<br />
Nous avons été séquestrés durant 26 jours avant d&#8217;être libérés. Nous étions sans papiers d&#8217;identité ni domicile. Notre domicile a été fermé par la police. Nous ne pouvions rien faire que de errer.<br />
Nous avions adressé de nouvelles lettres au président de la république, au tribunal, au ministre de la justice, mais en vain. Aucune justice.<br />
Pour l&#8217;Amour de Dieu, nous ne voulons rien, ni argent, ni autre chose que la paix et la sécurité.</p>
<p>(&#8230;) Même en prison, les détenus sont humiliés et leur dignité rabaissée au plus bas niveau.</p>
<p>(&#8230;) En prison, aucun droit élémentaire de survie n&#8217;est accordé par les gardiens aux prisonniers politiques. Ils n&#8217;ont pas le droit de se plaindre. Toute plainte ou contestation est sévèrement punie par les gardiens. Les prisonniers sont alors déshabillés et sauvagement bastonnés.<br />
Les couffins sont automatiquement &laquo;&nbsp;visités &nbsp;&raquo; et toutes les friandises apportées par les familles à leurs enfants sont volées par les gardiens. Même le lait apporté par les familles dans le panier du prisonnier est interdit. Et gare à la plainte ou à la contestation de la victime ! C&#8217;est la bastonnade qui l&#8217;attend.<br />
Nous n&#8217;avons même pas le droit de protester auprès de l&#8217;administration pénitentiaire contre ces vols organisés par les gardiens de prison. Car toute protestation de la famille entraînerait automatiquement la &laquo;&nbsp;punition &nbsp;&raquo; du prisonnier qui consiste en son isolement dans les sous-sols durant un mois avec privation de parloir, de courrier et de couffin. Nous sommes alors contraints de nous taire et de diriger nos plaintes et nos prières à Dieu pour soulager la situation de nos frères arbitrairement privés de leur liberté.<br />
Où est la justice, Messieurs de la justice ?<br />
Mon frère a été condamné arbitrairement à dix années de prison. Il est privé de liberté et de ses droits civiques durant dix années, enfermé entre quatre murs d&#8217;une cellule humide sans lumière. Lui est condamné à l&#8217;intérieur de la prison, et nous, à l&#8217;extérieur.<br />
Nous avons été témoin hier seulement d&#8217;une injustice parmi tant d&#8217;autres vécues quotidiennement par nos citoyens. C&#8217;est un exemple vivant de l&#8217;injustice que nous subissons.<br />
Hier nous sommes allés rendre visite à notre frère détenu à la prison de Berrouaghia. Nous nous sommes déplacés difficilement à la prison malgré nos conditions matérielles déplorables et les conditions de vie et de terreur qui nous ont été imposées pour tenter de nous faire taire, alors que nous vivions auparavant aisément El Hamdou Lillah.<br />
Après un long trajet en taxi, nous sommes arrivées à la prison et nous avions été surprises d&#8217;apprendre qu&#8217;il était &laquo;&nbsp;puni &nbsp;&raquo; et qu&#8217;on n&#8217;avait pas le droit de le voir. Et il n&#8217;y a aucun recours devant cet arbitraire. Nous n&#8217;avions pas, dans l&#8217;intérêt de notre frère, à nous plaindre. Aucune raison ne nous a été fournie. Ce n&#8217;est que difficilement que nous avions pu approcher un officier de la prison qui ne nous a pas appris grand chose en dehors que notre frère a été puni pour un mois et que les raisons de cette &laquo;&nbsp;punition &nbsp;&raquo; ne nous regardaient pas ( ! !?). Nous avions été reçues comme des êtres inférieurs, sans dignité par cet officier qui nous regardait d&#8217;un air hautain et méprisant.<br />
A notre sortie les gardiens nous dirent qu&#8217;il n&#8217;était pas permis après cette &laquo;&nbsp;punition &nbsp;&raquo; de rendre visite à notre frère pendant un mois et demi (soit 3 visites). De l&#8217;arbitraire !<br />
Ce n&#8217;est pas la première fois que ces punitions sont infligées à nos frères. Un regard ou un comportement mal interprété par les gardiens, une simple protestation des conditions carcérales, le seul fait de faire la prière à haute voix ou psalmodier le Coran conduisait au cachot durant un mois, totalement déshabillé, dans l&#8217;isolement le plus total.<br />
Même le courrier est réglementé. Le prisonnier n&#8217;a droit d&#8217;écrire à sa famille qu&#8217;une fois tous les quinze jours. Il n&#8217;a pas le droit de citer dans sa lettre un verset du Coran ou un Hadith du prophète. Il n&#8217;a pas le droit d&#8217;écrire sur les choses de la vie. Il doit seulement écrire : &nbsp;&raquo; Je vais bien. Au revoir &laquo;&nbsp;. Sinon la lettre est saisie et détruite.<br />
Le colis postal de friandises n&#8217;est autorisé qu&#8217;une fois toutes les trois semaines. Si le colis dépasse quatre kilos, il est automatiquement saisi par les gardiens.</p>
<p>Nous ne voulons rien d&#8217;autre comme je vous l&#8217;ai dit précédemment. J&#8217;apporte seulement ce témoignage à tous ceux qui ignorent ce qui se passe en Algérie. Pour que l&#8217;opinion connaisse l&#8217;autre versant du drame de ce pays ! Ce qu&#8217;endurent et subissent les femmes algériennes dignes et la famille algérienne comme terrorisme.<br />
On nous traite de &laquo;&nbsp;terroristes &laquo;&nbsp;. Comment peut-on qualifier alors ce que nous subissons de la part de l&#8217;Etat depuis sept années ?<br />
Ce témoignage n&#8217;est qu&#8217;une infime partie de ce que nous vivons depuis des années. Je ne vous ai pas raconté dans les détails toutes les perquisitions que nous avions subies presque quotidiennement. Mon frère lors de sa première arrestation avait été libéré sans papiers et durant le couvre-feu. Quel sens doit-on donner à cet acte ?<br />
Nous vivons une situation surréaliste. Nous sommes sous l&#8217;emprise de la terreur et de la hantise des invasions policières, des arrestations arbitraires. On nous prive de vie décente, de dignité et même de sommeil. Nous sommes constamment sur le qui-vive. (&#8230;)</p>
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<p>Année 1995.<br />
Témoignage d&#8217;une femme (Mme M. Fatma Zohra), torturée après qu&#8217;elle soit partie, accompagnée de ses enfants, à la recherche de son mari enlevé par la police politique (SM) la veille. (17)<br />
Je suis une citoyenne algérienne demeurant à Alger.<br />
Le 5 septembre 1995, des hommes armés en combinaisons noires ont fait irruption à notre domicile à 4 heures du matin après avoir défoncé la porte d&#8217;entrée. Ils étaient plus de dix, armés jusqu&#8217;aux dents. Ceux qui ont pénétré à la maison agissaient à visage découvert. Ceux qui sont restés à l&#8217;extérieur étaient cagoulés. Nous nous sommes réveillés en sursaut devant le fracas provoqué par leur entrée brutale. Ils sont restés jusqu&#8217;à l&#8217;aube, aux environs de 6 heures. Ils ont frappé puis jeté à terre mon mari, (professeur de langue arabe au lycée) qu&#8217;ils ont attaché, poignets au dos et les yeux bandés avec une serviette. Trois hommes le gardaient, pointant leurs kalachnikovs sur son dos et sur sa tête, tandis que les autres fouillaient l&#8217;appartement. Ils ont tout jeté à terre. Ni les livres ni la vaisselle n&#8217;ont échappé à leur furie. Ma fille âgée de 12 ans, en voyant son père frappé et jeté à terre s&#8217;est mise à hurler : &nbsp;&raquo; Lâchez mon père, lâchez mon père ! &laquo;&nbsp;. Trois policiers se sont mis à la frapper. L&#8217;un la tira par les cheveux et un autre la frappa d&#8217;un coup de crosse à l&#8217;épaule.</p>
<p>Les policiers se mirent à casser la vaisselle et à vider les bidons d&#8217;eau que j&#8217;avais remplis du fait des coupures d&#8217;eau. Ils étaient excités à un point inimaginable. Ils se mirent à proférer des obscénités sans respect à la femme que j&#8217;étais et aux enfants. En fouillant, ils trouvèrent et prirent une somme de 4000 DA.<br />
Mon mari fut alors traîné jusqu&#8217;à l&#8217;extérieur, poings liés au dos et les yeux bandés avec une serviette, sous les coups de crosse et de pieds des policiers. Il fut jeté alors dans la malle de l&#8217;un de leurs véhicules. Ils continuèrent en sortant à nous insulter avec des termes grossiers et à nous cracher dessus. Les enfants pleuraient. Ils étaient terrorisés par cette sauvagerie qui s&#8217;était abattue sur nous. A leur sortie, l&#8217;appartement ressemblait à un champs de bataille. Tout était à terre, livres, vaisselle cassée, vêtements éparpillés, eau coulant des bassines et des bidons.<br />
Deux jours plus tard, j&#8217;ai pris trois de mes enfants dont le petit garçon de 4 ans, l&#8217;autre de 9 ans et la fillette de 12 ans et je me suis dirigée vers le centre de torture de Chateauneuf. A notre arrivée, j&#8217;ai reconnu quelques policiers qui avaient envahi deux jours plus tôt notre domicile. J&#8217;ai demandé à l&#8217;un d&#8217;eux de m&#8217;autoriser à voir mon mari. Dans un premier temps, il nia que mon mari soit détenu dans leur centre. Je lui dis par la suite qu&#8217;il faisait partie de la horde qui avait fait irruption chez moi. Hésitant et confus, il m&#8217;ordonna de rentrer et de le suivre avec mes trois enfants. Il m&#8217;enferma dans une pièce où il y avait un lit et sortit. Au bout d&#8217;un instant, il revint et m&#8217;attacha le poignet au sommier avec ses menottes et pris mes enfants.<br />
Au bout de quelques instants entrèrent cinq policiers dans la salle. Ils se mirent à me lancer des obscénités ahurissantes que je ne peux rapporter ici. Ils me disaient si je regardais les films X de Canal +. J&#8217;ai subi leurs grossièretés durant près de deux heures.<br />
En début de soirée, j&#8217;ai entendu des cris d&#8217;un homme qu&#8217;on torturait. J&#8217;ai reconnu la voix de mon mari. Un policier vint me chercher pour assister aux séances de torture de mon mari.<br />
Je suis restée 20 jours au centre de torture. Il y avait de nombreuses femmes détenues avec moi.<br />
Un fois un tortionnaire est rentré tout nu dans notre cellule. Une autre fois, ils nous ont ramené une bouteille de vin, nous forçant à boire.<br />
On nous a fait boire une eau douteuse. Nous avons toutes été prises de vertiges. Ils ont essayé de nous toucher dans notre honneur, de nous violer.</p>
<p>Mon mari a été atrocement torturé. Il a subi plusieurs séances d&#8217;électricité puis de fallaqa à la plante des pieds. Ils l&#8217;ont tabassé avec un manche à balai qu&#8217;ils ont cassé sur son pied. Ils lui ont brûlé le corps avec des mégots de cigarettes et tous ces supplices devant moi.<br />
Ils m&#8217;ont ramené une eau suspecte qu&#8217;ils m&#8217;ont faite boire ainsi qu&#8217;à mes enfants. J&#8217;avais les vertiges et je commençais à développer des hallucinations. Je voyais mon mari coupé et tranches. Puis je commençais à entendre la voix de mon mari qui me disait d&#8217;être patiente et qu&#8217;il était au Paradis. Je ne savais plus où j&#8217;étais. J&#8217;avais la chair de poule en entendant ces voix. Je continuais à entendre des voix. Cette fois-ci c&#8217;était celle de ma fille de 12 ans qui criait : &laquo;&nbsp;Vous m&#8217;avez brûlé &laquo;&nbsp;. Je vis alors dans mes hallucinations, un tortionnaire brûler ma fille au chalumeau puis la violer. La voix de mon mari disait : &nbsp;&raquo; C&#8217;est un enfant, c&#8217;est un enfant, évitez-lui ces supplices ! &laquo;&nbsp;.<br />
Puis je vis mon fils de 15 ans coupé avec une hache en tranches. J&#8217;entendais alors la voix de mon mari dire à mon fils : &nbsp;&raquo; Patiente, patiente, mon fils tu me rejoindras au paradis &laquo;&nbsp;.<br />
Je me suis alors mise à pousser des youyous. Les tortionnaires vinrent en courant et me versèrent de l&#8217;eau sur le corps. Je me réveillais en sursaut. C&#8217;était des hallucinations. On m&#8217;avait drogué.<br />
Au bout de vingt jours je fus libérée avec mes trois enfants qui étaient totalement détraquées par ce qu&#8217;ils ont vécu et vu au centre de torture. Ils étaient hébétés. Mon mari fut incarcéré à la prison de Serkadji.</p>
<p>Une année après cet épisode, les mêmes hommes armés firent à nouveau irruption chez moi, à 2 heures du matin. J&#8217;étais avec mes enfants. Leur père était en prison. Ils nous terrorisèrent pendant près d&#8217;une heure et leur chef me dit de me présenter le lendemain au centre de Châteauneuf.<br />
Dès le matin je me suis rendue à ce sinistre centre où j&#8217;avais passé auparavant des journées effroyables. On m&#8217;interrogea sur ma vie quotidienne et sur l&#8217;origine de nos moyens de subsistance. On m&#8217;intimida, me promettant de &laquo;&nbsp;nouvelles visites nocturnes &laquo;&nbsp;.<br />
Que pouvais-je faire devant cette hogra ? Me remettre à Dieu et à Lui Seul.</p>
<p>___________________________</p>
<p>Année 1996.<br />
Témoignage d&#8217;un brigadier de police (appelons-le Mohamed pour des raisons de sécurité) ayant fui les horreurs de cette guerre qu&#8217;il avait vécu au cœur du système répressif. (17)</p>
<p>Je suis brigadier de police et je crois bien que dire aux autres la vérité, c&#8217;est comme faire guérir quelqu&#8217;un qui souffre. C&#8217;est la raison pour laquelle je m&#8217;engage à illustrer le dossier des disparus.<br />
Je suis prêt à témoigner devant une institution internationale contre les crimes commis par certaines personnes au niveau d&#8217;un organisme sécuritaire qui doit normalement veiller à la sécurité du peuple ainsi que de leurs biens. Je suis aussi, prêt à déterminer les causes de la disparition de certains jeunes, arrêtés par les services de police.</p>
<p>1. Disparus et exécutions :<br />
Le 19 janvier 1993, au niveau de la cité Diar El Afia (Bourouba) en compagnie de deux voisins policiers, deux terroristes furent arrêtés par nos soins, les nommés Abzar et Berhoum. Les deux sont portés disparus (pièce jointe témoignage de satisfaction délivré par la DGSN).</p>
<p>Juin 1993. A la sûreté urbaine de Bordj El Kiffan, au cours d&#8217;un examen de situation, le nommé Tounsi Zerrouk, demeurant à la cité PLM (Bourouba) et son ami qui habite à la cité Diar El Djemaa (Bachdjarah) ont été arrêtés et livrés à notre brigade pour l&#8217;exploitation. Les deux ont été exécutés à la décharge TIMIT. Les corps ont été transférés à la morgue de l&#8217;hôpital Zemirli d&#8217;El Harrach.</p>
<p>Mai 1993. Un certain Alioui et son compagnon ont été capturés à la cité EJICO de Bachdjarah) par l&#8217;agent de l&#8217;ordre public, G. R., élément de la brigade GRS. Les deux ont été froidement abattus par le dit agent malgré qu&#8217;ils soient sans armes.</p>
<p>Un certain jeune Khadraoui Kamal, demeurant aux environs des Eucalyptus, arrêté à proximité de la cité Diar El Afia (Bourouba) pour examen de situation, fut gardé presque 6 mois dans les geôles de la 4e sûreté urbaine de Bourouba, puis fut transféré vers un endroit indéterminé. S&#8217;il est encore vivant, il peut donner beaucoup de renseignements à propos des disparus.</p>
<p>1994. Un groupe terroriste composé de 4 jeunes fut arrêté un jeudi vers 2h du matin. Il s&#8217;agissait de : Gouasmia Rachid, Gouasmia Hakim (15 ans), Saïbi Ouahab et Boudouani Chafik. Les quatre ont été dirigés à la 4e Sûreté urbaine (SU) de Bourouba pour exploitation. Ils furent exécutés à la prise d&#8217;eau d&#8217;El Harrach.</p>
<p>Le nommé Chekaba Mouloud, arrêté et dirigé à la 4e Sûreté urbaine de Bourouba. Ayant un problème cardiaque, il n&#8217;a pu résister à la torture. Il mourra et son corps sera jeté aux environs des Eucalyptus.</p>
<p>L&#8217;ex-agent de l&#8217;ordre public (AOP) Azzoug Salah, demeurant à la cité Diar El Afia (Bourouba) fut arrêté en compagnie de quatre jeunes à hauteur du cinéma Musset (Belcourt). Le groupe fut dirigé vers la 4e SU de Bourouba. Ils furent abattus puis dirigés vers la morgue de Bologhine.</p>
<p>L&#8217;ex- agent de l&#8217;ordre public (AOP) Merinas de la brigade spéciale d&#8217;El Hamiz, arrêté en compagnie de 4 jeunes, fut abattu par des éléments de la BMPJ de Bourouba.</p>
<p>Le nommé TRAD Moussa, arrêté à la cité Diar El Afia (Bourouba) fut dirigé à la 4e SU. Deux jours après, il fut dirigé vers un lieu indéterminé.</p>
<p>Habili Messaoud, arrêté par l&#8217;Inspecteur Habib, porté disparu.</p>
<p>Bacha, arrêté par l&#8217;inspecteur Habib, porté disparu.</p>
<p>Le jeune Ould Saâdi Boumediene, arrêté par la PJ centrale fut abattu et livré à sa famille.</p>
<p>Natéche, arrêté par la BMPJ de Bourouba chez sa grand-mère. Porté disparu.</p>
<p>Tousena, habitant cité Chérif Bidi, arrêté puis abattu à la prise d&#8217;eau d&#8217;El Harrach.</p>
<p>2. Personnes torturées :<br />
Il s&#8217;agissait de deux personnes arrêtées par les éléments de la 4e Sûreté urbaine de Bourouba :<br />
Bouda Khaled, 38 ans environ, commerçant, demeurant à la cité Chérif Bidi, arrêté par le groupe GRS sous l&#8217;indicatif Saker 101. Il a été violemment torturé (courant électrique et eau). Gardé dans la geôle presque 20 jours.</p>
<p>Aït Allaoua Sidali, artiste, demeurant à la cité Chérif Bidi, arrêté pour soi-disant appartenance et soutien à groupe terroriste. Torturé et gardé en geôle pendant 52 jours. Il est aujourd&#8217;hui vivant mais avec la cicatrice d&#8217;une mâchoire déformée.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Année 1998.<br />
Le citoyen H. Mohamed, 27 ans, marié et père d&#8217;un enfant, agent de sécurité dans une société et demeurant à Boumaâti (El Harrach) est arrêté le 16 octobre par des policiers en civils. Il raconte les affres de la torture subie au commissariat central d&#8217;Alger (17).<br />
J&#8217;ai été arrêté à la sortie de la mosquée par des policiers en civil. Je fus gardé durant une nuit au commissariat d&#8217;El Harrach, puis transféré le lendemain au lieudit les 3 caves où se trouve la brigade dite &laquo;&nbsp;anti-terroriste &laquo;&nbsp;.<br />
Le 18 octobre, ils décidèrent de me transférer au commissariat central d&#8217;Alger. Je fus alors interrogé dès le lendemain de mon transfert par un officier de police, un certain Djamel F. sur mes activités depuis 1994.</p>
<p>Dans mon récit de mes activités, j&#8217;ai rappelé à l&#8217;officier la hogra dont j&#8217;avais fait l&#8217;objet le 5 septembre 1994, lorsque des hommes armés venus à bord d&#8217;une Nissan de la police fracturèrent la porte de mon magasin et me subtilisèrent une marchandise d&#8217;une valeur de 32 millions de centimes. Je lui ai rappelé également les biens qui me furent volés le même jour à mon domicile par les mêmes personnes se réclamant de la police, d&#8217;une valeur de trois millions de centimes ainsi qu&#8217;un magnétoscope. Ils humilièrent ma mère et l&#8217;emmenèrent avec eux pour la relâcher à mi-chemin.</p>
<p>L&#8217;officier s&#8217;emporta quand j&#8217;ai eu le malheur d&#8217;accuser les policiers de vol. Il me descendit au sous-sol du commissariat central, me déshabilla totalement, m&#8217;allongea sur un banc en bois, tira une corde, et m&#8217;attacha avec, poignets derrière le dos. Six policiers se trouvaient dans la salle de torture dont une femme qui serait l&#8217;épouse de l&#8217;officier. Toute la panoplie de la torture y passera : technique du chiffon, brûlures par cigarette de la partie gauche de sa poitrine, bastonnades.</p>
<p>Le lendemain, la torture repris et l&#8217;officier utilisa un gros bâton pour me frapper aux testicules, me blessant gravement. J&#8217;ai uriné du sang. L&#8217;officier sortit sa verge devant les policiers et la femme présente et me menaça de me sodomiser. Il essaya alors d&#8217;introduire sa verge dans ma bouche. Un jeune policier, scandalisé par ces actes inhumains, s&#8217;accrocha verbalement avec son supérieur, lui demandant d&#8217;arrêter les coups. Devant mon corps ensanglanté et la révolte du jeune policier, le tortionnaire arrêtera son jeu de massacre. Le jeune policier m&#8217;accompagna alors à l&#8217;hôpital où je fus examiné au pavillon des urgences. Des analyses et une radiographie de l&#8217;appareil urinaire seront demandés par le praticien de garde. Un traitement médical me fut prescrit. Ni les analyses, ni les radiographies ne seront pratiquées, ni le traitement administré. Une infection se développera dans les jours qui suivront m&#8217;empêchant d&#8217;uriner normalement.</p>
<p>On me fera signer un procès-verbal sous la menace, sans être lu. Je fus ainsi inculpé pour &laquo;&nbsp;appartenance à groupe armé, terrorisant la population, créant un climat d&#8217;insécurité, crimes prémédités et soutien &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Je fus ensuite présenté devant le juge et Incarcéré à la prison d&#8217;El Harrach.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>Année 2001.<br />
Témoignage du père de GUERMAH Mohamed Massinissa dit Moumouh (20 ans) de Béni Douala (W. de Tizi-Ouzou), mort suite à des blessures par balles dans la brigade de gendarmerie. (18)<br />
&nbsp;&raquo; Ce jour-là, le 18 avril 2001, mon fils était en train d&#8217;étudier à la maison. Il était descendu prendre un peu d&#8217;air. Il avait un sujet de math dans la poche de son pantalon (Massinissa était lycéen en classe de terminale). Arrivé en bas de l&#8217;immeuble, deux gendarmes en civil et un chauffeur se sont approchés dans une voiture banalisée. Ils l&#8217;ont pris avec une rare brusquerie. Ils l&#8217;ont kidnappé. Les témoins du quartier les ont vus le tabasser à coup de poing, de pied et de crosse, avant de l&#8217;emmener dans le coffre de leur voiture.<br />
J&#8217;imagine ce qu&#8217;ils ont pu lui faire dans leur véhicule pendant le trajet qui les a menés à la brigade de gendarmerie. En arrivant, mon fils ne pouvait pas tenir sur ses pieds. Il a été soutenu par deux gendarmes pour y entrer.<br />
À peine cinq minutes après, une rafale retentit. Ils lui ont criblé les deux jambes de balles. Deux autres témoins parlent de deux rafales. Un gendarme a également été blessé ce jour-là.</p>
<p>Pour moi, il s&#8217;agit d&#8217;un assassinat volontaire. Ils se sont acharnés contre lui dès le début. Il a été évacué vers la clinique dans un véhicule civil. Il avait perdu beaucoup de sang déjà. Les médecins n&#8217;ont pas pu faire grand chose pour mon fils. Il a été transféré vers l&#8217;hôpital de Tizi-Ouzou, puis vers l&#8217;hôpital Mustapha à Alger. Le lendemain, j&#8217;ai été le voir, il était mourant. Il avait 5 à 6 de tension artérielle. À chaque fois qu&#8217;il se réveillait, il me demandait s&#8217;il allait perdre ses pieds. Il a succombé à ses blessures le matin du vendredi 20 avril.</p>
<p>En tuant Moumouh, ils m&#8217;ont tué. Ils m&#8217;ont brisé toute ma vie et celle de ma famille. Il a laissé un immense vide à la maison. Sa mère est comme une folle. Mon fils voulait vivre&#8230; (le père commence à pleurer &#8211; ndlr).<br />
J&#8217;ai demandé que l&#8217;on pratique une autopsie du corps de mon fils. J&#8217;attends toujours les résultats. &nbsp;&raquo;</p>
<p>_________________________</p>
<p>Année 2001.<br />
Révolte à Tizi-Ouzou. Assassinat le 28 avril d&#8217;une citoyenne, Mme AÏT ABBA Nadia (33 ans), de Aïn El-Hammam, enseignante de langue arabe. Elle a été mortellement blessée, à l&#8217;intérieur d&#8217;une chambre, par deux balles au-dessous de l&#8217;épaule droite et au poignet droit. Témoignage de son beau-frère. (18)<br />
&nbsp;&raquo; Ma belle sœur a été blessée mortellement, le 28 avril, alors qu&#8217;elle se trouvait chez sa collègue, une voisine qui habite au 5e étage. Les gendarmes tiraient dans tous les sens, même en direction des fenêtres des immeubles. On a entendu crier : &laquo;&nbsp;Vous avez atteint une dame !&nbsp;&raquo;. Nous sommes accourus pour la secourir et l&#8217;emmener vers le secteur sanitaire. À défaut d&#8217;un brancard, nous l&#8217;avons transportée dans une couverture portée par six jeunes. Une fois dehors, les gendarmes n&#8217;ont pas hésité à tirer en notre direction. Un des jeunes qui aidaient à la secourir, NAÏT AMARA Omar (26 ans), a été abattu.</p>
<p>Ce n&#8217;était pas fini car une fois la nuit tombée, les gendarmes sont entrés dans l&#8217;école où la défunte enseignait, ont saccagé plusieurs classes et inscrit sur son tablier &laquo;&nbsp;Vive la gendarmerie, à bas tamazight&nbsp;&raquo;. &nbsp;&raquo;<br />
Extraits du certificat médical descriptif :<br />
&nbsp;&raquo; … À l&#8217;arrivée à 13h30mn, la malade était en état de choc avancé avec tension artérielle imprenable et pâleur importante. Elle présente une plaie paravertébrale droite saignante abondamment de trois (03) cm de diamètre déchiqueté et un orifice de sortie à la face antérieure et supérieure de l&#8217;hémithorax droit large de huit (08) cm de diamètre déchiqueté très saignante. Par ailleurs, on trouve un autre orifice d&#8217;entrée au niveau de la face antérieure du poignet et un orifice de sortie à sa face postérieure large de deux (02) cm de diamètre avec une fracture comminutive et déformation du poignet. La malade a nécessité une réanimation intensive avec massage cardiaque externe pendant vingt (20) mn mais elle décède suite à ses blessures.<br />
Fait à Aïn El-Hammam le 28 avril 2001.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Année 2001 :<br />
Témoignage de M. Djamal Roknia, demeurant à Khenchela au sujet des faits qui se sont déroulés entre le 9 et le 12 juin. (in Lettre ouverte au Président de la République. 13 juin 2001) (17)<br />
(.) Détails des faits : (La goutte qui a fait déborder le vase).<br />
Dans la soirée du samedi 9 juin 2001, un militaire a provoqué des jeunes de certains quartiers de la ville en allant opportuner une jeune fille. Et ce n&#8217;est pas la première fois que les militaires du centre d&#8217;instruction de Khenchela se comportent ainsi envers les filles. Ce comportement a provoqué le courroux de certains jeunes qui habitent le quartier populaire où se trouvent de nombreux locaux commerciaux. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;éclata une altercation entre les jeunes et le militaire. Des gens sages du quartier séparèrent les protagonistes et l&#8217;incident semblait clos. Quelques instants plus tard le militaire revint avec ses compagnons de la caserne et se mirent à agresser toutes les personnes se trouvant sur leur chemin. Non contents de cette expédition, le militaire et ses compagnons revinrent le lendemain. Les jeunes du quartier étaient alors décidés à en découdre avec eux. Ils tabassèrent violemment les militaires et saccagèrent le véhicule (de type Mercédès) de leur compagnon. Sans l&#8217;intervention d&#8217;habitants âgés et sages, les militaires auraient été tous tués.</p>
<p>Le lendemain, un groupe de jeunes citoyens décida d&#8217;aller voir le Wali pour l&#8217;informer de la gravité de la situation. Ce dernier, comme d&#8217;habitude, refusa de les recevoir, comptant toujours sur ses adjoints qui ne lui transmettent que les tromperies du milieu qui impose sa loi à Khenchela. Ce refus fut l&#8217;étincelle qui déclencha les émeutes. C&#8217;est ainsi que furent saccagés et brûlés la plupart des édifices publics. Des policiers et les brigades anti-émeutes intervinrent mais ne purent contenir la masse de manifestants en colère qui se déversait dans les rues par les grenades lacrymogènes. Ces événements durèrent pratiquement 48 heures sans interruption.</p>
<p>Au lendemain des émeutes et dans la soirée, le wali finira par recevoir une délégation de manifestants et leur fera des promesses sans consistance, ce qui provoqua à nouveau le courroux des manifestants qui se remirent à saccager et à brûler tout ce qu&#8217;ils trouvaient sur leur chemin. Les commerces étaient fermés et les marchés paralysés. Il n&#8217;y avait dans la ville que des colonnes de fumée qui s&#8217;élevaient dans le ciel et l&#8217;odeur des grenades lacrymogènes.</p>
<p>Après cette catastrophe, le parti Nahda, comme à ses habitudes, publia un communiqué dénonçant la représentation électorale frauduleuse. Puis certaines &laquo;&nbsp;personnalités&nbsp;&raquo; élues locales plus connues sous le terme de notables de Khenchela apparurent. Nous rejetons sur ces personnes toute la responsabilité de cette tragédie qui entraîna la mort de 3 personnes et plusieurs blessés, dont certains, dans un état grave. Ces personnes nous ont représentés comme ils ont voulu et qui n&#8217;ont pas bougé le petit doigt depuis leur participation aux élections et leur installation dans leurs fauteuils. Ils ne se consacrèrent qu&#8217;à courir derrière les intérêts personnels (avec preuves à l&#8217;appui). Ils ne descendent auprès du peuple qu&#8217;au moment des rendez-vous électoraux. A ce moment, quelques personnalités qui ont sucé le sang de Khenchela, vinrent illusionner le wali qu&#8217;ils pouvaient maîtriser la situation.</p>
<p>Le 12 juin à 13 heures, les jeunes ont organisé une marche pacifique, non encadrée et non autorisée, car ils savaient, par expérience, qu&#8217;ils ne pouvaient obtenir d&#8217;autorisation. (.).</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Références</p>
<p>1. Déclaration publique du Président Benyoucef Benkhedda, août 1962 in Etienne Mallarde. L&#8217;Algérie depuis. Editions La Table Ronde. 1975.<br />
2. Mohamed Boudiaf. Où va l&#8217;Algérie ? Editions L&#8217;Etoile 1964.<br />
3. Ferhat Abbas. L&#8217;indépendance confisquée. Editions Flammarion. 1984.<br />
4. Abderrahmane Farès. La cruelle vérité. Editions Plon. 1982.<br />
5. Hocine Aït Ahmed. Crimes et non-châtiment. Jeune Afrique Magazine. N° 37. Mai 1987.<br />
6. Tahar Zbiri. &nbsp;&raquo; Pourquoi j&#8217;ai voulu renverser Boumediène &nbsp;&raquo; Propos recueillis par Yves-Guy Bergès. Le Figaro Magazine. 4 &#8211; 10 août 1969.<br />
7. Mémoires du commandant Si Lakhdar Bouregaâ. Témoin de l&#8217;assassinat de la révolution. Editions Dar El Hikma. Alger. 2e édition. Mai 2000. En langue arabe.<br />
8. Algeria-Watch. Site algérien des droits de l&#8217;Homme. Berlin. Juin 2001. http://www.algeria-watch.de/farticle/docu/pags_torture.htm<br />
9. Amar Ouerdane. La question berbère dans le mouvement national algérien (1926 &#8211; 1980). Annexe 6. Editions Epigraphe/Editions Dar El Ijtihad. 1993.<br />
10. Mohamed Benyahia. La conjuration au pouvoir. Editions Arcantère. 1988.<br />
11. Oussedik Faouzi Ibn El Hachemi. Le Mouvement Islamique en Algérie. 1962-1988. Dar El Intifadha de diffusion et de distribution. Alger. 1992. En langue arabe.<br />
12. Louisa Hanoune. Une autre voix pour l&#8217;Algérie. Entretiens avec Ghania Mouffok. La Découverte. 1996.<br />
13. Coordination des Associations d&#8217;Enfants de Chouhada. Martyrs……Halte à la manipulation. Revue polycopiée. 1989.<br />
14. Arezki Aït Larbi. Révélations d&#8217;un ancien détenu d&#8217;opinion. Témoignage. Hebdomadaire L&#8217;événement, n° 162. Semaine du 2 au 8 avril 1994.<br />
15. Hocine Aït Ahmed. L&#8217;affaire Mécili. Editions La Découverte. 1989.<br />
16. Rabha Attaf avec Antoinette Delafin. Il n&#8217;y a pas qu&#8217;Adjani qui se soit fait traiter de putain. Actuel. Décembre 1988.<br />
17. Salah-Eddine Sidhoum. Archives personnelles. Droits de l&#8217;homme. 1988 &#8211; 2001<br />
18. Mehdi Mohamed. Algeria-Watch. 1er juin 2001. http://www.algeria-watch.de/farticle/kabylie/mort_non_naturelle.htm</p>
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		<title>Hommage à Ali Mécili : pour que son combat ne soit pas oublié.</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Mar 2012 19:21:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<div style="clear:both;"></div><p><a href="http://lequotidienalgerie.org/2012/03/21/hommage-a-ali-mecili-pour-que-son-combat-ne-soit-pas-oublie/mecili/" rel="attachment wp-att-23996"><img src="http://lequotidienalgerie.org/wp-content/uploads/2012/03/Mecili.jpg" alt="" title="Mecili" width="81" height="114" class="alignright size-full wp-image-23996" /></a>« Je meurs sous des balles algériennes pour avoir aimé l’Algérie », mots écrits par Ali Mécili quelques jours avant son assassinat.</p>
<p>Ces vocables sont ceux d’un patriote sain et probe. Celui qui aime véritablement son pays.  Non pas pour profiter d’un quelconque privilège, mais pour que l’Algérien ait de la considération dans son propre pays. Pour y parvenir, Ali Mécili a combattu, sans fard ni acrimonie, un régime inamovible, installé par la force depuis 1962. Refusant toute alternance, ce régime s’appuie sur ses services pour assurer sa pérennité. C’est justement là que se situe indubitablement le nœud du problème ayant fini par provoquer la mort Ali Mécili, le 7 avril 1987 à Paris. La méthode est simple : éliminer physiquement celui qui tente d’organiser la société en vue de réclamer le changement. Et ce n’est pas la première fois que cela arrive en Algérie. Depuis l’accession du pays à l’indépendance jusqu’aux événements d’octobre 1988, les dirigeants faisaient de l’Algérie leur propriété privée. Et celui qui se met sur leur chemin devient immanquablement un ennemi à abattre. En ce sens, le parcours d’Ali Mécili est une succession d’entraves à la longévité de leur système. </p>
<p>D’une façon générale, dans les pays hermétiques, des hommes comme Ali Mécili attirent sur eux les foudres des dirigeants. Bien que partout dans le monde le dirigeant soit uniquement le représentant de la volonté du peuple, en Algérie, le dirigeant se substitue à lui. S’intéressant uniquement au profit que procure l’exercice du pouvoir, le chef ignore totalement la souffrance du peuple. Car, au moment où Ali Mécili a été assassiné, on peut affirmer que la crise économique fut le résultat d’une gestion catastrophique poursuivie depuis l’indépendance. Non issus de la volonté populaire, ils défendent par la violence leurs postes. Et gare à celui qui les contrariera. Pour comprendre cette page assez terne de notre histoire, il est primordial d’évoquer succinctement la course au pouvoir à l’aube de l’indépendance. Engagé dans la lutte pour la libération du pays du joug colonial, Ali Mécili, comme tant d’autres, a cru que l’indépendance allait permettre aux Algériens de tourner la page de la longue nuit coloniale. Malheureusement, une catégorie de nationalistes n’a attendu que le départ des Français pour les supplanter. Pour se maintenir, ils n’hésitaient pas à recourir aux procédés les plus vils. Ainsi, les crimes politiques, ou la liquidation des gêneurs, ont commencé à peine l’indépendance recouvrée.   </p>
<p>Pour contrecarrer cette dérive autoritaire, des militants épris de justice et de démocratie ont créé le FFS (Front des forces socialistes), en septembre 1963. Dans cette épreuve délicate, deux hommes ont œuvré ensemble afin de sensibiliser les Algériens sur une autre manière de gouverner, celle où le peuple est au cœur de l’édification des institutions. Mais l’alternative proposée par Hocine Ait Ahmed et Ali Mécili était trop idéale pour être choisie. Du coup, pour toute réponse, le régime a recouru sans vergogne à la répression. Treize mois plus tard, les deux hommes sont arrêtés. En sachant que le régime ne tolérait pas une opposition démocratique, il ne leur restait que l’alternative cruelle de partir du pays qu’ils ont arraché à la puissance coloniale. À l’étranger, leur action n’a jamais cessé d’être en faveur du changement en Algérie. Mais, le régime ne voulait pas d’une opposition frontale, même à l’étranger. Dans la nouvelle préface de « l’affaire Ali Mécili », Ait Ahmed rappelle comment le régime a réglé ses comptes avec des Algériens ne partageant pas sa politique. « Ce fut le prélude à une longue liste d’assassinats : Mohamed Khider (janvier 1967) et Krim Belkacem (octobre 1970), deux opposants déterminés qui étaient aussi des chefs « historiques » de la guerre de libération ; le commandant Saïd Abid, ex-maquisard des Aurès promu après l’indépendance à la tête de la 1er région militaire (Algérois, Kabylie), « suicidé » en 1967 dans son quartier général de Blida ; Abdelkader Moulay, plus connu sous le nom de colonel Chabou, ex-sous-officier de l’armée française et cheville ouvrière du ministère de la Défense, victime d’un accident d’hélicoptère en 1971 ; Mohamed Medeghri, le tout Premier ministre de l’Intérieur, lui aussi « suicidé »en décembre 1974. Homme de conviction, Medeghri était aussi animé d’un courage politique qui le poussa à signaler sans cesse au chef de l’État Ahmed Ben Bella –qui le limogea début 1965 –les dépassements de son appareil policier. Deux jours avant son « suicide », Medeghri avait confié par téléphone à Claude Julien qu’il se sentait menacé », récapitule Ait Ahmed la série d’assassinats politiques en Algérie sous Boumediene. </p>
<p>Quoi qu’il en soit, bien que les premières années de l’arrivée de Chadli, par effraction certes, au pouvoir soient caractérisées par la mise en sourdine de ces procédés honteux, en 1987, le régime n’hésite pas à recourir au crime politique. Selon la sinistre analyse du régime algérien, Ali Mécili a franchi le rubican. Et pour cause ! Il a réuni deux chefs historiques, Hocine Ait Ahmed et Ahmed Ben Bella, à Londres en 1985 en vue de constituer une alternative à celle du régime en place. Cette démarche –et c’est le moins que l’on puisse dire –a choqué les tenants du régime à Alger. Pour frapper fort Ait Ahmed [malgré les multiples tentatives le visant personnellement, il a réussi à déjouer les plans ourdis par la SM], la sécurité militaire décide d’éliminer physiquement l’organisateur de ce rapprochement. D’une certaine façon, ils ont réussi en ce sens que l’opposition a reçu un coup terrible. Dans le même sillage, ils ont mis un coup de frein aux grands chantiers, lancés de façon simultanée, par Ali Mécili. Car au-delà du militant, il fut présent sur plusieurs fronts (le mouvement des jeunes culturalistes, le FFS, les jeunes réunis autour du MDA d’Ahmed Ben Bella, selon Ait Ahmed). Il fut aussi le fondateur du journal Libre Algérie. Indubitablement, un journal de l’opposition.</p>
<p> Considéré comme une menace à leur régime, les dirigeants d’Alger planifient tout bonnement la liquidation physique de celui qui a cru que le travail politique pouvait amener le changement en Algérie. D’ailleurs, n’a-t-il pas écrit dans sa dernière lettre : « Je meurs pour avoir cru qu’il n’y avait qu’une seule démocratie : celle qui, en assurant le respect des libertés fondamentales, redonne à l’Homme sa dignité et les moyens appropriés pour épanouir sa personnalité. » Cependant, la décision de mettre en œuvre le plan macabre est prise directement à la présidence de la République. L’ancien colonel de la SM, en rupture de ban avec les services, à moins que se soit un rôle théâtral bien interprété, Hicham Aboud, le dit d’ailleurs sans ambages : « À la fin de l’année 1986, une réunion s’est tenue au Palais d’el Mouradia entre Larbi Belkheir (chef de cabinet de la présidence) et Lakhal Ayat (directeur central de la sécurité militaire, alors DCSM). » Lors de cette réunion, la décision d’assassiner Ali Mécili est arrêtée. Un volontaire s’engage à accomplir la sale besogne : Rachid Hassani. « Pour éviter de mouiller directement la Sécurité militaire, il est impératif que le porte-flingue ne soit pas de la maison », explique Hicham Aboud le recours à un truand. Quelques semaines plus tard, Rachid Hassani rencontre un voyou proxénète, Abdelmalek Amellou, à Paris. Le moins que l’on puisse dire c’est que le contrat, pour un truand, est juteux. La tête d’Ali Mécili, celui qui a combattu le colonialisme, est ainsi mise à prix par des Algériens sans scrupules : une somme faramineuse de 800000 francs et un grand appartement à Alger. Toutefois, Rachid Hassani exige que l’argent ne soit remis qu’une fois le crime perpétré. Voilà grosso modo comment le régime d’Alger a procédé pour éliminer un grand patriote pour « ne pas avoir accepté la compromission et le déshonneur dans lesquels se complaisent les plus grands nombres d’élites du Tiers Monde » (dernière lettre d’Ali Mécili). </p>
<p>Cependant, ce jour maudit du 7 avril 1987, Amellou attend sa victime dans le hall de son immeuble. À 22heures 35, Ali Mécili est abattu de trois balles dans la tête. Bien que le tueur ait exécuté son forfait sans ambages, dans sa fuite, il laisse des indices qui vont le trahir plus tard. Pour l’heure, le crime étant orchestré, c’est aux politiques désormais que revient la tâche de gérer cette affaire. Selon Hocine Ait Ahmed : « Dans les heures suivant l’assassinat de cet avocat du barreau de Paris, l’ambassadeur d’Algérie en France recevait un appel téléphonique insolite. Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua tenait en personne « à assurer que l’Algérie n’avait rien à voir avec cette affaire ». Tout était dit. Et rien n’allait permettre de remettre en cause « ce message » adressé dès la première heure aux autorités algériennes : Paris les couvrait et garantissait leur impunité en les assurant d’emblée qu’elles n’avaient « rien à voir » avec la mort de Mécili. » Quoi qu’il en soit, après les garanties verbales, Pasqua se met au travail. En catimini, ses services expédient l’assassin à Alger. Dès son arrivée en Algérie, Amellou se déplace en Algérie, en toute quiétude, afin de récupérer l’argent promis par les services. Pour ce faire, il se rend à Skikda où l’attendait depuis un moment Mohamed Semraoui, chargé de le prendre en charge.</p>
<p>Toutefois, pendant qu’il séjourne en Algérie, la police française reçoit des informations, certes anonymes, sur le profil du tueur. Elle dispose désormais de tous les éléments permettant d’inculper Amellou. Pour de plus amples informations, la police met également le domicile du truand sur écoute. Quelques jours après, Amellou, en croyant que l’orage est passé, décide de retourner en France. Le 6 juin, il atterrit à l’aéroport parisien. Dans la foulée, la police procède à son arrestation et à celle de sa compagne, une danseuse de cabaret. Là, les enquêteurs tombent sur des documents prouvant la nette implication des services algériens dans le crime du 7 avril 1987. En effet, la police trouve dans le portefeuille d’Amellou l’ordre de mission de la SM algérienne, signé par Rachid Hassani. Et sans les conseils de son secrétaire, cet ordre aurait été signé par le patron des services, Lakhal Ayat. À partir de là, tout va très vite. Le 11 juin, malgré les aveux d’Amellou, le 12 juin, le ministre délégué à la sécurité, Robert Pandraud, signe un avis d’expulsion, vers Alger, de ce dernier. Le 14 juin 1987, bien que des charges pèsent sur lui, Amellou est expulsé en Algérie. </p>
<p>Et quoi qu’on puisse alors épiloguer sur cette affaire, il va de soi que la raison d’État a primé sur la justice et la vérité. Partant, ce crime politique est resté, jusqu’au jour d’aujourd’hui, impuni. Bien qu’il y ait plusieurs occasions de faire jaillir la lumière sur ce crime abject, comme en 2008, la justice française n’a pas osé aller jusqu’au bout. D’une façon générale, depuis la disparition de Mécili, le FFS en général et Ait Ahmed en particulier ne cessent d’œuvrer pour que la lumière soit faite sur cet assassinat politique. En effet, les instigateurs [ceux qui sont encore vivants] et son meurtrier doivent répondre de leurs actes devant une justice impartiale. Concomitamment à ce travail, le FFS a toujours suivi la voie de non-compromission voulue par Ali Mécili. Bien qu’il n’ait pas eu la chance de vivre la période d’ouverture, vite refermée suite au coup d’État de janvier 1992, le FFS a toujours travaillé pour réaliser le rêve d’Ali Mécili « de voir ériger ses antiques traditions démocratiques au rang d’institutions ». À ce titre, le parcours du parti est irréprochable. Ainsi, en refusant de participer aux élections locales de juin 1990, le FFS avait raison de ne pas servir de torchon sur lequel le régime voulait s’essuyer les mains. En 1991, bien que le FFS se soit démarqué du projet politique du FIS visant à instaurer un État théocratique, après le verdict des urnes, il fut quasiment le seul à accepter le choix, certes par dépit, des Algériens. Acteur actif pour trouver une issue à la tragédie générée par le coup d’État, Ait Ahmed a été présent, si ce n’est pas lui l’initiateur, à toutes les initiatives susceptibles de ramener la paix en Algérie. En 1999, malgré les promesses d’une élection présidentielle propre, l’armée n’a pas tenu sa promesse. Ait Ahmed, en convainquant les autres candidats, s’est retiré de la course laissant ainsi le candidat de l’armée seul en lice. En 2002, le régime a tenté de dépecer la Kabylie en laissant la région entre les mains des extrémistes. Grâce au FFS, la Kabylie n’est pas livrée aux aventuriers. Cette année, le FFS va participer aux élections législatives de mai 2012 non pas pour se rapprocher du régime, mais pour éviter au pays des menaces de dislocations ou une épreuve de sang que certains éradicateurs appellent de leur vœu.     </p>
<p>Par Ait Benali Boubekeur </p>
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		<title>Le cinquantenaire des accords d’Evian</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Mar 2012 13:35:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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<p>Dès le début de la guerre, le FLN (Front de libération nationale) ne dissimule pas sa volonté de négocier avec les autorités françaises. D’emblée, cette demande reçoit une fin de non-recevoir. Plus que ça, les responsables français claironnent que « l’Algérie c’est la France ». Bien que le conflit ne puisse être résolu que par une négociation, les préalables des uns et des autres obstruent pour un moment toute issue rapide au conflit. En effet, si pour les Algériens la négociation doit déboucher inéluctablement sur l’indépendance, les dirigeants français, quant à eux, avancent, notamment après l’arrivée de Guy Mollet au pouvoir en 1956, le préalable de cessez-le-feu avant d’engager le processus de négociation.</p>
<p>D’une façon générale, connaissant les promesses non tenues des dirigeants français, les révolutionnaires algériens leur opposent le droit des peuples de choisir librement leur destin. En tout cas, élu sur le thème de l’Algérie « mettre fin à une guerre imbécile et sans issue », Guy Mollet, malgré la palinodie d’Alger en février 1956, engage une série de rencontres avec les dirigeants du FLN. Mais au moment où la délégation extérieure du FLN se rend à Tunis pour assister à la conférence intermaghrébine, les militaires français, à l’insu des dirigeants civils, interceptent l’avion des dirigeants algériens. En effet, non suivis par les militaires dans leur politique algérienne, les dirigeants de la quatrième République n’arrivent pas à avancer d’un iota sans que les ultras ne les mettent en difficulté. Cependant, le coup de boutoir, ayant achevé ce régime grabataire, est parti d’Alger en mai 1958. Ainsi, militaires et ultras s’associent pour assener un coup fatal à la quatrième République et, dans la même logique, mettre à la tête de l’État un homme fort, en la personne du général de Gaulle. Bien que le général cache pour l’instant son plan en attendant que les conditions soient réunies, pour l’heure, il ne contrarie pas la politique des ultras visant à annihiler la révolution algérienne.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, tout en menant l’action militaire répressive, de Gaulle reprend peu à peu les choses en main. En décembre 1958, il nomme un civil, Paul Delouvrier, au poste de Gouverneur de l’Algérie à la place du général Salan. En décembre 1960, il rappelle en France le plus populaire des généraux français en Algérie, Jacques Massu. Dans la foulée, il procède à un changement, lourd de sens, à la tête de l’armée en Algérie en rappelant le général Challe. Par ailleurs, bien que certains d’entre eux tentent de faire un putsch en avril 1961, le général de Gaulle, dans un discours qui restera dans les annales, parvient à les mettre en échec. Cependant, cette reprise en main de son pouvoir ne signifie pas pour autant que de Gaulle est disposé à faciliter la tâche aux dirigeants de la révolution algérienne. Voilà comment Philippe Masson résume les contacts après le putsch raté d’avril 1961 : « Cette première conférence fut suspendue le 13 juin. Les pourparlers reprirent à Lugrin (Haute Savoie) en juillet. Ils butèrent sur le Sahara que de Gaulle voulait exclure de la négociation. Le FLN s’en tenait à une position rigide, définie depuis 1954 : cessez-le-feu après obtention d’une indépendance absolue de tout le territoire, Sahara compris, et sans engagement pour l’avenir des rapports franco-algériens.» En tout cas, cette fermeté du côté algérien va inciter de Gaulle à faire des concessions. Ainsi, bien que le FLN refuse catégoriquement une trêve avant les accords politiques consacrant le droit des Algériens à l’indépendance, le général de Gaulle annonce plusieurs mesures qui ne sont pas anodines : l’abandon du préalable du cessez-le-feu, la trêve d’un mois et la libération de 6000 prisonniers.</p>
<p>En revanche, il se montre intraitable sur la question du Sahara. Pour Philippe Masson : « La divergence la plus importante concerne le problème du Sahara. Pour le général de Gaulle, les populations sahariennes ont leur propre personnalité et ne s’identifient pas avec les peuples arabes. » Mais sans le pétrole, le Sahara aurait-il fait l’objet de tant de convoitise ? Pour les dirigeants français, l’indépendance énergétique de la France est au dessus du droit des peuples à vivre librement. « Le pétrole, c’est la France et uniquement la France », déclare le général à l’endroit de ceux qui veulent remettre en cause le droit de la France à exploiter cette précieuse richesse. Pour y parvenir, le général tente un moment de créer une troisième force avec laquelle il parviendra à l’option médiane. Cette solution est abandonnée le 30 aout 1961. Il déclare alors à son entourage : « Nous voulons nous dégager. » Quelques jours plus tard, le dénouement vient de l’Élysée. « On le constate dès le 5 septembre. Au cours d’une déclaration, le chef de l’État rejette toutes les revendications tunisiennes sur le Sahara et, par là, affirme que, de toute manière, ce territoire devra être rattaché à l’Algérie. Un « point d’ancrage majeur » vient de sauter », note à juste titre Philippe Masson.</p>
<p>De façon incontestable, l’abandon de certaines exigences de la part du général de Gaulle permet d’entamer une véritable négociation. Bien qu’elle soit secrète dans le premier temps, les négociations des Rousses, dans le Chalet Yeti, vont être décisives. Le premier round se déroule le 9 décembre 1961. Du côté algérien, la délégation est composée de Saad Dahlab et Mohamed Seddik Ben Yahia. Après six heures de discussion, les représentants du général de Gaulle, Louis Joxe et Bruno de Leusse, quittent les Rousses pour informer le général de Gaulle. Cependant, bien que la délégation française ait hâte de conclure, la reprise des travaux le 21 décembre ne se déroule pas comme l’entendent les délégués français. Et pour cause ! Le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne) avance prudemment. L’opposition systématique de l’EMG (État-major général), dirigé par Houari Boumediene, à la politique du GPRA rend méfiants les délégués algériens. A la reprise des conversations le 27 décembre, Louis Joxe constate, selon Philippe Masson, « un raidissement chez les représentants du GPRA. Il y a du Mattei la dessous, estime-t-il, tout bute non tant sur le Sahara que sur les royalties. »</p>
<p>Cependant, bien que les concessions des Français soient de taille, les délégués algériens continuent à avancer avec prudence dans cette négociation. Quand les travaux reprennent le 11 février, chaque délégation a renforcé sa composante en vue de peser sur les pourparlers. « Il y a là Joxe, de Leusse, le général de Camas, Roland Billecart, rejoints pour la première fois par Robert Buron et Jean de Broglie [la caution de la droite française à ces pourparlers selon Gilbert Meynier]. La délégation algérienne du FLN est aussi plus étoffée, avec Krim Belkacem, Saad Dahlab, Ben Tobbal, Yazid, Malek, Ben Yahia et Ahmed Francis », écrit Philippe Masson. Le 18 février, de nouvelles concessions sont concédées par les Français. Dans un message du général de Gaulle à Louis Joxe, celui-là insiste sur deux points : « Mars-el-Kébir : quatorze ou quinze ans de présence renouvelables ; mise à la disposition du Sahara pour les expériences atomiques ». Suite à ce message, l’accord est logiquement intervenu le même jour tard dans la nuit.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, cet avant-projet de l’accord nécessite une ratification des dirigeants de chaque partie. Ainsi, du 22 au 27 février, le CNRA (Conseil national de la révolution algérienne) décortique le texte. Malgré le désaveu du colonel Boumediene et des membres de l’EMG, le texte est finalement approuvé. Cependant, lors des prochaines négociations officielles, les délégués devront améliorer le texte sur le fait que « dès le cessez-le-feu, le FLN puisse reprendre en main la population, que le GPRA puisse exercer son contrôle à travers l’Exécutif provisoire sur la « force locale », que l’ALN reste libre de ses mouvements, que l’armée française ne se mêle pas du référendum », précise Philippe Masson. Du côté français, le document est soumis au Conseil des ministres du 22 février 1962.</p>
<p>En somme, le 7 mars 1962 s’ouvre la conférence officielle d’Evian. Pendant onze jours, les deux délégations examinent les points en suspens. Cette fois-ci, le retard est dû à la méfiance des Algériens. Car, si de Gaulle a neutralisé avant la négociation les blocages pouvant provenir de l’intérieur, le GPRA n’a pas agi de la même façon. La raison est simple : le GPRA ne veut pas donner de signe de division, que ce soit au peuple algérien ou au gouvernement français. Ainsi, au moment de la négociation, le GPRA ne pèse pas lourd face à son armée basée aux frontières. Cela dit, bien qu’il soit évanescent, le GPRA va mener le peuple algérien à la victoire finale. Ainsi, le 18 mars, il conclut un accord de paix avec la France. Pour le président du GPRA, Ben Youcef Ben Khedda, les objectifs de la révolution sont désormais atteints. « Si l’on considère les positions françaises qui subordonnaient toute négociation au cessez-le-feu, c’est là une grande victoire du peuple algérien. Cette victoire se traduit sur le plan politique par l’indépendance de notre pays », s’adresse le président du GPRA aux Algériens. Finalement, pour ces valeureux nationalistes, la mission est accomplie. Bien que le coup de force de l’été 1962, perpétré par le duo Boumediene-Ben Bella, écarte le GPRA du pouvoir, ces grands chefs acceptent l’effacement.</p>
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		<title>Algérie-France : Destins entremêlés, histoire à partager</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Mar 2012 20:20:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share Cahiers d&#8217;Histoire immédiate (université de Toulouse)  N°40 Gilbert Meynier Tahar Khalfoune Le manuel israélo-palestinien Histoire de l’autre réalisé par le Peace Research Institute in the Middle East, et dont la version française, publiée en 2004 , a été préfacée par Pierre Vidal-Naquet, présente deux versions – israélienne et palestinienne – d’une même histoire vécue [...]]]></description>
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Gilbert Meynier Tahar Khalfoune</p>
<p>Le manuel israélo-palestinien Histoire de l’autre réalisé par le Peace Research Institute in the Middle East, et dont la version française, publiée en 2004 , a été préfacée par Pierre Vidal-Naquet, présente deux versions – israélienne et palestinienne – d’une même histoire vécue dans la confrontation, le nationalisme conquérant sûr de son bon droit d’un côté, la résistance nationale des victimes de l’autre. D’aucun des deux côtés on n’arrive à s’extraire de la vision fondatrice et légitimante, partagée respectivement dans l’antithèse par les deux sociétés. Mais, par rapport au cas franco-algérien, l’effort partagé y existe d’une posture de sérénité. La dénonciation palestinienne y est plutôt sobre, et souvent métaphorisée (maisons en ruines, souvent en lieu et place du texte, en vis-à-vis du texte israélien, plus long, plus accumulatif, et peu illustré) et, symétriquement, le discours israélien accumule les arguments pour prouver le bien fondé de la construction et de la défense de l’État d’Israël contre un ennemi qui n’est pas désigné de manière claire. Le lecteur ressent qu’il y a là volonté de démonstration et de justification.<br />
Le manuel publié en 1950 par Aimé Bonnefin et Max Marchand, Histoire de France et d’Algérie, 1er livre, cours élémentaire et moyen 1ère année , se présente comme un livre d’histoires parallèles apparemment du type L’Histoire de l’autre israélo-palestinienne : les pages de gauche parlent de l’histoire de France, les pages de droite de l’histoire d’Algérie. Les évolutions sont parallèles sous forme de galerie de portraits et de tableaux symétriques successifs – les Français étant sur la page de gauche désignés par le numéro de la leçon concernée, les Algériens sur la page de droite par le même numéro en bis : « Les Gaulois » (2e leçon)/ « Berbères et Phéniciens » (2e leçon bis), « Les Romains en Gaule » (3e leçon), avec une gravure représentant « Vercingétorix se rend à César »/ « Les Romains en Afrique du Nord » (3e leçon bis), avec une gravure représentant « Jugurtha prisonnier » (les Français et les Algériens seraient-ils frères en traumatisme des origines ?), « Les Romains en Gaule » derechef (4e leçon)/ « Juba II » (4e leçon bis), « Les grandes invasions » (5e leçon)/ « L’Algérie romaine » (5e leçon bis), « Clovis » (6e leçon)/ « L’occupation vandale » (6e leçon bis), « Les Mérovingiens » (7e leçon)/ « L’occupation byzantine » (7e leçon bis). A la différence du manuel d’histoires parallèles israélo-palestinien où chacun donne sa version, les traces du petit Lavisse sont là évidentes : nous avons un petit Lavisse dédoublé, un Lavisse de deux histoires, mais dont on peut penser qu’elles étaient bien parallèles, pour finalement converger. L’équilibre thématique entre tableaux de droite et de gauche se maintient sensiblement jusqu’à l’époque ottomane. Si les Français ont leurs héros ordinaires connus (Clovis, Charlemagne&#8230;), symétriquement les Algériens ont « le roi Abdelmoumen » et « une fête à la cour du roi de Tlemcen » (mais on ignore qu’il s’agit probablement d’Abû Hammû Mûsâ II).<br />
Un dérapage se produit avec l’Algérie ottomane, illustrée par trois tableaux successifs sur « L’Algérie barbaresque » &#8211; celle de la « piraterie », piraterie dont aucune explication n’est donnée. Serait-ce un fait de nature ? La thèse de Braudel sur la Méditerranée est pourtant parue en 1949, année précédant la parution du manuel, et l’un des deux auteurs, Max Marchand, est docteur ès-lettres, spécialiste de didactique, notamment des relations maître-élèves, d’André Gide et du marquis de Sade . En vis-à-vis des trois tableaux sur « l’Algérie barbaresque », les tableaux prestigieux de France présentent la Renaissance, Henri IV, Louis XIV… Le déclin algérien n’est pas dit mais il est suggéré, et ses motifs n’en sont pas expliqués.<br />
Sur les origines de la conquête, aucune explication de fond, ni du côté français – aucune mention des pressions de la chambre de commerce de Marseille étudiées par l’historien Pierre Guiral, de la volonté politique de revivifier la monarchie de la Restauration, de la recherche d’une compensation nationale, quinze ans après la défaite de Waterloo …– ; ni du côté algérien – ne sont notés ni l’affaiblissement du pouvoir des deys, corrélatif au déclin irrémédiable de la course pour cause de Méditerranée désertée et de monarchies européennes capables de surveiller la mer, ni l’appauvrissement consécutif des campagnes algériennes par les extorsions, sur les fallâhîn, de blé visant à compenser la détérioration des revenus corsaires par leur vente aux Français, et aggravant les famines périodiques d’une paysannerie dans la détresse, qui culmine avec celle de 1805. Ne sont pas notées comme source causale première du contentieux les fameuses ventes de blé au Directoire. Le seul parallèle à être noté : deux tableaux en vis-à-vis représentant la misère intemporelle des paysans, et français (leçon 21) et algériens (leçon 21 bis) – ces derniers, au vu de la gravure, sont pourtant dans un dénuement plus grand que leurs homologues d’Outre-Méditerranée.<br />
Classiquement, est mise en musique la ritournelle ressassée sur la mauvaise foi du dey Hussein à propos des ventes de blé (aucune explication), l’affront du coup d’éventail, la France qui doit venger son honneur, bafoué en la personne du consul de France à Alger. Après le coup de chapeau convenu à Abd El Kader et après une mention rapide de la conquête – tout indique qu’elle est soft : silence sur son coût en termes de souffrances humaines et de chute démogra-phique, silence sur la résistance et les insurrections a répétition jusqu’en 1871 et leur reprise en 1916-17–, c’est la célébration convenue de l’œuvre française en Algérie : le vis-à-vis des deux tableaux représentant Boufarik en 1836 et au milieu du XXème siècle (leçon 28 bis) est suffisamment éloquent : la prospérité éclatante à la française s’est substituée à la misère crasse à l’algérienne. Rien sur l’établissement d’un îlot capitaliste et d’une protubérance nationale française, rien non plus sur le système de discrimination et le racisme ; et pas un mot sur la montée du mouvement national algérien. Le livre est pourtant publié cinq ans après la répression du Constantinois, et à un moment où personne à Alger ne peut ignorer Messali Hadj, le PPA/MTLD, l’UDMA, l’œuvre scolaire des ‘ulamâ’… Et douze ans après la parution du livre, l’un des deux auteurs, Max Marchand, sera assassiné par l’OAS le 15 mars 1962 à Ben Aknoun avec cinq des principaux dirigeants des Centres sociaux éducatifs, lors d’une réunion de travail avec les directeurs de ce service de l’Éducation nationale créé par Germaine Tillion .<br />
L’histoire de l’Algérie dans les manuels et dans l’enseignement français a déjà fait l’objet de plusieurs études. Françoise Lantheaume, de l’université Lyon II, a consacré sa thèse de doctorat de sociologie de l’éducation à L’enseignement de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation de l’école depuis les années 30 : État-nation, identité nationale, critique et valeurs : essai de sociologie du curriculum . Elle a été invitée au colloque d’histoire franco-algérienne organisé à Lyon à l’École normale supérieure-Lettres et Sciences humaines les 20, 21 et 22 juin 2006. Elle y a traité « Les difficultés de la transmission scolaire : le lien Algérie-France dans les programmes d’histoire, les manuels et l’enseignement en France ». Autre invité : Benoît Falaize, chercheur à l’Institut National de la Recherche Pédagogique, directeur ou co-directeur de plusieurs travaux sur les manuels et l’enseignement de l’histoire. Il a traité au colloque « Des hérauts de la colonisation aux héros de la fraternité : l’histoire scolaire dans le Journal des instituteurs d’Afrique du Nord ». A été tiré du colloque de Lyon un livre regroupant les communications relatives à l’enseignement de l’histoire de l’Algérie dans le système colonial . Enfin, Gilles Boyer et Véronique Stacchetti, professeurs du secondaire, ont parlé au colloque de Lyon de l’enseignement de la guerre d’indépendance algérienne à l’école (« Enseigner la guerre d’Algérie à l’école : dépasser les enjeux de mémoires ? »).<br />
Il faut mentionner aussi le travail effectué dans les mêmes domaines à l’université Mont-pellier III Paul Valéry sous la direction de Pierre Boutan dans son programme, associé à l’IUFM de Montpellier, intitulé « L’Algérie à l’école » , et rappeler aussi l’existence, en Allemagne, du grand centre de recherche sur les manuels scolaires du Georg Eckert Institut de Braunschweig, qui a organisé un colloque sur l’histoire de l’Algérie en février 2004 , où a été abordée par Hassan Remaoun, de l’université d’Oran, la question des manuels d’histoire algériens dont il a présenté et commenté quelques exemplaires à l’auditoire .<br />
Au colloque de Lyon, où ont été invités des historiens algériens, français, allemands, an-glais, italiens, un chercheur palestinien, une universitaire algéro-canadienne…, un thème était bien prévu sur l’histoire officielle en Algérie. Il a été abordé dans le louvoiement précautionneux par un historien algérien d’Algérie, lequel n’a jamais fait parvenir le texte de sa communication malgré les demandes réitérées du comité du colloque. Mais la jeune chercheuse algérienne Lydia Aït Saadi, qui a soutenu le 20 janvier 2010 à l’INALCO, à Paris, sous la direction de Benjamin Stora, une thèse sur les manuels d’histoire algériens, avait été invitée, et elle y a fait une communication sur « le passé franco-algérien dans les manuels algériens d’histoire. » Ce passé exige d’être scruté par des historiens vrais, c&#8217;est-à-dire sans préjugés et sans langue de bois. Car, près d’un demi-siècle après la guerre d’indépendance, la centralité de la question franco-algérienne ne fait aucun doute. Le poids du passé colonial et les relations particulières entre les deux pays, oscillant depuis 1962 entre tensions et détente, continuent de polariser les passions et les arrière-pensées, et pèsent fortement sur la construction de l’Algérie. Mais on ne saurait se méprendre sur l’influence qu’ils exercent aussi, toutes proportions gardées, sur l’évolution de la France. Loin d’apaiser la polémique sur le passé colonial de la France, la visite du président Sarkozy en Algérie, début décembre 2007 ou encore le récent film Hors la loi de Mustapha Bouchareb, sorti le 22 septembre 2010, ont montré encore une fois, si besoin était, que ce passé commun est loin d&#8217;être digéré de part et d&#8217;autre de la Méditerranée.<br />
Les empreintes douloureuses sur l’Algérie en sont encore aujourd’hui incontestables. Très souvent, c’est bien à travers la France et maintes fois en opposition à la France que l’Algérie s’édifie. Pour reprendre une approche empruntée à Jean-Robert Henry , c’est bien l’héritage de la relation à la France qui fait sa spécificité par rapport à d’autres pays du monde arabe et d&#8217;Afrique. Le poids de ce passé apparaît clairement sur le plan de l’identité et de l’histoire. Autant pour les ‘ulamâ’ que pour les idéologues du FLN, il s’est agi de construire une histoire semblable ou, plus précisément, en symétrie à celle de la France : au lendemain de l’indépendance, pour reconstruire « l’identité collective » décimée par 132 années de colonisation française, le FLN s’était livré dans la précipitation à un bricolage idéologique en ne s’appropriant, de toute la richesse et la diversité de la pensée politique et culturelle du mouvement national (ENA, PPA, MTLD, PCA, Ulémas, UDMA, AML), que l’idéologie des ‘ulamâ’.<br />
Ces derniers ont très tôt investi le champ culturel et ont ainsi contribué à forger la cons-cience nationale en fixant des références culturelles « al-thawâbit », c&#8217;est-à-dire les constantes irréversibles de la nation algérienne, largement imitées de certains pays du Moyen-Orient et à peine adaptées au contexte de l’Algérie. En proclamant le triptyque bien connu « L’Islam est notre religion, l’arabe est notre langue, l’Algérie est notre patrie », le cheikh Ben Badis a donné ainsi au discours nationaliste une empreinte idéologique et religieuse indélébile. Al-thawâbit al-wataniyya (les constantes nationales) sont dès lors définitivement fixées et gravées d’ailleurs dans le marbre des quatre constitutions dont l’Algérie s’est dotée depuis 1962 : articles 4 et 5 de la constitution du 10 septembre 1963, articles 2 et 3 des constitutions du 22 novembre 1976, du 23 février 1989 et du 28 novembre 1996.<br />
Il est clair que les efforts de définition de l’identité nationale s’inscrivent dans une logique d’opposition à la France coloniale : face à la langue, la latinité et l’appartenance chrétienne de la France, les ‘ulamâ’, et à leur tête Ben Badis, leur ont opposé le fameux couple – certes réducteur – de l’arabité et l’islamité de l’Algérie. L’histoire est fortement mise à contribution pour consolider cette identité anéantie par la colonisation, mais revivifiée par les luttes politiques durant le mouvement national et la guerre d’indépendance. Pour donner une légitimité historique à l’édification de l’État national contemporain, fut alors conçue, notamment par le fabricant d’histoire nationale algérienne Ahmed Tawfiq al-Madanî, une histoire analogue à celle conçue par le fabricant d’histoire nationale française de la IIIe république, Ernest Lavisse. Côté algérien, une galerie de portraits des grands ancêtres prestigieux – de Jugurtha a l&#8217;émir Abd El Kader – répond en écho à la galerie de portraits des Français – de Vercingétorix à Napoléon.<br />
Tout portait à croire que le lourd sacrifice que les Algériens ont consenti pour recouvrer leur indépendance serait de nature à éloigner irrémédiablement les deux pays. Tel n’est pourtant pas le cas. Pour de nombreuses raisons, des liens multiples se sont peu à peu tissés et, sans dissiper tous les malentendus, ont rapproché les deux pays.<br />
La première raison tient étroitement à la proximité historique ; les deux pays ont partagé une histoire commune de cent trente-deux ans, extraordinairement enchevêtrée, qui continue aujourd’hui encore de nourrir, de part et d’autre, les mémoires, les rancœurs mais aussi les at-taches, près d’un demi-siècle après la rupture des liens politiques. Ainsi que l’a fort bien relevé le sociologue, anthropologue, historien et islamologue Jacques Berque, « La France et l’Algérie ? On ne s’est pas entrelacé pendant 130 ans sans que cela ne descende très profondément dans les âmes et dans les corps », bien que le terme « entrelacé » puisse paraître ici excessif en ce qu’il reflète davantage le parcours personnel de l’auteur que la dure réalité de la colonisation : Jacques Berque, né à Frenda en 1910, avait vécu au milieu des Algériens, il maîtrisant autant l’arabe que le français – il fut un traducteur remarqué du Coran. Ceci dit, si « entrelacement » il y eut, ce fut un entrelacement largement traumatique, celui d’un passé commun plus que séculaire, riche d’histoires personnelles et familiales parfois heureuses, mais bien souvent dramatiques.<br />
La deuxième ne singularise pas particulièrement l’Algérie par rapport aux autres pays d’Afrique du nord ; elle est liée, cette fois-ci, à la proximité géographique puisque les villes cô-tières algériennes ne sont quasiment qu&#8217;à une heure d&#8217;avion de Marseille, ce qui est de nature à favoriser la circulation des personnes et des biens. C’est précisément cette proximité méditerra-néenne qui est à l’origine du projet européen de l’union pour la Méditerranée, initié par la France le 13 juillet 2008 dans le cadre de la présidence française de l&#8217;Union européenne.<br />
La troisième réside dans la politique soutenue de coopération inaugurée par le général de Gaulle, jamais démentie depuis, que ce soit en période de crise ou d’embellie. Aujourd’hui il est possible d’affirmer sans risque de se tromper qu’il n’existe pratiquement pas de secteur d’activité qui échappe aux échanges entre les deux pays ; ceux-ci sont constants même pendant les moments de tension. La France est aujourd’hui encore le premier fournisseur de l’Algérie avec 22,14 % des importations algériennes.<br />
Bien plus, il existe entre les deux rives de la Méditerranée davantage qu’une proximité géographique, historique ou commerciale : des liens, culturels et linguistiques rapprochent, en vérité, les deux pays plus qu&#8217;ils ne les éloignent, même si les relations entre États sont parfois tumultueuses, et souvent qualifiées de « passionnelles ». La langue française est largement prati-quée et la société algérienne, contrairement à ce que l&#8217;on pourrait croire, est aussi imprégnée de la langue et de la culture françaises. L’Algérie est de fait le premier pays francophone après la France, même si elle ne fait pour l’heure pas partie de l’Organisation internationale de la franco-phonie (OIF).<br />
Cette proximité, à bien des égards, est aussi juridique, ce que peu de gens savent, ce pour quoi il convient d’y insister. L&#8217;Algérie est soumise à l&#8217;influence juridique française dès le début du XIXe siècle du fait de la colonisation, et elle demeure encore aujourd’hui un pays de tradition juridique française cela au moins pour une triple raison.<br />
Tout d’abord, les circonstances des premiers mois d&#8217;indépendance ont contraint les pou-voirs publics à renouveler la législation française : le contexte difficile de 1962, marqué par une vacuité juridique et institutionnelle due au départ précipité des Européens, n’a pas permis de doter le pays d’une législation adaptée à ses nécessités. Dans ces conditions, il est, en effet, très difficile, pour ne pas dire impossible, de faire table rase de 132 années de rayonnement du droit français en Algérie. Il n’était pas de la plus grande sagesse de rejeter en bloc l’héritage juridique et encore moins de laisser le pays sans loi.<br />
C’est ainsi qu’à l’initiative du député Ahmed Kaid, la première Assemblée élue a voté à l’unanimité la loi reconduisant la législation française le 31 décembre 1962. Mais il importe de préciser que l’Exécutif provisoire a précédé l’Assemblée dans le renouvellement des règles et principes du droit français par une instruction du 13 juillet 1962. Cette directive a clairement annoncé la continuité de l’ordre juridique ancien, sous réserve toutefois de quelques aménagements liés à l’exercice de la souveraineté. Autant sur le fond que sur la forme, elle ne diffère en rien de la fameuse loi du 31 décembre 1962 ; elle ne fait que la préfigurer, puisque celle-ci a réitéré, cinq mois plus tard, le même principe quasiment dans les mêmes termes, sauf que le droit français est certes recueilli, mais sous bénéfice d&#8217;inventaire. Les dispositions contraires à la souveraineté nationale et celles qui sont d’inspiration colonialiste ou discriminatoire, ou encore celles qui sont de nature à porter atteinte à l’exercice normal des libertés démocratiques en sont exclues.<br />
Même si la loi soumet la réception du droit antérieur à certaines restrictions, force est de constater que nous sommes bien en présence d’un phénomène de réception et non d’une simple influence du droit français. Le terme « législation » est entendu, ici, naturellement dans un sens large et non restreint à un domaine ou à des domaines précis. Les seules matières qui échappent à l’emprise du droit français sont le statut personnel (code de la famille) et les biens habûs (biens de mainmorte ou des fondations pieuses) qui ont constamment relevé de la sphère d’application du droit islamique, y compris pendant la période coloniale.<br />
Ensuite, la coopération en matière scientifique et éducative pendant la double decennie 1960 et 1970 était étroite entre les deux pays ; près de 29 000 coopérants français ont travaillé dans divers domaines et particulièrement dans le secteur de l’enseignement. Ce qui n’a pas man-qué de faire sentir ses effets sur l’enseignement du droit. Le renouvellement, non seulement du contenu technique du droit français, mais aussi ses concepts, ses méthodes de raisonnement, ses procédés juridiques, l’œuvre jurisprudentielle et doctrinale, bref en un mot toute la pensée juridique française, est aussi l’œuvre de grands juristes français.<br />
Il faut souligner le rôle joué par l’école de droit d’Alger fondée, il y a plus d’un siècle, par la loi du 20 décembre 1879, dans la diffusion de la culture juridique française. Dès 1883, douze étudiants d’Alger ont subi avec succès les épreuves de 3e année de licence devant la faculté de droit d’Aix-en-Provence. C’est suite à ce succès que l’école de droit d’Alger a obtenu en 1885 l’habilitation à faire subir aux étudiants sur place les examens de licence en droit. Par un décret du 31 décembre 1889, elle acquit le droit de délivrer le certificat d’études de législation algérienne, de droit musulman et de coutumes indigènes. À l’instar des autres écoles supérieures (médecine, lettres…), l’école de droit d’Alger reçut en 1909 le titre de faculté de droit de statut égal à celles de Métropole.<br />
Son essor est dû essentiellement à trois professeurs qui ont dirigé successivement l’école de droit de 1880 à 1932 : Estoublon (1880 &#8211; 1895), Dujarrier (1895-1906) et Morand (directeur depuis 1906, puis doyen de la faculté de droit jusqu’à son décès en 1932). En plus des cours de droit qu’elle assurait (droit civil, droit criminel, droit administratif, droit commercial, de législation algérienne, de droit musulman et de coutumes indigènes), la faculté de droit produisait aussi de remarquables publications : le Code de l’Algérie annoté, mis à jour régulièrement, d’Estoublon et Lefebure, le Bulletin judiciaire de l’Algérie, la Revue algérienne et tunisienne (puis marocaine) de législation et de jurisprudence…<br />
Enseignants dans les facultés de droit, notamment à Alger, Louis Milliot, Jacques Lam-bert, Jacques Robert, René-Jean Dupuy, Claude Collot, François Borella, Michel Miaille, Jean-Robert Henry… pour ne citer que ces auteurs, ont fortement contribué à la formation de nom-breux juristes Algériens qui ont, à leur tour, cultivé et reproduit la pensée juridique française. Pour des raisons historiques évidentes, de nécessité ou par mimétisme, c’est souvent par des emprunts au droit français, et particulièrement à son droit public, que le droit positif algérien s’est construit, et se construit encore aujourd’hui.<br />
Enfin, c’est bien la politique d’arabisation, portant fortement opposée au bilinguisme linguistique et culturel, qui a favorisé la réception du droit français. Même bien après le contexte difficile des premiers mois et premières années d’indépendance, le droit français n’a toujours pas cessé de produire ses effets : contrairement à tous les discours de rupture, il continue, sereinement, à être une source principale d&#8217;inspiration quand, dans bien des cas, il n’est pas directement appliqué – le droit domanial et, plus généralement, le droit administratif en sont l’expression la plus accomplie.<br />
Ruse de l’histoire, le droit antérieur a été prolongé grâce, curieusement, à l’arabisation qui a conduit le législateur à recourir, au nom de « l’algérianisation du droit », aux droits de certains pays du Moyen-Orient, et en particulier au droit égyptien. Or ces derniers ne sont eux-mêmes que « la reproduction à peine amendée du droit français dans sa version la plus ancienne » . C&#8217;est en effet à la fin du XIXe siècle que l&#8217;Égypte, paradoxalement sous contrôle britannique depuis 1882, commença à transposer le droit français dans son ordre juridique interne. Pour que les tribunaux mixtes (mahâkim mukhtalita) institués en 1876 puissent fonctionner, ils furent dotés de six codes (code civil, code de commerce, code de commerce maritime, code de procédure civile et commerciale, code pénal et code d&#8217;instruction criminelle) qui s’inspiraient très largement des codes napoléoniens. L’exemple du code civil algérien adopté en 1975 est édifiant ; il reprend de façon quasi intégrale des pans entiers du code civil égyptien, alors qu’il est notoirement connu que celui-ci n’est qu’une réplique du code civil français, le code de Napoléon de 1804.<br />
Il en va assurément de même pour les autres codes (commerce, douane, impôts…). Ainsi, le législateur a parfois l’art de compliquer les choses simples : il faut partir jusqu’en Egypte pour importer ce qui existe localement ou, à défaut, ce qui peut être importé en traversant simplement la Méditerranée. Borhan Attalah explique fort bien que les nouveaux textes algériens ne seraient qu’une réplique des textes français, et les techniques du droit algérien seraient aussi celles du droit français. Quant à l’arabisation de la justice, elle mènerait dans ces conditions, d’après lui, à « l&#8217;acculturation des magistrats arabisants ». Il n&#8217;est même pas exagéré de dire, avec lui, que « l&#8217;arabisation de la justice et l&#8217;ouverture d&#8217;une section arabophone à la faculté de droit d&#8217;Alger sont de nature à perpétuer l&#8217;acculturation en facilitant la propagation et la diffusion en langue arabe des concepts juridiques français » . En conséquence, ne pourrait-on pas dire que « l&#8217;algérianisation du droit », consécutif à l’indépendance du pays, s’est finalement révélé être une suite, tout au moins une certaine suite du droit antérieur.<br />
Même si l’impact du passé, en partie commun, sur les deux pays n’est guère comparable, on aurait grand tort de sous-estimer ses effets sur la construction de la France dont l’identité s’est construite au fil des siècles dans le rapport avec l’extérieur : dans un rapport de compétition, d’un côté, avec des États européens comme l’Angleterre et l’Allemagne sur le terrain des catégories juridiques et politiques modernes et, de l’autre, dans un rapport dichotomique modernité / archaïsme avec les anciennes colonies, en particulier avec l’Algérie. Un Français sur six a un lien direct avec l’Algérie. On peut estimer que quelques millions de Français sont, aujourd’hui encore, directement concernés par la guerre de 1954-1962, à commencer par le million de Pieds-noirs (r)apatriés en Métropole en 1962 et le million et demi de soldats français du contingent qui ont fait la guerre en Algérie. Ces incidences peuvent être facilement repérées à un triple niveau au moins.<br />
- Sur le plan politique et sécuritaire d’abord. Qu’on se rappelle que c’est bien pour sortir de la crise algérienne que la France s’est dotée des institutions politiques de la Ve république – de la constitution d’octobre 1958. Et ce sont bien les circonstances politiques imposées par la guerre d’Algérie qui ont sans doute contribué à forger un régime politique dominé par l’exécutif et fortement présidentialisé. Les périodes de guerre justifient souvent d’ailleurs des constitutions concevant des exécutifs forts. La présidentialisation du régime est nettement consolidée à partir de 1962 avec l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct, ce qui est assurément en rupture totale avec le parlementarisme des IIIe et IVe républiques.<br />
Faut-il rappeler que le déclenchement de la guerre d’Algérie le 1er novembre 1954 avait fortement aggravé l’instabilité chronique qui caractérisait déjà nettement la IVe république puis-qu’elle avait bien fait chuter successivement pas moins de six gouvernements . La durée moyenne d’un gouvernement entre 1955 et 1958 ne dépassait pas plus de trois mois. Et la bataille d’Alger, qui plomba l’année 1957, sonna pour ainsi dire le glas de la IVe république. L’état d’urgence porte, encore, la marque de la guerre d’Algérie. Institution juridique enracinée dans l’histoire coloniale française, conçu comme un instrument de répression de la revendication indépendantiste du FLN, il fut établi et organisé par les lois des 3 avril et 7 août 1955 . La guerre d’Algérie fut aussi le ferment d’une cruelle décomposition de la gauche française. D’un côté elle fut bien à l’origine du schisme le plus profond qui frappa les socialistes français à la fin de la décennie 1950 : ce fut en 1958 la fondation du Parti socialiste autonome (PSA), issu de la scission de la SFIO, qui fusionna avec l’UGS pour former le PSU en 1960 ; de l’autre, elle fut la cause de difficultés rencontrées par le PCF avec l&#8217;apparition en son sein d&#8217;une opposition organisée.<br />
Aujourd’hui encore, l’Algérie continue de nourrir en France des réactions et des prises de positions trop souvent antagonistes. La crise ouverte depuis l’annulation du deuxième tour des élections législatives algériennes en janvier 1992 transcende le clivage gauche-droite en ce sens qu&#8217;elle provoque des réactions contradictoires, parfois très âpres ; cela non seulement dans la presse, mais au sein des associations, des syndicats et des partis qui, eux-mêmes, sont traversés par des courants d&#8217;opinion dont les positions à l&#8217;égard de l&#8217;Algérie sont souvent opposées. Plus près de nous, est-il besoin de préciser que la France est le premier pays européen affecté par les retombées de la violence en Algérie ? Qu’il suffise d’évoquer ici, en particulier, le détournement tragique de l&#8217;Airbus de la compagnie Air France en décembre 1994 qui a failli devenir une affaire interne à la France ; l’enlèvement puis l&#8217;assassinat des sept moines trappistes de Tibehirine, respectivement en mars et mai 1996 – ils ne furent d&#8217;ailleurs pas les seuls religieux de confession chrétienne à être victimes de cette violence : 39 ecclésiastiques ont été assassinés en Algérie de 1992 à ce jour ; et la vague d&#8217;attentats perpétrés au cours de l&#8217;été 1995 et en 1996 a placé les pouvoirs publics devant un sérieux problème de sécurité au cœur même de Paris.<br />
- Sur le plan sociétal ensuite : que l’on songe tout à la fois à l’importance de l’émigration algérienne des « Trente glorieuses », où plus d’un million d’Algériens travaillaient en France, aux violences urbaines, notamment celles qui ont ravagé la banlieue parisienne à l’automne 2005, au nombre de plus en plus important de binationaux, de mariages mixtes, et aux problèmes soulevés par le durcissement de la gestion des flux migratoires ou encore à la place de l’islam, devenu la deuxième religion de France. Les rapports de la France à l&#8217;islam sont une question cruciale, politique, culturelle et intellectuelle, qui se pose chaque jour à la société française.<br />
- Sur le plan de l’histoire enfin, et c’est bien là que le bât blesse, car les blessures risquent à tout moment de s’envenimer. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler les questions brûlantes des harkis, des pieds-noirs, de la torture, des archives… ou encore la fameuse et récente loi du 23 février 2005. Bien que l’alinéa 2 du litigieux article 4 qui reconnaissait « les aspects positifs de la présence française Outre-mer, notamment en Afrique du Nord » ait été supprimé, la loi a fait voler en éclats le projet de traité d’amitié Algérie-France que tant de gens appelaient de leurs vœux de part et d’autre de la Méditerranée : ce sont bien là des questions qui font rebondir des débats trop souvent orageux et jamais véritablement clos. Ne serait-il pas temps, près d’un demi-siècle après l’indépendance de l’Algérie, de s’inspirer par exemple du rapport franco-allemand pour apaiser des tensions qui, de part et d’autre, restent très vives dès qu’il s’agit du passé colonial en mettant en chantier un manuel d’histoire concerté franco-algérien ?<br />
La possibilité existe de réaliser un livre d’histoires parallèles, actualisé par rapport au Bonnefin-Marchand qui date de plus d’un demi-siècle, et qui soit vraiment une mise à plat sans fard, symétrique, des deux versions de l’histoire. C’est là un travail qui demanderait la collaboration de chercheurs et d’enseignants, d’historiens et de praticiens. Mais les obstacles existent : d’abord celui de la langue. Les manuels d’histoire algériens sont tous rédigée en arabe. Et il n’y a que très peu d’historiens français qui se sont décidés à parachever en eux-mêmes la décolonisation en se mettant résolument à l’arabe : seuls quelques jeunes chercheurs, et encore pas tous, en ont senti la nécessité et s’y sont mis. Et, symétriquement, même si le français garde de l’importance en Algérie, c’est de plus en plus une langue approximativement maîtrisée par les jeunes, y compris par un nombre croissant d’enseignants. Il faudrait donc avoir recours à la traduction. Lydia Aït Saadi qui, elle, maîtrise et l’arabe et le français, a entrepris une œuvre considérable de traduction d’arabe en français des manuels algériens d’histoire ; et il faudrait faire un travail symétrique pour mettre en arabe les textes français à la disposition d’enseignants algériens.<br />
Autre difficulté : il faudrait que les enseignants algériens puissent être libres de se rendre en France pour participer à des séances de travail communes, ou d’organiser des sessions en Algérie qui accueilleraient leurs collègues français. Nonobstant les problèmes récurrents d’obtention de visas, ce type de travail, qui serait certainement plus aisé dans le cas de Tunisiens ou de Marocains, requerrait une liberté à l’égard d’un sujet toujours hypersensible, et dont l’hypersensibilité est en permanence orchestrée par l’enseignement et les médias. Et les entrechocs mémoriels/officiels n’aident pas à l’apaisement. Au fameux article 4 de la loi du 23 février 2005 (« les aspects positifs »), a répondu par exemple le discours de ministre des Moudjahidines Mohammed Cherif Abbas lors d’un colloque, à Sétif, le 6 mai 2005, où il assimilait le colonialisme français au nazisme et les fours à chaux d’Héliopolis aux fours crématoires d’Auschwitz – à Héliopolis, près de Guelma, avaient été brûlés en mai 1945, dans la hâte, des corps d’Algériens massacrés par les milices européennes pour que la commission parlementaire annoncée de Paris n’en trouve pas trace. Puis il y eut les épisodes non aboutis du traité d’amitié entre l’Algérie et la France, pour lequel a été demandé ici et là une repentance de la France pour les crimes commis par la colonisation – le terme d’excuses a pu être ultérieurement utilisé. Quelles que soient les douleurs effectivement endurées par le peuple algérien, au point où son identité a pu paraître en effet comme assimilée à la souffrance, il existe bien un discours officiel légitimant, et pour toute une catégorie d’officiels du système, une véritable rente résistante.<br />
Le colloque de Lyon, organisé en juin 2006 par l’École normale supérieure-Lettres et Sciences humaines, et financé en partenariat par l’ENS-LSH, par la région Rhône-Alpes, mais aussi par de multiples associations (France-Algérie Rhône-Alpes, Coup de Soleil Rhône-Alpes, le CARA [Cercle des Algériens et Franco-Algériens en Rhône-Alpes], la Chaire lyonnaise des Droits de l’Homme, la CIMADE Rhône-Alpes, Harkis et Droits de l’Homme…) avait bien annoncé la couleur dès le départ. L’intitulé du colloque était : « Pour une histoire franco-algérienne. En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire ». Un livre de synthèse de même titre de 250 pages, dirigé par Frédéric Abécassis et Gilbert Meynier, a été publié en 2008 à La Découverte . Le colloque avait été conçu dans la foulée de la réaction des historiens à l’article 4 de la loi du 23 février 2005 : pour un historien qui se respecte, il n’y a ni « positif » ni « négatif » dans l’histoire, il y a toute la complexité du divers historique dont il ne peut rendre compte que dans la dialectisation. Le colloque ne se proposait pas de fabriquer des histoires parallèles, mais, dans le débat, de faire s’exprimer des chercheurs de toutes origines. Il s’est agi d’une tentative pour tracer les premiers pas d’une histoire franco-algérienne concertée, mieux, internationalisée : une histoire à deux voix, une histoire à plusieurs voix, fondée sur le dépassement des contentieux, le dialogue et l’écriture d’une même histoire entremêlée – ce qui ne signifie pas une histoire unique uniformisée. Mohammed Harbi, citant l’ « entrelacement » évoqué par Jacques Berque, ajoute dans ses mémoires : « C’était vrai de notre génération, celle qui a su trancher les liens. Est-ce encore vrai aujourd’hui pour les nouvelles générations ? »<br />
Dans sa préparation comme dans son déroulement, le colloque de Lyon a dû affronter diverses oppositions et entraves. D’un côté de la part d’organisations pied-noir : les responsables du colloque ont reçu maintes mises en garde, il y a eu une esquisse de manifestation devant l’ENS-LSH, quelques tracts du Front national, quelques interventions musclées sur le mode du ressentiment revendicatif, avec des épithètes trouvés sur internet du genre : entreprise anti-française, organisée par des agents du FLN… De l’autre côté, dès les débuts de la préparation du colloque, outre plusieurs chercheurs algériens pressentis, les autorités algériennes – Ambassade d’Algérie en France, Consulat d’Algérie à Lyon, Centre culturel algérien de Paris…– ont été à plusieurs reprises contactées par ses promoteurs et sollicitées de se joindre à son organisation et à son financement. Il n’a jamais été possible d’en obtenir la moindre réponse. Le bruit a couru, rapporté par des amis algériens, que le colloque pourrait bien être une entreprise néocoloniale, voire anti-algérienne. Une séance du colloque, où Gilbert Meynier présidait, aux côtés de Mohammed Harbi et de notre jeune collègue algéro-canadienne Ryme Seferdjeli – elle parlait alors des femmes algériennes pendant la guerre de libération – a été grossièrement interrompue (« on en a marre de ces histoires de bonnes femmes » !), depuis les gradins de l’amphi par un jeune sous-agent algérien à l’intempestivité évidemment téléguidée, pour lequel les sujets abordés par le colloque ne donnaient pas toute leur place aux « deux millions de martyrs » – le même énergumène a tenté encore une ou deux fois de réitérer, notamment lors de la séance de conclusion du colloque, faite par Pierre Sorlin, au grand amphi du Musée de la Résistance et de la Déportation ; mais sans plus de succès. Heureusement les participants au colloque jouirent en soirée le 21 juin 2006, dans le grand amphi de l’ENS, de l’art du moment partagé, du vouloir être ensemble et du temps qui s’écoule : d’écouter le concert de ma’lûf de Constantine offert par Mohamed-Tahar El Hadj Fergani et les musiciens de l’association de musique arabo-andalouse El Fergania qui a pour objectif de « fonder une école de musique à Lyon baptisée “Enfants de tous Pays” avec le parrainage de Cheikh Enrico Macias ».<br />
Lorsque nous nous sommes lancés dans la publication des actes du colloque, toutes les maisons d’édition auxquelles nous nous sommes adressés nous ont ri au nez : les 75 communications que nous avons reçues (sur les 86 qui avaient été faites oralement au colloque), si elles avaient été publiées sur papier, auraient constitué un livre de plus d’un millier de pages… invendable. Nous avons donc résolu de mettre les actes en ligne, ce que, avec sa maestria coutumière, Afifa Zenati, maître d’œuvre de l’organisation du colloque, a réussi à faire en un an. Lors de leur présentation, en mars 2007, au grand amphi de l’ENS-LSH, nous avons eu à subir à nouveau des attaques, émanant cette fois seulement de quelques Pieds Noirs, mais trop convenues pour ne pas être facilement réfutables par l’historien.<br />
Nous nous sommes donc décidés à nous mettre à l’écriture d’un livre de synthèse/résumé du colloque. Pour les cinq chapitres du livre, qui correspondaient aux cinq grands thèmes traités au colloque, nous avons constitué cinq équipes de travail de deux à trois personnes. Nous avons envoyé des circulaires à tous les participants au colloque, sans exclusives, en leur demandant s’ils accepteraient de participer à la réalisation de l’œuvre commune. Sur les 86 participants, il y avait 9 Algériens d’Algérie et 14 Algériens de l’extérieur, dont 13 conduisant leur recherche en France. A nos circulaires, nous n’avons reçu aucune réponse positive émanant de l’autre côté de la Méditerranée : les collègues pressentis, soit se sont excusés en alléguant leurs charges de travail ou leur indisponibilité pour diverses raisons – certaines étaient tout à fait valables –, soit n’ont tout bonnement pas répondu – deux collègues sont venus d’Algérie au colloque de Lyon, tous frais payés, et se sont même abstenus d’envoyer leur communication écrite – ce fut aussi le cas de huit autres participants français , mais le budget du colloque n’avait pas eu à leur financer un voyage pareillement onéreux. De ce point de vue, nous n’avons eu qu’à nous louer des collègues femmes d’Outre-Méditerranée que nous avions invitées : sans exception, elles nous ont toutes envoyé leur communication dans les temps requis, et sous une forme qui ne prêtait pas lieu à la critique.<br />
Notre livre de synthèse, issu du colloque de Lyon de juin 2006, en a repris le titre : Pour une histoire franco-algérienne. En finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire. Il commence par retracer en introduction l’histoire du colloque et en situer les enjeux et la problématique. Le chapitre 1 traite des « formes et processus de colonisation », le chapitre 2 des « sociétés coloniales et traces de la colonisation », le chapitre 3 de « la question nationale algérienne : enjeux et conflits », le chapitre 4 de « la guerre d’indépendance des Algériens », le chapitre 5 des « migrations, culture et représentations ». Un plus bref chapitre 6 (« les défis de la demande sociale d’histoire ») rend compte in fine du forum des associations co-organisatrices qui a suivi les cinq ateliers d’où sont issus les cinq chapitres précédents . Enfin, la conclusion a resitué « l’histoire franco-algérienne » comme « un chantier toujours ouvert ». Y sont évoquées ces « traces profondes de cent trente-deux ans de vies croisées » qui étaient bien en effet le sujet que s’était proposé de traiter le colloque.<br />
Lorsque le livre a été publié par La Découverte en avril 2008, nous avons aussitôt entre-pris de le faire publier par une maison d’édition algérienne ; et, sur les reliquats du budget du colloque, nous avons décidé d’en affecter une partie à la traduction du livre en arabe, ce dont s’est chargée notre collègue Khaoula Taleb-Ibrahimi, de l’université d’Alger. Pendant des mois il n’a pas été possible de trouver une maison d’édition qui accepte de publier le livre en français. Nous ont été demandées des modifications du texte, qui, tel quel, était représenté comme embarrassant pour tel(le)s Algérien(ne)s – nous n’avons pourtant consenti qu’à changer quelques bénignes formules. De tous ces atermoiements, le motif allégué qui a couru était que ce livre ne pouvait pas être un livre d’histoire franco-algérien puisque les 14 auteurs des cinq chapitres formant le corps de l’ouvrage ne comptaient aucun Algérien d’Algérie. Et pour cause ! Seuls des Algériens résidant en France, en effet, avaient accepté de travailler avec nous et d’y figurer : l’économiste Ahmed Henni, professeur d’économie à l’université d’Artois et ex-doyen de la faculté d’économie, et Tahar Khalfoune, juriste, docteur en droit public et conseiller juridique à l’association lyonnaise Forum Réfugiés.<br />
Ce fut l’intervention de Mohammed Harbi qui permit de débloquer la situation : après concertation avec INAS, une maison d’édition algérienne indépendante, il a finalement obtenu que cet éditeur publie le livre en français, avec, en avant-propos, une préface de Mohammed Harbi, destinée à lui donner la marque algérienne nominale crédible par la faiblesse de laquelle il pêchait. Espérons simplement que, le régime du ISBN récemment modifié, ce livre obtienne l’ISBN… A été obtenu le concours du Centre culturel français d’Alger pour faire transiter l’aide financière prise sur le budget du colloque destinée à soutenir l’œuvre entreprise par les éditions INAS pour publier en Algérie, en français et en arabe, ce livre qui se réfère constamment aux actes en ligne du colloque de Lyon et qui en provient.<br />
Il faut bien dire que si ce colloque s’est tenu à Lyon, c’est qu’il ne pouvait pas se tenir, avec une indépendance comparable s’entend, dans ce que des auteurs d’un manuel de géographie algérien des années soixante dénommaient « l’hexagone algérien ». Il faut bien dire aussi, et que cela plaise ou non, que les meilleurs historiens, toutes générations confondues, vivent et œuvrent surtout dans la diaspora de l’intellect algérien. Non qu’il ne se trouve pas des gens talentueux qui travaillent, par exemple sur l’Algérie ottomane (Fatima Zohra Guechi, Constantine), sur le royaume de Tlemcen au XIVème siècle (Abdelhamid Hadjiat, Tlemcen) ou, pour la même période, sur l’histoire du port de Hunayn (Abderrahmane Khelifa, Alger)… Mais pour la période contemporaine, incomparablement plus sensible, quelles que puissent être leurs qualités intrinsèques, les universitaires et chercheurs n’ont guère produit d’œuvres majeures, même si une revue comme Naqd publie régulièrement des articles de qualité et qu’un centre de recherche comme le CRASC d’Oran s’efforce de faire œuvre indépendante et publie la revue Insâniyat.<br />
Ceci dit, pour ce qui est des jeunes générations issues du système universitaire algérien, leurs productions sont trop souvent encore des compilations sans grand intérêt, moulées à la salive de la langue de bois, avec citations obligées des maîtres à ne pas penser qui ont dirigé le cours officiel de l’histoire. Lors d’une conférence à Alger, en 2008, l’historien spécialiste d’al-Andalus Pierre Guichard s’est entendu poser la question suivante : « Pourquoi les Européens ont-ils interdit dans l’histoire aux Maghrébins de disposer de l’imprimerie et de l’utiliser » ? Lors d’une conférence dans une université algérienne, Mohammed Harbi s’est récemment entendu reprocher par un auditeur de n’avoir pas dit que c’était Dieu qui avait permis aux Algériens de devenir indépendants. Certains frémissements indiquent toutefois que quelque chose est peut-être bien en train de changer : la conférence à deux voix Mohammed Harbi-Gilbert Meynier, qui s’est tenue à Alger à l’hôtel Es Safir, devant une salle plus que comble, le 22 octobre 2010, à l’invitation du quotidien El Watan, pour les débats d’El Watan organisés par Mohammed Hachemaoui, a été pour les participants un intense et inoubliable moment de libre parole et d’échanges. Que le directeur d’El Watan, Omar Belhouchet, et ses collaborateurs dans cette entreprise trouvent ici les chaleureux remerciements des invités.<br />
Pour l’instant, une mise à plat du type histoires parallèles serait théoriquement possible, mais, si les manuels français, dans les chapitres qui traitent de l’Algérie, sont loin d’être parfaits, ils ne sont en aucune façon soumis à une chape de plomb comparable à celle qui est responsable de ces manuels qui ensuquent les élèves algériens depuis plusieurs décennies, avec quelques peaufinages toutefois depuis quelques années. Mais pour l’essentiel, encore aujourd’hui, toute l’histoire ne commence qu’avec l’islam qui apporte enfin la lumière – ce qui précède est davantage expédié à la va-vite. On y parle au demeurant beaucoup du Proche-Orient (les manuels marocains parlent plutôt davantage de l’Algérie que les manuels algériens), avec l’islam et l’arabe comme seuls moteurs identitaires de l’histoire. Avec pour aboutissement la thawra (terme généralement traduit par révolution) armée menée par les mujâhidîn (combattants du jihâd), terme d’une longue lutte dans laquelle le barde national Ahmed Tawfiq al-Madanî voyait la résistance contre ce qu’il dénommait al isti‘mâr al-çalîbiyy (le colonialisme croisé). La distorsion serait donc plus grande que, même, entre les deux versions, israélienne et palestinienne, du manuel Histoire de l’autre.<br />
L’idée de constituer une commission mixte d’historiens français et algériens, ouverte aussi à d’autres historiens maghrébins, mais aussi européens et de toutes autres origines et nationalités, nous paraît digne d’intérêt. Il a fallu près d’un demi-siècle après la fin de la deuxième guerre mondiale pour qu’Allemands et Français se rencontrent ; et il a fallu cinq années de discussions pour surmonter les contentieux liés à l’histoire franco-allemande et aboutir à la réalisation concertée de deux volumes d’un même manuel d’histoire, en allemand (Geschichte) et en français (histoire), parus respectivement en 2006 et 2008. Quant à s’engager dans la voie d’une écriture de l’histoire à deux voix, d’un manuel franco-algérien comparable à ce manuel franco-allemand, il n’est guère concevable d’imaginer qu’elle puisse être entreprise, pour l’heure, avec des chercheurs algériens d’Algérie de manière synallagmatique. Elle devrait pourtant avoir pour cadre des réunions et des débats se tenant à la fois au nord et au sud de la Méditerranée. Il y a eu, entre autres rencontres, le colloque de Braunschweig de février 2004, le colloque de Lyon de juin 2006, les 30-31 janvier 2008 un colloque à Oran sur « Mohammed Harbi, un historien à contre-courant », organisé par le centre de recherche Avempace Institution, présidée par Houari Touati, directeur de recherches à l’EHESS à Paris, en partenariat avec El Watan et le Centre culturel français d’Oran, il y a eu la conférence-débat d’Alger du 22 octobre 2010 : ce n’est qu’un début, continuons le combat !<br />
Côté français, les choses sont loin d’être éclaircies : si, pris sous un véritable feu croisé, le plus indécent des paragraphes – l’alinéa 2 de l’article 4 (les « aspects positifs… ») – de cette loi a été déclassé par décision du Conseil Constitutionnel du 31 janvier 2006, puis définitivement abrogé par un décret du 15 février 2006 , restent l’article 13 qui envisage des indemnisations, y compris pour d’anciens membres de l’OAS ; et l’article 3, qui prévoit une « fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie », visant à prendre en compte les seules victimes françaises de la guerre de 1954-1962, cela sans dire précisément de quoi il s’agirait, qui la gérerait, qui la financerait. On ne commence à être fixé que depuis peu avec l’esquisse d’une application dudit article, dont la mise en chantier est loin – euphémisme – de faire l’unanimité chez les histo-riens : une fondation pour la mémoire, ce n’est pas une fondation pour l’histoire, sauf à risquer de tout mélanger. Et une fondation pour l’histoire digne de ce nom ne peut qu’être indépendante de toute injonction officielle et de tout groupe se disant porteur de mémoire, et elle doit associer Algériens et Français. Ceci dit, les historiens algériens indépendants – derechef, euphémisme – ont à faire à plus forte partie encore : l’amendement à la constitution algérienne de novembre 2008 comprend un article 62 qui édicte, en son quatrième et dernier paragraphe, que l’État « œuvre à la promotion de l&#8217;écriture de l&#8217;histoire et de son enseignement aux jeunes générations. » No comment.<br />
Forcer les blocages ne fait pas partie en soi du métier d’historien. Il peut simplement énoncer les règles élémentaires de la méthode historique qui s’inscrivent contre ces blocages, et espérer qu’un déblocage intervienne. On peut tenter de donner une suite au Bonnefin-Marchand, voire s’engager dans une histoire concertée à deux, et plusieurs voix. Mais, en l’état actuel, ce ne peut être qu’une initiative indépendante d’historiens n’ayant de comptes à rendre à personne, à aucun État, aucune institution, aucun lobby. Sous réserve d’inventaire, elle ne pourrait être engagée que dans un cadre associatif partagé. Mais le chemin est long, et ardu, qui mène de Delphes au Parnasse.</p>
<p>Gilbert Meynier Tahar Khalfoune</p>
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		<title>Mars 1976 : L&#8217;Appel au Peuple Algérien.</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Mar 2012 08:40:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share Le 7 Mars 1976 BENKHEDDA Benyoucef cosigna,  avec FERHAT ABBAS, HOCINE LAHOUEL ET  CHEIKH KHEIR EDDINE l&#160;&#187;’Appel au peuple algérien&#160;&#187; &#171;&#160;contre la dictature et pour la démocratie&#160;&#187;, ce qui lui vaudra une assignation à résidence durant quatre longues années alors que son officine  de pharmacien, unique ressource pour sa famille, sera tout simplement confisquée. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="height:33px;" class="really_simple_share robots-nocontent snap_nopreview"><div class="really_simple_share_facebook_like" style="width:100px;"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Flequotidienalgerie.org%2F2012%2F03%2F07%2Fmars-1976-lappel-au-peuple-algerien%2F&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=&amp;action=like&amp;colorscheme=light&amp;send=false&amp;height=27" 
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		<div style="clear:both;"></div><p><a href="http://lequotidienalgerie.org/2012/03/07/mars-1976-lappel-au-peuple-algerien/dictature-algerienne-3/" rel="attachment wp-att-23845"><img class="alignright size-full wp-image-23845" title="dictature algérienne" src="http://lequotidienalgerie.org/wp-content/uploads/2012/03/dictature-algérienne.jpg" alt="" width="96" height="96" /></a>Le 7 Mars 1976 BENKHEDDA Benyoucef cosigna,  avec FERHAT ABBAS, HOCINE LAHOUEL ET  CHEIKH KHEIR EDDINE l&nbsp;&raquo;’Appel au peuple algérien&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;contre la<br />
dictature et pour la démocratie&nbsp;&raquo;, ce qui lui vaudra une assignation à résidence durant<br />
quatre longues années alors que son officine  de pharmacien, unique ressource pour sa<br />
famille, sera tout simplement confisquée.</p>
<p>Mais qu’est-ce qui avait motivé cet appel ?&#8230;</p>
<p>« Au moment où Boumediene régnait sans partage sur l’Algérie, écrira-t-il, il fallait faire<br />
entendre une voix d’opposition. L’occasion nous fut donnée en mars 1976, à propos  d’une prétendue Charte nationale qu’il [Boumediene] avait faite confectionner et qu’il voulait imposer au peuple algérien pour légitimer son pouvoir. L’Algérie se trouvait alors en crise avec le Maroc , et les deux blocs Est et Ouest étaient en pleine<br />
guerre froide.<br />
Les cosignataires de l’appel craignaient que le conflit ne débordât sur les deux ailes du<br />
Maghreb et ne fût le prétexte pour les deux superpuissances d’intervenir en Afrique du<br />
Nord à l’image de [ce qu’ils firent en] Angola où ils s’affrontaient dans un bain de sang dont<br />
seule la population africaine pâtissait. Nous réclamions [donc] la voie des négociations au<br />
lieu de celle de la confrontation pour régler ce conflit entre deux peuples frères et voisins. »<br />
« Quant à la Charte nationale, nous réclamions l’élection d’une Assemblée constituante souveraine, seule apte à voter un pareil document. Cette position nous valut notre mise en résidence surveillée dans nos domiciles respectifs ; la nationalisation de la pharmacie de Ferhat Abbas et la mienne ; la nationalisation de l’usine de polymères, propriété de plein droit de la famille Kheireddine ; la suspension, sans motif légal, du salaire de Hocine Lahouel, directeur d’une société nationale. »<br />
« La très officielle agence APS nous traitera d’ &laquo;&nbsp;éléments réactionnaires agissant<br />
pour le compte de l’Étranger&nbsp;&raquo;, dénonciation ressassée par la presse de l’époque, puis<br />
l’évènement fut médiatisé à l’étranger. [De leur exil], Mohammed Boudiaf, [de Kenitra, au Maroc], suivi de Aït Ahmed, [de Genève, en Suisse], nous apportèrent leur soutien. Puis ce fut au tour de Lebjaoui, et de Kaïd Ahmed également exilé… »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>===============================================================</p>
<p>APPEL AU PEUPLE ALGÉRIEN</p>
<p>En moins de quatorze ans, l&#8217;Algérie se trouve pour la deuxième fois en conflit avec le peuple frère marocain. Parmi nos soldats et nos enfants, les uns sont prisonniers ou blessés et les autres sont morts sans que la responsabilité de notre peuple ait été engagée.</p>
<p>Nos morts, ceux des marocains, le traitement indigne infligé à nos frères de nationalité marocaine expulsés d&#8217;Algérie, le drame et le désarroi des populations nomades de Seguia-El-Hamra et Oued-Ed-Hab montrent que ce conflit a déjà exercé ses ravages.</p>
<p>Demain ce conflit risque de se généraliser et de plonger toute l&#8217;Afrique du nord dans un bain de sang. Les haines qu&#8217;il engendrera compromettrons l&#8217;union du Maghreb Arabo-islamique, espérance de nos peuples et de notre prospérité et de notre bien-être.</p>
<p>Halte à la guerre, nous lançons un appel aux responsables algériens et aux responsables marocains, à tous les niveaux, pour que nos deux pays cessent d&#8217;être un simple pion dans l&#8217;échiquier international.</p>
<p>Halte à la guerre! au nom de la fraternité musulmane et de la solidarité humaine.</p>
<p>Les guerres modernes peuvent détruire en un jour le travail de plusieurs générations. Elles ont cessé d&#8217;être des solutions valables pour nos problèmes, y recourir, c&#8217;est accepter le suicide collectif. L&#8217;Afrique du nord deviendrait un nouveau terrain oû s&#8217;affronteront les super-grands au détriment de nos intérêts et de la paix dans le monde.</p>
<p>L&#8217;image que nous offre la malheureuse population d&#8217;Angola déchirée entre pro-Russe et pro-Americain devrait nous inciter à la réflexion.</p>
<p>Nous perdrions notre indépendance nationale et ce serait alors la rupture avec le principe de non-alignement, clé de voute de notre politique international depuis plus de vingt ans.</p>
<p>Les peuples marocains et algériens furent unis dans le combat pour leur independance, ils ne peuvent se résigner aujourd&#8217;hui à la politique du pire. Durant plus de sept ans, la Tunisie et le Maroc nous ont apporté leur appui constant et positif.</p>
<p>L&#8217;ingratitude est la marque des peuples faibles. Le peuple algérien est assez fort pour rendre le bien et affirmer sa solidarité maghrébine.</p>
<p>Restons objectifs et réalistes. Certes, nous sommes fermes pour sauvegarder notre souveraineté nationale et l&#8217;intégrité de notre territoire, mais il n&#8217;en est pas moins vrai que d&#8217;autres taches impérieuses nous sollicitent.</p>
<p>Faute d&#8217;institutions, l&#8217;état algérien n&#8217;existe pas. Il faut le créer; l&#8217;Algérie n&#8217;a pas de constitutions ni de lois. Elle vit dans le provisoire. Le temps est venu d&#8217;y mettre fin.</p>
<p>Le coup d&#8217;état du 19 juin 1965 devait rétablir notre peuple dans son entière souveraineté. Ses auteurs ont condamné, sans équivoque, le pouvoir personnel par la proclamation suivante.</p>
<p>« le pouvoir personnel, aujourd&#8217;hui consacré, toutes les institutions nationales et régionales du parti et de l&#8217;état se trouvent à la merci d&#8217;un seul homme qui confère les responsabilités à sa guise, fait et défait selon une tactique malsaine et improvisée les organismes dirigeants, impose les options et les hommes selon l&#8217;humeur de moment, les caprices et le bon plaisir ».</p>
<p>Hélas ce coup d&#8217;état n&#8217;a rien réglé. Le culte de la personnalité est toujours en honneur. Le pouvoir personnel s&#8217;exerce sans contrôle. Il dispose à son gré du destin de notre pays, de nos ressources, du budget. Il impose a nos enfants un système éducatif de son choix. Il nous soumet à une idéologie hostile aux valeurs morales et spirituelles de l&#8217;Islam. Cet Islam pour lequel un million et demi d&#8217;algériens sont morts.</p>
<p>Il est seul juge du maintien de la paix ou de la guerre. Le peuple n&#8217;est jamais consulté; pas plus d&#8217;ailleurs que les responsables algériens, y compris les membres du conseil de la révolution.</p>
<p>A notre époque, un tel pouvoir est un anarchisme.</p>
<p>La solution de nos problèmes internes aussi bien qu&#8217;externes passe par l&#8217;(exercice de la souveraineté populaire. Il ne s&#8217;agit pas de vouloir imposer au pays une charte nationale comme projette de le faire le président du conseil de la révolution, afin d&#8217;institutionnaliser son pouvoir, une seule voie reste ouverte pour la confection de cette charte: un débat public, a l&#8217;échelle nationale, pour l&#8217;élection au suffrage universel direct et sincère, d&#8217;une assemblée nationale constituante et souveraine, et sans pour autant préjuger de l&#8217;option socialiste du pays.</p>
<p>C&#8217;est au sein de cette assemblée que les représentants librement mandatés par le peuple, pourront traduire dans les textes les légitimes aspirations de la nation. Toute autre charte établie dans le secret des anti-chambres du pouvoir ne pourrait être que nulle et non avenue.</p>
<p>Algériens, algériennes!</p>
<p>Le régime colonial contre lequel nous nous sommes mobilisés nous avait humilié. Il nous avait interdit dans notre propre pays l&#8217;exercice de la souveraineté nationale en limitant nos problèmes aux questions alimentaires et économiques.</p>
<p>Depuis notre indépendance, le régime du pouvoir personnel nous a conduit progressivement à la même condition de sujets, sans liberté et sans dignité.</p>
<p>Cette subordination est une insulte à la nature même de l&#8217;homme et de l&#8217;algérien en particulier. Elle est une atteinte à sa personnalité.</p>
<p>C&#8217;est pourquoi des hommes, militants de bonne volonté, se sont rencontrés pour dénoncer cet état de chose et mettre fin à l&#8217;indignité qui nous frappe. Ils appellent les algériens à lutter afin:</p>
<p>D&#8217;élire par le peuple, librement consulté, une assemblée nationale constituante et souveraine.<br />
De mettre fin au système totalitaire actuel et élever des barrières légales contre toute velléité de ce genre.<br />
D&#8217;établir les libertés d&#8217;expression et de pensée pour lesquelles le peuple algérien a tant combattu.<br />
D&#8217;oeuvrer pour un Maghreb arabe uni, islamique et fraternel.</p>
<p>Alger, mars 1976</p>
<p><strong>FERHAT ABBAS</strong><br />
Ancien président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne</p>
<p><strong>BENYOUCEF BENKHEDDA</strong><br />
Ancien président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne</p>
<p><strong>CHEIKH MOHAMED KHEIREDDINE</strong><br />
Ancien Membre du Conseil National de la Révolution Algérienne</p>
<p><strong>HOCINE LAHOUEL</strong><br />
Ancien secrétaire Général du Parti du Peuple Algérien et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, ancien représentant du FLN à l&#8217;extérieur</p>
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		<title>Comment Ait Ahmed a donné un sens à l’action révolutionnaire.</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Mar 2012 12:52:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rédaction LQA</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire Nationale]]></category>

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		<description><![CDATA[Share Par Ait Benali Boubekeur Le journal le Monde, dans un numéro « Hors série » de février-mars 2012, consacre une série d’articles et d’interviews à la guerre d’Algérie. Ils sont autant riches que variés. Ainsi, à l’approche du cinquantième anniversaire des accords du cessez-le-feu, le journal réunit une pléiade d’historiens pour éclairer leurs lecteurs [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="height:33px;" class="really_simple_share robots-nocontent snap_nopreview"><div class="really_simple_share_facebook_like" style="width:100px;"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Flequotidienalgerie.org%2F2012%2F03%2F04%2Fcomment-ait-ahmed-a-donne-un-sens-a-laction-revolutionnaire%2F&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=&amp;action=like&amp;colorscheme=light&amp;send=false&amp;height=27" 
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<p>Le journal le Monde, dans un numéro « Hors série » de février-mars 2012, consacre une série d’articles et d’interviews à la guerre d’Algérie. Ils sont autant riches que variés. Ainsi, à l’approche du cinquantième anniversaire des accords du cessez-le-feu, le journal réunit une pléiade d’historiens pour éclairer leurs lecteurs sur cette période douloureuse. Parmi ces spécialistes, il y a le grand historien américain, Matthew Connelly. Ce dernier est surtout connu pour son ouvrage remarquable, sorti en 2008, intitulé « L’Arme secrète du FLN. Comment de Gaulle a perdu la guerre d’Algérie ».</p>
<p>D’emblée, l’historien insiste sur le rôle prépondérant de la diplomatie algérienne pendant la guerre. Pour lui, bien que l’armée française, véritable rouleau compresseur, ait donné des coups terribles aux Algériens, notamment lors de la bataille d’Alger, les représentants du FLN à l’étranger ont su profiter de cet événement horrible pour le transformer en victoire sur le plan international. Ainsi, les États membres de l’ONU sont simplement interloqués à la découverte des exactions commises par l’armée française. </p>
<p>Dans cette interview, l’historien rappelle comment les Algériens ont adopté une stratégie visant à discréditer le système colonial. En effet, les stratèges du mouvement national ont profité du contexte de guerre larvée entre les USA et l’URSS pour tirer le maximum de soutien à leur cause. Incontestablement, chaque soutien à leur cause affaiblit par ricochet la position de la France. À la question de savoir comment les Algériens ont tiré cet avantage, l’historien répond tout bonnement qu’ « avant même le déclenchement de la guerre avec la France en 1954, les nationalistes algériens avaient une vision internationale du conflit qu’ils voulaient mener. L’homme qui développe cette stratégie s’appelle Hocine Ait Ahmed. Il écrit en 1948 un document d’une importance fondamentale où il décrit une stratégie pour la guerre en citant les grands stratèges du passé comme Carl Von Clausewitz ou Ernest Junger. Il explique que mener le combat contre la France sur les champs de bataille n’aboutira jamais à cause de la trop grande différence entre les forces militaires ».</p>
<p>Cette thèse est largement partagée par plusieurs historiens. En effet, après les événements de mai 1945, Ait Ahmed travaille, avec abnégation, en vue de réfléchir à une stratégie adéquate servant, le moment venu, à mettre à mort le système colonial  abhorré. Ce travail, il l’expose en février 1947 lors du congrès du PPA-MTLD. Bien que la situation soit déjà révolutionnaire, écrit Mohamed Harbi, en citant Ait Ahmed,  « En 1945, la Direction voulait l’insurrection armée, mais elle n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire. Les uns pensaient à un soulèvement dans le style de celui de 1871 ; d’autres pensaient au terrorisme. Ce sont là des idées périmées. Le parti avait besoin d’un bras militaire, car c’était un leurre de croire que nous obtiendrons notre indépendance par étapes ». Quoi qu’il en soit, malgré les difficultés, le terrain est désormais balisé. En effet, bien que le passage à la lutte armée soit retardé à cause des luttes intestines opposant le président du parti, Messali, aux membres du comité central, la voie proposée par Ait Ahmed commence à faire son chemin. </p>
<p>Après le démantèlement de l’organisation spéciale (OS), l’action révolutionnaire est mise, un moment, en sourdine. Etant condamné par contumace par la justice coloniale, Ait Ahmed choisit de quitter l’Algérie pour rejoindre Le Caire. Il est désormais membre de la délégation extérieure du PPA-MTLD. À ce titre, il participe à la conférence de Rangoun, en Birmanie, en 1953. Les participants adoptent, à la fin des travaux de la conférence, la résolution consistant à lutter contre le colonialisme. En avril 1955, il participe, en tant représentant du jeune parti révolutionnaire, le FLN, à la conférence de Bandoeng, en Indonésie. Dans la foulée, il ouvre un bureau du FLN à New York. </p>
<p>D’une façon générale, l’action d’Ait Ahmed commence à porter ses fruits. Ainsi, au moment où d’autres complotent pour s’emparer du pouvoir le jour de la victoire, Ait Ahmed peaufine son plan visant à doter la révolution d’une grande diplomatie. Selon Matthew Connelly, « Il [Ait Ahmed] avait compris que les nationalistes nord-africains, pas seulement les Algériens, mais aussi les Marocains et les Tunisiens, pouvaient utiliser l’allié américain de la France en agitant la menace de voir l’Afrique du Nord tomber dans les bras du communisme. Il défendait que la cause algérienne était un symbole de la lutte  des nationalistes contre le colonialisme face à une France qui, en essayant de garder son empire, s’opposait à la grande vague de l’histoire ». </p>
<p>Malheureusement, le 22 octobre 1956, Ait Ahmed, en compagnie d’autres membres de la délégation extérieure du FLN, est arrêté par l’armée française en détournant l’avion les transportant du Maroc vers la Tunisie. Son successeur, Mhamled Yazid, va poursuivre –et c’est le moins que l’on puisse dire – son œuvre. À l’ONU, la diplomatie algérienne va mettre, à plusieurs reprises, la France dans l’embarras. Plusieurs fois, le vote de l’assemblée générale de l’ONU a failli réunir le quorum nécessaire condamnant la politique française en Algérie.  </p>
<p>Pour conclure, il va de soi que l’action armée a pesé considérablement dans le conflit. En réalité, sans cette action, la diplomatie n’aurait pas joué le même rôle. Mais une fois l’action déclenchée, les représentants de la rébellion à l’étranger ont accompli sans ambages leur mission. Embryonnaire à l’origine, la diplomatie a connu un épanouissement sous Ait Ahmed. Après son arrestation, ses successeurs ont continué sur la même lancée. Au fil des années, cette diplomatie est devenue incontournable dans la résolution du conflit. En sachant que la victoire militaire du FLN sur l’armée française était irréalisable –à moins qu’on mente à nous-mêmes –, la diplomatie algérienne a contribué grandement à la fin du joug colonial.  </p>
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