يومية الجزائر
Édition du
21 September 2019

Tahar Gaïd. Moudjahid cofondateur de l’UGTA : «Bouteflika a piétiné le peuple»

HAMID TAHRI

14 MARS 2019

Tahar Gaïd, 90 ans, a été avec Aïssat Idir et d’autres cofondateur de l’UGTA en 1956. Syndicaliste engagé, il a contribué à mettre sur orbite cette organisation. Arrêté durant la lutte de Libération nationale, il a été emprisonné et a subi les sévices de l’occupant. Tahar a été ambassadeur au lendemain de l’indépendance. Depuis sa retraite, il s’occupe à écrire des ouvrages consacrés à l’islam des lumières, qu’il s’emploie à vulgariser. A son actif, de nombreux livres tout aussi intéressants les uns que les autres, qui en ont fait un islamologue écouté et respecté.

Quel est votre sentiment après les manifestations qui ont suscité l’admiration du monde entier ?

Le déferlement de la population à travers toute l’Algérie, du nord au sud, d’est en ouest, démontre qu’elle exprime sa volonté de mettre fin à un régime qui dure depuis 20 ans et dont elle a terriblement souffert.

Ces manifestations ont été une surprise pour tout le monde. Personnellement, je me disais que le changement n’aurait lieu qu’après au moins deux générations. Et voilà qu’à l’âge de 90 ans, j’assiste à une volonté de faire dégager un régime corrompu.

Je peux partir tranquille pour mon pays. J’ai la conviction aussi que les martyrs ne sont pas morts pour rien, eux qui se sont sacrifiés corps et âme pour ce pays ! Je pense, en ces moments, à ma sœur Malika Gaïd morte les armes à la main.

Là où elle est, et à l’instar de tous les martyrs, elle serait certainement contente de ce qui se passe. Leur sacrifice n’aura pas été vain. Pour chacun de nous qui avons lutté, c’est une récompense et un pur bonheur.

Que pensez-vous de la jeunesse actuelle qui a renoué avec l’esprit de la lutte ?

Actuellement, cette jeunesse, qui a investi les rues comme moyen d’expression, a pris le relais des anciens. Les jeunes s’inscrivent dans le combat de libération contre le joug, l’oppression et l’étouffement des libertés, comme l’ont fait leurs aînés pour retrouver leur dignité.

Cela prouve que le peuple algérien, à travers sa riche histoire, s’est toujours soulevé contre l’oppression, contre toutes les injustices et les inégalités, contre l’autoritarisme et l’humiliation. Les Algériens ont vécu toutes ces situations par le passé, mais ils ont su les affronter avec courage et honneur.

Durant 20 ans, ils ont subi l’autoritarisme et l’absence de justice sociale avec l’apparition d’une faune de prédateurs, dont la seule matrice est la corruption, la rapine et la dilapidation des biens publics.

Aujourd’hui, les Algériens disent non au 5e mandat. Le refus de la reconduction de Bouteflika n’est qu’une porte ouverte vers un changement radical du système. Il ne s’agit pas, à mon sens, de faire quelques réformes, de soigner le malade avec du mercurochrome, mais de procéder à une véritable opération chirurgicale.

Comment voyez-vous la suite ?

J’espère que de ces manifestations émergera une élite qui composera la future direction de cette Algérie pour la mener vers la sérénité la prospérité et le bonheur. C’est le vœu de toutes ces masses qui se sont exprimées d’une manière pacifique, civilisée, qui n’est en fait qu’une facette de l’Algérien, jaloux de ses valeurs, qu’on a voulu diluer dans des comportements étrangers à notre culture et à notre histoire.

Quel regard portez-vous sur l’UGTA, dont vous êtiez l’un des cofondateurs en 1956 ?

L’UGTA dAïssat Idir n’est plus que l’ombre d’elle-même, depuis qu’elle a été squattée et dévoyée par la direction actuelle, qui non seulement s’est rangée du côté des patrons, mais n’a rien fait pour les travailleurs, dont, pourtant, c’est la mission essentielle.

Nous, les anciens, on ne se reconnaît nullement dans cette organisation et ses dirigeants actuels qui ont vendu leurs principes et leur âme. «L’UGTA, dévoyée, n’est qu’une coquille vide.»

Les derniers développements vous ont-ils surpris avec le renoncement de Bouteflika au 5e mandat mais son maintien au pouvoir ?

C’est une manœuvre pour rester indéfiniment à la tête de l’Etat. Il s’imagine que mettre du chloroforme au peuple va apaiser sa colère. Alors ce Président en fin de règne n’a pas compris la profondeur du soulèvement de la jeunesse et du peuple. Les jeunes ne veulent plus voir les anciennes figures, y compris celle du Président qui louvoie encore et toujours.

Ces jeunes veulent injecter du sang nouveau dans le corps de l’Algérie. C’est pourquoi ce brave peuple doit exercer une pression permanente jusqu’à la victoire finale. Car non seulement Bouteflika a piétiné les textes et la Constitution, mais il a piétiné tout le peuple.


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2 Commentaires sur cet articles

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  • ya hafid
    16 mars 2019 at 2:48 - Reply

    Un grand Merci de votre héritage!…..?

  • Azzi
    18 mars 2019 at 2:39 - Reply

    Oui vous avez raison Bouteflika a piétiné le peuple, entre autre, les employés des entreprises étatiques surtout celles stratégiques avec grand chiffres d’affaires. Nous les hommes et femmes libres à cause de cette syndicat “UGTA” des crimes on nous a imposé certain responsables “fils et filles de KASHIR” alors ils sont hors mérite, parfois leurs familles sont à l’aise financièrement peut être par le même mécanisme de détournement. Aussi à causse de Boutef et Sidhoum said et une certaine association des femmes et pour avoir une bonne image de droit des femmes face à l’occident les voleurs du pays ont décidé de donner des postes de responsabilités sans mérite à certaines femmes qui tournent autour de ce système pourri alors des hommes R’djal reste en bas catégorie. J’ai vu des responsables qui ne comprennent rien certain vocabulaire comme vision et visibilité, stabilité et stagnation et ne font pas de différence… Après le départ de ce système ça sera le tour de certain PDG qui sont connu et qui font partie des enfants de ce système pourri.

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