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18 September 2019

Algérie et Soudan : de nouvelles révoltes arabes contrariées ?

Huit ans après les soulèvements historiques dans le monde arabe, deux pays, l’un au cœur du monde arabe et l’autre dans la Corne de l’Afrique, se débattent pour aller plus loin que leurs prédécesseurs des printemps avortés.

Par Le Point Afrique (avec AFP)Publié le 07/06/2019 à 12:03 | Le Point.fr

Des membres de l'armee soudanaise se sont rassembles dans une rue du centre de Khartoum le 11 avril 2019, apres avoir renverse Omar el-Bechir, l'un des plus anciens presidents d'Afrique.
Des membres de l’armée soudanaise se sont rassemblés dans une rue du centre de Khartoum le 11 avril 2019, après avoir renversé Omar el-Béchir, l’un des plus anciens présidents d’Afrique.© AFP

De l’Algérie, dont l’armée et son chef d’état-major sont redevenus les véritables centres de décision, au Soudan, où la dispersion sanglante du sit-in de la contestation fait craindre une spirale de violence, rappel des étapes de ces nouvelles révoltes dans le monde arabe. En 2011, de nombreux pays arabes avaient été secoués par des mouvements de protestation, qui ont notamment provoqué la chute des présidents Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Égypte.

Le mur de la peur s’est effondré en Algérie

À ce jour, la Tunisie fait exception, en poursuivant sa transition démocratique. En Égypte, le pouvoir est entre les mains d’Abdel Fattah al-Sissi depuis le renversement par l’armée, dont il est issu, du président islamiste Mohamed Morsi en 2013. Dans d’autres pays, comme la Syrie, le Yémen et la Libye, les révoltes contre les pouvoirs en place ont dégénéré en guerres en cours.

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Le 10 février 2019, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis deux décennies et affaibli depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, annonce qu’il briguera un 5e mandat lors de la présidentielle du 18 avril.

Le 22, des milliers de personnes, répondant à des appels sur les réseaux sociaux, manifestent dans plusieurs villes contre un cinquième mandat du chef de l’État, premier vendredi d’une contestation inédite toujours en cours.

Le 10 mars, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, qui avait quelques jours plus tôt présenté l’armée comme la « garante » de la stabilité, déclare que l’institution « partage » les « mêmes valeurs » que le peuple. Deux semaines plus tard, il demande que le président soit déclaré inapte à exercer le pouvoir ou qu’il démissionne.

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L’ex-président Abdelaziz Bouteflika va être lâché par ses plus fidèles soutiens, face à une mobilisation populaire qui ne faiblit pas.

Le 2 avril, il démissionne, cédant à un ultimatum de l’armée.

Mais les Algériens continuent à descendre tous les vendredis en masse dans la rue, déterminés à se débarrasser de l’ensemble du « système » au pouvoir.

Le 20 mai, le général Gaïd Salah rejette deux principales demandes de la contestation : le report de la présidentielle destinée à élire un successeur à M. Bouteflika et le départ des figures du « système politique ». Devenu de fait le véritable détenteur du pouvoir, il multiplie les discours.

Le 31, les manifestants défilent de nouveau nombreux pour le 15e vendredi consécutif, notamment à Alger et malgré de nombreuses arrestations. « Ni dialogue ni élections, mais une (Assemblée) constituante », peut-on lire sur une pancarte dans la capitale.

Le 2 juin, le Conseil constitutionnel annule de facto la présidentielle prévue le 4 juillet après avoir invalidé les deux seuls dossiers de candidature. « Le report de cette élection est une victoire pour la rue, mais une victoire à haut risque », estime Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève. C’est « un défi pour le hirak (mouvement de contestation) et la classe politique, qui sont ainsi privés d’un facteur de taille pour se mobiliser », dit-il.

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Un printemps kaki pour le Soudan

Le 19 décembre 2018, des centaines de Soudanais manifestent après la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un contexte de crise économique et de mesures d’austérité. Dès le lendemain, les manifestants réclament la fin du régime.

Le 22 février 2019, au lendemain d’une marche réprimée, le président Omar el-Béchir décrète l’état d’urgence et limoge le gouvernement.

Le 6 avril, la contestation, dont certains meneurs disent être revigorés par la démission de M. Bouteflika à Alger, prend la forme d’un sit-in devant le siège de l’armée à Khartoum.

Le 11, les militaires destituent le général Béchir, après trente ans de pouvoir, remplacé par un « Conseil militaire de transition ». Mais des milliers de manifestants restent devant le QG de l’armée pour réclamer le transfert immédiat du pouvoir aux civils.

Le 20 mai, après des avancées, les négociations entre les généraux au pouvoir et les chefs de la contestation s’achèvent sans accord sur la composition d’un Conseil souverain. Chaque partie réclamait de diriger ce Conseil chargé de mener une transition sur trois ans.

Une grève générale est observée les 28 et 29 mai, pour tenter de faire plier le pouvoir militaire.

Fin mai, le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, se rend au Caire et à Abou Dhabi. Il y rencontre les dirigeants de ces pays foncièrement hostiles aux soulèvements dans la région. « Lors de sa visite dans le Golfe, la situation en Libye et au Yémen a été rappelée au général » Burhane, avec l’idée qu’elle était le « résultat du manque de détermination des dirigeants », déclare Mathieu Guidère, professeur à l’université de Paris-8 et spécialiste du monde arabe.

Le 3 juin, le sit-in devant le QG de l’armée est dispersé dans le sang. La contestation dénonce un « massacre » perpétré par des « milices » du Conseil militaire.

Selon un comité de médecins proche des manifestants, la répression a fait depuis lundi plus de 100 morts, essentiellement lors de la dispersion du sit-in à Khartoum.

Le 5, les chefs de la contestation rejettent l’appel des généraux à la tenue d’élections sous neuf mois et l’offre de dialogue en dénonçant un « putsch ».

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Un commentaire

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  • Nacer
    7 juin 2019 at 7:05 - Reply

    A mon avis,ce qui importe pour la stabilité de tout régime autoritaire n’est pas la légitimité d’un système d’une domination particulière, mais l’absence ou la présence d’options “politiques” préférables. Le Processus de “transformations” où les alliances de groupes ou d’individus clés ou résiduels modifient leur positionnement à 180 degrés. Un processus dans lequel tous les intérêts sont soumis à l’incertitude. Que faire pour instaurer un régime neuf et équitable ? Par le droit? Par la rue? Ou par les deux?

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