يومية الجزائر
Édition du
21 September 2019

Le retour de Bouteflika en Algérie, minute par minute

La Tribune de Genève. 17 mars 2019

Le président algérien était en piteux état pour son retour au pays. Récit, de sa sortie de l’hôpital au décollage à Genève.

Il était exactement 15h56 et 34 secondes quand l’avion décolle de Cointrin en direction de la base aérienne de Boufarik, près d’Alger. Dans le ciel nuageux de Genève, dimanche 10 mars, le Gulfstream IV s’envole.

L’épilogue d’un séjour de quinze jours particulièrement agités au bout du Léman, au consulat général d’Algérie, à Bellevue, et aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG), où Abdelaziz Bouteflika était soigné depuis le 24 février.

Les yeux de l’Algérie sont alors braqués depuis deux semaines sur Genève, où les manifestations se sont succédé, au Palais Wilson, devant l’hôpital, au rythme des colères exprimées dans les rues maghrébines. Une requête de mise sous curatelle du président algérien, deux jours plus tôt, a exacerbé la pression. Mais le pic de stress, c’est ce dimanche, jour du retour. Tout s’organise tardivement. Le vol est annoncé aux autorités dans la nuit de samedi à dimanche.

Le numéro de matricule 7T-VPM, qui serait muni d’appareils médicaux et avait déposé le président le 24 février, indique qu’il prévoit de se poser à 9h56. Il atterrira douze minutes plus tôt. La veille au soir, une entreprise spécialisée dans les transports de VIP a envoyé un SMS à une dizaine de chauffeurs partenaires, des profils habitués aux missions à haut risque. Le message dit qu’il s’agit d’une «very very important person», un «VVIP».

Les chauffeurs ont quelques minutes pour accepter, ou non, et se préparer pour un premier entraînement: un voyage à vide de nuit, de l’hôpital à Cointrin, pour repérer le parcours et éviter au maximum les aléas. Le groupe se réunit ensuite sur un parking près de l’aéroport pour déterminer les rôles de chacun. Les chauffeurs sont prêts à partir dès l’aube, mais ils ne seront pas appelés tout de suite.

«Jamais un déplacement présidentiel n’a suscité autant d’interrogations et d’incertitudes» À l’aéroport, le Gulfstream s’est parqué dans un hangar antibruit, à l’abri des regards. De nombreux journalistes, «spotters» et autres photographes se sont déplacés pour l’occasion devant la grille qui donne sur l’aviation d’affaires, le long de la route de Meyrin. Le journal espagnol «La Vanguardia» filme en continu. À 11h40, heure prévue du décollage, aucun mouvement. Aux HUG, pour une raison inconnue, le transfert est retardé. Les chauffeurs arrivent au compte-gouttes, pour ne pas attirer l’attention, via la zone de livraison sous le bâtiment Gustave Julliard. Certains véhicules sont néanmoins repérés par des manifestants algériens, qui campent quasi sur place depuis quelques jours. La sécurité essaie de les faire partir, en vain. La porte de la zone de livraison, d’habitude ouverte, se referme après chaque entrée.

Un van et une Mercedes noirs arrivent vers 13h 15. À l’intérieur, une nuée de blouses blanches, brancardiers, médecins et personnes en costume-cravate sont sur le point de surgir. Parmi elles, Nacer Bouteflika, le frère du président, donne de la voix: ça ne va pas assez vite Abdelaziz Bouteflika, président algérien dont la candidature à sa propre succession a été officialisée le 3 mars (le lendemain de ses 82 ans), apparaît dans un fauteuil roulant électrique, un modèle haut de gamme muni d’un défibrillateur et d’autres appareils médicaux. Il est à peine conscient, sous assistance respiratoire, sa tête, coiffée d’un bonnet noir, tombant sur son épaule. À l’aide d’une rampe, on le place dans un van, une Mercedes Class V Pack AMG aux vitres teintées et, pour l’occasion, munies de rideaux. Le chauffeur et un policier sont assis à l’avant, les sièges arrière ont été enlevés pour faire de la place au fauteuil roulant. Une infirmière est assise à côté du patient et deux gardes du corps algériens sont à l’arrière.

Un peu avant 15 heures, un convoi de sept véhicules noirs quitte les HUG. Le premier, en éclaireur, roule plus de 150 mètres devant. Un hélicoptère surgit des alentours et le suivra jusqu’à l’aéroport. Le cortège grille tous les feux tricolores, privilégie les axes droits. Pendant le trajet, l’infirmière doit intervenir pour aider Abdelaziz Bouteflika à respirer. Le convoi arrive sur le tarmac, moins de dix minutes après être parti, en entrant par la douane située à côté de la halle de fret, vers Palexpo. Il est en retard, l’avion avait reporté son décollage à 15 heures. La route de service destinée aux véhicules de tarmac est bloquée pour laisser passer les invités. Leurs véhicules sont immortalisés par la presse avant de disparaître à côté du hangar antibruit.

Puis tout se déroule très vite. Le président est déchargé, son fauteuil mis sur une échelle électrique munie d’une plaque, un modèle similaire à ceux qu’utilisent les déménageurs. Vingt-huit minutes après l’arrivée du convoi, la presse le voit faire le chemin inverse, alors que la porte du hangar antibruit s’ouvre lentement. L’avion sort à reculons, poussé par un tracteur de Jet Aviation. Deux hommes en gilet jaune détachent l’appareil, qui met son transpondeur en route à 15h27. Une erreur, sans doute technique, est alors commise. Le transpondeur de l’avion émet un signal selon lequel il a décollé. Il est 15h32, plusieurs sites de référence, dont le compte Twitter GVA Dictator Alert, indiqueront par la suite qu’il s’est envolé à ce moment. Ce n’est pourtant que 24 minutes plus tard que le Gulfstream part et soulage l’aéroport. «Une fébrilité certaine régnait», selon une source. «Depuis que je travaille sur le tarmac, je n’ai jamais vu que l’on cache un avion de pareille façon pour embarquer un passager», renchérit une autre. André Schneider, directeur de l’aéroport, indique qu’aucune «information ne sera donnée à ce sujet». Contacté, le consulat général d’Algérie à Genève n’a pas répondu.

Le 7T-VPM disparaît dans les nuages et les journalistes devant la grille quittent les lieux. Mais sur les sites de tracking des avions, c’est l’effervescence. Flightradar24 nous indique qu’environ 400 000 personnes ont suivi l’appareil du gouvernement algérien sur son site, un chiffre inédit. «Jamais un déplacement présidentiel n’a suscité autant d’interrogations et d’incertitudes», conclut pour sa part le politologue Hasni Abidi dans un tweet cet après-midi-là. En Algérie, les manifestants, qui réclament des changements au pouvoir, l’attendent de pied ferme.

source: Le Matin Dimanche


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4 Commentaires sur cet articles

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  • DRIA
    17 mars 2019 at 3:52 - Reply

    le vol de la Honte pour blanchir les vols d’une nation.

    Je l’ai dit mainte fois sur ce site « donnez nous une vraie justice et prenez tous le reste », je signe et je persiste c’est en ayant une justice libre et indépendante qu’on arrivera à remonter tous nos obstacles et a reconstruire le pays. C’est le cas aujourd’hui, dans la situation actuelle que nous traversons, bien que nous sommes encore en plein combat, c’est la justice qui nous fait le plus défaut.

    Je m’explique, Il faut redorer le blason du « pouvoir judiciaire » en premier et en urgence, avant de songer au « pouvoir législatif », et au « pouvoir exécutif ». Avant toutes négociations, avant de choisir les représentants du Hirak, avant de songer aux revendications du peuple, avant d’entamer des pourparlers avec le gouvernement actuel, avant d’exiger le départ du gouvernement, de ses représentants. On exige en premier le départ du ministre actuel de la justice Tayeb Louh et son remplacement par un nouveau ministre de la justice, en urgence, par un juriste intègre (juge, avocat ou procureur…).

    Nos juristes doivent se réunir en conclave le plutôt possible pour choisir un représentant qui prendra la barre du ministère de la justice qu’il gérera durant cette période transitoire. Le peuple fera confiance au choix de nos juristes. On fera confiance à ces milliers d’avocats qui ont battu le pavé dés la première semaine et ceux qui ont marché devant le conseil constitutionnel. On fera confiance au choix que feront les 1000 juges qui ont dit non à la mascarade électorale et non à la supervision du scrutin. On fera confiance au procureurs qui se sont joint au mouvement.

    Une fois que nos juristes éliront un représentant, on l’intronisera au nom du peuple en tant que nouveau Ministre de la justice. Et pour ceux qui se soucient de la légalité de l’action, dites-vous que la constitution fut violée sous nos yeux plusieurs fois. Alors, autant les fermées car pour une fois c’est dans l’intérêt du peuple, et par le choix du peuple souverain comme le stipule notre constitution, que nous aurions agi, ainsi.

    Un nouveau ministre de la justice qui va couper l’herbe sous les pieds de cette mafia et mettre à nu le piétinement de la constitution, les dépassements, et dilapidations qui se font sous nos yeux meme durant cette période “affaire PETROFAC entre autre . il faut agir vite pour permettre, ainsi, au pouvoir judiciaire de veiller au respect de la loi, de gérer légalement les affaires courantes d’état, d’émettre des décisions de justices qui vont contrecarrer les dilapidations des biens de la nation, d’émettre des mandats d’arrêts contre des responsables suspects, des interdictions de quittez le territoire, d’annulez des contrats de derrieres minutes….

    Ce n’est qu’une proposition mais il faut remettre le « pouvoir judiciaire » en marche, le plutôt possible. Par cette action le peuple sentira la concrétisation d’une de ses revendications, et reprendra confiance pour continuer le combat de nouveau. Un second souffle à la solidarité populaire.

    Permettre aux juges, aux procureurs et avocats de reprendre leur travail en toute liberté et en toute transparence, et de ne plus subir les interventions par téléphones, ou des ordres émanant des oligarques et autre apparatchik du système, aura inéluctablement des retombées immédiates sur le cour des événements et la suite du mouvement.

    Wallah, c’est faisable et réalisable. Donnez nous un magistrat qui par une decision de justice exigera de voir le président et de l’entendre. s’il est encore vivant. C’est aux robes noires que je m’adresse , avec 1000 juges justes et intègres vous pouvez libérer l’Algérie, l’Afrique et le reste du monde. Cependant, il faut le faire très vite.

  • Amari
    17 mars 2019 at 8:27 - Reply

    Aucun POUVOIR, Aucun systeme ,aucune mafia au monde n’ a organisé un tel cinema une telle mascarade digne d’hollywood,pour proteger un mafiosi, un president ou une personnalité celebre, sortant d’ un hopital, pauvre Algerie

    • Dria
      18 mars 2019 at 9:04 - Reply

      Il a suffit d’une avocate suisse et d’une plaignante algérienne pour les faire déguerpir. Avec une justice fonctionnelle libre et indépendante, on arrive a faire valoir son droit, malgré la complicité des autorités suisses pour qui les intérêts de la suisse passe avant.
      Une justice libre et indépendante c’est ce qui nous manque le plus.

      je sais que c’est utopique de choisir un nouveau ministre de la justice,alors je rectifie ma proposition d’hier. Est ce que parmi nos 1000 juges signataires, il se trouve une dizaine qui soit vraiment intègre, n’ayant jamais abdiqué à un coup de fil? Est-ce qu’on peut avoir une dizaine qui sera prête à faire face aux injonctions et aux interventions d’en haut et ouvrir une nouvelle page de la justice algérienne. Est-ce qu’il ya une dizaine qui veut vraiment se repentir et faire un méa-culpa . S’ils existent qu’ils commencent à parler au nom de la justice, au nom du peuple , qu’ils dénoncent les irrégularités et piétinement de la loi qu’on observe actuellement, qu’ils nous annoncent le début de la fin du règne de l’impunité.

      Car jusqu’à preuve de contraire, au moment où nous marchons, nos barrons continuent de faire des affaires et de spolier , de bronzer à club des pins ou au bords de leurs piscines sans être inquiéter. Il faut agir entre temps et leur signifier que le temps de l’impunité est révolu pour de vrai.

      Enfin, maintenant que le monde entier nous suit de prés, on pourra importer des avocats suisses, des juges italiens, mais dans tous les cas les plaignants seront les pauvres algériens que nous sommes. Pauvres nous le resterons tant qu’on n’aura pas une justice respectable.

  • tarak
    18 mars 2019 at 10:53 - Reply

    Pourquoi tout ce cirque plein de cachoteries et de subterfuges? Est ce vraiment des êtres humains ces gens là et dire qu’ils sont à la tête de l’Etat Algérien depuis 20 ans. Ce sont des monstres, c’est incroyable.

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