يومية الجزائر
Édition du
5 April 2020

LETTRE A MES AMIS(ES) DE L’OPPOSITION TUNISIENNE

tunis1PAR VINCENT GEISSER« La politique de l’émotion et la stratégie du chaos : seul horizon pour la gauche tunisienne ? »
La très grande majorité des citoyens ordinaires, des acteurs politiques, des militants associatifs, des dirigeants ont été sincèrement émus et touchés émotionnellement par l’assassinat lâche qui a frappé une nouvelle fois un démocrate tunisien : après Chokri Belaïd, Mohamed Brahimi… et demain ? On peut craindre en effet, que ces crimes odieux ne soient que les deux premiers d’une longue série planifié machiavéliquement par des barbouzes.
Qui peut vraiment se réjouir d’un tel crime qui touche non seulement la famille de la gauche et des progressistes mais aussi, au plus profond de sa chair, le peuple tunisien attaché à la construction d’une société démocratique libérée définitivement de la peur et de l’arbitraire ?
Aujourd’hui, la colère, l’émotion et la tristesse sont des sentiments légitimes. La critique de l’absence de protection des personnalités politiques tunisiennes est compréhensible. La dénonciation de certaines incohérences et dysfonctionnements de l’appareil sécuritaire est utile. L’appel à l’accélération des réformes économiques et sociales est nécessaire.
Mais une fois passé le temps de l’émotion et du recueillement que faire ?
J’entends des voix, parmi lesquelles des amis(es) que je respecte profondément pour les avoir côtoyés intimement en exil et dans l’opposition intérieure à Ben Ali, demander l’arrêt du processus de transition, la dissolution de l’Assemblée nationale constituante, la démission du gouvernement et du Président de la République, la remise en cause du calendrier électoral : POUR ALLER VERS OU ?
Un gouvernement de technocrates dans le pur style de l’ère dictatoriale cautionné par le FMI et la Banque mondiale ? Une assemblée nationale auto-désignée par quelques personnalités ? Un homme providentiel qui, à l’instar d’un « Ben Ali à visage humain », viendrait sauver miraculeusement le pays ? Un appel à l’armée et au généralissime comme garants de la transition démocratique ?
Encore une fois, comme en novembre 1987, ou dans les années 1990-1991 (grande vague de répression), une partie de la gauche aveuglée par son anti-islamisme croit trouver dans les réflexes sécuritaires et autoritaires une VOIE DE SALUT POUR LE PAYS.
On sait dans le passé où cette voie a mené : l’une des pires dictatures du monde arabe, l’un des régimes policiers les plus féroces du continent et le gouvernement permanent d’une mafia et d’une clique familiale qui a déshonoré la patrie par son affairisme et sa cupidité.
La gauche démocratique tunisienne est face à une épreuve historique. Son opposition au gouvernement de la troïka est une nécessité vitale pour la démocratie tunisienne.
Mais cette critique doit être aussi la base d’une stratégie de reconquête démocratique du pouvoir et d’un renforcement des institutions légitimes et non de leur destruction et de leur démantèlement.
On sait que par le passé cette stratégie du chaos a servi les pires desseins autoritaires. Elle a préparé la voie à l’autoritarisme, au verrouillage sécuritaire de la société civile et à la dérive maffieuse.
La gauche tunisienne ne doit pas douter d’elle-même car, contrairement aux autres gauches arabes, elle a un vrai ancrage social et populaire. Elle compte parmi ses militants et ses dirigeants des personnalités à l’intelligence rare.
C’est en pariant sur les institutions démocratiques et en soutenant le processus constitutionnel en cours, en remplissant son rôle de véritable opposition à la troïka que la gauche tunisienne peut espérer jouer un rôle historique. A défaut, elle deviendra un auxiliaire involontaire d’un nouvel autoritarisme vaguement démocratique ou, pire, elle sera condamnée au silence.
Vincent Geisser

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15 Commentaires sur cet articles

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  • س.ج
    26 juillet 2013 at 10:45 - Reply


    أنت تخاطب بالمنطق قوما لا منطق لديهم، قوما لا بعقلون، ولو كانوا بعقلون فلقد كانت أيدي الترويكة دائما ممدوتة لهم على الرغم من أنهم لم يحصلوا إلا على 2% من الأصوات..هؤلاء أصبحوا يرون في الحالة المصرية نموذجا على الرغم من أن الحالة المصرية تتطور بسرعة ولا ندري كيف ستنتهي ..للأسف اليسار العلماني العربي أصبح نموذجا للعنف الجسدي واللفظي وسياسته هو الحرق والقتل..ايديهم ملطخة بدماء الأبرياء ولكنهم يصفون غيرهم بالإرهابيين ..لأن إرهابهم يقوم به الجيش والأمن نيابة عنهم ولو أنهم اليوم أصبحوا يمارسون الإرهاب والقتل بأنفسهم في مصر وتونس…أخشى أنه عند إستقرار الأوضاع لن يجدوا لهم مكانا في أوساطنا..

    • TEMIMI
      27 juillet 2013 at 1:09 - Reply

      OUI CELA ME PLAIT ET J’ADHERE

    • maha
      28 juillet 2013 at 4:12 - Reply

      Tous vos analyses , c’est de la masturbation intellectuelle….le peuple tunisien est différent de l’algérien…………et il faut pas faire ni de comparaison ..ni de paralléle………….

  • still
    26 juillet 2013 at 6:20 - Reply

    La Tunisie cherche-t-elle son “SiSSi”?

    • mina
      27 juillet 2013 at 9:58 - Reply

      J’espère que non!

  • zoubir
    26 juillet 2013 at 8:44 - Reply

    A l’inverse des années 90 si cette idée de dissolution des institutions élues se concrétisera les islamistes ne se laisseront pas faire et ils auront raison. Cela ouvrira la porte à l’instabilité, le chaos voire une vraie guerre civile

  • zoubir
    26 juillet 2013 at 8:46 - Reply

    les laics arabes sont des ennemis intimes des peuples arabes

    • mina
      27 juillet 2013 at 10:00 - Reply

      Je ne suis pas d’accord avec ce slogan! merci d’analyser, d’expliquer ton point de vue.

  • Elys
    27 juillet 2013 at 12:32 - Reply

    La voix (et la voie) de la raison. Puisse-t-elle être entendue ! On assiste à ce charivari stupide – au moment où il faudrait garder la tête froide, ses capacités d’analyse intacte et serrer les rangs – avec un tel sentiment de rage impuissante et de lassitude… Je n’ai pas de mots pour dire ma profonde désolation.

    • ahmed
      29 juillet 2013 at 6:51 - Reply

      nos opposants ne sont que des sales laches ce sont eux qui vont ruiner notre chere tunisie ils n ont rien appris de lhistoire,on les a suivi toute la periode de la constituante cette minorite de 0,00 de sieges netaient present que sabotter la transitions democratique ,malgre qu j ai vote pour ce hammami qui m a decu ,et le regrette dvoir vote ce demaguogue trop bavrd n a auun plan concret et realisabl e ,,personellement je trouve aucun opposant competent et vlable qu ils se taisent cest bcp mieux pour notre pays

  • tayeb
    27 juillet 2013 at 1:17 - Reply

    la gauche arabe? OU EST SON PROJET depuis son existence sous les différant régimes du monde arabe?
    =============================================
    Dans les années 60 à 80 :Soutien “critique” aux dictatures.
    Depuis 90 : Soutien aveugle aux dictatures.
    Amicalement.
    Salah-Eddine

  • YOUCEF
    28 juillet 2013 at 2:49 - Reply

    Selon Wiki, VINCENT GEISSER est un connaisseur .. Ses principaux thèmes de recherche et de réflexions sont les questions politiques dans le monde arabe, l’islam en France et en Europe et les problèmes relatifs aux discriminations dans les partis politiques français.
    Il est l’un des meilleurs spécialistes du régime politique de Ben Ali, étant d’ailleurs l’un des rares politologues, avec Eric Gobe et Larbi Chouikha1, à avoir envisagé sa chute imminente. Depuis 1999.
    Cela dit, il semble à travers son message , qu’il est en train de se demander si la démocratie Africaine et maghrébine a le même sens démocratique que celle de l’occident. Le peuple a exigé un vote démocratique? Eh bien les urnes ont donné leur sentence.. Comment se fait il qu’ils se rebellent contre la démocratie?
    C’est à se demander si l’opposition tunisienne est démocrate,ou qu’il s’agit tout simplement de pedigree Bourguibiste..

    • mustapha Amor
      28 juillet 2013 at 12:55 - Reply

      le commentaire de mr Vincent Geisser est assez convincantdans l’ensemble sauf que le processus democratique ne s’affirmera dans les condition presente que par l’eviction de cette bande de malfrats de sanguinaires qui ne croient finalement à rien de positif meme leur religion qui est la base de leur reflection politique est spoliée figee inadaptée aux exigences des temps modernes la seule solution consiste à les evincer et garder la meme vigilence quant aux evenements qui vont suivre

  • Abdelkader Dehbi
    28 juillet 2013 at 12:45 - Reply

    L’une des contradictions majeures “des” gauches dans les pays arabes et/ou musulmans, c’est leur propension à afficher un certain élitisme athée, se tenant à distance dédaigneuse de son propre terreau naturel qu’est le monde des travailleurs. Un élitisme par ailleurs souvent franchement hostile à l’Islam, alors que ses tenants évoluent au sein de sociétés où la religion musulmane a gardé toute sa sacralité et toute sa vigueur, contrairement à ce qui se passe en Occident, et singulièrement en Europe, patrie de l’anticléricalisme triomphant, où le religieux est perçu comme une sorte de maladie, un signe de régression, de ringardise.
    C’est ainsi qu’au Maghreb – pour ne parler que de notre aire géographique – l’occasion historique d’édifier dans les années 60/70, un socialisme spécifique, soluble dans nos sociétés maghrébines a été avortée parce que la majorité des élites politiques et intellectuelles s’est obstinée à vouloir coller une idéologie politique avec tous ses standards économiques et surtout culturels, sans se soucier outre mesure des fondements spirituels et moraux de nos sociétés. L’échec dévastateur de la “Révolution agraire” en Algérie, initiée par le président Boumédiène contre l’avis de la majorité du Conseil de la Révolution, témoigne de ce genre de fautes politiques graves.
    Une autre contradiction de taille, c’est l’insincérité et la démagogie qui rongent cette “élite” dite de gauche – qu’elle fut politique ou intellectuelle – et dont les tristes exemples nous viennent de cette caricaturale pasionaria du non moins caricatural Parti des Travailleurs, financièrement soutenue à bout de bras par les généreux subsides d’un régime illégitime et corrompu, aux ordres de l’impérialisme…ou du malfrat appointé du DRS, en charge de casser l’UGTA, les travailleurs et les entreprises publiques et qui reste en poste et en liberté, malgré le détournement colossal qu’il a effectué – avec ses complices de Khalifa Bank– sur le fonds des cotisations salariales des travailleurs.

  • Afif
    28 juillet 2013 at 5:58 - Reply

    Lettre à mes amis et frères d’ENNAHDA :
    Quittez le pouvoir exécutif et concentrez-vous sur le pouvoir législatif. Laissez le gouvernement à une autre coalition de partis et ne soyez plus la cible des critiques d’où qu’elles viennent.
    Démontrez au peuple tunisien et au monde entier que vous ne serez jamais la cause d’une Fitna nationale. Faites-le avant que ce ne soit trop tard (Egypte).
    Votre place dans l’opposition sera plus bénéfique pour vous, pour l’avenir et pour gagner la confiance du peuple tunisien.
    Votre insistance à rester dans le gouvernement est une faute qui sera chèrement payée avec un retour à la dictature : je suis convaincu que la majorité de vos cadres sont pour le retrait du gouvernement, malheureusement vous avez une minorité agissante et influente (bourgeoisie), qui veut rester au gouvernement pour faire fructifier ses affaires et ses intérêts personnels, le peuple tunisien est pour elle la dernière roux de la charrette.

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