يومية الجزائر
Édition du
3 April 2020

Des enragés appelés "supporters" !

football lahbalL’effet Ebossé : Sackey fait un malaise et veut quitter le MCA après une descente menaçante de supporters

Publication: Mis à jour:
MOULOUDIA SACKEY

Scène surréaliste dimanche dernier sur le terrain dit “Hadjout” où s’entraîne l’équipe première du MC Alger : le joueur ghanéen Eric Ato Sackey, choqué par une descente de supporters très remontés, a été pris d’un malaise. Après le décès d’Ebossé, il avait déclaré : “Je crains pour ma vie.”
Jeudi passé, le “Clasico” algérien entre le MC Alger et la JS Kabylie a tourné à l’avantage des visiteurs qui, menés 2-0 après moins de vingt minutes, ont renversé la vapeur pour l’emporter 2-4 alors qu’ils avaient joué la dernière demi-heure à dix, se permettant même le luxe d’inscrire le quatrième but en étant en infériorité numérique.

Se sentant humiliés face à un rival traditionnel, les supporters du MCA ont exprimé leur courroux pendant le match par des jets de projectiles –qui valent au club la sanction de deux matches à huis clos pour récidive- et surtout après la partie en insultant copieusement les joueurs et l’entraîneur, obligés de quitter le stade Omar-Hamadi sous forte protection par une porte dérobée.

Pour les habitués, rien d’original tant le football en Algérie, plus spécialement dans les clubs emblématiques, est empreint de passion, voire d’excès. Sauf que Eric Ato Sackey, attaquant ghanéen recruté l’été passé, a très peu apprécié ce débordement de passion. Il n’avait pourtant encore rien vu!

Dimanche matin, à l’occasion de la reprise des entraînements après deux jours de repos, une quarantaine de supporters en colère et aux intentions belliqueuses ont fait irruption sur le terrain dit “Hadjout” et déversé un lot d’injures et de menaces sur les joueurs.

Anglophone, Sackey n’a rien compris de ce qu’ils disaient, mais il avait vu, dans les mains des assaillants, des objets qui en disaient long sur leurs intentions : des ceintures serties de métaux. Du coup, sa tension artérielle a grimpé subitement et il a été pris d’un malaise, s’affaissant sur le sol. Il a fallu l’assistance de ses coéquipiers et du staff médical pour le réanimer.

“Si vous ne battez pas le CRB, nous reviendrons avec des bouledogues !”
Non seulement Sackey n’est pas habitué à pareilles scènes, lui qui a fait l’essentiel de sa carrière en Moldavie et dont les parents vivent en Angleterre, mais il ne se sent plus en sécurité depuis le décès tragique de l’attaquant camerounais Albert Ebossé Bodjongo touché par un objet contondant jeté à l’aveuglette par un supporter en colère, à la fin du match entre son club, la JS Kabylie, et l’USM Alger le 23 août au stade du 1er-Novembre de Tizi Ouzou.
Cette mort, la première de ce type en Algérie, avait marqué et traumatisé beaucoup de joueurs en Algérie, conscients que cela aurait pu leur arriver, et plus particulièrement les joueurs étrangers. Sackey a été de ceux qui avaient été très choqués par cette mort.

“Je ne vous le cache pas : j’ai peur pour ma vie”, avait-il déclaré à la chaine de télévision El Heddaf TV. “Quand je marche dans la rue, je ne cesse de regarder à droite, à gauche. Je suis sur mes gardes.” Même s’il habite à Dely Ibrahim, un quartier plutôt huppé de la banlieue d’Alger, pas loin du lieu de l’entraînement, il n’est pas rassuré.
Ce n’est pas la menace énoncée clairement par les supporters du MCA qui le rassurera davantage : “Si vous ne gagnez pas contre le CRB (samedi contre le CR Belouizdad, ndlr), nous reviendrons avec des bouledogues !”

Pour maintenir la pression sur les joueurs, “qui ne comprennent que le langage des menaces et des insultes”, nous a expliqué l’un des meneurs pour justifier cette descente punitive, les supporteurs ont marqué de leur présence chaque entraînement de la semaine avec l’assentiment implicite de la direction du club qui n’a pas jugé utile de protéger les joueurs en recourant à un stage bloqué ou à un changement de lieu d’entraînement.
Même les responsables de la Ligue du football professionnel ont contribué à l’exacerbation de la tension en domiciliant le match dans le petit stade du 20-Août 1955 alors que le ministre des Sports, Mohamed Tahmi, avait annoncé après la mort d’Ebossé que les grandes affiches ne se joueraient dorénavant plus dans les stades exigus.
Pour Sackey, le match de samedi sera un couperet, tout comme les prochains. Comme il ne comprend ni l’arabe ni le français, il ne peut même pas tâter de pouls de l’opinion publique autour de lui. Seul son coéquipier guinéen Ibrahima Sylla tente de le rassurer, lui qui joue en Algérie depuis plusieurs années (il a même épousé une Algérienne) et qui est habitué aux excès des supporteurs algériens.
Le troisième étranger du MCA, le Gabonais Samsung Mbengue, n’est pas aussi inquiet que Sackey qui, depuis trois jours, en quête de réconfort, appelle sa famille quotidiennement et même parfois plusieurs fois par jour. Plus même : il a pris la décision de partir, même à perte. Il a demandé à son agent de trouver un accord avec le MCA pour une résiliation de contrat à l’amiable lors du mercato d’hiver.


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3 Commentaires sur cet articles

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  • Khoudir Kessaci
    6 novembre 2014 at 5:22 - Reply

    Il ne faut pas avoir peur de dire que même les citoyens algériens ont peur de ces adolescents souvent écervelés, la plus part du temps excessifs et des fois fous furieux qui se dirigent vers les stades pour voir un match de football ou qui en sortent après match !
    Je ne vous cache pas que moi aussi qui ne suis pas ni noir ou ni jaune de peau, j’ai la trouille au ventre quand je les vois que ce soit à pieds ou aux fenêtres des voitures qui roulent à vive allure !
    Quand on observe la conduite de motos, voiture et de camions sur nos routes et nos autoroutes, quand on voit ses supporters enragés dans les stades, quand on remarque les disputes sont monnaies courantes violentes dans nos quartiers et dans la rue, quand on s’énerve jusqu’à la bave pour un rien, on peu avancer que nous sommes un peuple malade ! Il faut le reconnaître et avoir le courage de le dire ! Il ne faut pas le cacher ! Quand on cache cela veut dire qu’on tente de cacher le soleil avec un tamis ou qu’on se laisse aller au fatalisme !
    C’est vraiment grave car ce comportement ou cette «maladie» touche de plus en plus non seulement des adolescents et des jeunes, mais aussi des personnes plus âgées !
    Moi à la place de ces joueurs étrangers, je ferai en sorte de changer de pays le plus tôt possible ! Ce n’est pas le cas hélas pour les autres algériens tranquilles, paisibles (sans protection, sans défense et sans Etat) qui subissent toutes ses violences au quotidien et qui sont piégés comme des rats dans leur propre pays . Ceux là doivent subir toutes les conséquences d’un pays qui va à la dérive et le désordre !

    • Mourad
      6 novembre 2014 at 6:10 - Reply

      On les a vus aussi , ces crétins écervelés , être manipulés par le pouvoir pour crier ‘”ouane, tou, trè … viva langéré” tout en courant à perdre le souffle derrière un bus où la photo d’un certain handicapé sur fauteuil roulant , photo gigantesque , couvrait le bus des deux côtés !
      Pôvre de nous !

  • KEFRIDA
    9 novembre 2014 at 4:42 - Reply

    Ils ont fait de ce peuple ce qu’il n’a jamais été dans son histoire. Ils ont perverti toutes les valeurs de ce peuple qui faisait jadis toute sa fierté (en termes: d’honnêteté de bravoure et de dignité). Ils ont avili ce peuple pour leur obéir comme des moutons de panurge. Quand ils obligent avec des menaces de toute sorte le père à trahir ces enfants et les enfants à trahir leurs parents. Et j’en sais quelque chose de cela personnellement. Sont-t-ils réellement conscient de ce qu’ils sont en train de semer dans les têtes et cœurs des citoyens. Ouf! J’explose les amis.
    P.S: Demain ils peuvent vous présenter une tribune lors d’un match les plus choc possible avec une sportivité qui n’existe nulle part de par le monde. Et ils l’ont fait déjà.

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