يومية الجزائر
Édition du
17 November 2019

Crise de volontés

HAMID TAHRI

El Watan le 01 AOÛT 2019

L’image donnée par l’actualité est loin de refléter l’idée que le peuple se fait de son avenir. Alors que ce dernier, qui vient de sortir d’une longue nuit ténébreuse, où il n’a jamais eu droit au chapitre, aspire à un changement véritable pour être maître de son destin, au travers d’institutions solides et admises par tous, le spectre de l’élection à tout prix et dans les plus brefs délais est brandi comme si cette option est la solution idoine.

La démocratie, ce n’est pas seulement les élections qui sont un moyen et non une fin. Certes, les élections sont un outil indispensable, mais elles ne peuvent être la seule clef de voûte. Il faudra d’abord penser au contrôle des pouvoirs et leur séparation, l’indépendance de la justice trop soumise jusque-là aux injonctions et aux influences.

Il faudra donc se doter obligatoirement d’outils juridiques et matériels conséquents pour bâtir un véritable Etat de droit. Dans les faits, ce que l’on constate n’est pas une crise des élections, mais une crise politique et une crise de volontés qui ne peuvent être réglées qu’en se soumettant à certains préalables.

Or, le pouvoir réel écarte toute idée de préalables, obnubilé par les élections à tout prix et par la course contre la montre. De toute manière, on ne peut guérir de nos maux en un tournemain. L’Etat déstructuré et décrédibilisé ne mérite-t-il pas un meilleur sort et une meilleure attention ?

Ou alors, devra-t-on assister impuissants à sa reproduction, situation inimaginable et pour laquelle le peuple s’est révolté un certain 22 février 2019 et qui poursuit sa révolution pacifique avec détermination et foi. Car cette masse désillusionnée par tant d’épreuves, qui se compte en millions, a pris le parti de réembarquer vers une station autre que celle qu’elle a connue jusque-là.

Tout le monde reconnaît l’inanité de l’actuelle Constitution qu’on veut continuer à appliquer contre vents et marées, malgré ses effets pervers et le danger qu’elle fait peser en raison des prérogatives énormes qu’elle offre au président de la République.

La position du pouvoir, qui a rejeté d’un revers de main les préalables censés donner lieu à un climat apaisé, et le retour de confiance espéré ont engendré au contraire une vague anxiété et un désarmement de l’esprit, qui ne pourront cependant affecter le spasme révolutionnaire qui exige de remettre en question certains aspects des leviers constitutionnels et institutionnels devenus caducs.

L’important, c’est d’avancer sans s’abandonner à la désespérance, car l’histoire d’un projet nouveau n’est pas à ruminer mais à inventer pour ne pas tomber dans les erreurs du passé. Ne dit-on pas comme Clarke que le politique ne pense qu’aux prochaines élections, alors que l’homme d’Etat, lui, pense aux prochaines générations ?

Cela rappelle aussi l’histoire des clefs perdues, et qu’on cherche au pied du réverbère, non parce qu’on les a perdues à cet endroit, mais parce qu’ici il y a de la lumière !


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