يومية الجزائر
Édition du
13 December 2019

Le Hirak a empêché le 5e mandat mais n’a pas vraiment impacté l’appareil de pouvoir.

Saïd Mekki
8 juin 2019

Hirak 14
07 juin 2019

Nul n’espérait que la sortie du « Président de l’Etat » puisse constituer un moment significatif dans les développements de la phase politique inaugurée le 22 février 2019. La Nation qui n’en attendait rien n’a donc pas été déçue. L’unique information était non-verbale, ce poussif bureaucrate a confirmé, bien malgré lui, un état de santé manifestement préoccupant. Cet homme malade n’a fait que répéter la décision d’organiser des élections présidentielles et annoncer un vague « dialogue » préalable avec des « personnalités nationales ». La feuille de route – pour employer une formule creuse dans l’air du temps – édictée par le chef d’Etat-Major demeure la perspective exclusive de sortie de crise. Rien de neuf sous le soleil éteint de l’autoritarisme : le régime ne concède rien, il n’y aura pas de transition vers la démocratie, la constituante ne sera pas et le pays continuera dans la voie de la constitution actuelle taillée pour une dictature.

Le maintien en l’état de l’appareil médiatique de propagande installé au lendemain du coup d’état du 11 janvier 1992 est en soi révélateur du refus déterminé de tout aggiornamento. Ce dispositif est central : chargés de justifier le coup d’état et l’éradication antisubversive, les médias supervisés par la police politique continuent d’assumer leur mission de porte-voix du régime. Ceci d’abord en entretenant, en martelant, le mythe de l’existence d’une scène politique, aussi virtuelle qu’ignorée par la population. Ces médias restent la source intarissable d’un flux constant de pseudo-informations sur des partis fantomatiques, qui comme la presse elle-même relèvent des moukhabarate, et sur les activités pavloviennes d’une « classe politique » formée de supplétifs ou de mercenaires notoires.

On le constate sans mal au fil des arrestations et des jugements de manifestants pacifiques, les organes de répression, justice et polices, fonctionnent sans grands changements. Le pouvoir est concentré entre les mêmes mains. Le régime est immobile, à l’exception notable des effets collatéraux de sa réorganisation interne. Notamment ceux déterminés par l’élimination du groupe d’intérêt dirigé par le général Toufik Mediéne.

Ainsi, si le Hirak né le 22 février 2019 a empêché le cinquième mandat, il n’a pas vraiment impacté l’appareil de pouvoir pas plus qu’il n’a pu libérer les prisonniers d’opinion.

Quasi hermétique aux pressions populaires après le choc initial, qu’il a utilisé pour refonder de nouveaux équilibres, le régime, en dépit de ses contradictions, ne saurait modifier sa structure ou sa culture au risque de se perdre. L’intransigeance de ses chefs, assis sur une organisation sécuritaire et médiatique invariante, est la seule posture possible, elle est non négociable. On voit bien sous cet angle les limites du dialogue envisagé par le président de l’état. D’autant qu’avec les « personnalités nationales » mises en avant par la presse, le régime entend clairement dialoguer avec lui-même. L’opinion n’est absolument pas dupe de ces leurres et n’entend pas « dialoguer » avec les vacataires discrédités du système.

En dépit du rejet populaire, l’on peut observer que le propos du président de l’Etat, comme celui du chef d’Etat-major, demeure formellement lénifiant, sans aspérités, nullement menaçant. Ce discours n’en est pas moins l’expression d’une détermination sans équivoque. Couplé a l’empoisonnement médiatique incessant ce monologue de pouvoir contribue à la fabrication d’un climat politique déprimant et sans perspectives.

La méthode trahit l’objectif : en campant sur ses positions et en comptant sur la lassitude (et la canicule) l’armée espère asphyxier progressivement et à moindre frais le Hirak.

Le léger tassement de la mobilisation dans la capitale, en ce seizième vendredi de contestation, serait-il un premier signe de l’efficacité de cette stratégie de lente strangulation ? Il est bien trop tôt pour l’affirmer.


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3 Commentaires sur cet articles

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  • meriem
    10 juin 2019 at 7:46 - Reply

    vous vous trompez monsieur SAID Mekki, l impact du hirak est memorable et miraculeux bien plus que le dernier des pessimistes ne l’ aurait imaginé , lisez ceci pour vous en convaicre

    c ‘est exceptionnel et historique ce que le mouvement Hirak a apporter a l’ histoire contemporaine de l ‘algerie.Il a permis d ‘imposer au systeme despotique son mode de reflexion et de revendications , il a egalement , chose pratiquement nouvelle, ouvert des autoroutes à toutes les forces de progrés et de resistances legales ou anonymes, individuelles ou collectives , diaspora comprise,afin de se faire entendre ,Il a constitué la tribune des opprimés de faire entendre leur voix , chose unique le mouvement a innover dans le sillage de la democratie participative en faisant abstraction de toutes leur differences ,politiques ou autres, dans lequel la contre revolution a tenter de l’entrainer, sans succes d ailleurs.Le mouvement a depassé en ingeniosité les modeles et les formes de luttes existants jusqu a l’ heure actuelle et qui sont devenus obsoletes , Les formes de revendication et de contestation du Hirak constitue un handicap infranchissable pour le systeme qui ne se retrouve plus , un systeme predateur completement archaique devant un mouvement insaisissable dans son organisation, c est ce qui fait sa force

  • Amina Kadi
    11 juin 2019 at 3:19 - Reply

    Indéniablement et jusqu’à présent, le Hirak a empêché le cinquième mandat, mais aussi le report des élections prévues initialement le 4 juillet. Effectivement, le système en lui-même n’a pas changé. Par contre, grâce au Hirak, il y a eu la mise à nu des décideurs réels. Ce qui constitue à mon avis un pas très important. Il vaut mieux s’adresser directement au bon Dieu qu’à ses sbires.

    Maintenant, la question posée : c’est jusqu’à quand le système va continuer à vouloir garder le pouvoir face à une population dont la détermination d’en découdre avec la junte est reste très forte.

  • Hychem Zaidi
    12 juin 2019 at 10:52 - Reply

    Desole Monsieur, vous manquez de discernement….il vous faut une lecture psycho-sociologique pour comprendre les consequences immediates du soulevement magnifique du peuple algerien. Votre lecture de ce processus revolutionnaire est tronquée Monsieur. Les commentaires de Meriem et de Amina Kadi sont edifiantes. En outre, on verra dans quelques mois Monsieur S. Mekki. Ne soyez pas pessimiste. Personnellement, je pense que c’est le debut de la fin de ce systeme et de ce regime criminel et felon. En tous cas, rien ne sera plus comme avant. Detrompez-vous Monsieur Mekkies les consequences à moyen et long terme apporteront, à mon humble avis, davantage de changements. Wait and see…

    Cordialement.

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