يومية الجزائر
Édition du
21 October 2019

EN ALGÉRIE, LE MOUTON NE BÊLE PLUS

Abdallah CHEBBAH Août, 2019

On annonce la date de l’Aïd El Adha pour le dimanche 11 août. En Islam, le rituel religieux veut que chaque année un mouton soit sacrifié au nom de dieu pour perpétuer la tradition musulmane et se permettre de manger de la viande cuite au charbon, d’en donner une part conséquente aux démunis et de faire la fête. Cette année, il sera, en plus, sacrifié au nom d’une cause juste qui sera, ses droits et sa dignité. On ne l’entendra pas bêler comme à ses habitudes. Une nouvelle langue par laquelle le monde lui sera ouvert, lui a été insufflée par je ne sais quel miracle. Elle a une consonance ancestrale, culturelle, citoyenne. Il ne Baâ plus, il Gaâ. 

Voilà plus d’un demi-siècle qu’il a essayé de s’exprimer, de donner son avis, de se faire entendre. Malheureusement on lui avait toujours dit de se taire, de bêler comme tous les autres mammifères herbivores domestiques par la langue qu’on lui a appris à l’école maternelle. Il constate aujourd’hui qu’avec cette langue, il ne pourra pas aller très loin comme tous les autres moutons sous d’autres cieux. Craintif et apeuré, il se résigna pendant de langues années à se morfondre dans son malheur de ne pas avoir appris la langue de ces ancêtres. Il décida alors d’apprendre une autre langue plus universelle par laquelle il pourrait se faire comprendre par tous les bergers du monde. 

Il se mit alors à apprendre la langue du courage, celle de la dignité et de la fierté d’être un mouton pacifique, éclairé et lucide. Il côtoya ses pairs pour la perfectionner. Il apprit ainsi à la parler convenablement sans difficultés comme si c’était sa langue maternelle. Il défia alors les bergers. Il leur fit comprendre que le temps du Baâ est révolu. Place au Gaâ. Malgré cela, les bergers font la sourde oreille. Ils dédaignent cette langue étrangère qui sonnent mal dans leurs oreilles. Ils préfèrent toujours la langue de bois qui a abruti beaucoup de moutons, frères, sacrifiés sur l’autel de l’Injustice, de la Hogra, de la misère, de la pauvreté, de la corruption, de l’ignorance, de l’obscurantisme, de la bestialité et de la démence.

Le mouton Algérien a une particularité. Il est carré, borné, pur et têtu. Cette fois-ci pour se faire entendre une fois pour toute, il décida de ne plus parler et de refuser d’aller à l’abattoir sans être entendu et satisfait dans ses droits. Il va tout simplement désobéir au berger. Il va arrêter de ruminer et de parler. Il n’ira plus se nourrir chez les autres. Il veut brouter l’herbe de ces terres. Il restera chez lui. Il ne veut plus se sacrifier pour des bergers psychopathes, idiots, analphabètes, des bandits, des vauriens. Il veut se sacrifier comme l’ont fait ses prédécesseurs pour qu’il bêlera dans toutes les langues que comprendront tous les moutons polyglottes et les bergers braconniers qui ne servent à plus rien. Les langues de la dignité, de la fierté, des droits et libertés.

                                Au diable, les méchants bergers et les maquignons du dimanche.


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