يومية الجزائر
Édition du
18 September 2019

Contestation en Algérie : «Le pouvoir est aux abois»

Pour le sociologue franco-algérien Saïd Belguidoum, la rentrée devrait marquer un tournant pour le mouvement de contestation.

 Pour la 25e semaine consécutive, les manifestants algériens sont descendus dans les rues, ici à Alger le 9 août 2019.
Pour la 25e semaine consécutive, les manifestants algériens sont descendus dans les rues, ici à Alger le 9 août 2019. AFP/Ryad Kramdi

Par Philippe MartinatLe 16 août 2019 à 06h38
Le Parisien.

Enseignant et chercheur à l’Université d’Aix-Marseille, Saïd Belguidoum fait le point sur la mobilisation en Algérie qui dure depuis 25 semaines chaque mardi et vendredi. Selon lui, elle ne faiblit pas alors que l’armée joue sur l’usure du mouvement. Les arrestations, elles, ne sont là que pour satisfaire les apparences. Il explique que le mouvement est à la recherche de nouvelle forme d’actions et qu’un ou plusieurs jours de grève pourraient être une solution.

Où en est la situation en Algérie ?

SAID BELGUIDOUM. L’armée joue l’usure du mouvement de contestation. Elle donne en pâture à la rue un certain nombre d’arrestations de figures de la bande, un terme qui désigne l’ancien clan Bouteflika. Ahmed Gaïd Salah, le tout-puissant chef d’état-major, martèle constamment que l’armée nationale populaire est l’émanation de la nation. Dans ses discours il prête serment sur Dieu en espérant que cette référence à la religion trouve un écho dans le peuple. Mais tout cela échoue : malgré le temps qui passe, malgré la fatigue et la chaleur de l’été, la mobilisation est toujours forte et les gens ne se font pas avoir par les manœuvres pour tenter de diviser le mouvement.

Jusqu’où peut aller l’armée ?

C’est une inconnue. L’armée est certes toujours puissante mais elle est en plein désarroi, elle n’arrive plus à imposer ses messages. Dans les cortèges, la désobéissance civile est déjà en route. Les cadres militaires de second rang sont-ils prêts à exécuter le sale boulot qu’on pourrait éventuellement leur demander de faire? On ne sait pas s’il existe au sein de l’armée une nouvelle garde prête à s’opposer à l’ordre ancien.

La vague d’arrestations qui a frappé les proches de Bouteflika et certains patrons n’est pas un gage suffisant ?

Non, ces arrestations participent d’une pseudo-opération mains propres. C’est une opération de communication pour dire à la rue faites-nous confiance. Il est facile de faire des arrestations dans la mesure où le système algérien est fondé sur la corruption. Au sein même de l’appareil d’Etat, il est impossible de faire des affaires sans pratiquer la corruption. Ceux qui sont visés servent d’exemple et sont sacrifiés afin que le vieux système puisse se perpétuer.

Quel est l’enjeu autour de l’élection présidentielle ?

C’est une ritournelle du pouvoir qui devient vide de sens. Au départ, il voulait que la présidentielle se tienne le 4 juillet. C’était évidemment impossible. Gaïd Salah continue à dire qu’il faut organiser la présidentielle le plus vite possible afin que le nouveau chef de l’Etat conduise la transition. Mais le pouvoir sait bien qu’imposer rapidement un scrutin présidentiel serait un fiasco car aucun candidat sérieux ne se présenterait et les Algériens n’accepteraient pas que le scrutin soit une nouvelle fois biaisé.Newsletter – L’essentiel de l’actuChaque matin, l’actualité vue par Le ParisienJE M’INSCRISVotre adresse mail est collectée par Le Parisien pour vous permettre de recevoir nos actualités et offres commerciales. En savoir plus

La rentrée de septembre va-t-elle marquer un tournant pour le mouvement ?

Certainement. Le pouvoir est aux abois comme le montre son bricolage au jour le jour pour gérer la situation. Il n’a pas de stratégie, si ce n’est d’essayer de se maintenir. Quant au mouvement de contestation, il est à la recherche d’autres formes d’action. Le slogan de la désobéissance civile fait peur à beaucoup qui se demandent jusqu’où cela irait. Mais l’idée de faire un jour de grève générale par semaine, ou bien trois jours d’affilée pour tester le pouvoir, est aussi une option.


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6 Commentaires sur cet articles

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  • lyes Laribi
    17 août 2019 at 2:21 - Reply

    Moi je dirais plutôt que ça pourrait déboucher sur les assassinats politiques pour plonger le pays une nouvelle fois dans le sang. Un exemple, liquider un leader islamique ou une personnalité du courant laïc. Les hyènes se disputent la seule proie qui reste et il n’y a pas de place pour tout le monde.

  • Bettache Mohamed
    17 août 2019 at 2:30 - Reply

    Bonjours chers amis ! Est-ce qu’il n’est pas déjà trop tard ?????

    Ya el khaoua, j’ai bien peur que le pouvoir va finalement prendre le dessus ! Je sais que nous fondons un immense espoir sur le Hirak, mais il me semble, et ce n’est pas du pessimisme, qu’il commence à se laisser fissurer même si les marches du Vendredi sont encore là encore ….. en vie, fort heureusement ! Le pouvoir, après avoir réussi à diviser ce qu’on appelle les partis d’opposition (force du changement et Alternance démocratique notamment,) au sein même du hirak (novembristes, benbadistes, islamistes, démocrates etc… etc..), ce pouvoir est en train de diviser la communauté universitaire ce cœur, ce poumon du Hirak !

    Le panel du “dialogue” de Karim Younes est d’ailleurs en train de mettre en oeuvre cette stratégie du pouvoir en engageant des discussions avec des soi-disant « représentants » des étudiants alors qu’une grande partie des étudiants ne les considèrent pas comme leur représentant légitime ! Le panel de Karim Younes est en train de jouer à ce jeu dangereux qui peut être fatal au hirak car çà touche la jeunesse et les étudiants et qui s’ajoute de surcroît aux manigances de Gaid Salah et de l’Etat Major. Il y a même des « intellectuels » qui montrent leur bout de leur nez pour nous dire qu’il faut écouter Gaid Salah sinon c’est la chaos ! Beaucoup d’entres nous (simples citoyens blogers et facebookers) disaient dès la troisième ou quatrième semaines qu’il fallait profiter de la vigueur et de la cohésion du hirak pour désigner très vite des représentants du hirak. En ce temps là, tout le monde nous tomber dessus et nous traiter d’agents du DRS ! On était quelques uns à dire qu’il fallait engager des élections au sein des syndicats, des corporations, des associations de la société civile (travailleurs, étudiants, enseignants, avocats etc… etc..) pour dégager une instance représentative au niveau national qui se réunirait en une sorte de Congrès pour porter les revendications du hirak en parallèle aux marches. On aura eu au moins en stand-bye , à nos côté des représentants élus par la société civile elle-même, élus en mesure de proposer des actions en respect aux revendications du hirak !

    Mais le pouvoir a profité de cette énorme perte de temps du mouvement révolutionnaire citoyen, qui s’est révélé incapable de mettre sur une feuille blanche, une feuille de route consensuelle à faire admettre au pouvoir, une simple feuille de route pourtant pas trop compliquée à écrire : le changement de système et de régime, mise en place d’une instance collégiale pour gérer la transition, désignation d‘un gouvernement de transition, amendements par voix référendaire ou par Ordonnances de la Constitution de 2016 hyper présidentielle pour garantir l’a séparation es pouvoirs, modification de la loi électorale, désignation d’une instance indépendante pour organiser et contrôler les élections en s’assurant de l’actualisation du fichier électoral et de la mise en place de l’organisation des bureaux de vote ! On n’a même pas été capable de mettre çà sur une feuille de papier, la laisser en stand by, sous la main, pendant que le hirak faisait son job sur le terrain ! Quelle misère finalement !

    A l’époque, la majorité nous disait que nous somme dans la mauvaise analyse, le hirak n’a pas besoin de représentants etc.… etc. , alors qu’à l’époque c’était très possible vu que le hirak était encore puissant, soudé et non infiltré, mais maintenant c’est vrai …. Il est déjà trop tard. La donne a complètement changé et elle penche malheureusement en faveur du pouvoir ! Que de temps perdu au détriment du hirak. Ce temps qui va se retourner contre le hirak lui-même, combien même beaucoup espèrent que la rentrée sociale va faire revivre le hirak ! Nous, moi et mes amis qui avons la même proposition malheureusement pas nombreux, on fait 20 prières par jour, et donc quatre fois plus par rapport à ce qu’a exigé le prophète Mohamed, pour que cela soit le cas, pour que cela soit ainsi …Amen ! Inchaallah ! Ainsi Soit-il ! …. mais ….. ??!!! !

    Bon courage quand même aux vrais démocrates, aux vrais révolutionnaires, aux vrais patriotes …. bien qu’ils aient perdu trop de temps … au détriment du hirak !

    • Nacer
      19 août 2019 at 4:44 - Reply

      J’avais fait une observation au début du Hirak pour une certaine structuration ouverte du mouvement,une dame du mouvement m’a répondu que c’était prématuré de s’organiser. A mon avis on est en présence d’un régime qui n’a jamais toléré de véritables oppositions,et n’a pas la capacité de construire un véritable projet de sortie de crise, son effondrement reste possible. Il est souhaitable que le Hirak rassemble tout le monde pour imposer une transition, une fois la transition assurée, le jeu politique des alliances et des contre alliances avec des programmes précis et les gens décideront librement qui choisire.

  • Nacer
    17 août 2019 at 6:35 - Reply

    Il ne faut pas fétichiser la désobéissance civile,Elle n’est pas une fuite en avant. Le mouvement populaire peut se doter d’un programme constructif pour désobéir, agir c’est faire ainsi le peuple devient plus fort. La victoire sur un objectif précis,limité équivaut à une victoire sur l’ensemble du système. La force de frappe du peuple ne vient de sa violence mais de sa justésse Le combat non- violent est un acte public individuel et collectif pacifique conséquent et de non coopération au système.

  • hamza
    18 août 2019 at 6:39 - Reply

    déjà il faut poser cette question : C’est qui le Pouvoir? et pourquoi ont ou avaient tous ce soutiens de l’occident la Russie bon la chine c’est plutôt une affaire d’argent! l’axe arabie saoudite Emirat arabe France Israel est très présent, concernant le pays faible comme l'(algérie, la Tunisie le Maroc et j’en passe…ces pays cités en haut font ce qu’ils veulent car n’ont pas de protecteur où de protection, la Russie et la Turquie deux pays protège bien leurs concitoyens en particulier dans les domaines internet et télécommunication, excusez moi mais chez nous chacun fait ce qu’il veu a un point qu’ils nous manipulent comme ils le veulent….inhallah avec le Hirak les choses changeront…

  • Abdellah CHEBBAH
    19 août 2019 at 2:56 - Reply

    Le silence des pays étrangers vis à vis de cette révolution me laisse perplexe et dubitatif. Notre point fort, qui les laisse amorphes, c’est qu’elle est pacifique, unie et solidaire. Dans ce cas ils ne peuvent pas s’ingérer. À la moindre division de ce Hirak, ils interviendront. Notre force est là. Par conséquent, à mon humble avis, il est urgent pour ce hirak de présenter des candidats pour négocier avec le pouvoir. C’est une façon aussi de damer le pion au panel de clowns. Ces candidats sont connus puisqu’ils manifestent tous les vendredis avec le peuple. Maitre Bouchachi, Karim Tabou, Boumala, Bougueraâ, Sofiane Djilali, Madame Drif et madame Assoul, Benbitour…Tous ces gens sont acceptés par la majorité du peuple. Ils doivent se rencontrer et expliquer au peuple qu’ils vont pour négocier le départ de ces généraux. Là est l’imbroglio. Il y a des concessions à faire qui doivent être négociées. Dans le cas contraire ce pouvoir fera tout pour mettre le pays à genoux. N’oubliez surtout pas que nos rentrées d’argent diminuent de jour en jour. En 2020, nous commencerons à sentir l’austérité. Les Américains et la France font tout pour que le baril de pétrole ne dépasse pas les 60 dollars et cela ne nous suffit pas.

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