يومية الجزائر
Édition du
21 October 2019

Etudier en France… où le parcours des combattants

– Youcef L’Asnami

« A compter de la rentrée 2019, les étudiants extra-européens qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation à l’université en France devront acquitter des frais d’inscription annuels : 2 770€ en licence et 3 770€ en master. Afin de savoir précisément si vous êtes concernés par cette réforme, renseignez-vous dans votre espace Campus France et auprès de l’établissement dans lequel vous souhaitez étudie ».

Les 571 000 membres du groupe facebook « Campus France Algérie, CCF, CEF » connaissent tous cet avertissement affiché sur le site Campus France. Tous !

Comme ils connaissent tous les procédures relatives à l’ouverture d’un compte Campus France, les adresses des consultas français en Algérie, les contacts et  les démarches  à suivre  en matière de demande de visas long séjour pour études. Les sept motifs de refus de visa n’échappent pas à leur vigilance.

Que ce soit pour Campus France ou pour la demande « visas étudiants »,  la liste des pièces exigées est impressionnante.  Aucune confiance ne leur est accordée. Aucune ! Pour la simple photo d’identité, on leur impose la taille : 50 Ko ! La majorité des documents doivent être traduits par un traducteur assermenté. Et comme le ridicule ne tue point, le site leur précise que « Les documents en français dont le cachet est en arabe n’ont pas besoin d’être traduit »

Le site Campus France avertit les étudiants que  « La présentation d’un document non fiable (faux documents Campus France, faux relevés de notes, faux diplômes, faux relevés bancaires, fausses réservations d’hôtel ou réservations annulées, fausses inscriptions etc.) entraîne l’inéligibilité à toute procédure Campus France et conduit le consulat général à opposer un refus de visa. », et qu’en cas de fraude ils risquent un minimum de 5 ans d’interdiction de visa Schengen.

En plus de cette paperasse, on exige à certains étudiants de passer des tests de français. Et tout leur est facturé : 9000 DA pour  l’inscription à Campus France , 10 000 DA pour le passage du Test de Connaissance du Français (TCF),  13 000 DA pour la  demande de visas, sans compter les autres « options » qui sont proposées à ces étudiants. Et tout cela sans aucune garantie quant à l’issue de leur demande.

Un vrai parcours du combattant qui est loin de décourager ces milliers d’étudiants qui n’ont qu’une seule envie : quitter l’Algérie, soit réellement pour faire des études, soit pour s’installer en France, ignorant pour la plupart, l’autre galère qui les attend à leur arrivée dans ce pays.

Profitant de cette détresse juvénile, des « sociétés » des personnes et des associations, souvent douteuses, leur proposent, moyennant finances bien –sûr, de les aider dans leurs démarches à toutes les étapes de la procédure. 

Une grande majorité de ces étudiants se sont donc  inscrits dans le groupe  « Campus France Algérie, CCF, CEF » pour s’entraider, se renseigner, crier leur joie à la face du monde comme cette jeune femme « Je crois que c’est mon tour 😄: #visa_accordé. Merci à vous tous. Sans vous je ne serais pas en train d’écrire ce statut ! 😁 »,  leur colère «  J’en ai marre. Du n’importe quoi cette administration » ou enfin leur dépit  « Visa refusé motif 4 vfs après 48 jours d’attente. Nwekel 3lihoum rebi je suis sûre que j’ai passé un bon entretien 😔😔 »

Des posts émouvants de ces étudiants qui  témoignent des difficultés rencontrées pour réunir les 7 500 € exigés par année d’études, trouver un garant, trouver le bon formulaire, trouver un hébergement en France, rédiger un courrier, prouver sa bonne foi….
L’entraide est réelle entre eux. Des étudiants ayant réussi à se procurer leur sésame  partagent  des modèles de courriers qui ont marché, des modèles de preuve liées au financement de leurs études, du garant de l’hébergement etc.

  Fait rarissime qu’il faut souligner : aucun post n’est hors le sujet du groupe : ni politique, ni social, ni culturel. Tous les posts sont exclusivement consacrés aux procédures exigées pour venir étudier en France et les difficultés rencontrées.

Rien ne décourage la majorité de ces étudiants qui vont jusqu’au bout de leur ambition, n’hésitant pas à refaire une deuxième, puis une troisième demande .et en gardant espoir qu’ils finiront par y arriver.

Devant cette inépuisable énergie,  ne peut-on pas se poser la question du pourquoi de cette rage de partir en affrontant tous les obstacles sur son chemin et souvent en ruinant leurs propres familles ?

Même si « La jeunesse est capable de toutes les abnégations », il est important de l’écouter et tenter de répondre à ses légitimes aspirations. Parce qu’ils sont nombreux. Parce qu’ils veulent construire un avenir meilleur. Hada makane !  Et ce n’est pas la décision démagogique de remplacer le français par l’anglais qui les fera changer d’avis.


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Un commentaire

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  • yom
    5 août 2019 at 6:21 - Reply

    D’accord mais il faut enlever de nos tête “laaa baaaas”….

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