يومية الجزائر
Édition du
7 December 2019

Après la chute de Bouteflika: gare au faux départ !

TSA Par: Makhlouf Mehenni 03 Avril 2019 à 12:34

Bouteflika n’est plus président de l’Algérie depuis ce mardi 2 avril 2019. Une nouvelle ère commence et il appartient maintenant aux Algériens de faire en sorte de ne pas tomber de Charybde en Scylla et qu’ils ne soient pas un jour amenés à regretter celle qui vient de s’achever.

Ils sont sortis par millions dans les rues pour réclamer le départ du système et ils doivent maintenant continuer le combat, pacifiquement, pour faire aboutir le rêve de l’édification d’une société démocratique et d’un Etat de droit.

Le départ de Bouteflika n’est qu’une étape de franchie. Ce mercredi 3 avril, toute l’Algérie s’est réveillée avec le sentiment du devoir à moitié accompli et forcément beaucoup d’appréhensions.

On s’interroge d’abord sur les intentions réelles des chefs de l’armée. Ils ont donné un coup de main décisif, ils ont contribué à arracher le pouvoir des mains de la famille Bouteflika, ils doivent maintenant le remettre à son dépositaire légal, le peuple, et à personne d’autre. Peu importe la formule. En ce premier jour de l’après-Bouteflika, rien n’indique que l’état-major de l’ANP ne tiendra pas parole.

Une issue heureuse à la crise est toujours possible, pour peu que les comportements qui ont fait la triste réputation du système, qui lui ont valu d’être aujourd’hui d’être unanimement décrié, soient combattus. Hélas, le risque de les voir se reproduire est réel. Bouteflika n’était pas encore tombé que ses plus zélés soutiens d’hier s’étaient empressés de précipiter sa chute, de l’humilier lui et sa famille. Comme ils l’avaient fait avec Zeroual, Chadli et les autres.

Le peuple a bien raison d’exiger le démantèlement du système. Car le système c’est d’abord ces comportements indignes. Le FLN, le RND, TAJ et une kyrielle d’autres partis aux acronymes difficiles à retenir, tous leurs cadres et militants, les organisations dites de masse, les associations fantoches de la société civile, la famille dite révolutionnaire, certains patrons de presse et faux hommes d’affaires ont tous prouvé, en retournant la veste toute honte bue, qu’ils sont imperméables au changement et qu’ils sont le véritable mal du pays.

Il y a encore à peine un mois, ils adulaient Bouteflika jusqu’à en faire un prophète, courbaient l’échine devant ses frères, insultaient ses opposants. Aujourd’hui, le héros c’est Gaïd-Salah. En attendant le prochain. Tous ceux qui ont soutenu le cinquième mandat et même le quatrième doivent comprendre que l’Algérie nouvelle ne pourra pas se faire avec eux et leurs bassesses.

Le commandement de l’armée, qui dit avoir la même vision pour l’avenir que le peuple, et qui se présente comme le garant d’une transition apaisée, doit se montrer vigilant. Entamer la nouvelle ère avec ce que le système a produit de plus méprisable, équivaudrait à effectuer un faux départ qui nous ramènera à la case départ avec encore plus de risques pour le pays.

Les responsables de l’armée doivent aussi veiller à ce que leur implication et leur positionnement contre le maintien de Bouteflika ne soit pas perçus comme un simple épisode d’une guerre des factions au sein du régime. Poursuivre dès maintenant des corrompus et les jeter à la vindicte populaire et ne pas inquiéter d’autres sur lesquels pèsent de sérieux soupçons n’a rien de rassurant.

Les Algériens ne se sont pas révoltés pour permettre à quelque partie de régler ses comptes avec une autre, à un clan de se venger d’un autre. Ils l’ont fait pour changer leur quotidien en mieux et pour justement que cessent ces pratiques qui ont terni l’image du pays et ébranlé la confiance du citoyen dans les institutions.

Aussi, le plus urgent est de donner des garanties pour que la période de transition qui commence débouche sur un véritable changement et en aucun cas sur un recyclage du système et de ses pratiques. Le futur de l’Algérie se dessinera dans les trois prochains mois et toute tentative de manœuvrer dans le dos du peuple dans cette période cruciale sera lourde de conséquences. L’armée n’aura pas alors une nouvelle chance de prouver que son destin et celui du peuple sont liés.


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Un commentaire

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  • Dria
    3 avril 2019 at 1:26 - Reply

    Le pouvoir, le coma et le peuple .

    Les images d’hier me laisse pantois. Celui qu’on nous annoncer dans le coma, avait de meilleures mines que Bensaleh et Belaiz. Comment croire tous ces menteurs qui n’ont qu’une mission en tête sauver le système, pérenniser le pouvoir mafieux pour sauvegarder leurs intérêts. Oui, c’est le peuple qui était dans un coma profond depuis des années. Nous sommes sortis de cet état depuis juste un mois et demi, un certain 22 février pour être plus précis. Chers Compatriotes, réveillons nous, gardons les yeux grand ouvert, et les pieds sur terre. Ne crions pas victoire. Nous sommes encore au point de départ, restons vigilants, il ne faut surtout pas les croire, ils veulent nous rendormir.

    Dans le dernier communiqué du MDN, un acquis et pas des moindres pour le peuple, le départ de Bouteflika, et l’élimination de l’idée de monarchie à jamais. Une victoire particulièrement sur la France et les Emirates Arabes Unis qui ne s’opposaient point à l’idée d’un nouveau makhzen en Algérie. Avec ce départ, nous entamons la naissance de la Seconde République.
    Pour une fois, le vice ministre de la Défense utilise le terme de عصاية ou GANG, une bande de malfaiteurs quoi. Il reconnaît ouvertement qu’il s’agissait d’un gang. C’est une réalité que nous savions et que nous confirmons en tant qu’Algériens. Mais ceux qui ont rédigé ce communiqué qui a fait le tour du monde, ont fait tomber les masques inconsciemment. Révélant par ce terme le vrai visage de la mafia qui nous gouverne. Le monde entier saura qui gouvernait l’Algérie depuis des années. Vous venez de prouver au monde entier l’existence d’une mafia civile et militaire.
    Monsieur le Vice ministre de la Défense, vous avez neutralisé un gang de cette mafia, un gang qui préparait un cinquième mandat sereinement avec la bénédiction de tous les tenants du pouvoir civils et militaires. Heureusement qu’il y eut un sursaut salvateur de ce peuple, certes comateux, mais pas mort. Alors soyons claire tous ces événements et leurs retombées, sont la conséquence de la mobilisation populaire inédite et la solidarité du peuple. On ne s’arrêtera qu’une fois le départ du système mafieux consommé.
    Non, on n’acceptera jamais d’abandonner le mouvement, ni de le laisser récupérer par quiconque et surtout pas par la hiérarchie militaire. Non ne nous voulons pas de la 102, ni de Bensalah, ni d’un autre, pourquoi ? Car nous ne reconnaissant, ni le Sénat, ni l’assemblé populaire, ni les institutions que le gang avait créées pour se faire servir en premier et non pas pour servir le peuple. Ainsi, que cette constitution qui fut tripotée à maintes reprises pour maintenir le gang en place. Donc, soyons logique, le gang doit partir avec ses institutions et sa constitution. On veut reconstruire sur des bases solides, un état de droit, avec de vraies institutions et une vrai constitution que seule une assemblée constituante pourra garantir.
    Si vous êtes sincères et si vous voulez aider le peuple à vous respecter. Il faut le prouver sur le terrain par des actes. Commencer par évincer les juges de la cours suprêmes et des juges présidents de cours qui répondaient aux ordres du Gang et les laissez les juges eux même choisir de nouveau plus représentatif. C’est le premier signe d‘apaisement envers ce peuple à même de rétablir la confiance avec la hiérarchie militaire qui dirige actuellement le pays.

    Ni ce monde entier qui nous regarde, ni ces puissances qui veulent nous déstabiliser, ni ces généraux qui veulent récupérer le mouvement, ni les opportunistes qui guettent le moment propice, ni les affairistes qui ont peur de perdre leurs privilèges, ni les malfrats qui ont peur d’une justice libre et indépendante, ni les autres gangs n’arriveront à déstabiliser ce peuple ou à lui faire changer de cap. Ces demandes sont claires et légitimes, toutes les manipulations seront vaines.

    Peuple algériens civils et militaires nous avons une chance de commencer une nouvelle page de notre histoire ne la gâchant pas. De nombreux défis nous attendent, économiques et géostratégiques, politiques et sociaux culturelles. Nous sommes prêts à les relevés. Ce n’est pas de Gaulle qui a donner l’indépendance à l’Algérie, comme ce n’est pas Gaid qui a dégommer Bouteflika. C’est grâce au peuple et à ses mobilisations et il confirmera sa réponse en ce vendredi 05 avril 2019. On ne refera jamais l’erreur qu’on commit nos ainés en 1962. Respectons le choix du peuple, 57 ans Barakat.

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