يومية الجزائر
Édition du
18 September 2019

Pourquoi le sigle du FLN libérateur doit être enlevé au parti du “bendir” et de la casse

  • Redouane Boudjemaa
Pourquoi le sigle du FLN libérateur doit être enlevé au parti du “bendir” et de la

L’Algérie sera en mesure de défendre sa mémoire quand elle aura arraché les symboles de son histoire des mains de ceux qui en font commerce et des professionnels de l’incantation nationaliste. Elle pourra le faire en interdisant l’utilisation des symboles et des repères de la mémoire nationale de toute instrumentalisation politique.

L’un des symboles de cette mémoire est le “Front de Libération Nationale” qui a été le cadre de l’unification des luttes du peuple algérien pour son indépendance. Un cadre où toutes les sensibilités, courants et tendances se sont fondus pour faire évoluer le combat politique vers la naissance d’une Algérie, Etat et nation, loin de toute dépendance à l’égard de la France coloniale.

Le génie du peuple Algérie et de la jeunesse du mouvement national leur ont permis, à un moment historique, de créer un cadre qui rassemble tous les militants et cadres du mouvement national. Cela est  formulé dans la proclamation du 1er novembre 1954 et dont les objectifs politiques ont été précisés dans la plateforme de la Soummam. 

Ce cadre a réussi à faire sortir l’Algérie en 1954 de l’impasse historique découlant de l’échec des luttes politiques et syndicales à réaliser les aspirations des Algériennes et des Algériens à obtenir leur droits politiques en tant que citoyennes et citoyennes et en tant que nation algérienne indépendante de la France sur les plan politiques, juridiques et culturels.

Déviation

Ce projet a réussi a libéré le territoire mais l’égoïsme des individus et les objectifs et ambitions des clans à s’accaparer le FLN et le pouvoir a fait dévier les choses. Le FLN, symbole de lutte, de la libération et de la diversité dans le cadre d’objectifs unifiés, a été transformé en “appareil” de parti unique pour exercer le pouvoir, justifier l’exclusion, la violence, les emprisonnements et le meurtre. Des pratiques qui ont ciblé tous ceux n’étaient pas d’accord avec l’idée de faire du FLN un appareil administratif et sécuritaire qui produit un discours justifiant toutes les pratiques du pouvoir. 

C’est ainsi que le FLN, ce front qui rassemble a été transformé en front qui divise; ce front qui a intégré en son sein des centralistes, des communistes, des partisans de Ferhat Abbas et des Oulémas et d’autres a été transformé en un front qui empêche les individus d’exercer leurs libertés. C’était le début des pratiques de violence, d’exclusion, de meurtre et d’emprisonnements  contre de nombreux militants et moudjahidines qui ont fait don de leur sang, de leurs familles et de leurs biens pour la libération du pays.

La crise de l’été 1962 a été le début de la déviation du FLN. Ce qui était un front populaire devient un appareil utilisé comme label commercial révolutionnaire pour justifier l’exclusion et produire les discours jetant l’anathème de la trahison à l’encontre de larges segments du peuple algérien.  Il est devenu concrètement un parti d’Etat justifiant toutes les dérives du pouvoir et qui soutient tous les choix des militaires du l’ère de Boumediene à ce jour.

L’intermède Mehri

Le premier grand divorce avec de larges couches de la population, en particulier avec les jeunesse est survenu avec les événements d’octobre 1988.  Des manifestations de jeunesse ont dénoncé le parti pour la première fois. Ses kasmas et ses mouhafadhas sont devenues les cibles des manifestants, le parti était considéré comme une machine à produire des corrompus et à justifier la tyrannie. Les choses ont été aggravées par les justifications officielles apportées par les responsables du parti de l’époque au tirs à balles réelles contre les manifestants. 

La seule période où “l’appareil”  (le jihaz) a connu une tentative de transformation, loin des salons et des centres de décision administratifs, politiques et sécuritaire a été l’ère de Abdelhamid Mehri qui a dirigé le parti dans des conditions extrêmement difficiles de la fin 1988 à fin 1995. 

Mehri a oeuvré à faire du parti une institution et il a fait face au Comité central quand les pressions se sont intensifiées contre lui après la signature du contrat national en 1995 pour faire changer la ligne politique. “Un changement de ligne politique exige la tenue d’un congrès, cela n’est pas tributaire de la volonté d’une partie du bureau politique ou du comité central”. 

Mehri a également refusé de soutenir le candidat du pouvoir de l’époque, Liamine Zeroual, en déclarant: “notre parti a un programme, il n’est dans sa vocation de trouver une base sociale à un quelconque candidat”. Les positions de Mehri ont amené le pouvoir à organiser un putsch contre lui avec notamment Abdelkader Hadjar, Abderrahmane Belayat et Amar Saadani comme instruments. 

Culture de la corruption

Après cette brève période de tentative de construction, les préposés à la surveillance du bâtiment de Hydra sont revenus à leur mission principale: faire du parti un appareil qui applaudit, soutient et apporte une couverture politique à toutes les décisions du pouvoir de fait. 

C’est ce qui a été fait de Boualem Benhamouda à Benflis et Abdelaziz Belkhadem. Ce dernier restera à la tête du parti de 2004 à 2013 et beaucoup de cadres l’accusent d’être de ceux qui ont institué une culture de la corruption au sein du parti. Sans oublier les Amar Saadani, Djamel Ould Abbes, Mouad Bouchareb et Mohamed Djemaï. 

Le parti a atteint, aujourd’hui, un stade avancé de pourriture et de corruption, de la pratique de la chitta (la brosse) en faveur du pouvoir personnel. Il est même devenu aujourd’hui l’un des plus grands obstacles pour l’état-major à convaincre les Algériennes et les Algériens que les choses changent dans le pays. Car tous les dirigeants de ce parti sont connus pour être les produits de ce que Ahmed Gaïd Salah désigne par la “3issaba”, la bande.

L’état du parti FLN aujourd’hui et son fonctionnement depuis des décennies est une grande insulte aux pères fondateurs du FLN. C’est une insulte toute aussi grande à la nation algérienne car le FLN historique a été le cadre de la lutte unie qui a mis fin à l’ère coloniale. 

Pour toutes ces raisons, il est impérieux de  dégager sortir le sigle du FLN de cette corruption et cet effondrement absolu de la morale et de l’éthique politique. Cette situation impose à la nation algérienne et ceux qui restent en vie parmi moudjahidines loyaux dans les quartiers, les villages, les douars et les villes de porter plainte en urgence contre ceux qui souillent l’héritage des martyrs et les trahissent.

Le FLN historique est le front du rassemblement, de la libération et de la dignité, quant au FLN d’aujourd’hui c’est celui de la tyrannie, de la corruption, de l’humiliation et de la destruction.

Redouane Boudjemaa est universitaire et ancien journaliste

Traduit par le HuffPost Algérie, titre et intertitres de la  rédaction – Article original


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